dimanche 24 avril 2022

Droit de Vote et les Femmes

 

    


1914-1918-Bordeaux les femmes conductrices de tramway –agence Meurisse 1916 Gallica Bnf

Le Droit de Vote et les Femmes

Pendant la guerre de 1914-1918, les femmes ont fait plus que leur part : à l’usine, à la ferme, à la ville, remplaçant les hommes partis au front. Mais il faudra attendre le 21 avril 1944 pour qu’on leur reconnaisse le droit de voter et de se présenter aux élections.

Pourtant au cours du Moyen-Age jusqu’en 1498 ou 1593 les femmes ayant des biens pouvaient voter dans certaines élections de conseils communautaires ou à l’occasion d’états généraux. Il semble bien que les femmes votaient autant que les hommes à cette époque. Puis après le 16ème siècle, seules les femmes veuves chefs de famille pouvaient exercer l’activité professionnelle et les droits politiques de leurs défunts maris. A partir de 1789 et le discours de l’abbé Seynès, les femmes seront classées dans les catégories « enfants, étrangers, domestiques citoyens passifs » ne pouvant pas s’acquitter du cens électoral. Plus de droit de vote et d’éligibilité pour les femmes malgré les penseurs de la Révolution comme Condorcet.

La Femme, animal bizarre ?? En 1793 un député affirmait que les « femmes sont peu capables de conceptions hautes et de méditations sérieuses » . Et en 1795 elles ont même interdiction de se réunir dans la rue à plus de cinq.

Les Néo-zélandaises votaient depuis 1893, las Australiennes depuis 1902. Après la guerre de 14-18, d’autres pays emboitent le pas du droit de vote féminin : la Turquie, la Grande-Bretagne, le Brésil, l’Allemagne, les Etats-Unis, les pays-Bas….

Assez curieusement pendant l’occupation allemande en France dès 1941 quelques femmes seront nommées maires de petites villes, (pas élues, pas éligibles et sans droit de vote !!). Dans son projet de constitution du 30 janvier 1944 le maréchal Pétain indique dans son article 21 : « sont électeurs aux assemblées nationales les Français et Françaises nés de père français », les femmes n'étaient toujours pas éligibles. Le même article 21 instaure toutefois le vote familial « sur la base suivante : le père ou, éventuellement, la mère, chef de famille de trois enfants et plus, a droit à un double suffrage. » On est loin de l’égalité d’expression : le poids du vote des femmes et des hommes de familles nombreuses renforcé dans une politique nataliste.

Pendant toutes les crises, le rôle des femmes est essentiel. Il faut bien que le pays continue à produire, ne serait-ce que pour approvisionner nos soldats en vivres mais aussi en munitions… Le Petit Journal en 1916 rapporte les propos de la féministe Valentine Thomson : « On ne saura jamais le nom de toutes ces laborieuses qui, dans les ateliers et les bureaux, se sont bravement mises à la besogne, sans jamais rechercher les places en vedette. Mais on connaîtra leur œuvre, c'est-à-dire leur participation à l'émouvante reprise de la vitalité nationale. »

L’effondrement de l’économie européenne et donc française après 1920 va permettre de penser ou repenser à la place des femmes dans notre société. Le féminisme et les sens de l’Histoire pousseront dans le sens de l’égalité homme-femme au travail, en politique… Aux élections municipales de 1925 le parti communisme présentait des femmes en position éligible. Une dizaine seront élues avant que leur élection ne soit invalidée. En 1936 le journal L’Humanité rappelle : « la femme française doit voter !.... » Ramette député communiste dans un discours à l’Assemblée Nationale clarifie la position du parti :

“Notre parti veut que les femmes puissent voter, non seulement aux élections municipales, mais à toutes les consultations pour la formation des assemblées délibérantes. Et nous voulons qu'elles y soient éligibles.” »


Paris 1937 : manifestation pour le droit de vote des femmes françaises - source : Gallica-BnF

A la fin de la guerre de 39-40 le Comité Français de Libération Nationale présidé par Charles de Gaulle dans son plan d’organisation du pays et son article 17 donne enfin aux femmes le droit de voter et d’être éligibles aux élections.

