mercredi 6 mai 2026

Mathieu de Bargeton, seigneur de Vallabrix

 Mathieu de Bargeton, seigneur de Vallabrix


Les Bargeton apparaissent dans les textes de notre région très tôt. Nous pouvons penser que les origines de cette famille sont celles de paysans propriétaires terriens qui ont réussi socialement. Des Bargeton sont signalés dans la région de St Ambroix, Anduze dans les Cévennes en 1420. Ils sont marchands, bastiers (fabricants de bâts, essentiels pour le transport des marchandises par mules et mulets), apprentis apothicaire, notaire royal, ils achètent des terres, donc bien installés. Dans l’Uzège, ils apparaissent dès 1368 avec Antoine de Bargeton consul d’Uzès, un Mathieu, viguier en 1398, déjà attirés par les hautes fonctions. En 1509 un arrêt de la Cour du Parlement de Toulouse nous indique un Jean Bargeton, consul d'Uzès avec Raymond André, consuls nommés par le Sénéchal de Beaucaire (Beauquère).


En 1462, un Mathieu Bargeton est coseigneur de Montaren près de Vallabrix. Dans les compoix d'Uzès il est dénommé "Mathieu le Vieux". C’est un maître-drapier qui rêve d’anoblissement, comme la plupart des bourgeois enrichis de cette période. Il habite Uzès, Nîmes dans les beaux quartiers une maison proche de la Maison Carrée, un mas à Montpellier et fait partie de la clientèle du vicomte Louis de Crussol sous le roi Louis XI. Il est au siège de Perpignan (1463 ?) Nos rois aimaient se servir des réseaux des marchands, toile d'araignée organisée, discrète, sûre et qui savaient attendre les honneurs promis en contrepartie. Louis XI a eu ce bon mot : «en politique il faut donner ce qu’on n’a pas et promettre ce qu’on ne peut donner»!

Dans cette deuxième moitié du 15ème siècle, bon nombre de bourgeois seront anoblis. Mais ce n’est pas encore le cas pour les Bargeton. Mathieu le Vieux est représentatif d’une bourgeoisie qui domine les villes par ses activités artisanales, financières, immobilières, commerciales.

Ce même Mathieu Bargeton, Le Vieux en 1503 possède à Nîmes, une maison près de la Maison Carrée, quartier plutôt aristocratique : ses voisins étaient des seigneurs de Caissargues, de Caveirac, de Saint-Véran, de Marguerite, de Nage...vingt des familles de ce quartier figurent sur la liste des plus imposées et deux sont inscrites aux premiers rangs. 204 maisons, et 422 habitants dans ce secteur de Nîmes, des maisons avec jardins, généralement spacieuses. L'hôtel particulier du seigneur de Nage était appelé la "Grande Maison" avec ses 700 cannes carrées de terrain !! On comprend mieux l'ambition de Mathieu le Vieux

Le second Bargeton connu à cette époque est Ambroise Bargeton, né en 1506, médecin de Jacques de Crussol et de son frère Charles Il est diplômé de la faculté de Montpellier en 1530. Est-il un des fils de Mathieu le Vieux ? Les dates pourraient concorder. Une autre source lui donne pour père Pierre Bargeton, (fils de Mathieu le Vieux ?) et pour mère Marie d’Aymes, de la famille d’un coseigneur de Blauzac, qui s'est rendu célèbre lors de la Michelade de 1563 à Nîmes.). Ambroise sera aussi médecin de Jacques de Genouillac et Médecin ordinaire du roi François Ier. Il meurt en 1547 à Paris, ayant embrassé la foi réformée.

Mathieu le Vieux signe des actes avec son petit-fils, Mathieu le Jeune, baux, transactions... Il reporte semble-t-il son ambition sur son petit-fils qui est décrit comme écuyer. Le terme d'"écuyer" démontre, s'il était nécessaire, l'ambition familiale. Ce terme deviendra dans le langage commun et dans nos pays de droit écrit, un titre de noblesse surtout après 1579. Rêve de fondation d’une dynastie, aspiration qui sera contrecarrée par l’Histoire et ses ruses dès le milieu du 17ème siècle….

Mathieu le Jeune est anobli le 19 novembre 1533 par Lettres de Noblesse de François Ier signées à Marseille. Le roi rappelle les éléments qui permettent de faire de Mathieu un noble : il a bien servi le royaume et il possède quelques biens. Les biens nobles qu’il possède, il s’agit en fait d’une petite olivette de Lédenon sans dépendances achetée le 26 septembre 1528, terre qui autrefois était «décorée du titre de baronnie». Donc notre Mathieu le Jeune au moment de son anoblissement était plus proche de la roture que de la noblesse !! Dans ses lettres d'anoblissement il est fait mention de "grâce spéciale" de la part du roi François 1er, de service "tant de sa personne à l'encontre de nos ennemis et adversaires ». Toujours dans les lettres d'anoblissement, il est fait référence à des sommes d'argent "prêter" pour subvenir aux grandes affaires du royaume. Cela nous parait plus dans ses cordes. La famille de Bargeton a dû comme d'autres, participer à la rançon de 2 millions d'écus lors de la paix de Dames de 1529 pour racheter la libération de François 1er.

L'acte d'achat de l'olivette de Lédenon est signé dans le cellier de l'acheteur selon la coutume languedocienne de l'époque. Les deux parties, le vendeur Petrus Brunelli (Pierre Brun) et Mathieu Bargeton étaient sur place dans la cave (apotheca) à vin pour y boire "le vin du marché". L'achat de cette terre qui fut une baronnie est la première marche de la dynastie Bargeton vers la noblesse. La coutume de conclure une vente par un verre de vin se perpétuera jusqu'au 20ème siècle.

(La lettrine de Mathieu de Bargeton, le M surdimensionné très ouvragé indique qu’il est « Le » Mathieu de la famille des Bargeton, Ego, affirmation de la création d’une dynastie ??)

L'armorial d'Hozier nous indique que les lettres d'anoblissement de Mathieu sont scellées à la cire verte, expédiées à la Chambre des Comptes et enregistrées au Livre des Chartres n°91. Trois cents écus d'or sont payés au Trésor en mai 1534 pour finaliser l'opération.

