vendredi 22 mai 2026

Le Fort de Peccaïs

  


Le Fort de Peccaïs

Voir et revoir ---pour préparer le voyage à Aigues Mortes du 30 mai--


Un monument à visiter au cœur de la Camargue, bordé d'étangs aux envols d'oiseaux, au clapotis de fleur de sel, aux horizons infinis....
Le fort de Peccais ou Peccaï en provençal est une construction du 16ème siècle, au cœur d’une nature languissante et silencieuse, proche d’Aigues-Mortes en Camargue. Etrange construction au milieu des marais. Bateau fantôme qu’on imagine peuplé d’êtres d’un autre univers.  Le delta du Rhône autrefois fut hérissé de forts et de tours de guet au gré de la mouvance des cours d’eau qui ont modifié constamment la géographie de la Camargue. Le fort et l’abbaye de Sylveréal construit sous le règne d’Henri III en 1577, détruit puis rebâtit au 18ème siècle, l’abbaye de Psalmodi, celle d’Ulmet à l’est de l’étang du Vaccarès ne sont plus que dans nos mémoires… la tour Saint-Louis à Port Saint Louis du Rhône, construit vers 1737 encore debout. La Camargue affamée de pierres engloutit les œuvres des hommes dans ses sables.
Tour Saint-Louis
Le fort de Peccais est inscrit monument historique par arrêté du 13 décembre 1978. Il est en fort mauvais état, longtemps ignoré même des habitants d’Aigues-Mortes. Il est vrai que la promenade n’est pas de tout repos : c’est le royaume des moustiques et des arabi, petites mouches très actives.
ruines de Psalmodi

Le fort est situé au cœur du marais de Peccais, marais salant exploité dès l’Antiquité et même probablement dès l’époque néolithique. De ce marais sont nés les Salins du Midi au 19ème siècle. Une si longue exploitation et peu de vestiges certainement détruits au fur et à mesure de l’utilisation du site. Des céramiques grecques du VIème et Vème siècle avant notre ère ont été malgré tout trouvées sur le site, prouvant l’exploitation et le commerce du sel du delta du Rhône.
Peut-être un ingénieur romain du nom de Peccius serait à l’origine du nom de ce marais. Il aurait été en charge de l’exploitation des salines.
 
