lundi 4 juillet 2022

 


Le Fort de Peccaïs


Un monument à visiter au cœur de la Camargue, bordé d'étangs aux envols d'oiseaux, au clapotis de fleur de sel, aux horizons infinis....
Le fort de Peccais ou Peccaï en provençal est une construction du 16ème siècle, au cœur d’une nature languissante et silencieuse, proche d’Aigues-Mortes en Camargue. Etrange construction au milieu des marais. Bateau fantôme qu’on imagine peuplé d’êtres d’un autre univers.  Le delta du Rhône autrefois fut hérissé de forts et de tours de guet au gré de la mouvance des cours d’eau qui ont modifié constamment la géographie de la Camargue. Le fort et l’abbaye de Sylveréal construit sous le règne d’Henri III en 1577, détruit puis rebâtit au 18ème siècle, l’abbaye de Psalmodi, celle d’Ulmet à l’est de l’étang du Vaccarès ne sont plus que dans nos mémoires… la tour Saint-Louis à Port Saint Louis du Rhône, construit vers 1737 encore debout. La Camargue affamée de pierres engloutit les œuvres des hommes dans ses sables.
Tour Saint-Louis
Le fort de Peccais est inscrit monument historique par arrêté du 13 décembre 1978. Il est en fort mauvais état, longtemps ignoré même des habitants d’Aigues-Mortes. Il est vrai que la promenade n’est pas de tout repos : c’est le royaume des moustiques et des arabi, petites mouches très actives.
ruines de Psalmodi

Le fort est situé au cœur du marais de Peccais, marais salant exploité dès l’Antiquité et même probablement dès l’époque néolithique. De ce marais sont nés les Salins du Midi au 19ème siècle. Une si longue exploitation et peu de vestiges certainement détruits au fur et à mesure de l’utilisation du site. Des céramiques grecques du VIème et Vème siècle avant notre ère ont été malgré tout trouvées sur le site, prouvant l’exploitation et le commerce du sel du delta du Rhône.
Peut-être un ingénieur romain du nom de Peccius serait à l’origine du nom de ce marais. Il aurait été en charge de l’exploitation des salines.
 
Grenier à sel Moyen Age -BNF
 
Au Moyen-Age, l’abbaye du sel, Psalmodi, possédait en partie les salines de Peccais qui faisaient sa richesse. Encore aujourd’hui, une terre jouxtant le fort s’appelle la « plaine de l’abbé », souvenir de cette possession monastique. Le reste des terres de Peccais appartenaient aux seigneurs d’Uzès et d’Aimargues qui les inféodèrent à des petites propriétaires tout en se réservant le droit de septain, c’est-à-dire le septième de la récolte. Un seigneur de Saint-Quentin la Poterie notre voisine, possédait un bout de cette terre si convoitée, terre qu’il échangera contre une tour de son château, tour que le roi Louis VIII possédait on ne sait pas pourquoi, peut-être un résidu de la croisade contre les Albigeois.
(grenier à sel Moyen-Age)
Une convention entre le seigneur d’Uzès et les moines établissait un règlement commun pour l’exploitation des marais. «…. les mesures, boisseaux ou setiers employés dans leurs salins respectifs seraient de même dimension et que les ouvriers chassés de la propriété des uns ne seraient point reçus dans la propriété des autres… » . Il semble que l’exploitation d’un nouveau salin, le Salin de l’Abbé » date de cette époque. La Confrérie du Sel de Mer date du 12ème siècle. Elle est réactivée actuellement avec un Grand Prévôt, trois membre de droit les « protecteurs-nés ». Elle tient son chapitre pour la fête de la Saint-Louis avec l’intronisation de nouveaux chevaliers et ambassadeurs.
Départ de la septième croisade d'Aigues-Mortes, sur un chenal creusé dans le marais de Peccais)
Puis arrive le roi Louis IX, Saint-Louis, qui a des vues sur le secteur pour construire Aigues-Mortes, son port pour embarquer vers l’Orient. Dès 1244, les maçons d’Alès sont requis pour travailler « sous peine de leurs personnes et de leurs biens ». En 1248 le roi achète une partie des terres de Peccais à l’abbé de Psalmodie. Le pape Innocent IV autorise la transaction avec l’évêque d’Uzès (archives nationale J295n°12 Layette III p45 n°3706 et archives départementales du Gard H 109 n°12) Le roi accorde aux habitants du secteur, le droit de prélever librement dans les salines le sel nécessaire à leur consommation.
Philippe III son fils achète aux Hospitaliers la Terre des Ports à l’ouest de Psalmodi en 1272. Son petit-fils Philippe le Bel en 1290/92 récupère à l’est du territoire les terres seigneuriales en échange de divers châteaux de la région. Ainsi Bermond d’Uzès en cédant ses droits sur Peccais devient seigneur de Pouzilhac, Saint-Martin-de-Jonquières et Remoulins, ville verrou sur le Gardon et le Rhône proche. Le roi donne les salins en fermage contre le septième de la récolte. Des fortunes vont se construire sur le droit d’exploiter à ferme les salines. Un grand négociant du 14ème siècle Francesco di Marco Datini, finança le retour du pape Grégoire XI à Rome contre le droit d’exploitation de Peccais, avec son associé Nastagi di ser Tommaso : le sel entreposé et vendu à partir des greniers à sel de Beaucaire, Orange, Pont Saint esprit remontait le Rhône et fit de Datini une puissance économique incontournable alliée aux drapiers, autre puissance économique de l’époque…. Nous sommes dans les années 1367-1376.
(Aigues-Mortes Porte de la Reine ou de Peccais- une glacière sur le devant).
Pendant la Guerre de Cent Ans, les Bourguignons tiennent la ville d’Aigues-Mortes. En janvier 1421 les troupes royales les attaquent avec succès les soldats bourguignons qui sont passés par les armes et la légende dit que leurs corps sont entassés dans la « Tour des Bourguignons » en plusieurs couches bien salées en attendant d’être enterrés.
Dans les années 1500, l’exploitation s’intensifie. François 1er en 1532 fait creuser un canal qui relie les salins à la mer. C’est le chenal du Grau-Henri qui s’ensabla rapidement. Il restreint aussi le droit des habitants d’Aigues-Mortes à prendre du sel pour leur consommation en fixant un plafond. Ce sera le résultat d’une longue procédure entre la ville et le roi qui ne put abolir la franchise accordée par Saint-Louis.
En 1546, les salines s’agrandissent : le Grand Prieur de Saint-Gilles fief de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem construit le salin de Saint-Jean dans un étang proche de Peccais.


