samedi 10 octobre 2026

Agriculture en Uzège au 17ème siècle

 

Agriculture en Uzège au 17ème siècle

 


La canicule de cet été nous oblige à nous interroger sur ce que nous allons bien pouvoir planter au printemps prochain.

Au 17ème siècle, que cultivaient nos ancêtres dans leurs jardins ? Les baux, contrat d’affermage, contrat de location (arrentement) sont une des sources de renseignements sur les modes de vie des habitants de nos villages en ces temps reculés.

Deux exemples : les baux signés par Charles de Bargeton de 1700, et un bail de Monsieur de St Privat.

Un bail d’une durée de quatre ans de 1644 de Monsieur de St Privat pour ses jardins de Vers mentionne la culture de «freses et experges» (fraises et asperges), choux, blettes, endives, (ortollisse), pois, fèves, faviols, oignons, aulx. Monsieur de St Privat se contentera pour sa table de prendre d’une demi-table de «pourreau» (poireaux) et d’une demi-table de «pastenargues» (panais, navets, racines), de la moitié de courges «barbaresques hivernenques».

Par ce texte on découvre les jardins de St Privat : parterres à tondre, allées qui doivent être nettes et bien ratissées, des massifs bien bordés, des «sipprès», des buys, qu’il faut tailler, des alaternes, des «horangers» et des fleurs. Un art de vivre !

Le bailleur (le propriétaire) prendra sa provision d’«ortollisse», des légumineuses pour l’usage de sa table. Il se réserve les fruits de ses jardins.

Le locataire a le droit de prendre autant de fumier que nécessaire et s’il a bien travaillé il peut aller en plus s’employer ailleurs. Il sera payé : quatre salmées de blé, 60 livres argent/an, et un demi-vaisseau de vin en quatre fois. Le terrain doit produire mais aussi agrémenter le domaine, pour recevoir, pour affirmer un statut social. Ce bail (arrentement) est plus proche du contrat de travail actuel avec un employeur et un employé payé en argent et en récoltes. (adg – E 1124 – 1/10/1644).

Un bail pour le domaine de Vallabrix est passé entre Charles de Bargeton et Antoine Dubour en 1697 contre 79 livres. Son troupeau est de 143 bêtes à laine (moutons).(adg – Notaire Agniel). Le seigneur loue une salle du château et «le membre» (cave angle Est du château), donc les Bargeton n’habitaient plus Vallabrix à cette date.

Autre bail, celui du 11 mars et du 24 aout 1700 signé entre notre seigneur Charles de Bargeton et François Piallat est très différent.(adg – not Agniel). C’est un texte très complet.

A la différence du contrat vu précédemment, ici le propriétaire va être payé en argent et en récoltes par le locataire. Les signataires ont essayé de tout prévoir. Le domaine doit avant tout produire. Le propriétaire de toute évidence n’a pas la fortune de Monsieur de St Privat. La durée de location est de 6 ans. Les récoltes seront partagées par moitié, mais les frais de gestion sont à la charge du locataire : les récoltes de blé, vin, d’huile d’olive à partager en deux, mais ouvrier à payer et à nourrir, moulin à huile et vendanges à payer par le locataire. «le dit Piallat en fera les frais».

 Les semences qu’il «conviendra de jeter (semer) aux terres du domaine, le seigneur de Vallabrix les fournira les six années après les avoir retirées de la récolte», afin d’être sûr que les semences pour l’année suivante n’auront pas été mangées pendant l’hiver.

Le locataire devra entretenir le domaine, murailles, berges, fossés.

Il devra aussi s’occuper du troupeau de 143 moutons «bêtes à laine», tant moutons que brebis. Le locataire engagera un berger dont il paiera la moitié de ses gages mais il le nourrira. Le chien du troupeau sera nourri par le don par le seigneur de six eminées de blé chaque année. Le seigneur nourrit le chien mais pas le berger ? Le chien doit être en forme pour être efficace ?

 La tonte des moutons se fera aux dépends du locataire et la laine partagée par moitié. La peau des bêtes mortes sera vendue pour remplacer les têtes manquantes. Par contre en cas de bêtes en fuite, donc pas de peau à vendre, le locataire paiera 15 sols par bête en fuite. Le locataire fabrique des fromages qu’il doit partager avec son bailleur (fromages ou vente).

Dans le bail sont aussi détaillées les instructions pour la gestion des bois, du fumier, les autorisations pour le locataire d’engranger ses propres pailles dans les bâtiments du seigneur.

Dans le château sont loués aussi une chambre «de devant», le grenier au-dessus, le jardin, la bergerie, la grange (paillier) à l’intérieur du fort, le tout devant être entretenu en «bon père de famille» selon les termes consacrés, aux frais du locataire.

Le prix de la location par an est de 24 livres pour le domaine et de 5 sols pour la chambre. Il est évident que le seigneur compte surtout sur les récoltes pour vivre. Nous sommes en face d’un gentilhomme campagnard, différent de Monsieur de St Privat. Ici pas de potager, de jardin d’agrément. Les légumes de Charles de Bargeton poussaient certainement au domaine du Moulin Neuf sur St Quentin, où il habitait.

On sait par ce descriptif que les de Bargeton possédaient des vignes, des prés, des olivettes, des jachères, des enclos (parran).

