vendredi 9 février 2018

La Lutte d'Hommes à Uzès





a La Lutte d’Hommes à Uzès :


La lutte greco-romaine était très à la mode en cette fin du 19ème siècle-début 20ème siècle.  C'est un sport pratiqué depuis la nuit des temps si l'on en croit les représentations sur les vases, les stèles du monde antique.

Une compétition avait lieu à Uzès le mardi de la fête votive, dans des arènes de fortune, sur le champ de foire, près de l’actuel Lycée Gide, maintenant domaine St Firmin. La fête votive se déroulait en septembre à cette époque, temps de pose entre les moissons et les vendanges.
 Cette compétition attirait beaucoup de monde de tout l’Uzège. Uzès avait alors son champion, Jourdan, concurrencé par les trois frères Aimable de La Calmette, mais aussi par Paul Pons qui fut champion du Monde, Laurent le Beaucairois, Murzouk, un noir. (Sur la photo ci-dessus à droite nos plus jeunes pourront remarquer les élégantes jarretières à chaussettes de nos anciens).
Le Journal d’Uzès du 28septembre 1892 nous raconte un de ces combats : « Laurent qui avait terrassé son adversaire le tint par terre sous le poids énorme de son corps pendant près d'une demi-heure. Mais dans l'impossibilité de se défendre loyalement, Murzouk mordit Laurent au bras et le fit lâcher prise. Un sévère pugilat s'engagea... Cette furieuse querelle prit fin à l'intervention de la gendarmerie... sans qu'il soit possible de connaître le résultat définitif de cet émouvant combat. »

(Jourdan d’Uzès à droite)
Les jeunes de la ville pouvaient affronter nos athlètes. Le commissariat de police tenait les inscriptions et vérifiait les candidatures. Des primes assez substantielles étaient offertes à celui qui avait vaincu un de nos champions. Un règlement du conseil municipal de 1890 précisait que les lutteurs s’affrontaient à mains nues, seulement vêtus d’un caleçon. Ils devaient être propres de corps, « principalement les jambes et les pieds ».



Le peintre d'Alès, José Belon (1861-1927) a immortalisé cette compétition dans ce tableau qui est un véritable reportage sur l’événement.


"Lutte d'hommes dans le Midi", par José Belon    1886

(José Belon ci-contre) Une carrière à Paris comme peintre et illustrateur pour la presse (Le Petit Journal, Gil Blas, L’Intransigeant….), Belon séjourne souvent dans le Gard. Il est à l’origine du musée d’Uzès en 1910, où ce tableau va trouver sa place. 
On y voit à l’arrière-plan les tours médiévales d’Uzès ce qui permet de situer le lieu du combat. Les personnages semblent réels saisis sur le vif. Peut-être des Uzétiens croqués et dont on a oublié le nom. Enthousiasme, excitation, passion, on entend les spectateurs hurler. Une note provençale avec des spectatrices en costumes d’Arlésiennes pour faire plaisir au public parisien après le succès de « Mireille » de Mistral en 1859. Une belle lumière, du pittoresque, de l’animation. A droite en bas, un panier de tomates et une cruche d’ici. Les spectateurs sont grimpés sur des gradins improvisés, charrettes, bancs… Des musiciens sur la gauche en uniforme sur une estrade, deux hommes en caleçon près des musiciens attendent leur tour. Un jeune élégant à droite avec guêtres et cravache, un homme à gauche qui débouche une bouteille de vin, un gros monsieur qui vit le match et serre les poings, un autre qui baisse le pouce vers le bas comme aux jeux de cirque romain. Le lutteur de dos en caleçon rouge est de La Calmette, surnommé « Aimable ».