Mais il faut lutter contre la contrebande et le pillage des salins. Le roi a le monopole de la distribution du sel qui assure une source importante de revenus par le biais des impôts (la gabelle).
Enfin en 1568, la construction du fort de Peccais est décidée pour protéger les salines et les canaux qui servent au transport. Pirates, pilleurs, contrebandiers infestent la Camargue et nos côtes. Les « barbaresques » venaient s’embusquer dans les bras du Rhône pour attaquer les bateaux qui venaient à la foire de Beaucaire. François 1er d’ailleurs exemptera de toute peine le meurtre de ces pilleurs même en cas d’erreur de la part du meurtrier ! Des braconniers de poissons en feront les frais… Le sel est le principal mode de conservation des aliments. Celui qui domine l’exploitation du sel domine l’économie. Le sel va générer des conflits entre pays mais aussi entre provinces : contrôle des voies de passage pour le transport du précieux ingrédient, installation de monopole, utilisation du sel comme arme entre belligérants, développement du transport maritime et des échanges commerciaux…arrivée des harengs de la mer du Nord sur le marché européen !

Ce fort à quelques 5 kilomètres de la mer, était là pour maintenir l’ordre dans ces temps troublés des Guerres de Religion naissantes. Il était essentiel pour l’économie de la Camargue, dont le sel et la pêche étaient les seules sources de richesse. Et puis, Aigues-Mortes était située entre la Provence et le Languedoc, avec le Rhône, voie de transport. Il va suivre de très près notre Histoire, prenant toute sa place dans les épisodes sanglants des guerres de religion. Pendant  longtemps ce secteur sera la plaque tournante du commerce, des déplacements, des enjeux politiques.
(au fond les camelles blanches de sel)
160 mètres entre les pointes des deux bastions est-ouest, des fondations supposées sur pilotis comme la Tour de Constance d’Aigues-Mortes. Des archives du 17ème siècle nous décrivent une porte monumentale à fronton, trois corps de bâtiments autour d’une cour centrale, des logements pour le gouverneur, le major, la troupe, des hangars, des magasins, une boulangerie, une petite chapelle. Deux citernes de grande capacité surmontées d’une petite coupole. Une glacière très utile dans ce pays où l’eau était saumâtre et le soleil de plomb. La glace venait des Cévennes. Un lieu insalubre où sévissait le paludisme. En 1742, on trouve dans les archives le curetage du fossé et de l’avant-fossé pour « enlever toutes les vases qui corrompent l’air et nuisent à la santé de la garnison »..
Tout cela a disparu pour servir de carrière aux Camarguais. Il ne reste qu’un quadrilatère flanqué aux quatre angles d’un bastion, un fossé et un contre-fossé que l’on devine. Tapi dans les salicornes et les tamaris nains. Peu visible dans les vastes horizons plats camarguais.
En 1569, le fort est un temps aux mains des protestants.  Peccais est constamment disputé entre troupes catholiques et soldats huguenots. Le roi envisage de démolir le fort, mais Montmorency désobéit et le fait réparer. En 1598, sous le roi Henri IV, le fort devient place de sûreté et est confié au pouvoir des protestants avec une garnison de 18 hommes. Montpellier et Aigues-Mortes reçoivent une garnison de 128 soldats, la Tour Carbonnière, trois hommes. C’est en 1599 que Henri IV crée le poste de contrôleur général en Languedoc, qui remplace les Visiteurs de Gabelle, emploi crée en 1411 et ancêtre de notre percepteur.
 
Le fort abrite parfois des personnages hauts en couleur. En 1627 pendant la guerre de religion déclenchée par Rohan, le gouverneur protestant de Peccais Jacques Gautier seigneur de Saint-Blancard, lieutenant de Rohan, s’autoproclame amiral du Levant, arme des bateaux et entreprend la guerre de course, pillant nos côtes jusqu’à l’Ile de Ré où il trouvera la mort.
(Porte de la Reine ou de Peccais- remparts d’Aigues-Mortes-gravure 19ème –anonyme BNF)
Le gouverneur suivant Charles de Saint-Simon de 1634 à 1644 ne mettra jamais les pieds à Peccais. Mais le roi ordonne en 1636 des réparations importantes du fort. L’intendant des fortifications d’Argencourt nous a laissé un devis qui laisse entendre qu’il s’agit de réparations importantes, peut-être une reconstruction. Un impôt est levé sur tous les contribuables du Languedoc pour ces réparations, 36 000 livres au moins. Ce tribut plus la gabelle, des émeutes ensanglantent notre province. Celle de Carcassonne aboutit en 1657 à la décision de justice très lourde : les cloches qui avaient sonné le tocsin seront fondues, la ville écope d’une très forte amende, ses foires et marchés sont supprimés, la maison consulaire rasée, plus de grenier à sel, canons transférés, des peines de mort…. Heureusement cette sentence ne sera pas appliquée dans sa totalité car il faut préserver l’essor économique de la ville.
D’autres réparations du fort auront lieu au 17ème siècle, mais il a perdu de l’importance. Sa présence ne décourage pas les faux-sauniers. La contrebande était pourtant punie par l’envoi aux galères ou de peine de mort en cas de contrebande armée. En 1637 l’intendant du Languedoc se plaignait des difficultés à lutter contre les faux-sauniers : « les marais remplis de roseaux et de broussailles qui leur servent d’entrepôts et de retraite leur donnent une sûreté à n’être pas découverts… ». « Ils se servent des petits bateaux utilisés pour la chasse aquatique… ».
A la fin du 17ème siècle dix-sept salins étaient en activité dans le marais de Peccais : L’Abbé, Les Aubettes, Bourbuisset, Les Brassives, La Courbe, La Donzelle, Les Étaques, La Fangouze, La Gaujouze, Le Gay, La Lone, Le Margagnon, Mirecoule, Roquemaure, Saint-Jean, Les Tuillières et Les Terrasses. Un consortium de propriétaires sauniers est créé en 1716 ; l’Eglise ne s’associe pas à cette société. Elle possède encore les salins de l’Abbé et de Saint-Jean. Un syndic élu tous les ans gère l’exploitation commune. Plus tard l’évêché d’Alès propriétaire du salin de l’Abbé les rejoignit.
La garnison du fort en 1775 n’était composée que d’une compagnie d’invalides. La Révolution en 1790 décréta les salins de Peccais propriété de l’Etat. Puis ils seront restitués à leurs propriétaires sauf ceux de l’Abbé et de Saint Jean qui restent dans le giron de l’Etat. Comme à bien d’autres endroits, la bourgeoisie montpelliéraine achète les salins classés biens nationaux.
L’abolition de la gabelle en 1791 signe la fin du fort qui va tomber en décrépitude.