Ce texte nous montre le soin attentif apporté à envisager toutes les situations. Il indique aussi que les Bargeton-Vallabris étaient toujours propriétaires du château du Moulin Neuf sur St Quentin, et qu’ils y habitaient régulièrement car le paiement de la location se fait au Moulin Neuf.

A Vallabrix nous cultivions du blé appelé touzelle ou tauzelle, blé précoce sans barbe, du seigle pour faire un mélange de blé et de seigle, le conségal. Froment, orge, avoine et paumelle sont aussi cultivés selon les terrains. 

L’olivier, la vigne, les mûriers et surtout l’élevage des moutons complètent. Au siècle précédent à St Quentin jusqu’à mille moutons et quatre cent à St Victor. Nous sommes dans un monde relativement fermé sur lui-même. On cultive pour sa famille et éventuellement pour un marché à l’intérieur du village ou du proche environnement. Les transports sont lents et difficiles, les péages et les poids et mesures différents selon les lieux, les taxes, tout cela n’encourage pas un éventuel commerce. Par ailleurs les récoltes sont maigres. On a peu de fumier, pas d’engrais, on enterre du buis pour rendre la terre plus fertile. Il faudra attendre 1780 environ pour que se développe la culture de la luzerne et du sainfoin, améliorant l’élevage et rendant ainsi le fumier plus rentable.

Le compoix de 1728 indique un moulin à huile dans Vallabrix, peut-être la maison de maître vers les ruines du four sur la route de Masmolène (anciennement maison Desplans). La destruction d’une partie du château de 1703 nous apprend que nous avions deux moulins bladiers (à blé ou à grain) sur Vallabrix, un au quartier de Garrian donc sur l’Alzon, l’autre dans le village (où ?) donc à la mode génoise avec une meule à âne. Des moulins à grains étaient absolument nécessaires à proximité du village, car la farine était vitale, le pain étant une source essentielle de nourriture. Le moulin de Garrian existait déjà vers 1550 du temps de Pierre de Bargeton qui le fait réparer.

Des pépinières de mûriers sont mentionnées dans le compoix d’Uzès de 1618 : une petite-fille de Mathieu de Bargeton, Catherine d’Entraigues en possédait une.

Curieusement nous n’avons pas trouvé sur notre commune de traces de culture du chanvre, pourtant répandue dans tout l’Uzège et culture très importante pour nos artisans. Sur les différentes cartes nous n’avons pas vu sur Vallabrix de quartiers, de terrains appelés «canabières», indiquant cette culture. Les villages voisins comme St Siffret cultivaient cette plante. Pourtant les registres de capitations (impôts) de Vallabrix mentionnent régulièrement des cordiers. Et au 19ème siècle il sera interdit de faire rouir le chanvre dans les bassins du lavoir. Culture peut-être uniquement pour l’usage personnel et non la vente ?

Les arbres à fruits semblent privilégiés. Plutôt qu’en plein champs, les figuiers, pommiers, cerisiers ou poiriers sont cultivés à la rase des parcelles, dans les haies, de même que les mûriers car là où un mûrier meurt, plus rien ne pousse, dit la tradition populaire. 

La disette est plus ou moins présente, en 1629, 1630, 1652, 1670…. Quand les blés gèlent, on fait de la farine avec les châtaignes, les pois chiches, les fèves. A Vallabrix pour la période de 1709, nous avons entre 47 feux (foyers fiscaux). En 1790 nous serons 82 feux soit 400 personnes environ. (adg - Paroisses des Communes – Gard- Dominique Lacroix)(Gérald Cholvy – Le Languedoc et le Roussillon).

Les bois constituent des ressources non négligeables mais sont aussi le lieu de conflits interminables, de réglementations contraignantes. Les potiers de St Quentin ou des «étrangers d’ici», c’est-à-dire des villages voisins, volent notre bois, déplacent les limites…. Cistes et bruyères pour faire grimper les vers à soie, bois de chauffage, de construction, lieu de pâturages, fruits et légumes sauvages, truffes et champignons, glands pour les cochons, écorces de chênes pour les tanneries, et plus simplement ressources alimentaires supplémentaires ou de remplacement…Souvent une coupe de bois permet à la Communauté d’éponger ses dettes.

Jean Racine dans une lettre du 13 juin 1662 lors de son exil à Uzès explique comment les moissons sont faites dans notre région: «la moisson est déjà fort avancée (mi-juin)….on lie les gerbes à mesure qu’on les coupe, on ne laisse point sécher le blé sur la terre (comme cela se fait au nord de la Loire), car il n’est déjà que trop sec et dès le même jour on le porte à l’aire où on le bat…». (Revue du Midi Nîmes 1904/07 p280 – Gallica BN)

Au 18è siècle, les cochons couraient encore dans les rues du village, les transformant en bourbier autour du four, de la fontaine, rendant les abords difficiles et créant des  conflits de voisinage. Les porcs servaient d’éboueurs, malgré les calades en pierres rouges du Brugas comme ce que nous avons découvert sous le goudron en 2014 lors d’inondation, calades à l’intérieur du fort vers la «Maison Ronde».(Couradou Vallabrix février 2015 site de Vallabrix ou médiathèque)

Des décisions consulaires vont essayer de remédier à cela, et en 1772, après maintes remontrances, on pense à engager un berger pour garder les cochons des habitants. C’est le tenancier du four qui se chargera de l’employer. Les porcs pourront manger les déchets du moulin et du four. Chaque cochon coutera à son propriétaire 2 sols 6 deniers par mois pendant neuf mois et 3 sols les mois d’été. Chaque truie ou ses petits, couteront 5 sols par mois jusqu’à la fin de l’allaitement. Les habitants qui refuseraient de faire garder leurs porcs devront payer malgré tout sous peine d’une amende de 5 livres, ce qui est une somme élevée. Au siècle précédent les propriétaires de terres payaient déjà un berger pour que les porcs du village désherbent en grattant leur terrain….