Paul Pons
  



Sources : Paul Belon, En suivant Monsieur Carnot. Notes humoristiques, 50 dessins de José Belon, Plon Nourrit & Cie, 1893  -- archives municipales d’Alès  606/206  -- musée municipal d’Uzès Georges Borias – Midi Libre 19/10/2015 et 11/10/2012 – musee-mediterranée.org/portail/collections  -  Le Républicain d’Uzès et du Gard 2000 ans de notre Histoire -- wikipedia -wikimedia - alpha-blogspot.com 2/24/2015 -







samedi 3 février 2018

Hemingway au Grau du Roi








Lune de Miel au Grau-du-Roi –Ernest Hemingway


L’écrivain américain Ernest Hemingway choisit le Grau-du-Roi en mai 1927 pour son voyage de noces. Il aimait Paris et ses artistes et intellectuels des années 20, mais contrairement à beaucoup d’Américains de sa génération, il prenait plaisir à musarder sur nos petites routes recherchant bonne chère, vins raffinés et paysages bucoliques.
Déjà en juillet 1923 le romancier britannique Ford Madox Ford dans son livre « Provence » mentionne sa rencontre avec Ernest Hemingway sur le pont entre Tarascon et Beaucaire ; il se rend en Espagne pour les fêtes de Pampelune. Le 25 avril jusqu’au 1er mai 1924, Ernest est en Provence : un voyage de six jours pour 250 francs, y compris billets de chemin de fer et une place à la corrida de Nîmes.
En mai 1927 à Paris il avait épousé la 2ème Mme Hemingway Pauline Pfeiffer, journaliste à Vogue. Voyage en train, Avignon, Nîmes avec une nuit à l’Imperator. Ils souhaitaient assister au pèlerinage des Saintes Maries de la Mer, mais ils s’y prennent un peu tard et faute de chambre libre, ils vont jusqu’au Grau Du Roi. Ils découvrent un village de pêcheurs, la Camargue les enchante. Ils séjournent trois semaines au Grand Hôtel Pommier. Il écrit à Maxwell Perkins, son directeur littéraire le 27 mai : « Cet endroit est un très bel endroit, en dessus d’Aigues Mortes en Camargue et au bord de la Méditerranée avec une large plage et un beau port de pêche ».
"This is a fine place below Aigues Mortes on the
Camargue and the Mediterranean with a long
beach and a fine fishing port."
Ernest Hemingway, 27 Mai 1927
(correspondance à Maxwell Perkins)
 
Ernest à 27 ans, son premier roman « Le Soleil se lève aussi »  connait un grand succès de librairie et il se trouve propulser au premier rang des auteurs américains. Il investit sa fortune récente en voyage pour découvrir l’Europe.
L’écrivain ne chôme pas pendant son séjour ; levé tôt, tous les matins jusqu’à l’heure du déjeuner, il écrit. Il achève « Dix Indiens », « Paradis Perdu » qui deviendra plus tard « Collines comme des Eléphants ». Il s’inspire de sa vie, de ses ruptures amoureuses. Le reste de la journée avec son épouse, il marche sur les plages désertes, pêche, observe la mer et les barques de pêcheurs, apéros face à la mer au café de La Jetée… Un peu de shopping, bronzage, farniente aux terrasses des cafés… Ils participent au pèlerinage des Saintes Maries de la Mer fin mai, déguisés en gitan, la peau barbouillée au jus de mûre pour renforcer leur bronzage. Ils s’y rendent à vélo !. Ils fréquentent l’église Saint-Pierre du Grau du Roi, aujourd’hui remplacée.
Le port du short interpelle un peu les villageois. Une excentricité d’étrangers. Hemingway raconte : « le prêtre ne leur adressait jamais la parole quand ils étaient en short mais il ne les dénonçait pas publiquement et lorsque le soir ils étaient en pantalon, tous trois se saluaient d’une inclinaison de la tête ».. « Presque chaque jour ils se promenaient sur la petite route blanche qui longeait le canal »
Ce séjour heureux lui inspire le début du roman « Le Jardin d’Eden » qui met en scène un jeune écrivain David Bourne et son épouse Catherine, jeunes mariés. Les trois premiers chapitres explorent largement les environs et la ville du Grau du Roi qui est décrit comme un coin de paradis : « Ils séjournaient alors au Grau du Roi et l’hôtel se trouvait en bordure d’un canal qui, des remparts de la vieille ville d’Aigues Mortes, filait droit jusqu’à la mer. » « il avait quatre chambres à l‘étage et au rez de chaussée face au canal et au phare, un restaurant et deux tables de billards »…(premiers mots du roman). Tous les deux adoptent la même coupe de cheveux chez le coiffeur du village. Il nous raconte le rituel de la pêche au loup, les pains de glace livrés par le camion de Nîmes… Ce séjour est l’occasion d’emmagasiner des matériaux, des impressions qui ressortiront dans les écrits d’Hemingway. Il a laissé l’image qu’un homme curieux des autres, qui buvait pas mal et qui savait écouter.