Grenier à sel Moyen Age -BNF
 
Au Moyen-Age, l’abbaye du sel, Psalmodi, possédait en partie les salines de Peccais qui faisaient sa richesse. Encore aujourd’hui, une terre jouxtant le fort s’appelle la « plaine de l’abbé », souvenir de cette possession monastique. Le reste des terres de Peccais appartenaient aux seigneurs d’Uzès et d’Aimargues qui les inféodèrent à des petites propriétaires tout en se réservant le droit de septain, c’est-à-dire le septième de la récolte. Un seigneur de Saint-Quentin la Poterie notre voisine, possédait un bout de cette terre si convoitée, terre qu’il échangera contre une tour de son château, tour que le roi Louis VIII possédait on ne sait pas pourquoi, peut-être un résidu de la croisade contre les Albigeois.
(grenier à sel Moyen-Age)
Une convention entre le seigneur d’Uzès et les moines établissait un règlement commun pour l’exploitation des marais. «…. les mesures, boisseaux ou setiers employés dans leurs salins respectifs seraient de même dimension et que les ouvriers chassés de la propriété des uns ne seraient point reçus dans la propriété des autres… » . Il semble que l’exploitation d’un nouveau salin, le Salin de l’Abbé » date de cette époque. La Confrérie du Sel de Mer date du 12ème siècle. Elle est réactivée actuellement avec un Grand Prévôt, trois membre de droit les « protecteurs-nés ». Elle tient son chapitre pour la fête de la Saint-Louis avec l’intronisation de nouveaux chevaliers et ambassadeurs.
( Départ de la septième croisade d'Aigues-Mortes, sur un chenal creusé dans le marais de Peccais)
Puis arrive le roi Louis IX, Saint-Louis, qui a des vues sur le secteur pour construire Aigues-Mortes, son port pour embarquer vers l’Orient. Dès 1244, les maçons d’Alès sont requis pour travailler « sous peine de leurs personnes et de leurs biens ». En 1248 le roi achète une partie des terres de Peccais à l’abbé de Psalmodie. Le pape Innocent IV autorise la transaction avec l’évêque d’Uzès (archives nationale J295n°12 Layette III p45 n°3706 et archives départementales du Gard H 109 n°12) Le roi accorde aux habitants du secteur, le droit de prélever librement dans les salines le sel nécessaire à leur consommation.
Philippe III son fils achète aux Hospitaliers la Terre des Ports à l’ouest de Psalmodi en 1272. Son petit-fils Philippe le Bel en 1290/92 récupère à l’est du territoire les terres seigneuriales en échange de divers châteaux de la région. Ainsi Bermond d’Uzès en cédant ses droits sur Peccais devient seigneur de Pouzilhac, Saint-Martin-de-Jonquières et Remoulins, ville verrou sur le Gardon et le Rhône proche. Le roi donne les salins en fermage contre le septième de la récolte. Des fortunes vont se construire sur le droit d’exploiter à ferme les salines. Un grand négociant du 14ème siècle Francesco di Marco Datini, finança le retour du pape Grégoire XI à Rome contre le droit d’exploitation de Peccais, avec son associé Nastagi di ser Tommaso : le sel entreposé et vendu à partir des greniers à sel de Beaucaire, Orange, Pont Saint esprit remontait le Rhône et fit de Datini une puissance économique incontournable alliée aux drapiers, autre puissance économique de l’époque…. Nous sommes dans les années 1367-1376.
(Aigues-Mortes Porte de la Reine ou de Peccais- une glacière sur le devant).
Pendant la Guerre de Cent Ans, les Bourguignons tiennent la ville d’Aigues-Mortes. En janvier 1421 les troupes royales les attaquent avec succès les soldats bourguignons qui sont passés par les armes et la légende dit que leurs corps sont entassés dans la « Tour des Bourguignons » en plusieurs couches bien salées en attendant d’être enterrés.
Dans les années 1500, l’exploitation s’intensifie. François 1er en 1532 fait creuser un canal qui relie les salins à la mer. C’est le chenal du Grau-Henri qui s’ensabla rapidement. Il restreint aussi le droit des habitants d’Aigues-Mortes à prendre du sel pour leur consommation en fixant un plafond. Ce sera le résultat d’une longue procédure entre la ville et le roi qui ne put abolir la franchise accordée par Saint-Louis.
En 1546, les salines s’agrandissent : le Grand Prieur de Saint-Gilles fief de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem construit le salin de Saint-Jean dans un étang proche de Peccais.


Mais il faut lutter contre la contrebande et le pillage des salins. Le roi a le monopole de la distribution du sel qui assure une source importante de revenus par le biais des impôts (la gabelle).
Enfin en 1568, la construction du fort de Peccais est décidée pour protéger les salines et les canaux qui servent au transport. Pirates, pilleurs, contrebandiers infestent la Camargue et nos côtes. Les « barbaresques » venaient s’embusquer dans les bras du Rhône pour attaquer les bateaux qui venaient à la foire de Beaucaire. François 1er d’ailleurs exemptera de toute peine le meurtre de ces pilleurs même en cas d’erreur de la part du meurtrier ! Des braconniers de poissons en feront les frais… Le sel est le principal mode de conservation des aliments. Celui qui domine l’exploitation du sel domine l’économie. Le sel va générer des conflits entre pays mais aussi entre provinces : contrôle des voies de passage pour le transport du précieux ingrédient, installation de monopole, utilisation du sel comme arme entre belligérants, développement du transport maritime et des échanges commerciaux…arrivée des harengs de la mer du Nord sur le marché européen !