On apprend par la même occasion que la période autorisée pour tuer les cochons s’étend du 11 octobre au dernier jour de carnaval. Une rotation et une solidarité entre les familles existait-elle pour ne pas perdre de la viande comme c’était encore le cas dans la plupart des villages il y a encore une cinquantaine d’années, avant les réfrigérateurs et les congélateurs ? (arch comm. Vallabrix – 1751/1795).


(restes de calade sous le goudron– rigole vers la Maison Ronde--2014)

Le règne de Louis XIV (1643/1715) ne sera pas une période de surabondance de récoltes. A plusieurs reprises, l’Intendant du Languedoc interdit de vendre ses blés en dehors de la province, seuls les achats pour la consommation personnelle sont autorisés pour éviter une spéculation et une augmentation de prix du pain qui était encore un aliment de base.

Etés de sécheresse, hivers qui gèlent les oliviers et les châtaigniers, en particulier ceux de 1670 et 1709, pluies de sauterelles (1688), des guerres qui s’enchainent et qui enlèvent des bras aux champs, et au moment de la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, fuites des protestants artisans qui cultivaient pratiquement tous un petit lopin. A cette époque il était naturel d’avoir plusieurs métiers : le barbier-maréchal ferrant cultivait sa vigne et ses arbres, l’instituteur était maçon, et jardinait un clapas, les femmes s’occupaient du petit bétail, chauffaient les cocons de vers à soie dans leurs girons, cueillaient avec les enfants les fruits, légumes et feuilles de mûriers. Cultivateurs, artisans, ouvriers, avaient tous quelques poules, des abeilles, parfois un mulet, un cheval et on produisait au moins leur nourriture et celle de la famille. Des métiers à tisser les bas de laine occupaient les maisons, on travaillait pour un artisan plus fortuné. On s’en sortait comme on pouvait. Le règne de Louis XV ne sera pas plus heureux.

Nous pouvons ici rendre hommage à nos anciens, paysans courageux, tenaces, et qui malgré l’adversité ont continué à nourrir le pays. Ils nous ont certainement plus fait avancer que les guerres de nos rois.

Sources : archives municipales Vallabrix-Uzès-—archives départementales du Gard—BNF Gallica--photos perso--

 

 

 

 

 

 

dimanche 27 septembre 2026

Léon XIV un pape presque Français

 



Tombe de Jean/John Robert PREVOST

Léon XIV, un pape presque français… !

 

 

Léon XIV porte un nom typiquement français, Robert Francis Prevost. Naturalisé péruvien, de nationalité américaine, sa généalogie révèle un incroyable mystère. Le 19ème siècle est le siècle d’un brassage européen de grande envergure. Les historiens pensent que plus de 60 millions d’Européens sont sur les routes, changent de pays, espèrent une vie meilleure ailleurs. Et il faut s’attendre à des zones d’ombre dans ces parcours de vie….

Sur les actes de naissance du père de Léon XIV et de son oncle on relève des incohérences et des prénoms aux consonances italiennes surprenantes : Louis Lanti Marius Prevost et John Centi Prevost.

 


Acte de naissance de Jean Centi PREVOST, 1917



Salvatore Riggitano –
The daily Gate City
(Keokuk, Iowa),
10 juillet 1910.

En fait,,leur père menait en réalité une double vie. Celui qui se faisait appeler “Jean” ou “John Prevost” dans la vie courante se nommait en vérité Salvatore Giovanni Gaetano Riggitano.

Né le 24 juin 1876 à Milazzo, en Sicile, il n’était pas français comme il le prétendait mais italien : professeur de langues romanes, il parlait parfaitement italien et français, ce qui lui permettait de jouer aisément sur les deux tableaux. Il propose aussi des cours d’allemand, d’espagnol. (voir ci-dessous la petite annonce). Le pape Léon XIV aurait donc très bien pu s’appeler Riggitano !

 

 


Petite annonce de leçons de français, italien, allemand “Riggitano / Prevost”

L’histoire de cette famille est digne d’un roman. Salvatore est déjà marié avec Daisy Hugues quand il tombe amoureux d’une jeune Française, Suzanne Fontaine, née au Havre en 1894. Rapidement un enfant nait, un fils.  Suzanne est la grand-mère du pape.



Certificat du mariage Salvatore /Daisy Hugues

En 1917, le scandale éclate au grand jour et la presse américaine s’empare de cette affaire..A cette époque on ne plaisantait pas avec l’adultère. La »séductrice » portait l’essentiel de la honte. Suzanne doit s’éloigner pour accoucher dans un établissement catholique pour jeunes filles célibataires, à Lackawanna dans l’Etat de New-York.