Porteurs de sel --Groupe Salins

Au début du 19ème siècle, le fort est déclassé. Après les grandes inondations du Rhône de 1840 et 1842, une société Renouard et Cie de Montpellier rachète et exploite les salins des marais de l’Abbé et de Saint Jean. En 1842 Achille Durand fermier du salin de Villeneuve convoque en assemblée générale les propriétaires des autres marais qui en 1847 s’associent dans une première Compagnie des Salins. Les débouchés commerciaux sont favorisés par le développement des chemins de fer, l’apparition des bateaux à vapeur sur la Rhône et surtout par les besoins de l’industrie naissante de la soude. En 1856 la Compagnie des Salins du Midi est créée par Auguste Renouard avec son siège social à Aigues-Mortes. Cette société va prospérer et prendre le contrôle et la propriété de tous les salins de la côte méditerranéenne française. La situation est plus fluctuante depuis quelques années. Mais c’est une autre histoire que nous compterons peut-être ici un jour.

Pendant la guerre de 1914-1918, le fort sert de prison. Nous avons vu précédemment que le marquis de Baroncelli en a été le pensionnaire bien malgré lui.

Les troupes allemandes d’occupation pendant la seconde guerre mondiale s’installent dans le fort, construisant à l’intérieur du bâtiment plusieurs petites casemates et un fortin plus important à l’extérieur, proche de l’entrée. Le fort devient ou redevient un emplacement stratégique contre un éventuel débarquement. A la Libération ces ajouts seront dynamités, laissant des ferrailles tordues et des blocs de béton, témoins d’un proche passé.

En 1978 les quelques vestiges et le fossé sont classés à l’inventaire général des monuments historiques. La Cie des Salins du Midi cède le site en décembre 2012 au Conservatoire du Littoral. Des travaux sont envisagés par le Conservatoire des Monuments Historiques.

A visiter à Aigues-Mortes les Salins et son petit train, ses camelles, ses installations….
Tout est salé : les bons mots, l’histoire un peu leste, la note du restaurant, la correction, l’impôt, la peine salée qui condamne le demi-sel, peine prononcée par un juge poivre et sel. Et même le mari paresseux qui selon la coutume, devait être salé au lieu de sa paresse pour lui rendre sa vigueur. On n’oublie pas le salaire (part de sel attribuée au soldat romain), la sauce, le saucisson, la salade….. On en trouve d’autres ?
Plan Aigues-Mortes gravure de Belin 1764 BNF


Sources : Henri-Paul Eydoux Monuments Méconnus Provence 1978  édit Librairie Académique Perrin --  Christiane Villain-Gandossi Les salins de Peccais au 14ème siècle d’après les compte du sel de Francesco Datini Annales du Midi 1968 + Comptes du sel Paris 1969 collection des documents inédits sur l’Histoire de France VolVII –Ménard Histoire de Nîmes archives nationales J295 n°33  Preuves p 388 + Pagézy – Jean Raybaud Histoire des Grands Prieurs de Saint-Gilles 1904 édit Abbé Nicolas Nîmes in 8è T1 p188 – wikipedia –photos collection privée + France-voyage, tripadvisor.fr -- Guilaine (J.) et Fabre (D.), dir, Histoire de Carcassonne, Privat, 2001.-- Jean-Félix Cuny  Le Sel que j'aime édit Hachette Art de Vivre ---Groupe Salins --Aigues-Mortes Musée du Sel --






vendredi 1 juillet 2022

La plus Belle Femme du Monde

 

(Avignon--provenceguide.com)

 

La plus belle femme du monde

La ville d’Avignon en 1325 sous le règne du pape Jean XXII était devenue d’une certaine façon la capitale de la Chrétienté. Tout ce qui comptait en Europe d’érudits, de marchands, d’artisans, de gredins et, il faut bien le dire d’espions, s’y retrouvait. Les plus riches préféraient se loger de l’autre côté du Rhône à Villeneuve, qui était à l’époque du royaume français. Ainsi le cardinal Andrea Moschetti italien de naissance mais serviteur du roi et du pape, un pied dans chaque clan politique.

Il avait fait venir de Florence son neveu Bazille, un jeune homme intelligent, discret, rusé comme une pie. Il faisait office de secrétaire, s’occupait de la correspondance, de la comptabilité de son oncle. Silencieux, modeste, prudent, les deux pieds sur terre, tout à sa tâche. Essentiel en cette période troublée où les carrières dépendaient d’un mot, d’un geste.