Ce fort à quelques 5 kilomètres de la mer, était là pour maintenir l’ordre dans ces temps troublés des Guerres de Religion naissantes. Il était essentiel pour l’économie de la Camargue, dont le sel et la pêche étaient les seules sources de richesse. Et puis, Aigues-Mortes était située entre la Provence et le Languedoc, avec le Rhône, voie de transport. Il va suivre de très près notre Histoire, prenant toute sa place dans les épisodes sanglants des guerres de religion. Pendant  longtemps ce secteur sera la plaque tournante du commerce, des déplacements, des enjeux politiques.
(au fond les camelles blanches de sel)
160 mètres entre les pointes des deux bastions est-ouest, des fondations supposées sur pilotis comme la Tour de Constance d’Aigues-Mortes. Des archives du 17ème siècle nous décrivent une porte monumentale à fronton, trois corps de bâtiments autour d’une cour centrale, des logements pour le gouverneur, le major, la troupe, des hangars, des magasins, une boulangerie, une petite chapelle. Deux citernes de grande capacité surmontées d’une petite coupole. Une glacière très utile dans ce pays où l’eau était saumâtre et le soleil de plomb. La glace venait des Cévennes. Un lieu insalubre où sévissait le paludisme. En 1742, on trouve dans les archives le curetage du fossé et de l’avant-fossé pour « enlever toutes les vases qui corrompent l’air et nuisent à la santé de la garnison »..
Tout cela a disparu pour servir de carrière aux Camarguais. Il ne reste qu’un quadrilatère flanqué aux quatre angles d’un bastion, un fossé et un contre-fossé que l’on devine. Tapi dans les salicornes et les tamaris nains. Peu visible dans les vastes horizons plats camarguais.
En 1569, le fort est un temps aux mains des protestants.  Peccais est constamment disputé entre troupes catholiques et soldats huguenots. Le roi envisage de démolir le fort, mais Montmorency désobéit et le fait réparer. En 1598, sous le roi Henri IV, le fort devient place de sûreté et est confié au pouvoir des protestants avec une garnison de 18 hommes. Montpellier et Aigues-Mortes reçoivent une garnison de 128 soldats, la Tour Carbonnière, trois hommes. C’est en 1599 que Henri IV crée le poste de contrôleur général en Languedoc, qui remplace les Visiteurs de Gabelle, emploi crée en 1411 et ancêtre de notre percepteur.
 
Le fort abrite parfois des personnages hauts en couleur. En 1627 pendant la guerre de religion déclenchée par Rohan, le gouverneur protestant de Peccais Jacques Gautier seigneur de Saint-Blancard, lieutenant de Rohan, s’autoproclame amiral du Levant, arme des bateaux et entreprend la guerre de course, pillant nos côtes jusqu’à l’Ile de Ré où il trouvera la mort.
(Porte de la Reine ou de Peccais- remparts d’Aigues-Mortes-gravure 19ème –anonyme BNF)
Le gouverneur suivant Charles de Saint-Simon de 1634 à 1644 ne mettra jamais les pieds à Peccais. Mais le roi ordonne en 1636 des réparations importantes du fort. L’intendant des fortifications d’Argencourt nous a laissé un devis qui laisse entendre qu’il s’agit de réparations importantes, peut-être une reconstruction. Un impôt est levé sur tous les contribuables du Languedoc pour ces réparations, 36 000 livres au moins. Ce tribut plus la gabelle, des émeutes ensanglantent notre province. Celle de Carcassonne aboutit en 1657 à la décision de justice très lourde : les cloches qui avaient sonné le tocsin seront fondues, la ville écope d’une très forte amende, ses foires et marchés sont supprimés, la maison consulaire rasée, plus de grenier à sel, canons transférés, des peines de mort…. Heureusement cette sentence ne sera pas appliquée dans sa totalité car il faut préserver l’essor économique de la ville.
D’autres réparations du fort auront lieu au 17ème siècle, mais il a perdu de l’importance. Sa présence ne décourage pas les faux-sauniers. La contrebande était pourtant punie par l’envoi aux galères ou de peine de mort en cas de contrebande armée. En 1637 l’intendant du Languedoc se plaignait des difficultés à lutter contre les faux-sauniers : « les marais remplis de roseaux et de broussailles qui leur servent d’entrepôts et de retraite leur donnent une sûreté à n’être pas découverts… ». « Ils se servent des petits bateaux utilisés pour la chasse aquatique… ».
A la fin du 17ème siècle dix-sept salins étaient en activité dans le marais de Peccais : L’Abbé, Les Aubettes, Bourbuisset, Les Brassives, La Courbe, La Donzelle, Les Étaques, La Fangouze, La Gaujouze, Le Gay, La Lone, Le Margagnon, Mirecoule, Roquemaure, Saint-Jean, Les Tuillières et Les Terrasses. Un consortium de propriétaires sauniers est créé en 1716 ; l’Eglise ne s’associe pas à cette société. Elle possède encore les salins de l’Abbé et de Saint-Jean. Un syndic élu tous les ans gère l’exploitation commune. Plus tard l’évêché d’Alès propriétaire du salin de l’Abbé les rejoignit.
La garnison du fort en 1775 n’était composée que d’une compagnie d’invalides. La Révolution en 1790 décréta les salins de Peccais propriété de l’Etat. Puis ils seront restitués à leurs propriétaires sauf ceux de l’Abbé et de Saint Jean qui restent dans le giron de l’Etat. Comme à bien d’autres endroits, la bourgeoisie montpelliéraine achète les salins classés biens nationaux.
L’abolition de la gabelle en 1791 signe la fin du fort qui va tomber en décrépitude.


