Bataillon de porteuses de pain-BN -1909
Conflit autour de la Galette des Rois quand elle était gratuite- Un
métier oublié la porteuse de pain
(voir ou revoir pour
rappel sur ce blog complément du sujet du4/2/2023 ou 16/1/2026)
C’est le temps de la galette des rois. Elle ouvre l’année, rassemble familles, amis. On en profite pour faire des plans pour l’année qui vient et pour les douze mois qui arrivent « si l’on n’est pas plus que l’on ne soit pas moins ». Une tradition bien sympathique, qui nous vient de bien loin dans les siècles anciens… Fille du peuple pour rêver ou se moquer un moment à une royauté.
Elle
reflète toute une mosaïque de saveurs régionales. La
Franche-Comté propose une galette à base de pâte à choux parfumée à la fleur
d'oranger. A Albertville c’est une brioche à l’anis et au safran. En Provence,
le gâteau des rois se présente comme une couronne briochée ornée de fruits
confits. A Dunkerque la galette ressemble à une tropézienne. Le Sud-Ouest reste
fidèle à sa version briochée, délicatement aromatisée à la fleur d'oranger,
tandis que la frangipane demeure la garniture privilégiée dans de nombreuses
régions en particulier parisiennes. Chaque région adapte sa galette à son histoire culinaire et pâtissière. Elle est fréquemment
revisitée avec par exemple une farce de chocolat noisette, une pâte parfumée
aux agrumes et au rhum des Antilles ou aux fruits confits macérés au rhum.
Cette pâtisserie, symbole et occasion de réjouissances depuis les temps romains, a connu bien des vicissitudes. Une chartre de 1311 la nomme officiellement. Mais lorsque la farine est trop rare et la famine trop présente comme en 1711 les autorités, les Parlements l’interdisent.
Porteuses
de pain Paris1905 BNF
A la
Révolution un député Manuel tenta de l’interdire en vain. Mais un arrêté de la
Commune changea le jour des Rois en jour des Sans-Culottes et la galette
disparut un temps pour réapparaitre quand les temps furent moins troublés. Le
mot « roi » était toujours tabou, mais pour préserver la tradition,
la galette devint la « galette de l’Egalité » et la fève un bonnet
phrygien symbole républicain.
Du 17ème siècle jusqu’au
début du 20ème siècle, il était de coutume que les boulangers offrent
une galette à leurs clients. Au grand déplaisir des boulangers qui voyaient
dans cette coutume une baisse de leur chiffre d’affaire. Certains chiffraient
une perte de bénéfice à un mois sur l’année. En 1905, d’après un boulanger, la
galette offerte dont le volume est proportionné à l’importance du client, lui
revient de 1 à 3 francs. Ce qui représente en fait une belle somme selon
l’importance de la clientèle !
La fève depuis longtemps
n’est plus une légumineuse mais un petit baigneur en porcelaine, d’où un coût
supplémentaire.
Il avait été question fin 19ème –début 20ème siècle de remplacer la galette offerte par un don au bureau de bienfaisance. Mais l’accord ne put se faire, les uns craignant de mécontenter leurs clients, les autres faisant remarquer que cette galette gratuite était le prétexte donné aux porteuses de pain de recevoir leurs étrennes de la part des clients.
·
Le métier de porteuse de pain apparaît en 1880 pour disparaître en 1914. Un métier exercé par des veuves ou des femmes seules, parfois accompagnées de leurs enfants. Elles étaient payées par le boulanger, quelques sous, pour le confort matinal des familles bourgeoises parisiennes mais aussi des villes et bourgades. Pour le client c’était un service gratuit de la part du boulanger. Elles portaient aussi le pain aux artisans en chambre, leur évitant ainsi de sortir de chez eux et de perdre du temps. Autre métier oublié, le laitier les accompagnait avec sa charrette et ses bidons de lait, ses glacières garantissaient un peu près la fraicheur du lait et du beurre. Les familles étaient mal équipées en matériel réfrigérant.
( Les réfrigérateurs commencent à apparaître dans les foyers français, dans
les années 1950 avec des marques populaires comme Frigidaire.)
Le laitier dans les étages existait encore dans les années 1955, j’en ai connu un, probablement le dernier à Lyon.