Nous avons du mal à évaluer ce que représente cette somme. L'"écu au soleil" va fluctuer tout au long du siècle. L'afflux incontrôlé d’or d'Espagne entraine une inflation très préjudiciable à l'économie des pays européens. A partir de 1570-74, sa valeur est un peu plus stable grâce à une politique anti-inflationniste. Il semble que les 300 écus d'or représentaient une somme rondelette. En 1565, dix bœufs dontés (domptés, dressés) et aratoires (pour le labour) coûtent 92 écus d’or, donc l’anoblissement aurait coûté environ 30 bœufs !!

Mathieu le Jeune possède d’autres biens, roturiers ceux-là, car nous les retrouvons sur le compoix d’Uzès de l’époque : il est l’un de ceux qui paient le plus d’«impôts». Il caracole en tête des contribuables avec les Toulouse-Foissac, les Aymes, Sollier, Jean de Vaux...Sur le quartier de St Firmin d’Uzès il possède des prés joignant son moulin sous le pont de la Maladrerie (entrée actuelle d'Uzès sur la route de Bagnols), un moulin drapier sur l’Alzon. Toujours dans ce faubourg il est propriétaire de prés, olivettes, vignes et a pour voisin André de Vaux que nous retrouverons plus loin allié par mariage aux Bargeton. A Uzès sa maison est une des deux plus grandes. Ce sera la maison ancestrale où la branche Bargeton-Vallabrix se retrouvera. Elle est toujours debout, à l’angle de la rue de la République et de la place Dampmartin. A une époque elle allait jusqu’aux remparts, le boulevard maintenant.

Sur le quartier de Castille (actuellement route de Nîmes-Arpaillargues) il est propriétaire d’un mas avec une dizaine d’hectares. Le compoix d’Uzès du 16è siècle fait état de 39 biens sur cette ville d’Uzès. En 1541 un démembrement pour 17 fiefs (17 septembre) dans l’Uzège. Dans les comptes du diocèse d’Uzès de 1549  Mathieu de Bargeton doit payer 32, 788 livres de taille, et un apurement pour les années 1548 à 1552 le condamne à verser 13, 662 livres.

Mathieu le Jeune possède dans Uzès même, des prés et jardins, un moulin dans la vallée de l’Eure. Il a une « botique » devant laquelle en 1535 il sert de témoin à une transaction. (Cabinet des Titres de François Ier, BNF).. Les transactions ont encore besoin de témoins, malgré l'emploi de greffier et de l'écriture qui se développe. Précédemment l'habitude était de prendre des témoins relativement jeunes plutôt que trop âgés, pour qu'ils puissent longtemps servir de mémoire. Ici la transaction se fait "devant la botique", devant vraisemblablement d'autres passants-témoins, au grand jour. Nous ne sommes pas loin des poignées de mains de nos grands-parents qui scellaient ainsi un accord, il n'y a pas si longtemps!!

Autre exemple de l'importance des témoignages à cette époque :

L'original des Lettres de Noblesse des Bargeton est perdu et le 12 avril 1553 le juge d'Uzès après enquête délivre une copie conforme. Plusieurs témoins assurent sous serment avoir vu et «touché» le document original. Le contact physique avec le document est primordial, évacue le doute. Toujours la main qui engage, qui jure.

Dès 1537 il prend le titre de Baron de Lédenon, puis en 1541 il est qualifié de seigneur de Vallabrix, domaine qui est son fief principal et titre qui restera dans cette famille jusqu'au début du 19ème siècle.

Et dès 1536 Mathieu de Bargeton va étendre son domaine en commençant par Vallabrix. Il prend son rôle de seigneur très à cœur : «Il ne craignit plus de s’agrandir en faisant des acquisitions qui n’étaient pour lui que des occasions de faire usage des privilèges attachés à sa nouvelle qualité»

Le 27 juin 1536 notre Mathieu achète la Juridiction de Vallabrix, celles de Sagriès et de La Baume les 20 avril et 6 juillet 1537. Il fait aveu et dénombrement de ses possessions devant le Juge-Mage d’Aigues-Mortes sur l’ordre du sénéchal de Beaucaire le 17 septembre 1541. Il possède 17 fiefs dont

- Vallabrix, Sagriès et La Baume avec tous droits de justice haute, moyenne et basse, - à Lédenon, la justice haute et moyenne, - la quatrième partie de Laugnac, la seizième de Montaren, avec haute, moyenne et basse justice,- la douzième partie d’Arpaillargues et la quatrième de Blauzac, plusieurs cens sur Bezouce…

Une partie de Montaren était déjà depuis 1462 dans l’escarcelle des Bargeton avec le grand-père Mathieu le Vieux


. Le 20 juin 1541 Noble Audibert de Gregoire de Gardies, coseigneur de Blauzac cède à Mathieu de Bargeton seigneur de Vallabrix moitié de ses droits et juridiction qu'il possédait sur ce domaine, en indivision avec Jean de Bourgjuif de Deaux. Comme une tache d’huile, le domaine s’agrandit dans l’Uzège. Il ne se contente pas de domaine avec basse justice mais au contraire avec pleine justice et droits. Il va aussi déborder sur les terres riches d’alluvions du côté du Rhône. Ses fils et petits-fils ont des intérêts (terres, maisons, péages, fermages…) à Montfrin, Aramon, Vers, Vallabrègues, Comps…

 « Juncta Placent, S’il vous plait de nous rejoindre ». la devise de Mathieu de Bargeton, proche de celle du roi Philippe Vi de 1328 « qui m’aime me suive »

Mathieu est receveur de la taille en 1531/1539, puis en 1555. On le voit en juin 1538 régler un problème épineux : les «folez de la gendarmerie» (dégâts des soldats) ont coûté une somme «de plus grande» en frais et dépenses au prêtre Jean Thomas de Monfrin.

C’est sa période flamboyante ! Le nombre d’actes que nous retrouvons malgré le temps écoulé indique un Mathieu gros travailleur même si l’on sait qu’il avait certainement des commis.