Mais le soir, incognito, il quittait la belle demeure de son oncle de Villeneuve et gagnait Avignon et ses ruelles étroites pour y mener une joyeuse vie. Les passeurs du Rhône et leurs barques remplissaient leurs bourses grâce à leur discrétion. Vous me direz « et le pont d’Avignon ? ». A cette époque c’était avant tout un poste frontière entre le Royaume de France et l’Etat pontifical, avec un péage, donc peu pratique pour des voyages furtifs !!

Dans la cité papale, les auberges étaient là, en nombre, louches et obscures à suffisance pour danser, trinquer, jouer aux dés ou aux cartes en toute discrétion. Le vin coulait autant sinon plus que le Rhône !! On chantait, on riait, on s’amusait….

Un soir Bazille joua, but plus que de coutume avec des muletiers de Montpellier venus vendre des draperies. La bourse vide, il décida de rentrer au logis. Mais les rues et leurs pavés lui causaient bien du tracas. Il allait d’un mur à l’autre, la tête embrumée  par les vapeurs du vin, le pied mal assuré. Les rues succédaient aux ruelles. Les rats fuyaient devant lui. Il s’était perdu.

Finalement il s’engagea dans une venelle obscure. Devant lui s’échappait d’une petite fenêtre, une douce complainte orientale chantée par une voix de femme mélodieuse, envoutante. Cette voix si belle et si harmonieuse le dégrisa à moitié. Une sorcière malicieuse, un enchanteur facétieux, qui était la cause de cet envoûtement ?

-         « Si cette chanteuse est aussi belle que sa voix est mélodieuse, assurément c’est celle de la plus belle femme du monde. Une jeune fille de grande qualité, une nièce de cardinal, une fille de roi, une future sainte….

Il faut que je la rencontre sur-le-champ ! »

Il se mit à tambouriner la porte. La voix se tut et derrière le judas grillagé apparut un œil.

-         « qu’est-ce que vous voulez ? c’est pas une heure pour frapper chez les gens !! » houspilla une voix néanmoins féminine.

Bazille se dit que c’était probablement la servante.

-         « Je souhaite seulement voir de mes yeux la douce colombe qui émerveillait de sa voix si pure les étoiles et mes oreilles ! S’agit-il d’une princesse ou d’un ange venu tout droit des cieux ? »

-         « Passez votre chemin ou bien c’est la chanson de notre chien que vous allez entendre sur vos talons » gronda la voix rocailleuse

-         « Je souhaiterais seulement l’apercevoir à sa fenêtre. Vous ignorez sans doute qui je suis….je suis le … »

-         « revenez dans sept jours et vous pourrez voir son petit doigt à travers ce grillage »

La semaine pour Bazille fut pleine d’émotions, de rêves, d’espoirs. Il contait à ses amis l’attrait des appâts inégalables de sa belle qu’il n’avait pourtant pas vue, sa grâce, sa sagesse, la clarté de son regard, sa chevelure, la finesse de son teint, de sa taille….. Il était sous le charme d’une ritournelle…

Mais dans la maison au judas, on ne chantait plus. En fait de princesse, trois vieilles femmes, fort avancées dans l’âge y vivaient.  La plus jeune, celle qui chantait, ployait sous le poids des ans.

-         « le chant lui a chamboulé la tête, mais ce bel oisillon est de bonne famille et si nous nous débrouillons bien, nous pourrons le plumer facilement. »

L’urgent était de rendre présentable le petit doigt de la benjamine, fripé par les années, ratatiné, flasque. Pendant sept jours et sept nuits il eut droit à des bains de lait de chèvre renouvelés toutes les trois heures. Il devint velouté et doux comme celui d’une jeune fille de quinze ans. Lorsque Bazille le jour dit revient, il trouve un petit doigt de princesse au travers du grillage du judas. Il le couvrit de baisers, de larmes et déclara sa flamme : «  Noble demoiselle je veux vous épouser, demains au plus tard si vous n’êtes pas disposée à le faire dans une heure ! »

-         « pas avant une semaine ! grogna l’aînée des trois vieilles. Une coutume ancestrale veut que les fiancées de notre famille portent pour leur mariage sept voiles étroitement ajustés qui vous ne pourrez ôter qu’une fois le mariage célébré ! »

Bazille accepta sans sourciller, ni y voir malice. Trop bouillonnant d’amour pour sa belle.

Enfin le jour de la noce arrive. La fiancée harnachée sous ses voiles l’attendait, plus raide qu’un prélat au moment de la messe. Elle avançait à petits pas, ses deux sœurs aînées souriantes, qu’elle présenta comme ses grand-tantes, sa seule famille. La noce eut lieu chez le cardinal à Villeneuve. Des invités en grand nombre avaient été conviés. Toute la société qui comptait ne pouvait manquer cette fête, ne serait-ce que pour s’y faire voir. Ripailles, jongleurs, saltimbanques, fontaines de vins de toutes sortes…. Hautbois et fifres rythmaient les danses.

Puis vint le moment pour les mariés de se retirer dans leur chambre. Les deux sœurs les attendaient à la porte :

-         « dans notre famille, la nuit de noce doit se dérouler dans le noir absolu ! Nous allons apprêter notre nièce pour ce moment crucial ; juste un moment, attendez noble Bazille dans le couloir.... »

En déshabillant leur benjamine, elles durent se rendre à l’évidence : son corps n’était que bourrelets flasques et pendants. C’était un désastre, même dans le noir « le petit couillonet » allait s’apercevoir de quelque chose. Alors elles tirèrent avec force la peau de la benjamine, au niveau des bras, du ventre, de la poitrine, des cuisses… pour former un bourrelet dans le dos, amas de chair et de graisse qu’elles ficelèrent. La pauvre mariée ne pouvait plus fermer les yeux ni la bouche. Puis elles la couchèrent dans le grand lit, éteignirent les torches et ouvrirent la porte. Bazille fougueux comme on l’est à vingt ans, attira sa femme vers lui, mais le nœud lâcha et ses doigts, ses mains, ses bras se retrouvèrent couverts des bourrelets de la pauvre vieille !! Il avait dissimulé un bout de chandelle dans sa poche et en l’allumant il découvrit l’amère vérité : une femme toute fripée, ridée, délabrée, décrépie….