Dans un bulletin de « l’Académie du Professeur Calvel » Hubert Chiron nous raconte : « dès le milieu du 19ème siècle, les porteuses de pain vont s’inscrire dans le paysage matinal des quartiers parisiens. Le travail débute vers 5 heures du matin pour se terminer à 11 h…. Il est admis qu’il fallait au moins une semaine à une porteuse pour mémoriser les adresses, les gouts et les exigences d’environ 300 clients. Une poussette servait à transporter le pain de la boulangerie à l’immeuble, puis il fallait s’armer de courage pour monter le pain au tablier jusqu’aux étages supérieurs… ». Pendant qu’elle montait les étages son tablier plein de pain, sa charrette restait en bas de l’immeuble ou de la maison. Elle était responsable des vols de pains pendant son absence d’où la nécessité de distribuer très vite.
Un journaliste écrit : « dès l’ouverture de la
boulangerie, longtemps avant 6 h du matin, cette courageuse mercenaire arrive,
ponctuelle, prend dans sa voiturette une provision formidable de pains ronds,
en galettes, en miches, en couronnes et la voilà partie de porte en porte avant
le lever de ses clients. Elle sait par cœur le goût de chacun….Tels gens ne
paient que tous les huit jours, tels autres sont en retard d’un mois, et la
petite note reste impayée. Elle dépose ses pains contre les portes des
appartements, tant pis si des chats ou
des chiens de passage les flairent et lèvent la
patte. Elle monte parfois cinq étages pour une petite galette de 2 sous. Elle
gravit quatre ou cinq cents étages dans sa matinée, elle ne s’interrompe que
pour se rendre au fournil chercher une nouvelle charge ou pour aller siffler un
verre de raide chez le troquet du quartier…. »
Suisse, porteuse de pain, 1904
Boulangerie Bernardeau,
Courbevoie
Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.
En 1909, les boulangers parisiens n’avaient toujours
pas réussi à obtenir de ne plus offrir gratuitement la galette, puis le
journal Le Petit Parisien, dans un entrefilet paru le
7 janvier, nous apprend que décidément, rien ne prévaut contre la
tradition. Et c’est heureux, ajoute-t-il. Les Parisiens ne se consoleraient
point de la suppression de la galette des rois, appétissante, croustillante,
que les boulangers leur offraient, de temps immémorial, en manière d’étrennes.
« L’an dernier, poursuit Le Petit
Parisien, invoquant les charges nouvelles et notamment l’application du
repos hebdomadaire dans les fournils, la chambre syndicale de la boulangerie
avait décidé de supprimer la galette des rois. Ce fut là une grosse déception,
si grosse même que les boulangers n’ont point voulu pour la plupart renouveler
la tentative.
« Les porteuses y trouveront leur profit, et ce
sera justice ! s’exclame le journaliste. Les rudes travailleuses tôt
levées, qui chaque jour, sans relâche, gravissent mille étages pour livrer
notre pain quotidien, bénéficiaient de largesses provoquées par l’offre de la
mirifique galette. Les salaires ne sont pas gros, en revanche, les temps bien durs
et l’hiver bien rigoureux. «
La
porteuse de Pain.
Elle
est du peuple, elle est robuste,
Elle chemine sans plier,
Tendant
son flanc, dressant son buste.
De
grands pains plein son tablier.
L’hiver,
la bise la flagelle ;
Le
soleil la brule en été.
Que
juin flambe ou que janvier gelé,
Elle
va de son pas hâte.
Ses
pieds en ont fait de ces marches
Sur
les paves et les trottoirs.
Certes
elle a monté des marches
Dans
des escaliers clairs ou noirs.
Voilà
longtemps qu’elle travaille
Sans repos sans trêve et sans fin.
Dam
il faut bien que la marmaille,
Boive
à sa soif, mange à sa faim.
Et
c’est pourquoi de porte en porte
Sans
se plaindre du sort batard.
Pauvre
et matineuse elle apporte,
La
vie au riche dormant tard.
Elle
est du peuple, elle est robuste,
Elle
chemine sans plier,
Tendant
son flanc, dressant son buste.
De
grands pains plein son tablier.
Louis Marsolleau (vers 1890)
La porteuse de Pain -1882- par Jules Coutan (1848-1939)
Statue, plâtre (détail)
Sources :La France
Pittoresque rédaction janvier 2026-- « La Tradition » paru en 1904 et « Le Petit
Parisien » du 7 janvier 1909)--- CREBESC-levainbio.com/cb/crebesc/la-porteuse-de-pain/--espace-pain.info/histoire-du-pain-2/---/histoire-en-questions.fr/dossier-metier-porteuse-pain/-----
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