Cuba Bar Florida Havane
En 1952 c’est « Le Vieil Homme et la Mer » qui lui apportera une reconnaissance internationale. Prix Nobel de littérature en 1954 pour un « style puissant et nouveau par lequel il maitrise l’art de la narration moderne ». L’année précédente il avait remporté le prix Pulitzer. "Camarade, je n'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi", s'exclamait le Vieil Homme d'Hemingway devant un thon rouge.
En route pour Venise, il fait un crochet et revient au Grau en décembre 1949 séjournant à l’Hôtel Bellevue et d’Angleterre. Le Grand Hôtel Pommier est devenu  un restaurant "le Quai des Artistes". Il est accompagné de sa 4ème épouse Mary et d’un couple d’amis, ainsi que de son biographe AE Hotchner. Avignon, Pont du Gard, Nîmes, Aigues-Mortes et le Grau-du-Roi.
En mai 1954, de retour d’Italie, il repasse dans notre région. Il a une nouvelle muse Adriana Ivancich. Il lui écrit « nous allons voir le pays de Cézanne et de Van Gogh ». Il confie à son biographe Hotchner :« Je connais par cœur tous les vignobles de la région ; je me promenais ici à bicyclette avec Scott Fitzgerald à l’époque où il n’était pas fou ».
Fin septembre 1959 c’est son dernier voyage dans le Sud ; Nîmes, Aigues-Mortes, Le Grau du Roi. Il loge à l’hôtel nîmois l’Imperator. Il assiste le 27 septembre à la corrida d’Antonio Ordonnez dont il dit : « il possédait les trois grandes qualités requises pour un matador : le courage, l'adresse professionnelle et la grâce devant un péril de mort ».. A L’Imperator Ernest loge toujours dans la même chambre. Il y rencontre les matadors, dîne avec eux. De Cuba il a pris l’habitude des cocktails à base de rhum.

Hemingway c’est l’image du soldat, du chasseur, du pêcheur, de l’aficionado, de l’homme engagé dans les guerres du moment, et en particulier de la guerre d’Espagne. « L’Adieu aux armes » de 1929 interdit par Mussolini et aussi à Boston, à partir de son engagement d’ambulancier pendant la 1ère guerre mondiale ; « Pour qui sonne le glas » 1940 sur la guerre d’Espagne…. Et bien d’autres livres. Qui nous font oublier sa misogynie, son homophobie, son antisémitisme, et une certaine malveillance nous dit son biographe Kenneth Lynn. Un homme de son temps !!
Une anecdote sur son engagement pendant la Second Guerre Mondiale, en août à la libération de Paris, il rencontre le général Leclerc. Il se présente en tenue mi-militaire, mi-civile et demande un blindé de reconnaissance, deux ou trois jeeps et une demi-douzaine d’hommes pour libérer le bar du Ritz. Leclerc le renvoya en le traitant de clown !
« Le Jardin d’Eden » sera édité après sa mort aux Etats-Unis en 1986, en France en 1989. La critique n’est pas fameuse. Il faut dire que le manuscrit a été retaillé par son éditeur Tom Jenks. Cécité, diabète, impuissance, troubles bipolaires, Ernest se sent plonger dans un monde qui lui échappe. Il se donne la mort le 2 juillet 1961.
Ses romans seront portés au grand écran. Il serait le parrain du comédien français Claude Brasseur.(in « Le cinéma français célébré à Cuba », L'Obs,‎ 6 juin 2006 (lire en ligne [archive])- Prisma Média, « Claude Brasseur - Vsd », Vsd.fr,‎ 3 juin 2008 (lire en ligne [archive]))