Le receveur achetait son office plus ou moins cher selon l’importance du diocèse. Il était rémunéré, ses frais payés (chevauchées, greffiers, commis..) A cette époque, on pouvait gagner beaucoup d’argent en jouant «les percepteurs des impôts», un % (2 à 3% jusqu’à 5% dans des cas particuliers) des sommes reçues passait dans la poche du receveur. C’était aussi un travail de confiance, qui nécessitait une bonne connaissance des familles, et une influence sur la société. C’était parfois l’occasion de prêter de l’argent et de s’enrichir, d'acquérir à bas prix des terres, de réaliser de substantiels bénéfices par la connaissance d'affaires intéressantes. Soupape de sécurité en cas de conflit entre les imposés et l'administration, les receveurs de la taille étaient aussi des facteurs de paix sociale ou les premiers marqueurs du désamour des habitants. Parfois leurs maisons brûlaient, parfois ils étaient malmenés physiquement. Ils étaient responsables de la bonne rentrée d’argent. Ils étaient aussi responsables de la répartition fiscale entre chaque localité. Ce qui leur octroyait une certaine sécurité et respect.

Notre Mathieu de Bargeton aura vécu au moins sous quatre règnes : François Ier (1515-1547), Henri II (1547-1559), François II (1559-1560) et Charles IX (1560-1574). Il a vraisemblablement entendu parler dans sa petite enfance de Louis XII (1498-1515), de Louis XI (1423-1461/1483), cher à son grand-père et il a rencontré le futur Henri IV, Henri de Navarre lors de ses passages en Uzège. Il était de l'assemblée qui a reçu Catherine de Médicis et son fils Charles IX, accompagnés du Duc d'Anjou le futur Henri III, lors de leur passage en Uzège en 1564.

Mathieu de Bargeton décède en 1572 en laissant quelques dettes envers les consuls d'Uzès (1166 livres) et envers Mathieu et Etienne Ravaud (1165 livres) qui seront portées à la charge de ses héritiers devant la cour royale d'Uzès en 1622-1624. Il avait certainement de quoi payer ses dettes, mais le moment était à la procédure ! Et puis dans ces périodes troublées, les preuves pouvaient se perdre, les tribunaux étaient occupés ailleurs !! D’ailleurs il s’écoule cinquante ans avant que l’affaire soit portée devant un juge ! Il est vivant le 1er mai 1572 car il reçoit de la Chancellerie des Lettres Royales adressées au sénéchal de Beaucaire.

La façade Renaissance que Mathieu nous a laissée à Vallabrix est d'inspiration très protestante : col huguenot des masques, des escargots symboles de l'orgueil déplacé des hommes... Son implication avec ses fils dans les événements religieux depuis les premières escarmouches de 1560 est relatée par plusieurs sources. Probablement moins vindicatif et guerrier que ses descendants étant donné son âge. Il est vrai que le climat va devenir nettement plus orageux à partir de 1574 donc après son décès.

Thomas Platter, un jeune médecin suisse de Bâle s’installe à Uzès de 1597-98. Il nous a laissé le récit de cette période, son atmosphère. Il passe par Vallabrix en 1595 : il trouve le village en piteux état, en ruine. A cette époque les familles vivaient à l'intérieur du fort qui était protégé par une petite garnison sous le commandement du sieur Combet ou Petit Combe. 25 habitants en 1541, combien en 1595 ? Des baptêmes catholiques sont enregistrés, 4 en 1594, 11 en 1595, 6 en 1596, donc des couples en âge de procréer, du travail, des maisons, autant de signes de renouveau... Un potier d'étain Pierre Chanes, un maçon Jean Benoît et un maître-maçon Etienne Bouzigues sont installés à Vallabrix. C’est la période où les potiers d’étain font fortune grâce à la bourgeoisie et à la petite noblesse montante. Les maçons construisent, décorent, embellissent nos rues, les fenêtres s’ouvrent, les escaliers s’ornent de balustres…. Il y a du travail, un besoin de confort, d’afficher son aisance, son statut social pour être respecté.

Mathieu de Bargeton en bon gestionnaire, intervient dans l'installation et le mariage d'un menuisier sur notre village. Le 24 avril 1565, maître menuisier Pierre Canne originaire de Troyes, mais habitant Nîmes, épouse noble Nadale Mejean fille de feu noble Nicolas et de noble Marthe Milone de Vallabrix, quasi ruinée.. La dot est de 50 livres et deux robes. Un forgeron (faure) Jean Gay installé à Vallabrix originaire de St Laurent Les Arbres se marie en 1539 dans notre village avec Catherine Athenon de St Roman diocèse de Die en Dauphiné. Il est autorisé à s’installer dans une jasse abandonnée à l’extérieur du fort. En 1570, un serrurier de Fontarèche Antoine Souchon se marie et s’installe à Vallabrix, contrat de mariage avec noble Jeanne de Mejan fille de feu noble Nicolas et de noble Marthe Milon de Vallabrix. Les familles Gay et Souchon vont nous accompagner jusqu’au 20ème siècle. L’installation sur le village d’artisans va amener un mieux vivre et des enfants. Mais Mathieu n’oublie pas les paysans qui ont besoin aussi d’un coup de pouce. Il donne en 1545 en dot deux brebis avec des agneaux à venir à Casarine Laurent qui vient de se marier avec Jean Boutaud de notre village.

La vie est la plus forte.  Les guerres d’Italie et les guerres de religion ont drainé vers l’Uzège des soldats, cadets de familles nobles souvent, français, parfois étrangers, venus chercher fortune chez nous. Ils achètent des terres, des coseigneuries, se marient avec nos filles. Ils participent aux renouveaux économiques, démographiques et font évoluer les mentalités. Des familles sont descendues du Massif Central pour travailler à Uzès, ouvriers du bâtiment surtout, et dans les villages pour relancer l’agriculture et l’artisanat. Une petite-fille de Mathieu de Bargeton Mondete fille de Balthazar et de Gabrielle de Brueys épouse un cadet du Rouergue venu combattre aux côtés des Crussol, Bertrand de Morilhon seigneur de Génévriers en 1611, de «fort belle figure» !!.

Le même Thomas Platter écrit en 1597 : «Les faubourgs (d'Uzès) ont été plusieurs fois détruits, mais très bien rebâtis. Un tiers environ de la bourgeoisie y réside, et c’est là que se trouve le jeu de paume». Antoine Merle en effet de retour de guerre installe dans son auberge une salle de jeu de paume. Toujours d’après Thomas Platter on dénombrerait 1500 feux (familles) à Uzès, ce qui parait beaucoup, 5000 à 6000 personnes. Une vingtaine de bourgeois dont la fortune s’élève à au moins 30 000 livres tournois, et une cinquantaine de bourgeois ont un avoir de 20 000 livres au moins. Jean Gondin sieur de Carsan, bourgeois, et hôte de Thomas Platter s’est porté acquéreur de deux villages, et a pour 600 000 francs de créances.