Suzanne pour déclarer la naissance de son fils sans donner l’identité de son père, va prendre le nom de jeune fille de sa propre mère Jeanne Eugénie Prevost. Et c’est ainsi que le pape Léon XIV se retrouve avec un patronyme français, celui de son arrière-grand-mère.

Sa mère Mildred Agnès Martinez mariée à Chicago en 1949, a aussi des origines françaises. Son père Joseph fabricant de cigare était originaire de Nouvelle-Orléans, vieille famille française du temps où cette région était colonie française.

Chez les Martinez on trouve des origines Normandes, Béarnaises, Guadeloupéennes, Marseillaises…..

Des cousinages prestigieux, Jean de Lattre de Tassigny, Edmond Rostand, Albert Camus, Éric Cantona, Nadine Trintignant, Caroline Cellier ou encore l'ancien maire de Marseille, Jean Claude Gaudin….

 On a tendance aux Etats-Unis à oublier que le pays s’est fait avec des migrants de toute nation.

 

Sources : septembre 2026 par Frédéric Thébault La France Pittoresque—wikipédia.org--

 

 

 

 

 

dimanche 13 septembre 2026

Calendan le cheval qui rue

 


La Tour Carbonnière - Grand Site de France - Office de tourisme d'Aigues-Mortes


Calendran lo Reguitnaire, le cheval qui rue


Il y a très longtemps, à Aigues-Mortes, un jeune officier pauvre et amoureux d’une belle jeune fille…   Eternelle histoire !!   Un conte ou bien histoire toujours recommencée ?

En ce temps-là, les gens d’Aigues-Mortes répugnaient aux mésalliances. Ils jouissaient d’une situation économique qui semblait reluisante avec des revenus supérieurs à ceux des villages voisins : le sel, la vigne, la pêche…Et puis les habitants du bourg vivaient un peu en vase clos derrière leurs remparts et leurs marais, un mode de vie à part.

Le jeune officier commandait le passage de la tour Carbonnière au nord de la ville. Ce passage reliait Aigues-Mortes à la plaine du Bas-Languedoc, autorisant ou non le commerce avec les autres villages. Un lieu de passage obligé, avec une route qui passait sous la tour. Un texte de 1346 nous dit que « cette Carbonnière est la clé du royaume en cette contrée »..

 Les pêcheurs d’Aigues-Mortes sous l’Ancien Régime jouissaient du droit de franc-salé et étaient autorisés à exporter en franchise le poisson salé qu’ils vendaient aux gens de Lunel, Sommières, Nîmes…. Ils passaient par la tour sans payer. Sauf qu’un jour, au retour, un gouverneur de la cité y installa un péage pour tous ceux qui entraient dans la ville. D’où notre officier, probablement à la solde étique et famélique.

Or un jour, il vit la fille du Premier Consul de la ville, il fut foudroyé par sa beauté solaire, son sourire, ses yeux d’un bleu azuréen… bref en un instant il était amoureux !

La belle trouva l’officier à son goût et lui rendit son regard.

L’officier envisagea le mariage et se rendit chez le père. Qui ne l’entendit ni d’une oreille ni de l’autre ! Il renvoya rudement notre officier à son guet, vers son poste qu’il n’aurait jamais dû quitter. Il promettait sa fille à un parti moins miteux !!


Furieux, vexé, notre militaire mit au point sa vengeance. Son cheval Calendran ruait sans cesse. Seul son maître et son valet pouvaient l’approcher. Il l’attacha sous la voûte de la tour et dès qu’une personne s’approchait, Calendran ruait. Personne ne pouvait plus passer.

Et les protestataires étaient renvoyés chez le père de la belle. L’officier s’abritait derrière le règlement qui prévoyait que le cheval devait être logé sur le lieu de son travail. Forcément, sous la voûte de la tour, et non au sommet !

Au bout du quatrième jour, les habitants finirent par aller vociférer sous les fenêtres de l’édile qui accorda par force plus que de gré la main de sa fille à notre officier-guetteur de la tour Carbonnière.La tour Carbonnière vue du sud.

 

 

Sources : Jacques Durand « André Bouix Gardian en Camargue » édit Voix du Pays Stock 1980--– A Bouix A Laborieux C Galtier « Le Trésor des jeux Provençaux  Culture provençale 1952--

jeudi 4 juin 2026

Délinquance à Vallabrix

 

Délinquance à Vallabrix ? :

 

(machine à sous Le Phénix à musique 1899 - collec J CL Baudot)


Dans les archives de Vallabrix, une lettre du 16 janvier 1906 du procureur de la République d’Uzès adressée au maire de Vallabrix. On s’étonne en haut lieu, la Chancellerie, de l’installation de machines à sous dans nos auberges et cabarets. C’est le procureur général à la cour d’appel  de Nîmes qui a lancé la procédure.. Les jeux de hasard sont interdits,(art 10 du code pénal), donc nous sommes en infraction. A cette époque, fin 19ème-début 20ème siècle,  nous avons eu jusqu’à sept estaminets pour un peu moins de 400 habitants !! Il faut nous rappeler ici que nous ne savions pas quoi faire de nos vins à cette époque.

 Il semble que nous avions effectivement un souci qui méritait une remise sur les rails. A ces jeux, plus de perdants que de gagnants, des bagarres, des vols… les poches se vidaient. Les familles en pâtissaient. On partait au marché vendre sa récolte mais on revenait la bourse vide. Une certaine hausse des suicides, et les fils et filles d’un suicidé avaient du mal à fonder une famille, subissant une réprobation chrétienne ou sociétale.