L’Office du Tourisme du Grau propose aux touristes, des safaris Hemingway, des chambres Hemingway, des week-end Hemingway. Un prix Hemingway à Nîmes pour récompenser un écrivain, cérémonie qui se déroule à l’Imperator, cette année 210 candidats. C'est la 14ème édition. Le concours est ouvert à tous les auteurs déjà publiés, qui récompense une nouvelle inédite sur la tauromachie, son univers et sa culture Le prix est de 4 000 euros. En 2017 c'est Gil Galiot qui remporte la palme. (prixhemingway@lesavocatsdudiable.com). Hemingway est définitivement gardois !.



Sources : James R. Mellow, Hemingway: a life without consequences [« Hemingway : une vie sans conséquences »], Boston, Houghton Mifflin, 1992 (ISBN 9780201626209),-  Jeffrey Meyers, Hemingway: a biography [« Hemingway : une biographie »], Londres, Mac Millan, 1985 (ISBN 0-333-42126-4), -   Pierre Clostermann Une vie pas comme les autres .Éd. Flammarion2005,  -  Griffin, Peter, Ernest Hemingway, au fil de sa jeunesse, trad. franç., Gallimard, 1989. – GregoryH Papa Hemingway 1976 édit Denoêl – Mariel Hemingway  Ernest Hemingway la vie et ailleurs 2011 édit Michel Lafont – wikipedia wikimedia communs – photos Babelio.com – L’Express Bar Florida Havane Reuters/Desmond Boylan mai 1960 -  Gazette de Nîmes n°895-896 août 2016 Bernard Bastide  et n°970 p5 -4janvier 2018--







samedi 27 janvier 2018

Vaccination chez les coquettes









La vaccination chez les coquettes :


Lu dans Le Petit Journal Illustré du 29 Janvier 1894


 « Une grande terreur s’est répandue dans Paris il y a quelques semaines. On parlait d’une effroyable épidémie de variole. Si nous n’en mourions pas tous, nous en devions tous être frappés.
Les hommes ne prenaient point trop aisément la chose ; quant aux femmes, elles la prenaient fort mal, étant plus attachées à ce bien périssable d’un physique agréable et d’un teint uni. Les médecins décrétèrent la revaccination en masse et alors ce fut une drôle de mode. Tandis que les uns couraient aux centres de vaccination où mugissait une génisse, que d’autres appelaient chez eux le médecin de famille, certains, plus fantaisistes, organisèrent des réunions où l’on était vacciné entre intimes.
Cela remplaça bizarrement dans l’élite parisienne le five o’clock tea un peu tombé en désuétude. Bien entendu, le vaccinateur opérait, dans des salons séparés, sur les hommes et sur les dames. Ces dernières désireuses de montrer au bal un bras sans cicatrices, gardaient la coutume un peu dangereuse de tendre leur jambe à l’inoculateur ; il en vit de belles et … de laides d’ailleurs.
Le fléau fut conjuré. Fût-ce parce qu’il ne devait pas se déchainer, fût-ce par suite de ces précautions ? Rien n’empêche de le croire. « 

On considère que cette maladie est éradiquée depuis octobre 1977, date du dernier cas connu en Somalie. (si l’on met de côté le cas de Janet Parker contaminée en 1978 à Birmingham, peut-être par le laboratoire situé en dessous de son studio de photographe, par les conduits).
Le virus a muté semble-t-il plusieurs fois au cours des siècles. Dès 1958, l’OMS a mis en place une surveillance et une stratégie d’endiguement en particulier par une vaccination massive. Cette maladie a causé des dizaines de milliers de morts par an rien qu’en Europe, ravageant intégralement des familles, des villages. Un exemple célèbre, le roi Louis XV est décédé de cette maladie. Grand merci aux vaches et à leur variole qui ont permis d’avancer dans la vaccination. (elles ne produisent pas que du CO2 !!). Actuellement les recherches sur ce virus continuent, les risques d’attentat aux virus étant encore d’actualité. Mais là c’est maintenant une autre histoire, nous touchons au secret-défense.