Energie de reconstruire, volonté d’aller de l’avant, foi en l’avenir ! Toujours d’après le récit de Thomas Platter, en septembre 1597, lors de la foire de St Firmin, des marchands d’Italie, du Piémont sont présents, en grand nombre, profitant ainsi d’une certaine stabilité politique et économique.

Pourtant à Nîmes en 1590 on arme encore les hommes de 15 à 50 ou  60 ans pour garder les six portes de la ville. Peur de la peste, des émeutes, des gens venus d’ailleurs.. En cas de danger seules les portes de la Couronne et des Prêcheurs restaient ouvertes.

 

 

Bernadette Voisin-Escoffier  Pour en savoir  plus  Médiathèque ou site internet du village « Mathieu de Bargeton seigneur de Vallabrix  15ème au 19ème siècle. »--- photos de la façade Renaissance  collection personnelle --



samedi 18 avril 2026

L'Ecole de Vallabrix en 2003

 

aL’Ecole de Vallabrix en 2003 :

(voir et revoir blog 2/12/2017) 

 


 


Qui me reconnait ? J’ai bien grandi !!!

 

En mai 2003 vingt enfants fréquentent la classe unique de Vallabrix. Deux élèves en grand section de maternelle, 4 en CP,  5 en CE1,  3 en CE2, 5 en CM1, 1 en CM2. Stéphane André est leur instituteur depuis trois ans. Il vient de Paris « intra muros ». Ici gros changement : parfois des parents emmènent leurs enfants à l’école en tracteur. Dans cette classe, il découvre une pédagogie différenciée ; chaque enfant peut progresser à son rythme. A côté des enseignements habituels, on pratique l’écoute musicale pour apprendre à maîtriser son attention. Cela les servira au collège pour écouter les cours dans une classe plus peuplée.

Des sorties sont organisées comme la course aux œufs de Pâques au Pont du Gard. « C’était super mais les œufs étaient tous mous, ils avaient un peu fondus !! » nous raconte Jonathan.

Cette pédagogie demande une organisation très stricte, une autonomie des élèves qui doivent se prendre en charge, s’aider mutuellement, se respecter ; des règles sont affichées sur le mur. « Ne pas courir en classe, tirer la langue, se pendre sur la rampe installée pour les handicapés….. ». Nous ne sommes pas loin de la méthode Montessori. Stéphane nous dit qu’il n’enseignera plus comme avant, il a découvert une vraie pédagogie où chaque enfant a sa chance. Une école familiale, qui a connu parents, grands-parents.

 

Lorsqu’il est arrivé à Vallabrix, il n’avait que seize élèves, ce qui rendait la tâche plus facile. Il pouvait se partager équitablement, être disponible pour chacun. A la rentrée prochaine (septembre 2003), l’effectif devrait passer à trente enfants. Il espère l’ouverture d’une classe de maternelle. Il avait été envisagé un regroupement pédagogique avec les communes de Flaux, St Victor les Oules, La Capelle. Le village de Vallabrix avait été très réticent. Mais devant le nombre croissant d’élèves, peut-être faudra-t-il revoir la copie !

 



Mairie-école de la fin 19ème siècle- photo perso

 

A partir de l’article En Uzège, Vallabrix, L’effectif de la classe unique toujours en hausse – Le Républicain d’Uzès et du Gard  N°2908 mai 2003 -   



 




mercredi 1 avril 2026

Premier train Nîmes-Montpellier

 

 La gare au XIXe siècle (© coll.particulière)-Académie de Nîmes

Premier train, nouvelle ère,

Nous avons du mal à imaginer ce que le train a apporté à l’être humain, et ceci en peu  de temps. Modifications en profondeur des déplacements, emplois, modes de vie, découvertes, tourisme…

Le train d’abord pour le transport du charbon, matériaux essentiel pour le développement de l’industrie employant les machines à vapeur du 19ème siècle. Puis transport de voyageurs.

Dans le Gard et l’Hérault, des dates qui montrent un enthousiasme pour le progrès malgré les peurs qu’il engendre : 15 juillet 1839 la ligne entre Nîmes et Beaucaire, 1840 la ligne entre Nîmes et Alès pour le charbon. Aussi 1839 la ligne Montpellier-Sète. Petit à petit nous nous équipons.

Embarcadère de la première gare de Nîmes


La première gare de Nîmes appelée « embarcadère » est mise en service le 15 juillet 1839 par la Compagnie des Mines de la Grand’Combe et des Chemins de fer du Gard. Cette gare est construite à l’est de la ville, entre les chemins d’Uzès et d‘Avignon, dans le quartier Richelieu, aménagé dans la première moitié du XVIIIe siècle. On en voit encore quelques traces proches d’un rond-point.

C’est un tournant pour la ville et la région. Nîmes à la fin du 18ème siècle est une des grandes villes manufacturières de France. Elle exporte dans tout le bassin méditerranéen, jusqu’en Inde. Historiquement elle est un nœud commercial important au carrefour du Languedoc, de la Provence et de la vallée du Rhône. En 1851 Nîmes compte un peu plus de 53 600 habitants et Montpellier 45 800.

Le ministre des Travaux Publics par télégramme, autorise en date du 8 juillet 1939, la circulation du chemin de fer de Nîmes à Beaucaire. Aussitôt dit, aussitôt  fait, le 14 juillet est choisi pour la cérémonie de l’inauguration. Une foule de curieux s’était assemblée proche du bureau de l’octroi route d’Uzès. Une première expérience semi-officielle. Des employés de la Compagnie partis pour Beaucaire le matin, revinrent dans la même journée ! Rapidité, sécurité, malgré les prédictions de désastres que certains avaient répandus…Le 15 eut lieu la cérémonie officielle. Les autorités, les sommités judiciaires et administratives, tout ce qui comptait, embarquèrent dans un train de dix-huit voitures vers quatre heures du soir. Le trajet entre Nîmes et Beaucaire dura 36 minutes, le retour en 40 minutes ! Dès l’heure de midi, une foule avait envahi les rues et avenues voisines du chemin de fer et le retour du train se fit sous les applaudissements d’une cohue frénétique et enthousiaste.