 Il s’agit ici d’une circulaire, le nom de la commune a été rempli après. Mais c’est une lettre manuscrite. Les circulaires administratives étaient tapées à la machine à écrire à cette époque.  Il faut espérer pour notre dignité que d’autres communes avaient ce même genre de problème.

Jusqu’alors une certaine tolérance était de mise. Un premier avertissement au contrevenant pour donner le temps de se débarrasser de ces engins. La Chancellerie donne un mois maximum pour rentrer dans le rang à partir du 26 décembre. Mais la lettre du procureur est du 16 janvier et à partir du 26 du mois des poursuites seront engagées. Le maire devra faire connaitre au procureur  d’Uzès les cabaretiers qui se seront conformés aux prescriptions et ceux qui auront refusé. Pour être sûr que le message est bien passé, le maire doit accuser réception de la circulaire du procureur.


                                                                          (roulette Bussoz 1900 collec  J CL Baudot

 

Nous ne savons pas jusqu’à quel point Vallabrix est touché par cette forme de délinquance. Est-ce que les Languedociens qui sont revenus de Panama, du Brésil, du Mexique à la fin du 19ème siècle nous ont rapporté autre chose que des graines de plantes et des plants de vigne ? Dans ces terres d'aventures, des fortunes qui parfois sentaient le soufre, se sont construites là-bas, et qui ne demandaient qu’à se réinvestir ici.

Notre village en a profité : terres qui changent de main, mais aussi maisons construites ou rénovées, réhaussées dans un style "maison de maître" avec génoises affirmées, sœurs cadettes de la Maison Ronde qui à l'époque était le symbole de la réussite sociale.

Il est vrai aussi que la fin du 19ème siècle-début 20ème siècle voit se développer une délinquance moderne à partir de Marseille rayonnant sur toute la côte méditerranéenne. C'est aussi la période de la création des premières brigades mobiles de police judiciaire, donc une volonté gouvernementale de lutter contre le crime organisé.

Notre voisine Saint Quentin la Poterie avait un casino (ancienne maison du docteur Besset-Prat-angle Grande Rue et route d’Uzès—face à ‘actuelle boulangerie)—On y jouait, dansait – la légende dit que Fernandel y serait venu chanter. (dates un peu fantaisistes !!)

Une archive de Saint Quentin ci-après nous indique l'ambiance :

Délibération du conseil municipal de St Quentin du 1er novembre 1851 :

« Les cafés et auberges doivent obligatoirement fermer à partir de 22 h. Ces lieux sont le siège de réunions bruyantes où se donnent rendez-vous des individus connus pour leur exaltation et la violence de leurs opinions ». (sources Albert Ratz Histoire de St Quentin la Poterie –Cévennes Magazine fév 2015).

 


Nîmes n'est pas en reste : "Le 24 février, un membre du Conseil Municipal, M. Castanet, constate que les jeux de hasard et autres tripots jouissent dans la ville de Nîmes d'une liberté presque complète. Il propose de faire cesser ce scandaleux état de choses en appliquant immédiatement et d'une façon formelle la loi du 10 avril 1834, qui frappe de peines correctionnelles la tenue des jeux de hasard.

M. le Maire dit que les jeux sur la voie publique sont supprimés. Ils seront tolérés quelques jours, avant et après la période des Rameaux.

Ces jeux étant tolérés un peu partout, leur interdiction totale dans les établissements publics porterait un préjudice à la ville au profit des villes voisines. Il faut les maintenir dans certains établissements comme le Casino ou l'Éden, ces deux établissements vivant de ces jeux. (1) « 

(1) Ces deux établissements n'existent plus : Le Casino était situé boulevard Sergent Triaire au niveau de l'actuelle rue Guillemette, à l'emplacement de l'Éden se trouvera, rue J. B. Godin, un établissement Évangéliste.

(nemausensis.com Nimes XXsiècle/Nîmes belle Epoque)

Des jeux de hasards, oui, mais dans des établissements publics tels que les casinos. On hésite entre tolérance et sanction au nom d’une économie chancelante et des évolutions des modes de vie (routes, téléphonie, usines…..)….

 



Sources :Archives municipales--- nemausensis.com Nimes XXsiècle/Nîmes belle Epoque)—

 

 

 

 

 


 

 

vendredi 22 mai 2026

Le Fort de Peccaïs

  


Le Fort de Peccaïs

Voir et revoir ---pour préparer le voyage à Aigues Mortes du 30 mai--


Un monument à visiter au cœur de la Camargue, bordé d'étangs aux envols d'oiseaux, au clapotis de fleur de sel, aux horizons infinis....
Le fort de Peccais ou Peccaï en provençal est une construction du 16ème siècle, au cœur d’une nature languissante et silencieuse, proche d’Aigues-Mortes en Camargue. Etrange construction au milieu des marais. Bateau fantôme qu’on imagine peuplé d’êtres d’un autre univers.  Le delta du Rhône autrefois fut hérissé de forts et de tours de guet au gré de la mouvance des cours d’eau qui ont modifié constamment la géographie de la Camargue. Le fort et l’abbaye de Sylveréal construit sous le règne d’Henri III en 1577, détruit puis rebâtit au 18ème siècle, l’abbaye de Psalmodi, celle d’Ulmet à l’est de l’étang du Vaccarès ne sont plus que dans nos mémoires… la tour Saint-Louis à Port Saint Louis du Rhône, construit vers 1737 encore debout. La Camargue affamée de pierres engloutit les œuvres des hommes dans ses sables.
Tour Saint-Louis
Le fort de Peccais est inscrit monument historique par arrêté du 13 décembre 1978. Il est en fort mauvais état, longtemps ignoré même des habitants d’Aigues-Mortes. Il est vrai que la promenade n’est pas de tout repos : c’est le royaume des moustiques et des arabi, petites mouches très actives.
ruines de Psalmodi