On comprend très vite à la lecture des journaux que les choses sont en train de changer.

L’ordonnance du comité du 21 avril 1944 publiée à Alger est sans ambiguïté : « L'Assemblée nationale constituante sera élue au bulletin secret et à un seul degré par tous les Français et Françaises majeurs. » « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. « 

Une première rédaction en mars 1944 n’indiquait pas l’éligibilité des femmes mais seulement le droit de vote. Certains craignaient que les épouses, le sexe dit faible ne soient influencés par les hommes de leur entourage et/ou par l’Eglise Catholique. C’était vite oublié que des femmes s’étaient engagées dans la Résistance, avaient fait tourner l’économie du pays pendant l’occupation allemande. C’est Fernand Grenier qui s’est battu pour que le droit de vote plein et entier soit adopté. Grenier, résistant, représentant du PCG et des FTP auprès du Général de gaulle à Londres deviendra commissaire à l’Air du gouvernement provisoire.

150 ans de luttes après la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges que nos révolutionnaires vont guillotiner en 1793 !! Elle déclarait : « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir le droit de monter à la tribune. Elle nait libre et demeure égale en droits à l’homme ».

Mais une certaine frilosité de la part de nos Politiques : si c’est à Alger que la décision est prise, un million et demi d’Algériennes musulmanes ne pourront voter qu’en 1958 à la demande expresse du président du Conseil Charles de Gaulle.

Les premières élections auxquelles participent les femmes se déroulent le 29 avril 1945. Ce sont des élections municipales. De gauche comme de droite on se demande comment elles vont se débrouiller. Les caricaturistes s’en donnent à cœur-joie !! Mais le jour du scrutin, le journal de gauche L’Aube constate que les Françaises se sont déplacées en masse pour voter :

 « Dans toutes les sections, les Françaises sont venues, très nombreuses. La plupart ont voté, dès l’ouverture du scrutin avant de faire leurs courses et d’aller vaquer aux soins du ménage, d’autres sont allées l’après-midi dans les sections de vote, en compagnie de leur mari, et parfois même des enfants. […] Et les religieuses elles-mêmes, dont certaines n’avaient pas franchi les portes de leur monastère depuis leur prise de voile, ont tenu à venir déposer leur bulletin dans l’urne.

Les hommes, il faut bien le dire, s'amusaient à l’avance de l'attitude embarrassée des femmes au moment de voter. Eh bien ! Reconnaissons que nos compagnes ont su se tirer d’affaire fort convenablement. Et si quelques dames ont un peu hésité entre les listes et se sont embrouillées avec leurs bulletins dans le secret de l’isoloir, la grande majorité d’entre elles savaient fort bien ce qu’elles voulaient et l'ont prouvé. »

Aux élections municipales d'avril, elles ont obtenu plus de 5 des sièges. Il existe en France, à Échigey, dans la Côte-d'Or, par exemple, des municipalités entièrement féminines.

Dans la Seine, un certain nombre de femmes sont maires adjointes, et la séance de l'Assemblée Consultative a émis, tout récemment, le vœu que l'accès à la magistrature leur soit également ouvert. »

A Uzès Jeanne Palanque, est élue maire en 1945-47, à 77 ans. Femme de lettres et de l’éducation, directrice honoraire de l’Ecole de France, elle publiera des poèmes, des chansons, des prologues pour le théâtre….

Aux élections législatives d’octobre 1945, 33 femmes sont élues sur les 586 députés, c’est peu mais en 2012, c’est 155 femmes sur 577 députés élues. Le chemin continue. Avec les lois sur la parité en politique, un peu plus de 40% actuellement de femmes dans les conseils municipaux. Quelques maires féminins, mais les femmes élues restent souvent encore cantonnées en charge de l’éducation et le social.