Son sang ne fit qu’un tour. Il attrapa sa femme par le cou et par la fenêtre la précipita dans le vide.

Au pied du bâtiment, une tonnelle de raisins amortit la chute ; notre nouvelle mariée resta accrochée à une branche, tremblante de peur et de froid.

Passaient par là trois fées qui revenaient d’une baignade nocturne dans une fontaine d’un couvent. Des fées authentiques, pleines d’enchantements et de malice, toutes guillerettes. En voyant la vieille femme suspendue à moitié nue, elles se mirent à rire, à gorge déployée. La pauvre femme commença à leur expliquer ce qui lui était arrivé, mais les fées, ça sait tout en un clin d’œil.

Elles lui dirent en chœur : « grand-mère tu nous as bien fait rire, ce qui n’est pas fréquent dans notre vie de fée, en particulier dans cette ville ! Nous allons exaucer, chacune d’entre nous, un vœu pour toi ; nous t’écoutons, qu’est-ce qui te tente ? »

Vu les circonstances, sans hésiter, la vieille mariée leur dit : « je veux retourner là haut dans le lit de mon galapiat de mari mais en ayant vingt ans et être la plus belle femme du monde ! ».

En un soupir ses vœux furent exaucés et elle se retrouva dans la chambre nuptiale.

Bazille dormait brisé par les émotions et les libations. Mais en se réveillant, étonné, ne sachant plus très bien ce qui c’était passé,  il ne put que contempler à ses côtés « la plus belle femme du monde ». Son épouse lui murmura qu’il s’était endormi et avait fait un cauchemar.

Penaud,  Bazille crut comprendre qu’il n’avait pas rempli ses devoirs de mari et il fit en sorte de se faire pardonner.

Mais le conte n’est pas terminé. Un peu avant midi le lendemain, Bazille et sa femme toute belle sortirent de leur chambre, radieux, comblés. La beauté de la benjamine laissa sans voix les deux autres sœurs. Sitôt après le repas, elles se débrouillèrent pour interroger la « jeunette ». « Comment as-tu fait, glapit l’aînée ; c’est de la sorcellerie ! Le cardinal connait tous les inquisiteurs de la papauté. Dis-nous la vérité ou on te dénonce à lui ! Le bûcher t’attend !! »

C’était difficile de raconter les fées et leurs éclats de rire… c’était un secret que la jeune épousée n’avait pas envie de partager.

-         « voilà comment j’ai fait. Ce fut douloureux mais voyez le résultat ! A peine couché mon époux s’est endormi. J’ai couru chez le menuisier de notre rue et lui ai demandé de me faire raboter contre trois pièces d’or. C’est très désagréable, mais c’est efficace !!

-         « pour sûr, raboti, rabota, nous ferons comme toi, et à nous la jeunesse !!

Elles se précipitèrent les poches pleines de belles pièces du comté de Melgueil,  chez le tailleur de copeaux. « Menuisier, ne  discute pas, rabote-nous sans hésiter pour que nous soyons belles. Rabote-nous sans rechigner pour que nous redevenions des boutons printaniers !! »

Le menuisier s’étonna un peu, mais le client est roi et les pièces d’or brillaient dans les mains des vieilles femmes. Il installa les deux sœurs sur l’établi côte à côte et prit son gros outil à la lame tranchante. Au troisième coup de rabot, les deux sœurs ne hurlaient plus. Persuadé qu’elles étaient satisfaites, il continua sa besogne. Et plus jamais leur sœur n’entendit parler d’elles.

Comme aurait dit Ronsard, « Cueillez, cueillez votre jeunesse : comme cette fleur la vieillesse fera ternir votre beauté »…(Ode à CassandreXVII)

 Autre maxime : "le temps qui passe nous impose ses déguisements"!!

Merci à Rosette, Esther, Jean-Claude pour ce joli conte à raconter au coin de la cheminée.

 

 

 

mercredi 15 juin 2022

La Voyante, le Bagnard et l'espion

 

La voyante, le bagnard et l’espion

Une guerre montre toujours les travers les plus sombres de l’homme mais aussi parfois nous le retrouvons dans des situations des plus cocasses.

Alexis Lecaye dans son roman « La Voyante, le Bagnard et l’Espion » (édit Fayard) nous relate une histoire bien saugrenue. Des faits peut-être vrais ou qui s’appuient sur une partie de vérité ?. Mais dans le monde de l’espionnage, qui croire ?

Les personnages : la Guerre de 1914-, Clémenceau le jusqu’auboutiste, Joseph Caillaux le pacifiste, la Politique et son vilain penchant la Haine…., un espion et une voyante.

Mme Caillaux vient d’assassiner le directeur du journal le Figaro à la suite d’une violente campagne et une terrible vague de haine contre son époux.

A partir de là nous allons naviguer entre fiction et réalité.

Réalité : Cette hargne de Clémenceau contre Caillaux ne faiblit pas. Le capitaine-instructeur Bouchardon nous confiera dans ses Mémoires qu’en 1918, l’affaire Caillaux sera la préoccupation essentielle de Clémenceau et l’indépendance de la justice ne sera pas toujours son souci !! Le Tigre vient de prendre la tête du gouvernement. En cette période de 1917-18 il faut ranimer la combativité des Français. La psychose de la trahison hante tous les esprits ; cette guerre traine en longueur, n’a rien de triomphale, donc on cherche des coupables si possible politiques pour mieux marquer les esprits…

Caillaux, coupable idéal, avait confié à un journaliste en octobre 1914 :

  "Ceux qui sont là dedans ne savent rien, ne comprennent rien. Ils ne savent pas à quel ennemi nous avons affaire, ils ne comprennent pas que nous sommes lancés - par qui ? - dans une guerre effroyable... Comment finira-t-elle ? Moi, je voulais éviter cela »…

Caillaux partisan d’une paix de compromis, a des contacts imprudents avec des diplomates allemands. Il est arrêté pour « intelligences avec l’ennemi » le 14 janvier 1918 et est condamné en février 1920 à trois ans d’emprisonnement et privations de ses droits politiques. On ne lui reproche plus alors qu’une « aide involontaire » à l’ennemi par ses paroles, ses relations et son opposition politique. Sa condamnation indigne toute une partie de la classe politique ainsi que la Ligue des Droits de l’Homme.