Le fort est situé au cœur du marais de Peccais, marais salant exploité dès l’Antiquité et même probablement dès l’époque néolithique. De ce marais sont nés les Salins du Midi au 19ème siècle. Une si longue exploitation et peu de vestiges certainement détruits au fur et à mesure de l’utilisation du site. Des céramiques grecques du VIème et Vème siècle avant notre ère ont été malgré tout trouvées sur le site, prouvant l’exploitation et le commerce du sel du delta du Rhône.
Peut-être un ingénieur romain du nom de Peccius serait à l’origine du nom de ce marais. Il aurait été en charge de l’exploitation des salines.
 
Grenier à sel Moyen Age -BNF
 
Au Moyen-Age, l’abbaye du sel, Psalmodi, possédait en partie les salines de Peccais qui faisaient sa richesse. Encore aujourd’hui, une terre jouxtant le fort s’appelle la « plaine de l’abbé », souvenir de cette possession monastique. Le reste des terres de Peccais appartenaient aux seigneurs d’Uzès et d’Aimargues qui les inféodèrent à des petites propriétaires tout en se réservant le droit de septain, c’est-à-dire le septième de la récolte. Un seigneur de Saint-Quentin la Poterie notre voisine, possédait un bout de cette terre si convoitée, terre qu’il échangera contre une tour de son château, tour que le roi Louis VIII possédait on ne sait pas pourquoi, peut-être un résidu de la croisade contre les Albigeois.
(grenier à sel Moyen-Age)
Une convention entre le seigneur d’Uzès et les moines établissait un règlement commun pour l’exploitation des marais. «…. les mesures, boisseaux ou setiers employés dans leurs salins respectifs seraient de même dimension et que les ouvriers chassés de la propriété des uns ne seraient point reçus dans la propriété des autres… » . Il semble que l’exploitation d’un nouveau salin, le Salin de l’Abbé » date de cette époque. La Confrérie du Sel de Mer date du 12ème siècle. Elle est réactivée actuellement avec un Grand Prévôt, trois membre de droit les « protecteurs-nés ». Elle tient son chapitre pour la fête de la Saint-Louis avec l’intronisation de nouveaux chevaliers et ambassadeurs.
( Départ de la septième croisade d'Aigues-Mortes, sur un chenal creusé dans le marais de Peccais)
Puis arrive le roi Louis IX, Saint-Louis, qui a des vues sur le secteur pour construire Aigues-Mortes, son port pour embarquer vers l’Orient. Dès 1244, les maçons d’Alès sont requis pour travailler « sous peine de leurs personnes et de leurs biens ». En 1248 le roi achète une partie des terres de Peccais à l’abbé de Psalmodie. Le pape Innocent IV autorise la transaction avec l’évêque d’Uzès (archives nationale J295n°12 Layette III p45 n°3706 et archives départementales du Gard H 109 n°12) Le roi accorde aux habitants du secteur, le droit de prélever librement dans les salines le sel nécessaire à leur consommation.
Philippe III son fils achète aux Hospitaliers la Terre des Ports à l’ouest de Psalmodi en 1272. Son petit-fils Philippe le Bel en 1290/92 récupère à l’est du territoire les terres seigneuriales en échange de divers châteaux de la région. Ainsi Bermond d’Uzès en cédant ses droits sur Peccais devient seigneur de Pouzilhac, Saint-Martin-de-Jonquières et Remoulins, ville verrou sur le Gardon et le Rhône proche. Le roi donne les salins en fermage contre le septième de la récolte. Des fortunes vont se construire sur le droit d’exploiter à ferme les salines. Un grand négociant du 14ème siècle Francesco di Marco Datini, finança le retour du pape Grégoire XI à Rome contre le droit d’exploitation de Peccais, avec son associé Nastagi di ser Tommaso : le sel entreposé et vendu à partir des greniers à sel de Beaucaire, Orange, Pont Saint esprit remontait le Rhône et fit de Datini une puissance économique incontournable alliée aux drapiers, autre puissance économique de l’époque…. Nous sommes dans les années 1367-1376.
(Aigues-Mortes Porte de la Reine ou de Peccais- une glacière sur le devant).
Pendant la Guerre de Cent Ans, les Bourguignons tiennent la ville d’Aigues-Mortes. En janvier 1421 les troupes royales les attaquent avec succès les soldats bourguignons qui sont passés par les armes et la légende dit que leurs corps sont entassés dans la « Tour des Bourguignons » en plusieurs couches bien salées en attendant d’être enterrés.
Dans les années 1500, l’exploitation s’intensifie. François 1er en 1532 fait creuser un canal qui relie les salins à la mer. C’est le chenal du Grau-Henri qui s’ensabla rapidement. Il restreint aussi le droit des habitants d’Aigues-Mortes à prendre du sel pour leur consommation en fixant un plafond. Ce sera le résultat d’une longue procédure entre la ville et le roi qui ne put abolir la franchise accordée par Saint-Louis.
En 1546, les salines s’agrandissent : le Grand Prieur de Saint-Gilles fief de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem construit le salin de Saint-Jean dans un étang proche de Peccais.