Sources  et pour en savoir plus : www.charles-de-gaulle.org/lhomme/dossiers-thematiques/droit-de-vote-femmes/retronexs le 20/04/2018 par Michèle Pedinielli - modifié le 19/01/2022---www.midilibre.fr/2021/09/15/sur-les-traces-de-jeanne-palanque-elue-maire-duzes-a-77-ans-9790686.php#:~:text=L'une%20des%20premières%20femmes,une%20vingtaine%20ont%20été%20élue---wikipedia.org-- www.charles-de-gaulle.org/lhomme/dossiers-thematiques/droit-de-vote-femmes/Chronologie du droit de vote et d'éligibilité des femmes - Histoire

https://www2.assemblee-nationale.fr › histoire › chrono-- /www.journaldesfemmes.fr/societe/guide-pratique/2665825-droit-de-vote-des-femmes-en-france/ ---Délégation régionale aux droits de femmes et à l’égalité femmes-hommes en Bourgogne--

 

 

jeudi 14 avril 2022

Les Assemblées Constituantes

 


 

Les Assemblées Constituantes :

(ce qui suit ne va pas plaire à tous mes lecteurs, je m'en excuse, mais je vais prendre le droit de donner mon opinion)

En ce moment, ici et là, nous entendons proposer une « Assemblée Constituante », seul remède semble-t-il à la crise politique que nous traversons. Un peu moins depuis quelques temps.. Emplâtre sur jambe de bois ou réelle opportunité ?

A quoi ressemble une telle assemblée ? Il s’agit d’une assemblée de représentants du pays ayant pour mission de rédiger ou d’adopter une constitution ou des modifications de la constitution en vigueur. Un texte fondamental qui organise les pouvoirs publics. Il peut être entériné par le pouvoir en place ou par référendum. Les rédacteurs sont désignés expressément pour cette mission, députés, sénateurs, fonctionnaires, professeurs de droit constitutionnel, juristes divers…. Une nécessaire prudence et honnêteté demanderaient qu’ils soient de toutes les tendances politiques, car tout doit être envisagé, éviter de faire le lit de tel parti, de tel influenceur… (c’est probablement pour cela que le quinquennat est démocratiquement ingérable !). Il est bien évident que la tentation est grande pour le groupe politique en place ou celui qui souhaite y accéder, de se conforter, de s’installer grâce à un texte législatif taillé à sa mesure.

Cette assemblée peut s’être autoproclamée en cas de crise majeure comme une guerre civile, un coup d’Etat, une invasion. Mais la précédente constitution peut avoir prévu des cas de révision constitutionnelle.

Les précédents dans notre pays :

-1789-1791  L’Assemblée Nationale des Etats Généraux du 17 juin 1789 devient l’Assemblée Nationale Constituante le 9 juillet 1789. L’Assemblée Constituante en octobre 1789 issue de la révolte des délégués du Tiers Etat lors des Etats généraux, décide que le roi n’est plus « roi de France » mais « des Français ». Elle instaure la monarchie constitutionnelle le 3 septembre 1791.  La Constituante, celle de septembre 1791  limite le pouvoir royal et donne la première constitution au pays. 745 députés élus au suffrage censitaire indirect pour deux ans, le roi exerce le pouvoir exécutif (au Palais des Tuileries). Cette Constituante n'a pas protégé le pays des excès de la Terreur, ni du jacobinisme parisien dont on a encore du mal à se séparer .

-1848 : après la Révolution de 1848, le gouvernement provisoire décide le 23 avril de faire rédiger une nouvelle constitution par une assemblée constituante élue au suffrage universel masculin. Ce qui a permis à Louis Napoléon de s’engouffrer dans le pouvoir suprême et de nous pondre le Second Empire…On va ici éviter de parler de la constitution du 14 janvier 1852 modifiée le 7 novembre 1852 qui abroge la précédente après le coup d’état du 2 décembre 1851 plébiscité  les 21 et 22 décembre 1851, plébiscite qui montre combien le peuple s’est fait manipuler.

Le gouvernement de 1848 avait pourtant promulgué la loi sur les temps de travail : 10 heures par jour, 6 jours sur 7…. « un travail manuel trop prolongé non seulement ruine la santé du travailleur mais encore en l’empêchant de cultiver son intelligence porte atteinte à la dignité de l’homme ». On pouvait espérer des temps nouveaux.... L’échec de cette révolution sonne le glas de cette loi et on retourne aux journées de travail de 12 heures . Il faudra attendre le Front Populaire de 1936 pour reconnaitre le droit aux loisirs et à la culture pour le peuple !!!