Ce fut un succès. L’ouverture de la ligne coïncidait avec la foire de Beaucaire et quotidiennement les trains transportaient plus de 10 000 personnes, nous disent les gazettes !!. Quelques voyageurs le jour de l’inauguration seront légèrement blessés sans gravité par des escarbilles, mais les alarmistes en profitèrent pour déclarer que la mort certaine attendait ceux qui montaient dans les trains.

Le confort était rudimentaire : les voitures de troisième classe étaient couvertes, fermées à l’avant et à l’arrière mais ouvertes sur les côtés. Des bancs en bois servaient de siège. Celles de deuxième et première classe étaient couvertes et fermées sur les côtés par des glaces et des stores. Les banquettes de ces dernières étaient rembourrées.



Un problème, l’exactitude des horaires. Habitués au service des diligences aux horaires parfois fantaisistes, les voyageurs avaient du mal à être « à l’heure » lors de lors déplacements. Il faudra que la Compagnie prie les usagers de régler leurs montres sur la pendule régulateur établie chez l’horloger de la compagnie place de l’Hôtel de Ville. ( Jacquemard de Nîmes).

Des stations intermédiaires sur la ligne Nîmes-Beaucaire vont s’implanter, Courbessac, Marguerites, Manduel, Redessan, Bellegarde… Le train entre dans le quotidien des habitants.


On ne va pas en rester là. Il nous faut faire la jonction entre la ligne Montpellier-Sète (1839) et les réseaux rhodaniens et languedociens. Donc une ligne Nîmes-Montpellier s’implose. Il faudra aussi de nouvelles gares. Montpellier se dote en son centre de la gare Saint-Roch en 1843-1844, sur la ligne Tarascon-Sète.


Gare Saint-Roch de Montpellier—les colonnades ce qui reste de l’ancienne gare

Un premier essai le 30 avril 1844 entre Nîmes et Montpellier sur une seule locomotive anglaise avec à son bord les ingénieurs Charles Didon et Paulin Talabot. Un parcours d’une heure vingt-huit minutes. Le 3 mai second essai : le parcours s’effectua trois fois dans la journée avec succès au milieu des acclamations et applaudissements des habitants des communes traversées.

Mais le Parlement ne s’était pas encore prononcé sur le mode d’exploitation pour une ligne construite aux frais de l’Etat. A cette époque la SNCF n’existait pas et de nombreuses compagnies se partageaient les réseaux. Ce retard n’était pas du goût de la Chambre de Commerce de Nîmes qui demanda à plusieurs reprises un service provisoire en attendant la décision du Parlement.

Le 16 juillet 1944 les Chambres du Parlement par une loi décidèrent que cette voie de communication serait donnée en adjudication publique le 18 septembre. Cinq concurrents se présentèrent. Chacun pour soumissionner devait déposer une caution de 500 000 frs. Une société s’était formée, celle de MM Emile Delacorbière, président de la Chambre du Commerce du Gard, Félix de Surville, banquier, et Agénor Molines banquier, au capital de deux millions de francs divisés en quatre mille actions de 500 frs. C’est cette société qui fut déclarée  adjudicataire, pour le grand plaisir des Nîmois, qui « ne tenaient pas à ce que des étrangers puissent s'emparer de la ligne et on savait que Montpellier et Lyon présentaient des concurrents très sérieux. La rivalité était surexcitée au plus haut point surtout entre Nîmes et Montpellier, d'autant plus que dans la salle cette dernière ville était représentée par trois ou quatre cents personnes ».

La vieille querelle s’était réveillée entre Nîmes la romaine et Montpellier la jeunette née au 9/10ème siècle. Chauvinisme mais aussi le 19ème siècle voyait des chevaliers d’industrie miser des fortunes sur des innovations qui devaient leur rapporter dix fois plus, fortunes parfois éphémères. Les enjeux commerciaux étaient importants pour les deux villes. Les banquiers et négociants nîmois commençaient à s’intéresser aux grandes affaires industrielles. A la veille de la révolution de février 1848, on comptait à Nîmes une vingtaine de banquiers de quelques importance, avec une fortune évaluée d’après les impôts nettement supérieure à celle des négociants. (+60%).

Une autre société nîmoise figurait parmi les évincées, celle de MM Mourier fils cadet, Emile Bonnaud et Maxime Baragnon. L’adjudication s’était déroulée à la préfecture sous la présidence du préfet de l’Hérault M Roulleau-Dugage et du ministre M Teste. Une foule assistait à la réunion, débordant sur la terrasse.

L’ouverture commerciale de la ligne ne se fera qu’au commencement de l’année suivante malgré une ordonnance royale du 1er novembre approuvant l’adjudication. Mais les corps constitués des deux villes en profitèrent pour se rencontrer et faire
échanges de politesses. Ainsi le 17 novembre le conseil municipal de Montpellier invita celui de Nîmes à un grand banquet au Peyrou, « les représentants les plus intimés des deux villes auxquelles aboutit le magnifique chemin de fer dd au vote intelligent des pouvoirs de l'Etat, et au talent éprouvé des habiles ingénieurs des Ponts et chaussées. »

 Le 1er décembre c’est au tour du conseil municipal de Nîmes d’inviter celui de Montpellier à  un grand banquet dans le foyer du théâtre, à l‘époque situé à l’emplacement du Carré d’Art. On va faire les choses en grand, et même en très grand !!A cette occasion une grande fête est organisée aux Arènes pour toute la population de Nîmes. Partis à 10 h, les invités arrivèrent par la nouvelle voie, sous les vivats des habitants de la campagne. Arrivés à Nîmes à 11h et demie, au milieu d’une foule venue de tout le département.

Après une longue visite à la bibliothèque, et après y avoir admiré les divers produits des manufactures nîmoises, et une longue visite des monuments nîmois, les deux conseils se rendirent aux arènes pour assister à une ferrade.

Une vaste loge les y attendait, pavoisée de pavillons tricolores et de bannières flottantes aux chiffres MN, et aux armoiries des deux villes.

Vingt-cinq mille spectateurs se pressaient dans les arènes. Pas une place de libre.

Après le banquet, le  cortège se rendit au théâtre pour assister à la représentation de « la Reine de Chypre ». Une loge les y attendait.

Les invités seront logés à l’hôtel du Luxembourg et le lendemain matin ils assisteront à une grande revue sur l’Esplanade. Déjeuner dans une des salles de l’Hôtel de ville.