Mais il faut lutter contre la contrebande et le pillage des salins. Le roi a le monopole de la distribution du sel qui assure une source importante de revenus par le biais des impôts (la gabelle).
Enfin en 1568, la construction du fort de Peccais est décidée pour protéger les salines et les canaux qui servent au transport. Pirates, pilleurs, contrebandiers infestent la Camargue et nos côtes. Les « barbaresques » venaient s’embusquer dans les bras du Rhône pour attaquer les bateaux qui venaient à la foire de Beaucaire. François 1er d’ailleurs exemptera de toute peine le meurtre de ces pilleurs même en cas d’erreur de la part du meurtrier ! Des braconniers de poissons en feront les frais… Le sel est le principal mode de conservation des aliments. Celui qui domine l’exploitation du sel domine l’économie. Le sel va générer des conflits entre pays mais aussi entre provinces : contrôle des voies de passage pour le transport du précieux ingrédient, installation de monopole, utilisation du sel comme arme entre belligérants, développement du transport maritime et des échanges commerciaux…arrivée des harengs de la mer du Nord sur le marché européen !

Ce fort à quelques 5 kilomètres de la mer, était là pour maintenir l’ordre dans ces temps troublés des Guerres de Religion naissantes. Il était essentiel pour l’économie de la Camargue, dont le sel et la pêche étaient les seules sources de richesse. Et puis, Aigues-Mortes était située entre la Provence et le Languedoc, avec le Rhône, voie de transport. Il va suivre de très près notre Histoire, prenant toute sa place dans les épisodes sanglants des guerres de religion. Pendant  longtemps ce secteur sera la plaque tournante du commerce, des déplacements, des enjeux politiques.
(au fond les camelles blanches de sel)
160 mètres entre les pointes des deux bastions est-ouest, des fondations supposées sur pilotis comme la Tour de Constance d’Aigues-Mortes. Des archives du 17ème siècle nous décrivent une porte monumentale à fronton, trois corps de bâtiments autour d’une cour centrale, des logements pour le gouverneur, le major, la troupe, des hangars, des magasins, une boulangerie, une petite chapelle. Deux citernes de grande capacité surmontées d’une petite coupole. Une glacière très utile dans ce pays où l’eau était saumâtre et le soleil de plomb. La glace venait des Cévennes. Un lieu insalubre où sévissait le paludisme. En 1742, on trouve dans les archives le curetage du fossé et de l’avant-fossé pour « enlever toutes les vases qui corrompent l’air et nuisent à la santé de la garnison »..
Tout cela a disparu pour servir de carrière aux Camarguais. Il ne reste qu’un quadrilatère flanqué aux quatre angles d’un bastion, un fossé et un contre-fossé que l’on devine. Tapi dans les salicornes et les tamaris nains. Peu visible dans les vastes horizons plats camarguais.
En 1569, le fort est un temps aux mains des protestants.  Peccais est constamment disputé entre troupes catholiques et soldats huguenots. Le roi envisage de démolir le fort, mais Montmorency désobéit et le fait réparer. En 1598, sous le roi Henri IV, le fort devient place de sûreté et est confié au pouvoir des protestants avec une garnison de 18 hommes. Montpellier et Aigues-Mortes reçoivent une garnison de 128 soldats, la Tour Carbonnière, trois hommes. C’est en 1599 que Henri IV crée le poste de contrôleur général en Languedoc, qui remplace les Visiteurs de Gabelle, emploi crée en 1411 et ancêtre de notre percepteur.
 