Porteurs de sel --Groupe Salins

Au début du 19ème siècle, le fort est déclassé. Après les grandes inondations du Rhône de 1840 et 1842, une société Renouard et Cie de Montpellier rachète et exploite les salins des marais de l’Abbé et de Saint Jean. En 1842 Achille Durand fermier du salin de Villeneuve convoque en assemblée générale les propriétaires des autres marais qui en 1847 s’associent dans une première Compagnie des Salins. Les débouchés commerciaux sont favorisés par le développement des chemins de fer, l’apparition des bateaux à vapeur sur la Rhône et surtout par les besoins de l’industrie naissante de la soude. En 1856 la Compagnie des Salins du Midi est créée par Auguste Renouard avec son siège social à Aigues-Mortes. Cette société va prospérer et prendre le contrôle et la propriété de tous les salins de la côte méditerranéenne française. La situation est plus fluctuante depuis quelques années. Mais c’est une autre histoire que nous compterons peut-être ici un jour.

Pendant la guerre de 1914-1918, le fort sert de prison. Nous avons vu précédemment que le marquis de Baroncelli en a été le pensionnaire bien malgré lui.

Les troupes allemandes d’occupation pendant la seconde guerre mondiale s’installent dans le fort, construisant à l’intérieur du bâtiment plusieurs petites casemates et un fortin plus important à l’extérieur, proche de l’entrée. Le fort devient ou redevient un emplacement stratégique contre un éventuel débarquement. A la Libération ces ajouts seront dynamités, laissant des ferrailles tordues et des blocs de béton, témoins d’un proche passé.

En 1978 les quelques vestiges et le fossé sont classés à l’inventaire général des monuments historiques. La Cie des Salins du Midi cède le site en décembre 2012 au Conservatoire du Littoral. Des travaux sont envisagés par le Conservatoire des Monuments Historiques.

A visiter à Aigues-Mortes les Salins et son petit train, ses camelles, ses installations….
Tout est salé : les bons mots, l’histoire un peu leste, la note du restaurant, la correction, l’impôt, la peine salée qui condamne le demi-sel, peine prononcée par un juge poivre et sel. Et même le mari paresseux qui selon la coutume, devait être salé au lieu de sa paresse pour lui rendre sa vigueur. On n’oublie pas le salaire (part de sel attribuée au soldat romain), la sauce, le saucisson, la salade….. On en trouve d’autres ?
Plan Aigues-Mortes gravure de Belin 1764 BNF


Sources : Henri-Paul Eydoux Monuments Méconnus Provence 1978  édit Librairie Académique Perrin --  Christiane Villain-Gandossi Les salins de Peccais au 14ème siècle d’après les compte du sel de Francesco Datini Annales du Midi 1968 + Comptes du sel Paris 1969 collection des documents inédits sur l’Histoire de France VolVII –Ménard Histoire de Nîmes archives nationales J295 n°33  Preuves p 388 + Pagézy – Jean Raybaud Histoire des Grands Prieurs de Saint-Gilles 1904 édit Abbé Nicolas Nîmes in 8è T1 p188 – wikipedia –photos collection privée + France-voyage, tripadvisor.fr -- Guilaine (J.) et Fabre (D.), dir, Histoire de Carcassonne, Privat, 2001.-- Jean-Félix Cuny  Le Sel que j'aime édit Hachette Art de Vivre ---Groupe Salins --Aigues-Mortes Musée du Sel --





jeudi 21 mai 2026

Saint Louis et Aigues Mortes

 


Aigues Mortes et Saint Louis


Pour préparer le voyage à Aigues Mortes du 30 mai -- blog du 24/1/2021

Une légende tenace veut qu’autrefois la mer vienne lécher les remparts d’Aigues-Mortes.