Histoire.genealogie.com La Petite Histoire de nos Ancêtres Gazette Web 26 janvier 2018



St François d’Assise soignant des malades de la variole in La Franceschina Perugia 1474- anonyme- BNF


lundi 22 janvier 2018

Les Papes d'Avignon : Clément VI





La porte des Champeaux
principale entrée du palais des papes sommée du blason de Clément VI


Les Papes d’Avignon : Clément VI (1291-1342-1352)   


A la mort de Benoît XII, l’abbé froid ainsi nommé par la prophétie de Saint Malachie, un quatrième pape avignonnais est élu. C’est Pierre Roger, un Limousin, aristocrate pauvre mais cultivé, « la rose d’Arras » nous dit la prophétie de Saint Malachie. Il est le fils de Guillaume Roger de Beaufort, petit noble, châtelain de Rosiers à Maumont. En 1302 il prend l’habit de bénédictin au monastère de la Chaise-Dieu en Auvergne. Il a 11 ans, d’une foi intense et d’une intelligence vive. A seize, il étudie la théologie à l’université de Paris. En 1323 il est maître en théologie, doctorat obtenu le 23 mai par bulle du pape Jean XXII. Bon orateur en français, occitan, latin « beau parler n’écorche point langue » dit-il. Le pape Jean XXII le nomme en 1326 abbé de Fécamp, puis évêque d’Arras en 1328, archevêque de Sens en 1329. Sa carrière politique peut commencer.

Il entre au Conseil Royal de Philippe VI, devient Chancelier de France, premier personnage du royaume en 1330. Il essaie de trouver une issue honorable au conflit Angleterre-France. Il y acquiert une réputation de fin diplomate et une bonne connaissance de la vie politique. C’est aussi un théologien reconnu, sans doute le plus expert des papes français. En 1330 il est archevêque de Rouen où il ne réside pas. Le pape Benoît XII sur recommandation du roi Philippe VI le nomme cardinal mais il reste au service du roi.
Armoiries des Roger
Le conclave se réunit quatre jours, l’élection se fit en une journée à l’unanimité, cardinaux et le roi Philippe VI d’accord sur son nom. La phrase qu’il prononce après son élection dit tout du personnage : »nos prédécesseurs ne surent pas être pape ». ! Il est plein d’idées, de projets. Dès son couronnement le 19 mai, son sacre est l’occasion de fêtes somptueuses, toute la noblesse de France est là, cavalcades, étoffes les plus luxueuses, parade dans la ville…. Splendeur que ne renieraient pas les Médicis de Florence ; plus de cinq mille invités. Dès le début de son règne on sait qu’il n’aura pas la rugosité de caractère de son prédécesseur Benoît XII.
Dragon ailé Palais des Papes
Clément VI confia à ses cardinaux qu’il allait personnellement s’occuper de l’avenir de l’Église de Dieu : il ambitionnait de planter dans l’Église un tel rosier du Limousin, qu’après cent ans, il eut encore des racines et des boutons. Il avait une mémoire étonnante qui certains attribuaient à un choc violent reçu à la tête dans sa jeunesse. La mode était aux animaux exotiques et le Saint Père en avait la passion : une lionne qui coûtait un mouton par jour, ours, autruches, perroquets, qui feront la joie des enlumineurs. Il abandonne son vœu monastique de pauvreté et s'oppose aux Spirituels, moines franciscains observant une pauvreté matérielle absolue.