Le fort abrite parfois des personnages hauts en couleur. En 1627 pendant la guerre de religion déclenchée par Rohan, le gouverneur protestant de Peccais Jacques Gautier seigneur de Saint-Blancard, lieutenant de Rohan, s’autoproclame amiral du Levant, arme des bateaux et entreprend la guerre de course, pillant nos côtes jusqu’à l’Ile de Ré où il trouvera la mort.
(Porte de la Reine ou de Peccais- remparts d’Aigues-Mortes-gravure 19ème –anonyme BNF)
Le gouverneur suivant Charles de Saint-Simon de 1634 à 1644 ne mettra jamais les pieds à Peccais. Mais le roi ordonne en 1636 des réparations importantes du fort. L’intendant des fortifications d’Argencourt nous a laissé un devis qui laisse entendre qu’il s’agit de réparations importantes, peut-être une reconstruction. Un impôt est levé sur tous les contribuables du Languedoc pour ces réparations, 36 000 livres au moins. Ce tribut plus la gabelle, des émeutes ensanglantent notre province. Celle de Carcassonne aboutit en 1657 à la décision de justice très lourde : les cloches qui avaient sonné le tocsin seront fondues, la ville écope d’une très forte amende, ses foires et marchés sont supprimés, la maison consulaire rasée, plus de grenier à sel, canons transférés, des peines de mort…. Heureusement cette sentence ne sera pas appliquée dans sa totalité car il faut préserver l’essor économique de la ville.
D’autres réparations du fort auront lieu au 17ème siècle, mais il a perdu de l’importance. Sa présence ne décourage pas les faux-sauniers. La contrebande était pourtant punie par l’envoi aux galères ou de peine de mort en cas de contrebande armée. En 1637 l’intendant du Languedoc se plaignait des difficultés à lutter contre les faux-sauniers : « les marais remplis de roseaux et de broussailles qui leur servent d’entrepôts et de retraite leur donnent une sûreté à n’être pas découverts… ». « Ils se servent des petits bateaux utilisés pour la chasse aquatique… ».
A la fin du 17ème siècle dix-sept salins étaient en activité dans le marais de Peccais : L’Abbé, Les Aubettes, Bourbuisset, Les Brassives, La Courbe, La Donzelle, Les Étaques, La Fangouze, La Gaujouze, Le Gay, La Lone, Le Margagnon, Mirecoule, Roquemaure, Saint-Jean, Les Tuillières et Les Terrasses. Un consortium de propriétaires sauniers est créé en 1716 ; l’Eglise ne s’associe pas à cette société. Elle possède encore les salins de l’Abbé et de Saint-Jean. Un syndic élu tous les ans gère l’exploitation commune. Plus tard l’évêché d’Alès propriétaire du salin de l’Abbé les rejoignit.
La garnison du fort en 1775 n’était composée que d’une compagnie d’invalides. La Révolution en 1790 décréta les salins de Peccais propriété de l’Etat. Puis ils seront restitués à leurs propriétaires sauf ceux de l’Abbé et de Saint Jean qui restent dans le giron de l’Etat. Comme à bien d’autres endroits, la bourgeoisie montpelliéraine achète les salins classés biens nationaux.
L’abolition de la gabelle en 1791 signe la fin du fort qui va tomber en décrépitude.


Porteurs de sel --Groupe Salins

Au début du 19ème siècle, le fort est déclassé. Après les grandes inondations du Rhône de 1840 et 1842, une société Renouard et Cie de Montpellier rachète et exploite les salins des marais de l’Abbé et de Saint Jean. En 1842 Achille Durand fermier du salin de Villeneuve convoque en assemblée générale les propriétaires des autres marais qui en 1847 s’associent dans une première Compagnie des Salins. Les débouchés commerciaux sont favorisés par le développement des chemins de fer, l’apparition des bateaux à vapeur sur la Rhône et surtout par les besoins de l’industrie naissante de la soude. En 1856 la Compagnie des Salins du Midi est créée par Auguste Renouard avec son siège social à Aigues-Mortes. Cette société va prospérer et prendre le contrôle et la propriété de tous les salins de la côte méditerranéenne française. La situation est plus fluctuante depuis quelques années. Mais c’est une autre histoire que nous compterons peut-être ici un jour.

Pendant la guerre de 1914-1918, le fort sert de prison. Nous avons vu précédemment que le marquis de Baroncelli en a été le pensionnaire bien malgré lui.

Les troupes allemandes d’occupation pendant la seconde guerre mondiale s’installent dans le fort, construisant à l’intérieur du bâtiment plusieurs petites casemates et un fortin plus important à l’extérieur, proche de l’entrée. Le fort devient ou redevient un emplacement stratégique contre un éventuel débarquement. A la Libération ces ajouts seront dynamités, laissant des ferrailles tordues et des blocs de béton, témoins d’un proche passé.

En 1978 les quelques vestiges et le fossé sont classés à l’inventaire général des monuments historiques. La Cie des Salins du Midi cède le site en décembre 2012 au Conservatoire du Littoral. Des travaux sont envisagés par le Conservatoire des Monuments Historiques.

A visiter à Aigues-Mortes les Salins et son petit train, ses camelles, ses installations….
Tout est salé : les bons mots, l’histoire un peu leste, la note du restaurant, la correction, l’impôt, la peine salée qui condamne le demi-sel, peine prononcée par un juge poivre et sel. Et même le mari paresseux qui selon la coutume, devait être salé au lieu de sa paresse pour lui rendre sa vigueur. On n’oublie pas le salaire (part de sel attribuée au soldat romain), la sauce, le saucisson, la salade….. On en trouve d’autres ?
Plan Aigues-Mortes gravure de Belin 1764 BNF


Sources : Henri-Paul Eydoux Monuments Méconnus Provence 1978  édit Librairie Académique Perrin --  Christiane Villain-Gandossi Les salins de Peccais au 14ème siècle d’après les compte du sel de Francesco Datini Annales du Midi 1968 + Comptes du sel Paris 1969 collection des documents inédits sur l’Histoire de France VolVII –Ménard Histoire de Nîmes archives nationales J295 n°33  Preuves p 388 + Pagézy – Jean Raybaud Histoire des Grands Prieurs de Saint-Gilles 1904 édit Abbé Nicolas Nîmes in 8è T1 p188 – wikipedia –photos collection privée + France-voyage, tripadvisor.fr -- Guilaine (J.) et Fabre (D.), dir, Histoire de Carcassonne, Privat, 2001.-- Jean-Félix Cuny  Le Sel que j'aime édit Hachette Art de Vivre ---Groupe Salins --Aigues-Mortes Musée du Sel --