Pour des poursuites judiciaires qui tiennent la route, on a manqué de preuves, on sent bien que cette condamnation risque de reposer sur pas grand-chose. Ces preuves il faut aller les chercher dans les dossiers allemands.

Fiction (roman d’Alexis Lecaye) ? Pourquoi pas dans les coffres de l’ambassade d’Allemagne à Berne, bien connue pour être un nid, une plaque tournante de l’espionnage….

Ni une ni deux, Clémenceau ordonne au capitaine Renaud des Services Secrets français d’embaucher un professionnel de l’ouverture des coffres. Evidemment pas le serrurier du coin de la rue. Un discret.

C’est ainsi qu’entre dans l’histoire Baptistin Travail, « l’As de la Cambriole », relégué à vie au bagne de Cayenne et interné dans l’Ile du Diable. C’est un expert en fric-frac, avec une oreille extrêmement fine et une prodigieuse habilité. On le teste en lui demandant d’ouvrir tous les coffres forts d’une grande banque de Cayenne. Dans un premier temps, Baptistin qui comprend bien ses intérêts, exige un temps de préparation : remise à niveau de son ouïe pendant huit jours durant, par des concerts, la femme du directeur de la banque au piano jouant Chopin. Il semble aussi que la domesticité féminine de la maison du banquier qui l’héberge l’aide dans sa préparation. Il y gagne le surnom de « sabre au clair ». (Nous allons jeter un voile pudique sur cette partie de la préparation). Il est loin des cailloux à casser et de son cachot de bagnard.

La préparation a fait son effet et Baptistin ouvre chambre-forte et coffres de la banque en un tour de main.

Il s’agit maintenant d’amener notre bagnard à Berne grâce à un scénario à toute épreuve.

On le ramène en Europe en brouillant les pistes. Faux papiers vénézuéliens en poche, il embarque sur un paquebot neutre, argentin. Il s’engage dans la troupe de danseurs de tango en tournée européenne. Il apprend rapidement quelques rudiments de cette danse. Mais il ne parle pas espagnol. Renaud l’espion qui le chaperonne décide de le faire passer pour muet. Arrivé à Barcelone dans une Espagne neutre, il est pris en charge par une « agence de placement » en fait une officine de couverture des Services Secrets français.

Entre dans le jeu, l’appât, une voyante, une aventurière espagnole Raya, tombée dans les griffes des services français pour avoir tenté de faire passer de l’opium à la frontière. Un oubli du délit et une coquette somme d’argent arrondissent le chantage. Elle simule un accident de voiture qui l’oblige à se déplacer dans un fauteuil roulant et à engager un ambulancier et un chauffeur. La presse espagnole raconte l’accident. Bien entendu, l’agence de placement lui procure ces deux serviteurs, le bagnard et le capitaine-espion.

Pourquoi une voyante ?, La femme de l’ambassadeur d’Allemagne en Suisse a un fils aviateur disparu sur le front français. Elle consulte toutes sortes de charlatans pour savoir ce qu’est devenu son enfant. Raya est connue en Espagne mais pas en Suisse. Alors il faut lui construire de toute urgence une réputation.

Le trio part pour Paris. On monte deux ou trois affaires où de faux voleurs, en fait des espions, volent à des personnalités des bijoux dont Raya retrouve la trace par simple voyance. La presse est mise à contribution.

A l’occasion et grâce à une impunité sans faille,  Baptistin renoue avec d’anciennes connaissances et en profite pour régler quelques comptes.

Pour passionner les foules, le summum sera l’affaire Rosengart. Celui-ci, un grand industriel a une épouse cliente de Raya, mais surtout une maitresse. Les services secrets français ont évidemment un dossier sur la liaison. La voyante va donner petit à petit à l’épouse les détails de la liaison de son mari. Poussée à bout, la femme tire un chargeur de révolver sur la maitresse. La presse en fait ses choux-gras !!

Des personnalités telles Barrès, Proust deviennent client de Mme Raya et s’en vantent sur la demande du gouvernement. Il faut à tout prix que la réputation de la voyante dépasse les frontières !

Le trio part pour Genève pour consulter un chirurgien célèbre, spécialiste des os : la jambe de Mme Raya aurait du mal à se «ressouder ».

Peu de temps après, une grande dame, voilette sur le visage, vient consulter Raya. C’est la femme de l’ambassadeur d’Allemagne. Le poisson est ferré…

Pour entrer en contact psychique avec le fils aviateur, Raya doit voir les lieux où il a vécu, c’est-à-dire l’ambassade de Berne.

Durant deux mois, le trio se rend quotidiennement à l’ambassade, endormant ainsi la sécurité allemande.

Baptistin est heureux : liberté, confort, belle vie, faveurs des femmes qui trouvent en lui un danseur muet plein de qualités… Mais Raya s’est pris de pitié et d’amitié pour l’ambassadrice. Et les services secrets allemands montrent des signes inquiétants d’intérêt….

La fête nationale suisse le 1er août offre enfin une occasion rêvée. Les bureaux des ambassades sont vides, les officiels, diplomates, hommes d’affaires, marchands d’armes banquettent, dansent, oubliant les soldats et cette guerre qui n’en finit pas. Les services secrets français ont fourni à Baptistin des outils spécialement conçus par le meilleur ingénieur-serrurier de l’époque, formé par l’Ecole des Arts et Métiers et la maison Fichier. Il s’agit de photographier les documents et non de casser. Le coffre s’ouvre facilement … Mais dedans pas de documents pouvant incriminer Caillaux. En revanche, le code de la marine allemande s’y trouve. Un document de la plus haute importance : le gouvernement français pourra anticiper les déplacements des sous-marins allemands, mettre fin au blocus des côtes.