Porte de la Reine ou de Peccais-

remparts d’Aigues-Mortes-gravure 19ème–anonyme BNF)

Et pourtant comme son nom l’indique, Aigues-Mortes ou Eaux-Mortes se situe au fond d’une lagune, d’un étang. Au 13me siècle, le lido ou cordon littoral se trouve pratiquement au même endroit que maintenant. Peut-être un canal reliait le village à la mer et un port se trouvait sur la rive droite du Grau-du-Roi, approximativement dans ou vers le quartier du Boucanet.

Nous sommes injustes en ne voyant en Louis IX ou Saint-Louis qu’un monarque très religieux, même un tantinet fondamentaliste. Il faut reconnaitre que son entourage féminin ne l’a pas aidé à afficher une vision plus sereine de sa foi.                                           (Tour de Constance ou Tour du Roi)

Comme son père et son grand-père il avait compris que l’unité du pays, l’ouverture du royaume sur la Méditerranée étaient essentiels à la gestion du pays. La Provence et ses ports faisaient partie de l’Empire Romain Germanique. Le Languedoc, lieu de passage entre l’Espagne et l’Italie pour d’éventuelle soldatesque et pour les pèlerins, était devenu français depuis peu, après la croisade contre les Albigeois et le mariage de la dernière descendante des comtes de Toulouse avec Alphonse de Poitiers, frère du roi. L’Aragon lorgnait toujours sur cette province. L’Angleterre y viendra lors de la guerre de Cent Ans. Et des petits roitelets languedociens qui avaient donné du fil à retord aux troupes royales lors de la croisade Albigeoise, devaient être mis au pas. D’autant plus que la plupart détenait des salins, et Louis IX, «  roi du sel » avait aussi compris que le sel devenu royal permettrait d’engranger des impôts juteux.

Bref Louis IX à la suite de son père avait déjà un pied à Beaucaire où il installe un sénéchal, donc son administration ou super-préfet et en achetant Aigues-Mortes il ouvre le royaume sur la Méditerranée et sur son commerce, en particulier avec les commerçants italiens.

Aigues-Mortes devient donc le premier port français en Méditerranée. Narbonne n’est pas encore très sûre politiquement, trop attachée pendant longtemps aux comtes de Toulouse, Montpellier et son port de Maguelonne sont possessions aragonaises.

Le roi achète en 1240 un bout de terre aux moines de l’abbaye de Psalmodie. On sait que lors de la croisade de 1239, le roi de Navarre et le comte de Champagne embarquent à cet endroit. Mais à cette époque c’était les marines italiennes qui avaient la main mise sur le transport des troupes pour les croisade.


(St Louis départ dernière croisade-Enluminure des Grandes Chroniques de France 14ème siècle BNF Manuscrits Français 2813foio298verso 1370-73)

Dès 1244, les maçons d’Alès sont requis pour travailler « sous peine de leurs personnes et de leurs biens ». En 1248 le roi achète encore une partie des terres de Peccais à l’abbé de Psalmodie. Le pape Innocent IV autorise la transaction avec l’évêque d’Uzès (archives nationale J295n°12 Layette III p45 n°3706 et archives départementales du Gard H 109 n°12) Le roi accorde aux habitants du secteur, le droit de prélever librement dans les salines le sel nécessaire à leur consommation. (voir sur ce blog Le Fort de Peccaïs 13/7/2018)

Le 25 août 1248, première croisade du monarque, Louis IX s’embarque d’Aigues-Mortes pour la Palestine. Au bord de sa « grande nave », la Roccaforte, une nef de 38 mètres de long. L’accompagnent une trentaine d’autres navires et une centaine de bateaux plus petits. 25000 hommes, 8000 chevaux, une flotte impressionnante, parfois en bois des montagnes d’Alès.

Lors de la deuxième et dernière croisade de Louis IX en 1270, la ville n’a pas encore ses vingt tours et ses 1640 mètres de remparts. Les travaux vont débuter en 1272, avec Philippe le Hardi pour s’achever avec Philippe le Bel 30 ans plus tard.