- 1871-1875 :l’Assemblée Nationale élue le 8 février 1871 instaure la IIIème République le 30 janvier 1875 par l’amendement Wallon ; élection du Président de la République et trois lois constitutionnelles établissent le régime  républicain. Les lois sur l’éducation attendront 1881-1882. Les lois sur le temps de travail des femmes et des enfants arrivent en 1874 et 1892 au nom de « la protection de la race » et pour lutter contre la mortalité des plus jeunes. La journée de travail de 11 h est promulguée en 1900, 10 h en 1904, 8 h en 1919…. en « récompense du travail fourni par la population pendant la période de guerre ».

-1945-1946 : Le CFLN (Comité Français de la Libération Nationale), organe politique de la Résistance, devient gouvernement provisoire de la République.  Le référendum et l'élection du 21 octobre 1945 établissent l'Assemblée Nationale Constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Après le rejet d'un premier projet de Constitution lors du référendum le 5 mai 1946, une nouvelle Assemblée Constituante est élue le 2 juin. La constitution de la IVe République est définitivement adoptée par référendum le 13 octobre 1946. La IVè République ne sera pas un modèle de stabilité, dans une France déchirée par cinq ans de guerre, d’occupation, de restrictions alimentaires et un pays qui devait se préparer à la décolonisation, événements dont la Constituante n'avait pas tenu compte.

- 1958 : L'établissement de la Ve République ne s'est pas fait au moyen d'une assemblée constituante, mais d'une équipe conduite par Michel Debré chargée par le général de Gaulle de préparer un projet de constitution. Celui-ci fut approuvé par référendum le 28 septembre 1958.

Nous voyons qu’une assemblée constituante est vraiment nécessaire dans des cas très graves, une révolution, un changement de régime, une guerre…. Nous n’en sommes pas encore là. C’est une décision lourde qui demande l’adhésion d’une grande majorité du peuple, de la réflexion, moins d'ego de la part de la classe politique et le respect d'une opposition politique qui est toujours  riche d'enseignements (ne serait-ce pour nous obliger à un peu de recul par rapport à nos certitudes). 

Nous ne sommes pas à l’abri de manœuvres politiques de la part d’un parti ou d’un groupe de pression, d'une réaction émotionnelle face à une situation angoissante. En particulier le référendum sert le plus souvent à installer un parti politique à la tête du pays par un "vote de confiance", un blanc-seing accordé par le peuple à une classe politique à laquelle pourtant actuellement il ne croit plus trop. Ce qui est mépriser les fondements-même du référendum. On ne peut pas demander à monsieur tout-le-monde de se prononcer sur un texte ardu sans un minimum de formation constitutionnelle. On ne gère pas un pays à coup de «y-a-qu’a » !! Les discussions de comptoir, l’opinion publique ne proposent trop souvent que des solutions "magiques" aux problèmes d’un Etat… Méfions-nous des effets de manches, de ce qui nous parait une vérité par sa simplicité, sa commodité…. C’est la porte ouverte à des réponses à l’emporte-pièce. Méfions-nous de l’inculture ou des raccourcis historiques de certains : aux dernières élections un candidat écrivait que le Front populaire de 1936 était hitlérien !!! 

 Il ne s'agit pas ici de renier le vote par référendum, mais il nous est plus facile de répondre par ce mode d'expression à des questions plus terre-à-terre, un aménagement de quartier, de route, le restaurant scolaire, l'installation d'une usine, d'une antenne relais, .... des sujets auxquels nous avons des réponses qui viennent de notre expérience sur le terrain.