La visite se fera fort heureusement tout au long par un temps splendide.

Le premier trajet commercial eut lieu le 11 janvier 1845. Ce jour-là, deux trains partirent à 8 h du matin de chaque ville et se croisèrent à Lunel. La voie sera électrifiée en 1948. En 1852 avec la construction du viaduc de Beaucaire, Nîmes se trouve reliée par le réseau ferré à Marseille. La création en 1857 du PLM unifie le réseau.

Le tracé n’a pratiquement pas changé. Sauf le contournement ferroviaire de Nîmes-Montpellier qui relie depuis 2017 es gares TGV des deux villes. Ce serait la ligne la plus fréquentée d’Occitanie avec environ 180 à 200 trains circulant chaque jour !!

 



Sources : www.nemausis.com-- Gazettede Nîmes n)1316 aour2024jean Paul Pignède  président du musée du chemin de fer de Nîmes—wikipédia.org--

 

 

 

 

samedi 7 mars 2026

Enseignement pour adultes

 

Enseignement pour adultes


Le journal L’Opinion du Midi de juillet 1866 reprend un arrêté du préfet du Gard concernant l’enseignement pour adultes. Une circulaire a été adressée aux sous-préfets, et aux maires du Gard. « J’ai décerné une récompense aux adultes qui ont satisfait aux épreuves imposées dans les concours cantonaux du mois d’avril dernier »….. A charge pour nos élus de prévoir une publicité et de notifier cette récompense aux intéressés. « Une cérémonie sera organisée le premier jeudi du mois d’août à 2 h de l’après-midi au chef-lieu du canton en une séance solennelle. » Messieurs les Curés et les Pasteurs sont invités. Une petite somme sera versée sur un livret de caisse d’épargne.

A Vallabrix trois lauréats dans la première catégorie et pour un deuxième prix : Louis Belin (16 ans) Cyprien-Frédérick DesplansJoseph Camille Gay (16 ans) .
Déjà lors de la Révolution de 1789 des voix s’élèvent pour demander un enseignement pour les adultes. Chenier et le rapport Lanthenas du 28 frimaire An I (18 décembre 1792) proposent des cours pour adultes chaque semaine pour « amuser l’esprit, délasser le corps, éveiller la curiosité et le plaisir d’apprendre tout cela dans des réunions fraternelles ». Il s’agit aussi d’encadrer une certaine morale, et former à la fonction publique. Mais il faudra attendre le 19ème siècle.

 L’industrie montante a besoin d’ouvriers ou ouvrières sachant un peu près lire, écrire et surtout compter. Les enfants sortent des écoles primaires vers 13-14 ans avec une scolarité hachée, où il est habituel de s’absenter pour aider les parents paysans ou artisans. Ils perdent très vite le peu qu’ils ont appris. Laïques et religieux s'inscrivent dans ce mouvement, comme les jansénistes Frères de la Doctrine Chrétienne, en province. Paris, Lyon, les grandes villes dès 1837 s’équipent. Les statistiques nous disent que l’on compte en 1837 1800 cours et 37 000 élèves, en 1841 3090 communes, 3403 cours et 68 500 élèves. 
Mais la situation politique de l’époque ne va pas aider au développement de ces cours, et leur nombre va diminuer jusqu’en 1863. Dans notre région, l’école de Nîmes créée en 1823 ne fonctionne déjà plus en 1833. Guizot alors ministre s’en inquiète. Le comte Pelet de St Jean du Gard, ministre du roi Louis-Philippe va réglementer cet enseignement par son arrêté du 22 mars 1836 et sa circulaire du 16 juin. Nos gouvernants vont relancer la machine par des prix d’assiduité pour les élèves, des récompenses pour les enseignants à partir de 1864

Mais les villes et les villages vont traîner les pieds, n’ayant pas les moyens financiers pour obtempérer. A Uzès en 1849, le Supérieur de l’Ecole des Frères tente une ouverture de classe après avoir obtenu une subvention de la mairie pour payer le noviciat et le mobilier. En 1850 c’est une classe pour les jeunes filles qui ouvre grâce à la sœur Chaise fille de la Charité de St Vincent de Paul. La duchesse d’Uzès encourage cette création en promettant des récompenses.
Les cours avaient lieu de novembre à mars, en dehors des récoltes, le soir pour les hommes et le matin dès 5 h pour les jeunes filles. A Uzès ces classes fonctionnaient encore en 1886. Les matières enseignées vont s’étoffer : calcul pratique, orthographe, narration, histoire et géographie, sciences physiques, discipline "ne faut-il pas peser et mesurer dans un ménage"…..

livret Caisse d'Epargne scolaire 1874
A Vallabrix, nous avons enfin une école digne de ce nom depuis 1849 (Maison Ronde). Une classe pour hommes jeunes apparaît dans les procès-verbaux municipaux le 11 février 1866 : il est indispensable de donner des cours gratuits aux adultes ou aux « hommes faits » de la commune. Les cours ont lieu du 10 novembre au 10 février. Les jeunes filles sont oubliées. Nous sommes sous la mandature de Louis Desplans, maire et Jean Boutaud adjoint. Nos élus prévoient 50 frs par an d’indemnités pour l’enseignant, 25 frs pour l’éclairage. Mais cette classe devait exister déjà en 1864 : les élèves adultes doivent fournir le bois pour chauffer la salle. On ne parle pas d’indemnités pour l’enseignant. Intervention gratuite de sa part ou bien payé par les élèves, par le canton ? Si l’on décide la gratuité en février 1866 il est probable que les cours avaient un coût pour les jeunes hommes. Des apprentis de notre village sont inscrits à Uzès, comme Alfred Boutin 15 ans coursier-petite-main pour un tailleur d'Uzès, de même Louis Arnaud apprenti maréchal ferrant. Ils profitent des cours après le travail.
En février 1866 nos élus faute de moyens ne prévoient pas de distribution de prix pour les élèves de l’école primaire ni pour les adultes. L'enseignement pour adultes sera fortement encouragé par le ministre Victor Dupuy.  En 1877-78 nos effectifs se chiffrent à 15 adultes (masculins), et pour les primaires 25 garçons et 20 filles. En 1884 l'instituteur reçoit 100 frs pour ses cours-adultes mais il devra payer les frais d'éclairage et de chauffage ! En 1889, il aura en plus de son salaire 15 frs pour ses frais de chauffage...
L'école pendant encore longtemps sera le parent pauvre des communautés. 
Plus tard Jules Ferry réorganise en 1882 les cours pour adultes. Des cours pour illettrés, des enseignements complémentaires pour les autres, des lectures publiques, des conférences pour le plaisir et la curiosité. 
Sources : archives communales Vallabrix et Uzès -archives départementales Gard Hérault- livret internet

lundi 23 février 2026

La Croix des Palmiers

 

2007- entrée d'Uzès

La Croix des Palmiers

Lorsque l’on rentre dans Uzès en venant de Nîmes, la place qui abrite la station- service au débouché anciennement de la rue Tour du Roi et Petite Bourgade, est dénommée pour les Anciens « La Croix des Palmiers ».