Seuls la Tour de Constance ou Tour du Roi et le château disparu aujourd’hui sont construits en 1270. La tour devait être un phare-symbole de son règne, tour de défense affirmant la royauté. Ce sera le premier monument capétien du pays sur la Méditerranée.

L’activité maritime continuera après la mort d Louis IX. Les tours serviront régulièrement de prison dès Philippe le Bel pour incarcérer les Templiers. Mais c’est une longue histoire……..

Aigues-Mortes devient enfin port fluvial en 1806 grâce au canal du Rhône à Sète.





Fort de Peccaïs



Les salins d’Aigues-Mortes

Sources et pour en savoir plus : Jacques Le Goff  Saint Louis Folio, coll. « Folio Histoire », 1999, 1280 p. (ISBN 978-2070418305) --- Georges Duby, Histoire de la France des origines à nos jours, Paris, Larousse, coll. « In Extenso », 2003 (ISBN 2-03-575200-0).--- Jacques Le Goff, « Mon ami le saint roi : Joinville et Saint Louis (réponse) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, no 2, 56e année,‎ mars-avril 2001, p. 469-477 (lire en ligne [archive]).---Hervé Pinoteau, Saint Louis : son entourage et la symbolique chrétienne, Éditions du Gui, 2005, 240 p. (ISBN 2-9517417-4-X).-- Michel-Édouard Bellet et Patrick Florençon, La cité d'Aigues-Mortes, Éditions du patrimoine, coll. « Itinéraires », 2001--Frédéric Simien, Aigues-Mortes, tome II,III éditions Alan Sutton, 2007 (ISBN 978-2-84910-561-0).--Michel-Édouard Bellet et Patrick Florençon, La cité d'Aigues-Mortes, Éditions du patrimoine, coll. « Itinéraires », 1999, 56 p. (ISBN 978-2-85822-232-2)-- André Chamson, La Tour de Constance, Plon, 1970—wikipedia.org— photos collection privée sauf indications contraire.

Les Bourguignons salés

 Les Bourguignons salés :


Voir et revoir --pour préparer le voyage à Aigues-Mortes du 30 mai--blog du 4/8/2021--

«  Bourguignon salé, L’épée au côté, La barbe au menton, Saute, Bourguignon » nous dit la chanson.


Le petit village d’Aigues-Mortes connut un épisode dramatique pendant la guerre qui opposait Armagnacs et Bourguignons pendant la guerre de Cent Ans, les deux partis obtenant tour à tour l’avantage, mettant en péril le royaume…

(Tour des Bourguignons—officedu tourisme-aiguesmortes)

Nous devons la Tour de Constance d’Aigues-Mortes au roi Saint Louis. Elle aurait été construite sur l’emplacement d’une autre tour du même nom, Constance épouse du comte de Toulouse, fille du roi de France Louis VI.

En 1418, le prince d’Orange à la tête d’un détachement bourguignon envahit le Languedoc. Seule Aigues-Mortes résiste. Mais le seigneur gouverneur des lieux Louis de Malepue cède la place aux ennemis. Ces derniers étaient déjà maîtres de Montpellier, Nîmes. Il espérait jouer la bonne carte et y trouver fortune. Des habitants essaient de s’enfuir, rejoindre Beaucaire pour rallier les troupes du Dauphin. Les reitres bourguignons et les sbires de Malepue fouillent alors le village, massacrent les familles des fuyards. Tous y passent, hommes, femmes, enfants, vieillards. Et commença une occupation du village par la soldatesque bourguignonne.

Mais la roue tourna et les Armagnacs reprirent et nettoyèrent le Languedoc. Après Pont StEsprit, Nîmes, le Dauphin, le futur Louis XI, charge en son absence, Charles de Bourbon, comte de Clermont d’assiéger Aigues-Mortes. Le siège dura deux ans, le village avait d’énormes quantités de vivres. On usa, nouveauté, de quelques pièces de canon. Charles de Bourbon est un des compagnons d’armes de Jeanne d’Arc.

Mais les villageois n’avaient pas oublié de quelle façon les Bourguignons avaient accommodé les leurs. Leur deuil et leur loyalisme au roi avaient survécu aux longs mois d’occupation. L’heure de la vengeance sonna un jour de janvier 1421.