De retour en France, Baptistin sera félicité et gracié par Clemenceau. Mais s’il est réhabilité dans ses droits civils, il est envoyé soldat de première ligne !

Baptistin demande une permission de deux ou trois jours pour raisons personnelles et familiales, permission accordée. Il est encore sous la surveillance du capitaine-espion dont la sœur a une liaison avec l’ex-bagnard.

Trois jours plus tard, on retrouve dans les coffres du célèbre joaillier Melerio rue de la Paix les outils si pratiques confiés à Baptistin par les services secrets français. Un petit mot : « un coup pour vous, un coup pour moi, nous sommes quittes ». On ne le reverra jamais.

Raya, peut-être, l’attendait de l’autre côté de la frontière ,,,

Cette histoire est trop belle pour ne pas être vraie, au moins en partie. En temps de guerre, l’espionnage est une occupation plus que naturelle. D’autres auteurs ont écrit sur Baptistin Travail, l’as de la cambriole. A-t-il vraiment existé ? Sous ce nom ? Et la haine entre politiciens prend parfois des tournures incroyables.

D’après les archives judiciaires il y a bien eu  un coffre à ouvrir, mais à Florence en Italie, coffre que Caillaux avait loué en décembre 1915. On va y trouver une étude sur les responsabilités de la guerre, des notes sur ses refus, sur une éventuelle réforme de la constitution, des lettres personnelles, en particulier une correspondance avec un agent double qui essaie de le persuader en vain de négocier avec l’Allemagne, quelques bijoux, quelques titres que la presse qualifie d’argent de la trahison…. Le Président de la République aimerait bien envoyer son « ami d’autrefois » dans le fossé de Vincennes où l’on fusille les traitres, mais le capitaine-instructeur Bouchardon a beau faire du zèle, interroger espions, traitres, presse allemande… il n’avance pas. Chaque piste se perd. On aboutit à un procès avec une sentence mi-figue mi-raisin. Trois ans, c’est la libération immédiate.

Caillaux reviendra au pouvoir. En janvier 1925 il est amnistié et devient trois mois plus tard ministre de Finances. En 1937-38, il participe au renversement du gouvernement de Léon Blum, se séparant ainsi de la gauche qui avait été son soutien dans la tourmente et dont il avait été l’un des symboles. En 1940 il vote les pleins pouvoirs à Pétain, puis s’enferme avec son épouse dans leur maison de Mamers. Il refusera de voir le moindre Allemand, de se rendre à Vichy, silencieux à jamais. Il décède en 1944.

 

Sources et pour en savoir plus : Alexis Lecaye Le Bagnard, la voyante et l'espion, Fayard, 1984 ; réédition, Le Livre de poche no 5936, 1984---  F. Dumas-Vorzet (Auteur), Faralicq (Auteur)Baptistin Travail, l'as de la cambriole. Préface de M. Faralicq [Texte imprimé] / F. Dumas-Vorzet Paris, impr. E. Ramlot et Cie ; libr. Bernardin-Bechet, 1931. (19 août.) In-8, 24 p. 8 fr. [9667]Collection Les Grands Criminels  Identifiant de la notice  : ark:/12148/cb32056431h—Historia avril 1983 n°437

 


samedi 4 juin 2022

Religions en Uzège

 

(barque des Saintes-Marie office du tourisme-église des Saintes-Marie)

Religions en Uzège et Gard…

Il y a quelques années le père Léonide du Patriarcat de Kiev (Ukraine) écrivait un texte sur les religions chrétiennes en Uzège dans la Nouvelle Cigale Uzégeoise de juin 2011.

L’œcuménisme en Uzège n’est pas un vain mot : catholiques, protestants, orthodoxes se côtoient, en un consensus culturel, social, cultuel. Oubliées les guerres de religion qui ont dévasté nos sociétés ? Ou bien tellement présentes dans la mémoire collective qu’il nous faut tout faire pour ne pas recommencer ?

Le monde romain influença les peuples de la Gaule. Très présents chez nous, les commerçants grecs, phéniciens apporteront aussi leurs cultures… Les religions les plus diverses vinrent s’agréger petit à petit au tronc commun celte, puis gaulois, avec des cultes variés…. Apollon, Diane, Cernunos,  Belen, Sequana. Des lieux de cultes aux dieux phéniciens El, Baal, Adonis.. Des hommes seront même divinisés par les Romains comme les deux fils  de l’empereur Auguste au 1er siècle de notre ère, par le fameux temple de la Maison Carrée de Nîmes.

Vers l’an 34-37 (ou vers 45 selon les légendes) après la mort du Christ  arrivèrent sur nos côtes méditerranéennes certains de ses disciples : Marie-Madeleine, les deux Marie (Salomé et Jacobé), Marthe ( ?), Lazare, Maximin, Saturnin, Trophime, Nicodème et Joseph d’Arimathie pour les plus connus. La légende nous dit entre Marseille et les calanques. Légende ? Il est assez probable que des disciples de Jésus quittèrent la Palestine pour des cieux moins dangereux. Combien ? Nous ne le saurons sans doute jamais, la gestion des migrants n’était pas encore dans les tuyaux ! Mais les légendes naissent toujours de faits réels, rapportés, re-rapportés, racontés, déformés par le temps et les conteurs, les rumeurs…. Il faut se rappeler que les premiers chrétiens étaient persécutés par les romains mais aussi par des juifs « intégristes ».

Lazare, Joseph et Nicodème se dirigèrent vers Lyon (Lugdunum) ; Lazare s’y installa, les deux autres se dirigèrent vers la Bretagne, et le Somersert actuel.