Un immeuble a été construit à la place des Moulins à huile Brès. Au début du 19ème siècle, des bâtiments accueillaient la poterie Vernet, deux frères venus de Marseille qui travailleront par la suite avec les Pichon à l’origine de l’industrie potière d’Uzès.

En face de la station-service, un parc abritait une maison de maître « le Refuge », qui servit de centre aéré. D’où le nom du parking.

Mais pas de palmiers à l’horizon !!

En fait il s’agit de la déformation au fil des ans du nom d’un conseiller et ami du roi Charles V, Geoffroy Paumier de la Bretagne, époux malchanceux d’Aalacie fille de Jacques du Pin, habitant Uzès, seigneur de Durfort.  Il était avocat  du roi à la sénéchaussée de Beaucaire, juriste talentueux, érudit, il s’était fait un nom par les services diplomatiques qu’il avait rendu à la royauté.

Sa femme, nous dit-on, le tourmentait souvent. Un jour elle lui demanda s’il priait quelque fois le Bon Dieu.

-         Oui, lui repondit-il, surtout depuis que je suis marié..

-          Et que lui demandez-vous ?

-         La Patience !!

Veuf rapidement, sa femme, malgré tout,  lui laissa entre autres choses, une belle maison rue de la Barrière, actuelle rue Paul Foussat.

Paumier dans son testament en date du 24 juin 1322, laissa des fonds pour l’érection d’une croix à l’entrée des bourgades. Elle fut mise en place en 1393, et appelée Croix de Paumier. Elle sera plusieurs fois abattue, puis relevée au même endroit..



Les Huileries Raffineries Modèles de Jean Brès fondées en 1864, occupaient ce secteur jusqu’aux années 1950. Le panneau publicitaire ci-dessous montre l’importance des bâtiments, fleuron moderne d’une « industrie » moulinière. Aujourd'hui on oublie que la ville d'Uzès a été avant d'être une ville touristique,  a été un centre artisanal et industriel. 

Tout est dit sur ce panneau. En haut à gauche, les trieuses, les broyeurs, les trieuses, à droite la tonnellerie, le lavage des fûts, le magasin d’expéditions. On apportait ses olives à cette usine équipée de moulins à vapeur dès 1864.

Jean Brès après la saison de l’huile d’olive, avait ouvert un atelier de torréfaction du café. Il proposait aussi des bonbonnes, des bouteilles défiant toute concurrence car il était grossiste de ces produits. On pouvait acheter aussi chez lui, savon, café, lait concentré, légumes secs, bonbons…On pouvait être livré par un « charreton ».

La famille Brès habitait au 45 de la Petite Bourgade, un immeuble qui sera transformé en six appartements. Avec Emile, le fils, l’affaire périclita et ferma. Ce sera une perte d’emplois permanents et saisonniers et une perte d’image pour la ville.

 

Source : Monique Domerson Répuvlicain d’Uzès et du Gard 19 mai2010—L’Extra local Uzès 2007—Lionel d’Albouisse Histoire de la ville d’Uzès 1903---

 

 

mardi 3 février 2026

Conflit autour de la Galette des rois quand elle était gratuite

 

 



Bataillon de porteuses de pain-BN -1909

 

Conflit autour de la Galette des Rois quand elle était gratuite- Un métier oublié la porteuse de pain

 

(voir ou revoir pour rappel sur ce blog complément du sujet du4/2/2023 ou 16/1/2026)


C’est le temps de la galette des rois. Elle ouvre l’année, rassemble familles, amis. On en profite pour faire des plans pour l’année qui vient et pour les douze mois qui arrivent « si l’on n’est pas plus que l’on ne soit pas moins ». Une tradition bien sympathique, qui nous vient de bien loin dans les siècles anciens… Fille du peuple pour rêver ou se moquer un moment à une royauté.

Elle reflète toute une mosaïque de saveurs régionales. La Franche-Comté propose une galette à base de pâte à choux parfumée à la fleur d'oranger. A Albertville c’est une brioche à l’anis et au safran. En Provence, le gâteau des rois se présente comme une couronne briochée ornée de fruits confits. A Dunkerque la galette ressemble à une tropézienne. Le Sud-Ouest reste fidèle à sa version briochée, délicatement aromatisée à la fleur d'oranger, tandis que la frangipane demeure la garniture privilégiée dans de nombreuses régions en particulier parisiennes. Chaque région adapte sa galette  à son histoire culinaire et pâtissière.  Elle est fréquemment revisitée avec par exemple une farce de chocolat noisette, une pâte parfumée aux agrumes et au rhum des Antilles ou aux fruits confits macérés au rhum.

Cette pâtisserie, symbole et occasion de réjouissances depuis les temps romains, a connu bien des vicissitudes. Une chartre de 1311 la nomme officiellement. Mais lorsque la farine est trop rare et la famine trop présente comme en 1711 les autorités, les Parlements l’interdisent.





Porteuses de pain Paris1905 BNF

A la Révolution un député Manuel tenta de l’interdire en vain. Mais un arrêté de la Commune changea le jour des Rois en jour des Sans-Culottes et la galette disparut un temps pour réapparaitre quand les temps furent moins troublés. Le mot « roi » était toujours tabou, mais pour préserver la tradition, la galette devint la « galette de l’Egalité » et la fève un bonnet phrygien symbole républicain.