Le baron de Vauverbe se mit à la tête d’un groupe de villageois courageux. Ils se répartirent en petits groupes armés et attaquèrent dans leur sommeil les gardes des portes du village. Les portes sont ouvertes aux troupes de Charles de Bourbon. Le combat ne fit pas de quartier, on se battait pour tuer, sans pitié ni remords. On massacra tant de Bourguignons cette nuit-là que les cadavres s’entassaient dans les rues. Impossible de les dénombrer.

Dans l’impossibilité de les enterrer, et craignant une épidémie de peste si fréquente et si terrible en cette époque, on décida alors de les entasser dans la tour située à l’angle sud-ouest de la ville sous des monceaux de sel… La tour devient ainsi la tour des Bourguignons.

Le château est brulé et après un jugement rapide le gouverneur est décapité.

Aigues-Mortes retrouve sa splendeur et son économie avec Jacques Cœur vers 1440 : la ville devient une base de départ pour la flotte royale et devient le principal port d’approvisionnement pour les épices, le blé et le sel…

 

Sources et pour en savoir plus : Jean de Serre 1632 books/google.fr Inventaire général de l'histoire de France depuis Pharamond jusques à Louis -- ot-aiguesmortes.com/le-xveme-siecle---www.france-pittoresque.com/spip.php?article773—Jean Max Tixier  Veillée Provençales  p 95 édit Encre Bleue 1999--

 

 

mercredi 20 mai 2026

Les Jacquemarts

 

Quand les « jacquemarts » nous apprennent l’exactitude-- fay pas loujacomar ou histoire d’horloge


 
Le train tout au long du 19ème siècle modifie en profondeur notre façon de nous déplacer. Lorsque nous voyagions en diligence, nous avions le temps de nous rafraichir, manger et nous désaltérer à l’auberge de l’étape en même temps que les chevaux. Le cocher ne repartait pas sans nous. En 1840 nous avions encore en France autour de 20 000 diligences sans compter la malle-poste, les omnibus à chevaux. Avec le train, il nous faudra apprendre à respecter les horaires sous peine de collisions de trains.

Les horloges monumentales des villes et surtout des gares vont nous aider, parfois associées à un Jacquemart. Ces automates nous accompagnent depuis au moins  les 14/15èmes siècles, sonnant les heures, les offices religieux. . Les jacquemarts représentent un personnage, un animal en bois ou en métal frappant les heures sur une cloche.

Les premiers apparaissent en Italie à Orvietto en 1351. Ils fonctionnent grâce à des poids ou engrenages. Souvent le marteau s’arrête avant de toucher la cloche pour limiter l’usure des surfaces. C’est un marteau situé à l’intérieur qui frappe la cloche.

Plus tard ils décorent aussi des magasins, ou des hôtels de ville comme à Avignon. Ils amusent le passant tout en rendant service. Ils sont souvent une figure autoritaire. Une quarantaine encore en France. Les jacquemarts vont petit à petit se perfectionner (sonneries automatiques, fonctions astronomiques, carillons). Des figures très aimées des habitants.

Celui de Dijon est venu de Belgique en 1382, volé à la ville de Courtrai par le duc de Bourgogne qui avait mis la ville à sac. On  maria le Jacquemart en 1651 à Jacqueline, autre automate, puis un enfant va « naitre » de cette union en 1714, Jacquelinet, et une fille Jacquelinette en 1884 !!

Portrait de la famille Jacquemart vue du ciel © Stéphane Compoint--Jacquemarts Dijon--


Celui de Tiers représente l’artisanat de la ville, un automate sonnant les heures en forgeant une lame de couteau avec un marteau.

L'horloge à jacquemart de Benfeld se met en mouvement toutes les heures. Photo DNA

 

 


 

 

Le Jacquemart de Nîmes installé en 1830 servait d’enseigne publicitaire à la boutique de MM berger, oncle et neveu, située au 6 de la place de la Mairie. Parfois appelé « le mandarin » à cause de ses moustaches ( ?), notre Jacquemart représente un personnage en costume turc. Les Berger étaient Horlogers Officiels de la Compagnie des Chemins de Fer.