Une adoption par le Parlement risque de prendre du temps : à l’heure actuelle, aucun parti n’aura une majorité suffisante pour un passage en force et donc du temps perdu pour relancer la machine gouvernementale. Et puis en période de crise faut-il un passage en force ? Les précédents montrent un temps entre les prises de décisions, les votes, ce qui impliquent la création d’un gouvernement provisoire pour gérer les affaires courantes. Ce qui est toujours très dangereux, l'Histoire nous a appris que les dictatures s'installent souvent pendant ou après un gouvernement provisoire.

Une révision ou l’adoption de certains articles de la constitution comme le quinquennat, le climat, le renforcement des pouvoirs du Parlement (quand il n’est pas majoritairement à la botte du président de la République grâce au quinquennat…) par exemple serait plus judicieux me semble-t-il. Se souvenir qu’il n’y a pas de démocratie sans une opposition. 

Et la crise politique est probablement plutôt dans l’offre de la classe politique que dans nos institutions !! Quand on s’abstient de voter c’est que l’on n’a pas trouvé « chaussures à son pied » ou bien qu’on est persuadé que c’est plié d’avance….. Peut-être revoir la gestion des sondages et des « experts » qui ronronnent sur les plateaux-télé et qui sont persuadés d’avoir la réponse au vote bien avant l’élection !!!.

"Puisqu'il est difficile de distinguer les vrais prophètes des faux, méfions-nous de tous les prophètes ; il vaut mieux renoncer aux vérités révélées, même si elles nous transportent par leur simplicité et par leur éclat, même si nous les trouvons commodes parce qu'on les a gratis." Primo Levi



 



lundi 4 avril 2022

Les Vidourlades

 

1907-Sommières

Les Vidourlades

Régulièrement on nous parle des « épisodes cévenoles ». Les Romains, le roi Philippe le Bel, l’ingénieur Pitot et les Etats du Languedoc en 1754-56, et bien d’autres ont tenté par la construction de digues de faire front et de réduire sinon empêcher les destructions occasionnées par ces évènements.

Vidourlades du nom du fleuve côtier la ou le Vidourle, célèbre depuis la nuit des temps par ses crues dévastatrices. Il prend sa source au pied des Cévennes et va jusqu’à la mer Méditerranée ou plutôt jusqu’à l’étang du Ponant. Mais en fait tous nos cours d’eau du Gard et de l’Hérault sont capables de se transformer en quelques heures en un véritable torrent détruisant tout sur son passage. Dans notre village, l’Alzon emporta plusieurs fois ses ponts au milieu du 19ème siècle. Jusqu’il y a peu, ces épisodes se produisaient en automne.

Au contact des Cévennes, les températures baissent au début d’automne et les dépressions au-dessus de la mer méditerranée gagnent en altitude. L’air chaud et humide se refroidit alors en butant contre la montagne et en s’élevant naturellement. Au fur et à mesure de ce refroidissement et arrivé à un certain point de saturation, cet air se condense, forme de gros nuages qui éclatent en fortes précipitations. La montagne bloque ces cellules orageuses et la quantité d’eau déversée s’en accroit. Dernièrement, des journalistes ont qualifié d’ »épisodes cévenoles » des crues semblables dans le Var. C’est effectivement le même phénomène à quelques choses près.

Théoriquement les crues du Vidourle sont centenaires, une tous les cent ans. Mais depuis quelques temps, nous pouvons en subir plusieurs par an et même plusieurs fois au cours d’un siècle, tous les 2 ou 5 ans voire 10 ans… Réchauffement climatique ? De mémoire d’homme nous nous souvenons des crues de 1907, 1933, 1958, 2002. Nous nous souvenons de noyades, d’inondations d’habitations, de destruction de ponts, de digues, de routes. Photos et articles de journaux sont là pour nous les rappeler. Ces événements sont probablement accentués par notre mode de construction, routes, bétonnage, lotissements, manque d’entretien des digues….

Les vidourlades de 2002 seront sans commune mesure avec les précédentes : le  fleuve et ses affluents ont submergé les barrages ecrêteurs, Sommières avec plus de quatre mètres d’eau. Dans la basse vallée, les communes de Marsillargues, Aimargues, Lunel sont ravagées par un Vidourle qui affiche un débit de 2300m3 !