Les femmes s’installèrent un temps aux Baux. Puis Marie-Madeleine se fit ermite à la Sainte Baume. Les deux Marie arrivent dans le petit village des Saintes-Marie de la Mer avec leur servante Sara. Tous évangélisent portant la parole. Le temps des martyrs était là. En 177 Potin le premier évêque de Lyon, puis Irénée en 202-203 le porteur de paix en grec, évêque de Lyon meurent persécutés. Entre parenthèses ce n’est pas comme on l’entend parfois, Marie-Madeleine qui s’attaque à la tarasque de Tarascon mais bien Marthe de Bethanie venue de Judée.


(Marthe domptant la Tarasque, peinture du xviiie siècle Musée des Arts et traditions populaires.-19-5-2011 auteur JPS68 phtoshop scan book)

A partir de là des petites communautés chrétiennes se forment, s’organisent, souvent persécutées. En Arles un premier concile de Gaule en 314. L’Edit de Milan est promulgué en 313 par l’empereur Constantin : chacun a la liberté de culte, l’empereur n’est plus divin. En fait le texte est de Lucinius en date de 311. La christianisation est très inégale selon les régions. En 312 Rome comprend environ 10% de chrétiens, en Egypte autour de 20%, en Gaule, Espagne, Italie, les chrétiens ne représentent qu’une minorité. Mais si l’empereur Constantin n’était pas un converti enthousiaste, c’est l’élite intellectuelle, administrative qui va en se convertissant en premier, entrainant l’adhésion de la population, clientèle, domestiques, esclaves…

En 393 l’évêché de Nîmes comprenait tout le pays des Volces Arécomiques : le Gard plus une grande partie du département de l’Hérault. En 419 on en détache le diocèse d’Uzès. En 419 l’évêque d’Uzès est Constanatius (Constance) d’une vieille famille gallo-romaine. Il participe au concile d’Orange de 441.

Vers le IVème siècle, de nombreux ermites s’installent en Uzège. Ils viennent pour la plupart d’Orient, de Grèce, de Syrie, de Chaldée. Rites, langue religieuse ne dépendaient pas de la centralisation romaine, échappaient à la tutelle latine.

Les grottes au-dessus du Gardon vers Collias seront des lieux de cultes bien avant le christianisme. Tour à tour, celte, grec, romain, phénicien…et même peut-être égyptien par une importation grecque ou phénicienne. Nous avons des filles prénommées Isis encore au 15ème siècle bien que catholiques.

(grotte de St Vérédème Collias-Gard)

Un ex-voto du 1er siècle en latin en témoigne : « Lucinia Acceptilla fille de Publius a élevé à ses frais en ex-voto cette chapelle à Aramon ». Ce site de Collias sera utilisé par des ermites jusqu’à la fin du 18ème siècle. Saint Vérédème s’y installe vers l’an 700.  Auparavant il s’établit dans des grottes le long de la Durance, puis à Sanilhac sur la vallée du pont du Gard, rive gauche du Gardon. Il fait des miracles, guérit les malades et les boiteux. Il était grec, disciple de St Gilles, grec aussi. Tous les deux ils installèrent une chapelle dans un creux de rocher. Saint Vérédème fut évêque d’Avignon choisi par Saint Agricol précédent évêque. Ses occupations d’évêque ne l’empêcheront pas de faire une trêve pour vivre ses austérités d’anachorète en restant un temps dans sa grotte de Sanihac. Il est le saint des bergers de la plaine de la Crau et est invoqué contre la grêle et la sécheresse.

(StVeredeme.pdf (nemausensis.com)

L’ermitage de Saint-Roman remonte lui au Vème siècle. Proche de Tarascon et Beaucaire, il s’agit d’une abbaye troglodytique, conçue à la façon athonite, avec un style de vie monastique oriental qui s’inscrit dans la lignée des Pères du Désert. Les cavités naturelles seront aménagées et agrandies peu à peu.

Deux siècles plus tard, l’Abbaye adopte la règle de Saint Bernard et devient bénédictine. Une chapelle, des cellules monastiques et une nécropole le tout creusé dans le rocher. Au XIème siècle la communauté passe sous la tutelle de l’abbaye de Psalmody près d’Aigues-Mortes, sous l’autorité des acémètes : religieux qui prient de façon continue, caractéristique des pères du désert, ce que l’on appelle le martyre blanc. Les pèlerins viennent se recueillir sur les reliques attribuées à Saint Roman et Saint Trophime. Au XIVème siècle elle se fortifie par un fossé et des murs élevés ; elle devient alors un collège pour adolescents sous la houlette du pape d’Avignon Urbain V. L’abbaye sera vendue à un particulier vers la fin du 16ème siècle.

Le site intéresse les historiens et archéologues et à partir des années 1960 il est fouillé. La ville de Beaucaire en devient propriétaire en 1988 et en 1991 elle est classée Monument Historique.

(tombes)

(photos office du tourisme Beaucaire-abbaye SaintRoman)

L’Uzège résonnera religieusement aux accents de l’Eglise Orientale pendant toute la période du 1er au VIIIème siècle. La langue religieuse ne sera le latin que plus tard, pour des raisons « sociales », le latin étant alors parlé par la majorité.

Encore maintenant, l’Eglise Orthodoxe est présente dans notre région. Le monastère de Solan en est un exemple, havre de paix, de culture et d’agriculture bio. La chapelle Saint-Vérédème de Saint Maximin au rite dit occidental, la chapelle en bois de rite slave de St Laurent la Vernède-Flaux pour les émigrés russes, ukrainiens, roumains et pour les Français…..

En espérant d’autres rapprochements qui prendraient en compte d’autres religions présentes : le Monde a besoin de tous !!

Sources : La Nouvelle Cigale Uzégeoise juin 2011 « L’orthodoxie en Uzèège Passé et actualité Père Léonide Achard Patriarcat de Kiev—wikipedia.org--/www.tourismegard.com/sanilhac-sagries/la-baume-et-saint-veredeme-site-classe/tabid/2856/offreid/71341f1c-d798-4b2b-b7bd-8b7de1c84f35---Saint Vérédème (eoc-coc.org)--- StVeredeme.pdf (nemausensis.com)--