Dès le 21 décembre 1343, à la demande des frères de l’Hôpital du Pont, il accorde des indulgences aux fidèles qui contribuent à l’entretien du pont Saint-Bénezet. Il faut améliorer le passage sur le Rhône entre le royaume de France et Avignon, commerce et communications l’exigent. Il n’envisage pas de retourner à Rome mais accorde un jubilé pour l’année 1350. L’Italie est toujours très instable. Les familles nobles italiennes se disputent les Etats Pontificaux. En 1347 le pape est tenté par la création d’un état calqué sur l’ancienne république romaine du meneur politique Cola di Rienzo. Mais finalement ce dernier sera excommunié.
La guerre de Cent Ans est toujours là. Une seconde trêve en septembre 1343 est signée entre la France et l’Angleterre sous l’influence des légats pontificaux. Elle durera plus ou moins trois ans.
Les pirates turcs ravageaient les côtes de l’Empire Byzantin. Clément VI met sur pied une croisade commandée par le patriarche latin de Constantinople et Edouard Ier de Beaujeu. Smyrne en octobre 1344 est confiée à la garde de chevaliers de Rhodes.
Sur son initiative, le Dauphiné est rattaché au royaume. Avignon est racheté à la reine Jeanne, comtesse de Provence…Il s’occupe de Louis de Bavière, des affaires napolitaines qui vont très vite le dépasser. Avignon devient la troisième capitale de l’Eglise avec Pernes et Carpentras. Le souverain du royaume d’Arles Charles IV renonce à toute suzeraineté sur Avignon et la présence de la papauté est ainsi assurée dans le Comtat. Une tentative de réforme du calendrier Julien qui échouera, réforme prématurée.
(Bataille de crécy –Chronique Froissart)
Son règne ne fut pas de tout repos. La Guerre de Cent ans faite d’escarmouches incessantes atteignit le sommet de l’horreur le 20 août 1346 à Crécy-en-Ponthieu dans le Nord de la France. Les archers anglais font un carnage dans les rangs français lourdement cuirassés. Mais surtout les bouches à feu creusaient des sillons de mort dans les troupes françaises. Une ambassade chinoise du Grand Khan avait fait la démonstration des pouvoirs de la poudre noire peu de temps avant dans les jardins du Palais des Papes. Un jeu qui était devenu arme de guerre. Puis ce sera le siège de Calais et l’épisode des Bourgeois de Calais, la corde au cou, en chemise qui se rendent aux Anglais après un siège de près d’un an.
Au lendemain de la funeste bataille de Crécy en l’année 1346, la peste noire est aux portes de la Méditerranée. Elle touche Marseille le 1er novembre 1347 et va s’étendre à la Provence et au Languedoc. Le moine francilien Richard de Saint-Victor constata : « Il mourut plus de deux parts des gens et n’osait le père voir le fils ni le frère la sœur ».  Guy de Chaulhac docteur de l'université de Montpellier, remarqua quant à lui : « Les gens mouroient sans serviteur et estoyent ensevelis sans prestre. Le père ne visitoit pas le fils, ni le fils son père. La charité estoit morte et l’espérance abattue ». Dans Avignon l’épidémie fait des ravages, les volontaires pour enterrer les cadavres se font rares. Clément VI fait appel contre salaire à des paysans de Haute-Provence, les Gavots. Une civilisation ou tribu très ancienne avec ses lois, son écriture. En moins d’un mois après leur arrivée, ils avaient tous trépassé.
Bûchers persécutions contre les Juifs
BNF
En janvier 1348 un tremblement de terre est ressenti dans tout le Sud du pays, mauvais présage qui s’ajoute. Les Juifs seront accusés de propager la maladie. Des holocaustes sont organisés un peu partout. Clément VI prend la protection des juifs par deux bulles en juillet 1348 pour interdire de les contraindre au baptême et celle du 26 septembre condamnant les persécutions, brandissant l’excommunication. Strasbourg voit quelques 900 Juifs brûlés alors que l’épidémie n’est pas encore déclarée dans la ville !!
Flagellants BNF
Le pape va exceptionnellement autoriser les autopsies pour découvrir la cause de la maladie. Il condamna le fanatisme des flagellants qui répandaient la haine dans les royaumes. Ces flagellants déclenchent des scènes d’hystérie collective, défiant les prêtres car ils prétendaient être les seuls intercesseurs auprès de Dieu pour sauver l’humanité. Nous aurons l’occasion de reparler de cette peste noire un peu plus tard.
Clément VI va surtout nous laisser un palais, le Palais Neuf,