Un habitant raconte après la crue du 6 octobre 1812 à Sommières:

 « Aujourd'hui, 6 octobre 1812, à 4 heures du matin, une inondation de la rivière du Vidourle a jeté l'alarme dans cette ville. Les eaux n'ont cessé d'augmenter jusqu'à 6 heures du matin avec une rapidité si extraordinaire que, dans un instant, la consternation est devenue générale. Presque, toutes les maisons ont été inondées, les eaux sont entrées au premier étage de plus de cent d'entre elles. Plusieurs réverbères ont été submergés et ont éprouvé des dégâts. Des chevaux, des mules, des ânes ont été noyés ; presque toutes les murailles des enclos renversées ; une maison écroulée des charrettes, des voilures, des meubles, des marchandises ont été emportées. Presque tout le vin et beaucoup d'huile s'est perdu. Des moulins établis sur cette rivière ont été en partie renversés et entraînés.

 Plusieurs personnes qui s'y trouvaient n'ayant pu sortir, n'ont dû leur salut qu'à la dernière ressource qui leur restait de se placer sur le couvert, et ont été heureuses pour se mettre au seul endroit qui n'a pas été emporté. Les murailles de presque toutes les propriétés de la plaine ont été renversées, les terres emportées, les arbres de toute espèce et les ceps de vigne déracinés. Heureusement personne n'a péri. On pourra avoir une idée de ce désastre et de l'alarme des habitants, quand on saura qu'aucun être existant n'a vu les eaux du Vidourle s'élever à un aussi haut degré, puisqu'elles ont été jusque sur le Pont même de cette ville, où l'on avait été obligé de placer, malgré le mauvais temps, des mules et des chevaux pour n'avoir pu les faire retirer ailleurs. Les pertes et les dommages que les habitants ont éprouvés sont immenses. Enfin, il est 6 heures du soir et les eaux s'étant retirées ont laissé tout dans la plus grande confusion. »


2014

Le Courrier du Gard en date du 20 mars 1866 nous raconte un autre épisode de ces phénomènes métrologiques qui finit bien.

Monsieur E Guérin envoya son voiturier et son sous-maître de chai à Saint-Cériès pour soutirer du vin. La veille il avait beaucoup plu et on pouvait penser à juste titre que le gué du Vidourle n’était pas utilisable. Il recommanda à ses employés de faire un détour par le pont de Lunel. Mais ses employés pour aller plus vite ne tinrent pas compte de cette prudence. Ils prirent le chemin le plus court !. Arrivé au Vidourle le sous-maître de chai monta sur le cheval de tête et le voiturier sur le limonier pensant pouvoir conduire ainsi l’équipage vers l’autre rive. La rivière grossissait de plus en plus. En face le petit village de Villetelle sous les écluses du moulin de Carrière.

Mais à peine l’équipage dans l’eau, la charrette chargée de futailles vides est soulevée, entrainant le tout, chevaux, conducteurs, charrette… La mort n’était pas loin et les deux hommes crièrent au secours. Le meunier, la population du village assistaient à la tragédie sans savoir quoi faire. Le dépoteur monté sur le cheval de tête est renversé par son animal lorsque celui-ci n’a plus pied et se met à nager. Après plusieurs essais pour remonter sur la bête, le dépoteur est rejeté au milieu de la Vidourle et il gagne enfin la rive à la nage. Mais pour le voiturier les choses sont plus compliquées. Il ne sait pas nager. Malgré les efforts des trois chevaux, la charrette est poussée par le courant contre la rive droite là où la profondeur est effrayante. Elle est entrainée de plus en plus vite. Mais elle passe sous de grands arbres, le voiturier attrape une branche, s’y cramponne et peut ainsi regagner la rive. La charrette et les trois chevaux continuent, moitié nageant, moitié portés par le courant. Un bon kilomètre avait été parcouru depuis leur point de départ et il était à craindre qu’ils allaient s’écraser contre les écluses de Liquis. Le sous-maître de chai s’avisa d’appeler les chevaux ; il avait été naguère voiturier et maître d’un des chevaux. Le cheval de devant, tourna la tête et nagea droit sur son ancien maître, malgré la force du courant, entrainant les deux autres chevaux et la charrette. Les habitants de Villetelle aidèrent à l’abordage.