Le journal « Le Courrier du Gard » du 17 juillet 1839 recommande aux voyageurs « de régler leurs montres sur la seule pendule régulateur dans le maga sin des MM Berger». Cela ne doit pas suffire car quelques jours plus tard, le journal indique que les portes des trains seront fermées cinq minutes avant le départ car les retards systématiques des voyageurs provoquent des « désordres indescriptibles, des risques de chutes, de perte de bagages… ». Le Jacquemart donnait les heures précises des gares de Nîmes et de Beaucaire mais c’était aussi l’horloge de référence pour tous les Nîmois, qui si l’on en croit la presse locale, « ne doivent pas trop se fier aux horloges de la ville ».

www..nemausensis.com--CARTES POSTALES ET PHOTOS ANCIENNES DE NIMES

 

Le transport de voyageurs par rail s’impose difficilement. Jugé peu pratique car il ne desservait pas tous les villages, angoissant car peut-être apportant des maladies. Il bouscule les habitudes. Et surtout il est vu d’un très mauvais œil par les corps de métier qui vivaient du transport en diligence, comme les auberges, maréchal-ferrant, charron, sellerie…. Et même les paysans qui fournissaient les auberges en victuailles. Et puis chaque diligence apportait des nouvelles, du mouvement dans les villages.


A Vallabrix nos élus votent en mai 1867 une motion enthousiaste pour la création d’une gare à La Capelle, village très proche du notre : « si nos villages ne sont point prospères, la faute au manque de débouchés pour nos produits ». Nos élus visaient essentiellement le transport de marchandises, nos blés, nos sables et phosphates, nos vins. Mais les Vallabrixois sont inquiets. A Nîmes une rumeur parle d’omnibus qui concurrenceraient les taxis hippomobiles de la ville (en fait ils arriveront vraiment en 1878-79). 

Jacquemart de Besançon

 Nos aubergistes renâclent : ils décident de ne plus servir les membres du conseil municipal ainsi que leurs familles. Comme certains faisaient aussi épicerie- tabac-dépôt de pain, c’était la révolution dans le village. Familles contre familles, cousins contre cousins !! A l’époque Vallabrix compte un peu moins de 400 habitants et 7 ou 9 cafés-auberges, donc tout le monde est concerné. Une bagarre sera même portée à la réflexion du juge de paix d’Uzès, des bancs, des bouteilles cassés, un tombereau de fumier sera déversé devant le portail d’un élu.


Les projets de gare chez notre voisine ainsi que le tracé d’une voie qui desservirait nos petits villages ont fait long feu. Heureusement ? La nouveauté a toujours du mal à être comprise !
 

En ce qui concerne notre horloge-Jacquemart de Nîmes, en juillet 1903, à Nîmes les propriétaires de l’immeuble du n°6, MM Coste et Pantel signent un bail de location de l’horloge avec la ville qui se charge de son entretien et fonctionnement. Prix de la location pour la ville de Nîmes, 100 F par an. Ce qui est peu étant donné que chaque jour, l’horloger municipal passe dans la pièce où se trouve le mécanisme.

Une restauration de l’immeuble en 1994 oblige à déposer l’automate. En très mauvais état, une copie est réalisée par les Etablissements Poitevin de St Privas Des Vieux spécialisés dans l’horlogerie monumentale. Le Jacquemart d’origine rejoint le Musée du Vieux Nîmes. Inscrit à l’inventaire du patrimoine, il devrait être cédé par le propriétaire de l’immeuble à la ville.



Coq automate des trois rois, cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, 1354--Il s'agit du plus ancien jacquemart conservé.

Photographie de Ji-Elle, Wikimedia Commons

 

Sources :  Georges Mathon--Le diseur d’heures R-P Delchevallerie, édition Jacquemart 2006--La Grande Aventure des Chemins de Fer Alain Frerejean- Flammarion - Internet Nemausensis.com/ Nîmes/XXèsiècle Georges Mathon – Gazette de Nîmes 25 décembre 2015 n°812-813 dossier Daphné Artho mas – archives municipales de Vallabrix–P Faustin Gouffet Vallabrix mon village natal p56- photo G Mathon – carte postale in MidiLibre 14-1-2014 J Roux et M Coumes d’après conférence de J M Rosenstein+ midilibre Uzès « Le Gard en diligence » - wikipedia.org