  Dès l’été 1342, le souverain pontife décide d’agrandir le Palais de Benoit XII. Jean de Louvres, (Loubières pour certains auteurs), maître maçon, originaire de Parisis est nommé Maître des Œuvres du Pape et sergent d’armes. Il reste au service de Clément VI jusqu’à sa mort. Tour de la Garde-Robe contre le mur sud, Tour des Cuisines, celle des Latrines, achèvement de la Tour des Trouillas. En 1344 on creuse le rocher pour les fondations de la Grande Audience ; fin 1346, c’est le chantier de la Grande Chapelle. Le Grand Promenoir (36 mètres), la Tour de la Gâche, l’aile des Grands Dignitaires, une nouvelle façade….Les croisées d’ogives, sculptures, culots de nervure, fresques magnifiques, des trompe-l’œil, l’élégance gothique entre au palais. Mobilier, tentures murales. En toute simplicité Clément VI fit placer les armoiries des Roger sur le nouveau portail des Champeaux. Aucun motif religieux sur les fresques, mais des scènes champêtres et de chasse. La perspective arrive dans la peinture. Des noms Robin de Romans, Matteo Giovanetti, Bernard Escot, Pierre de Castres. Pétrarque, Dante, Alighieri, et les peintres « flamands » qui vont exercer leur art nourris sur les caisses pontificales. Ce pape sera le mécène des plus grands artistes et érudits de l’époque.  Plan du Palais En sombre le Palais Vieux, en gris clair le Palais Neuf + les différents jardins.
Lorsque Clément VI meurt, le 6 décembre 1352, les réserves financières du Saint-Siège sont épuisées. A sa mort, le Trésor Pontifical est maigre : 311 115 florins.
Les papes suivant se contenteront d’achever les travaux commencés et faire des transformations ponctuelles. Le Palais sera transformé en prison pendant la Révolution en juin 1790. Le commandant Jourdain appelé élégamment « coupe-tête » s’y installe quand Avignon et le Comtat Venaissin deviennent français. La Tour de la Glacière ou des Latrines est le théâtre d’un massacre. Malgré une décision de la Convention en 1793, le palais échappe à la démolition. Au 19ème siècle, le palais est transformé en caserne et les militaires vendent des fragments de fresques. L’évacuation des militaires n’est effective qu’en 1906, lorsque les Monuments Historiques décident des travaux de restauration.
Chambre du Pape





