Du 17ème siècle jusqu’au début du 20ème siècle, il était de coutume que les boulangers offrent une galette à leurs clients. Au grand déplaisir des boulangers qui voyaient dans cette coutume une baisse de leur chiffre d’affaire. Certains chiffraient une perte de bénéfice à un mois sur l’année. En 1905, d’après un boulanger, la galette offerte dont le volume est proportionné à l’importance du client, lui revient de 1 à 3 francs. Ce qui représente en fait une belle somme selon l’importance de la clientèle !

La fève depuis longtemps n’est plus une légumineuse mais un petit baigneur en porcelaine, d’où un coût supplémentaire.

Il avait été question fin  19ème –début 20ème siècle de remplacer la galette offerte par un don au bureau de bienfaisance. Mais l’accord ne put se faire, les uns craignant de mécontenter leurs clients, les autres faisant remarquer que cette galette gratuite était le prétexte donné aux porteuses de pain de recevoir leurs étrennes de la part des clients.

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      Le métier de porteuse de pain apparaît en 1880 pour disparaître en 1914. Un métier exercé par des veuves ou des femmes seules, parfois accompagnées de leurs enfants. Elles étaient payées par le boulanger, quelques sous, pour le confort matinal des familles bourgeoises parisiennes mais aussi des villes et bourgades. Pour le client c’était un service gratuit de la part du boulanger. Elles portaient aussi le pain aux artisans en chambre, leur évitant ainsi de sortir de chez eux et de perdre du temps. Autre métier oublié, le laitier les accompagnait avec sa charrette et ses bidons de lait, ses glacières garantissaient un peu près la fraicheur du lait et du beurre. Les familles étaient mal équipées en matériel réfrigérant.

( Les réfrigérateurs commencent à apparaître dans les foyers français, dans les années 1950 avec des marques populaires comme Frigidaire.)

Le laitier dans les étages existait encore dans les années 1955, j’en ai connu un, probablement le dernier à Lyon.  

Dans un bulletin de « l’Académie du Professeur Calvel » Hubert Chiron nous raconte : « dès le milieu du 19ème siècle, les porteuses de pain vont s’inscrire dans le paysage matinal des quartiers parisiens. Le travail débute vers 5 heures du matin pour se terminer à 11 h…. Il est admis qu’il fallait au moins une semaine à une porteuse pour mémoriser les adresses, les gouts et les exigences d’environ 300 clients. Une poussette servait à transporter le pain de la boulangerie à l’immeuble, puis il fallait s’armer de courage pour monter le pain au tablier jusqu’aux étages supérieurs… ». Pendant qu’elle montait les étages son tablier plein de pain, sa charrette restait en bas de l’immeuble ou de la maison. Elle était responsable des vols de pains pendant son absence d’où la nécessité de distribuer très vite.


Un journaliste écrit : «  dès l’ouverture de la boulangerie, longtemps avant 6 h du matin, cette courageuse mercenaire arrive, ponctuelle, prend dans sa voiturette une provision formidable de pains ronds, en galettes, en miches, en couronnes et la voilà partie de porte en porte avant le lever de ses clients. Elle sait par cœur le goût de chacun….Tels gens ne paient que tous les huit jours, tels autres sont en retard d’un mois, et la petite note reste impayée. Elle dépose ses pains contre les portes des appartements, tant pis si des chats ou
des chiens de passage les flairent et lèvent la patte. Elle monte parfois cinq étages pour une petite galette de 2 sous. Elle gravit quatre ou cinq cents étages dans sa matinée, elle ne s’interrompe que pour se rendre au fournil chercher une nouvelle charge ou pour aller siffler un verre de raide chez le troquet du quartier…. »

 


 

 

 

 

 

 

 


Suisse, porteuse de pain, 1904

 


 

 



Boulangerie Bernardeau, Courbevoie

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

En 1909, les boulangers parisiens n’avaient toujours pas réussi à obtenir de ne plus offrir gratuitement la galette, puis le journal Le Petit Parisien, dans un entrefilet paru le 7 janvier, nous apprend que décidément, rien ne prévaut contre la tradition. Et c’est heureux, ajoute-t-il. Les Parisiens ne se consoleraient point de la suppression de la galette des rois, appétissante, croustillante, que les boulangers leur offraient, de temps immémorial, en manière d’étrennes.

« L’an dernier, poursuit Le Petit Parisien, invoquant les charges nouvelles et notamment l’application du repos hebdomadaire dans les fournils, la chambre syndicale de la boulangerie avait décidé de supprimer la galette des rois. Ce fut là une grosse déception, si grosse même que les boulangers n’ont point voulu pour la plupart renouveler la tentative.

« Les porteuses y trouveront leur profit, et ce sera justice ! s’exclame le journaliste. Les rudes travailleuses tôt levées, qui chaque jour, sans relâche, gravissent mille étages pour livrer notre pain quotidien, bénéficiaient de largesses provoquées par l’offre de la mirifique galette. Les salaires ne sont pas gros, en revanche, les temps bien durs et l’hiver bien rigoureux. « 

La porteuse de Pain.

Elle est du peuple, elle est robuste,


Elle chemine sans plier,

Tendant son flanc, dressant son buste.

De grands pains plein son tablier.

 

L’hiver, la bise la flagelle ;

Le soleil la brule en été.

Que juin flambe ou que janvier gelé,

Elle va de son pas hâte.

 

Ses pieds en ont fait de ces marches

Sur les paves et les trottoirs.

Certes elle a monté des marches

Dans des escaliers clairs ou noirs.

 

Voilà longtemps qu’elle travaille


Sans repos sans trêve et sans fin.

Dam il faut bien que la marmaille,

Boive à sa soif, mange à sa faim.

 

Et c’est pourquoi de porte en porte

Sans se plaindre du sort batard.

Pauvre et matineuse elle apporte,

La vie au riche dormant tard.

 

Elle est du peuple, elle est robuste,

Elle chemine sans plier,

Tendant son flanc, dressant son buste.

De grands pains plein son tablier.


Louis Marsolleau (vers 1890)


La porteuse de Pain -1882-  par Jules Coutan (1848-1939)
Statue, plâtre (détail)

 

Sources :La France Pittoresque rédaction janvier 2026-- « La Tradition » paru en 1904 et « Le Petit Parisien » du 7 janvier 1909)--- CREBESC-levainbio.com/cb/crebesc/la-porteuse-de-pain/--espace-pain.info/histoire-du-pain-2/---/histoire-en-questions.fr/dossier-metier-porteuse-pain/-----