Restauration aile du Conclave




Chambre au cerf - oiseleurs
Généalogie famille de Roger de Beaufort de Turenne -2009 Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, grands officiers de la Couronne, de la Maison du Roy et des anciens barons du royaume.... Tome 6 / par le P. Anselme,... ; continuée par M. Du Fourny -wikimedia
Clément VI va avoir la maladresse encore plus que ses prédécesseurs de combler sa famille de charges et de profits. Son frère Guillaume reçoit du roi le château de Beaufort érigé en comté ; il achètera la vicomté de Lamothe en Velay et ses treize enfants seront dotés très confortablement par Clément VI. Son autre frère Hugues achète grâce à son pontife de frère, les villes d'Alès, Bagnols sur Cèze, Bouzols, Sévissac et ses cépages. Cinq membres de sa famille seront cardinaux dont son neveu Pierre cardinal à 18 ans, (celui qui deviendra pape Grégoire XI).  Dans les archives comptables pontificales une rubrique charmante : « Dames de la famille ». Une nuée de femmes s’était abattue dans le palais dès l’installation du souverain pontife. La Plupart venaient du Limousin, toutes se disaient nièces papales, jeunes, jolies, transformant le palais en volière. Toutes les portes leur étaient ouvertes. Le souverain pontife pour se reposer aimait passer une heure ou deux en compagnie de ces demoiselles, parfois souper, écouter des chansons de son Limousin. C’est surtout sa nièce par alliance Aliénor de Comminges qui va ternir l’image du pape. Elle avait épousé son neveu Guillaume de Beaufort, mariage voulu par le Saint Père au coût de 20 000 florins plus 125 000 florins, achat de la vicomté de Turenne, remboursement des dettes des Comminges…. Noces en très grande pompe, baptêmes de deux enfants que la perfidie des historiens attribue au pape. Cérémonies qui dépassent en richesses celles de l’intronisation. Aliénor pouvait tout, même faire pendre des commerçants juifs pourtant protégés par le pape. Le couple s’installera dans le palais pontife à Villeneuve les Avignons.
Fresque des Prophètes Matteo Giovannetti
Clément VI souffrait de la goutte et de la gravelle (coliques néphrétiques). Chirurgiens, médecins jusqu’à six à la fois s’occupaient de lui. En 1343 on lui recommande des bains d’eau de mer pour la guérison du pied. Guy de Chaulhac, physicien de Montpellier fut appelé à l’automne 1351 mais devant l’état du malade, ses souffrances et sa fièvre, il conclut que la fin était proche. En décembre 1352, après une dernière crise de coliques néphrétiques, un abcès éclate et il décède. Avignon le pleura sincèrement ; il lui donna richesses, sécurité. Il était comme on dit « le bois et l’écorce », le Magnifique. Il dépensa sans compter pour la magnificence, mais sut vider les caisses de l’état lorsque la peste ravagea Avignon.

Il sera enterré comme il l’avait demandé à l’abbaye de la Chaise-Dieu. Il prit le chemin des Cévennes en mars 1353 dans la pluie et la neige. Le cortège funéraire, conduit par le cardinal de Beaufort, fut accueilli le 8 avril 1353 par son cousin Étienne d’Aigrefeuille qui dirigeait l’abbaye auvergnate Son tombeau sera détruit lors des guerres de religion en 1563.  Yves Renouard jugeant son pontificat a dit de Clément VI : « Sa brillante intelligence, sa clarté d’esprit, son éloquence, son affabilité, son courage, que la peste de 1348 lui donna l’occasion de révéler, ses connaissances théologiques et juridiques, son expérience politique, son habilité diplomatique font de Clément VI un des hommes les mieux doués, les plus complets et les plus remarquables de sa génération ».
Deux jours après l’ouverture du conclave un nouveau pape était élu, Etienne Aubert, un neveu du pape Clément et limousin lui aussi. Ce sera Innocent VI (1282-1352-1362). Suivi par Urbain V (1310-1362-1370), un Lozérien qui fait un saut à Rome mais revient à Avignon en 1370. Puis Grégoire XI (1329 ?-1370-1378), neveu de Clément VI, et fin des papes d’Avignon… Ils auront été sept papes français : « les captifs de Babylone », pendant près d’un siècle (1305-1370).


Sources : Jean-Paul Coudeyrette: Compilhistoire Michel Peyramaure La Tour des Anges édit Robert Laffont – Cl Mossé Les Histoires de l’Histoire Le bas Moyen-Age  édit Acropole IS ISBN 2-84080-063-2 –-  Sylvain Gagnière  Le Palais des Papes Edit RMG Palais des Papes ISBN 2-7144-1437-0 H60-2094-5 – Dominique  Vingtain  conservateur Le Palais des Papes édit Zodiaque – Dominique Paladilhe Les Papes en Avignon édit Perrin -  blog "jetraine.canalblog.com/archives/2012/01/24/23288413.html   Généalogie famille de Roger de Beaufort de Turenne -2009 Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, grands officiers de la Couronne, de la Maison du Roy et des anciens barons du royaume.... Tome 6 / par le P. Anselme,... ; continuée par M. Du Fourny -wikimedia