Une grosse peur !!

On peut assister plus sereinement chaque année à « la Gaze des chevaux » dans pratiquement tous les villages traversés par le Vidourle jusqu’ç Aigues-Mortes : des manades de chevaux et de taureaux traversent le fleuve à gué ou à peu de profondeur en une fête et concours.

(NB un dépoteur est celui qui vide un réservoir ou transvase un liquide, ici le vin).

Sources et pour en savoir plus : www.vidourle.org/vidourle/fleuve-mediterraneen/-- mairie Sommières--- www.objectifgard.com/2014/09/18/sommieres-inondations-un-episode-moins-intense-quen-2002-assure-le-maire-guy-marotte/EPTB Vidourle (établissement public territorial du bassin)—wikipedia.org---  Le Vidourle et ses Vidourlades, premiere partie (nemausensis.com) Ivan Gaussen, 1936—gallicaBNF-- Objectif Gard photo Coralie Mollaret 2014--- 

jeudi 24 mars 2022

 

La longue marche de la démocratie :

 

Avec le roi Louis-Philippe un commencement de régime parlementaire s'installe. Après les affrontements des "Trois Glorieuses" de 1830, le roi nouvellement installé, comprend qu'il est indispensable et urgent de réformer l'Etat. En juillet 1831 les premières élections législatives de son règne ont lieu. Les droits de postuler et de voter sont encore étroitement encadrés. Evidemment les femmes en sont exclues

Pour être candidat il fallait payer au moins 500 frs d'impôts directs et être âgé de 30 ans. Précédemment sous Charles X, le postulant devait avoir 40 ans au moins et payer 1000 frs d'impôts ce qui limitait très largement les candidatures.

Le droit de vote de 1831 était aussi restreint : 200 frs de contributions directes au moins ce qui éliminait bon nombre d'électeurs potentiels en particulier dans les villages. Dans le canton d'Uzès, on enregistrait 9 électeurs à St Quentin la Poterie, 2 à Blauzac, 7 à Montaren, 1 à Serviers, 3 à Sanilhac, 1 à St Victor les Oules. St Siffret, Arpaillargues avaient aussi quelques électeurs.

 Vallabrix devra attendre 1842 pour avoir un électeur : Jean Pierre Xavier Foussat avec un peu plus de 900 frs d'impôts, qui n'était pas très représentatif de la population de notre village !! .

A la veille de 1848, seulement 2,4 % des Français sont électeurs, dix fois moins qu'en Angleterre.



Les électeurs étaient essentiellement des propriétaires, des négociants. Des notaires, des aubergistes, des marchands de bestiaux, de chevaux, de vin, quelques médecins, pharmaciens, des voituriers. Dans le canton d'Uzès un certain nombre de militaires à la retraite avec une bonne pension (1200 frs par an au moins et jusqu'à 5 ans de présence). Un concessionnaire de mine, image montante de l'enrichissement dans la deuxième moitié du 19ème siècle et un fabricant de fleurets image d'une noblesse en perte de vitesse. Quelques barons, comtes, les ducs de Crussol et d'Uzès....

Notre circonscription Uzès-Pont St Esprit était divisée en huit cantons : Remoulins, Roquemaure, Lussan, St Chaptes, Bagnols sur Cèze, Uzès, Pont St Esprit, Villeneuve les Avignon. Un territoire plutôt étendu, ce qui n'empêchait pas de voter malgré les distances : pour le canton de Bagnols en 1831 sur 114 inscrits seulement 33 absents.

Cette circonscription enregistrait en 1831 autour de 500 électeurs dont les 3/4 devaient se déplacer à Uzès pour voter. En effet la salle du Palais de Justice uzétien était le seul lieu de vote. Deux à trois jours étaient nécessaires pour départager les candidats. Pour les électeurs c'était jours de fête(s) : de toute la région on se regroupait, on louait une voiture pour venir à Uzès. Les pensions de famille ouvraient leurs portes pour l'occasion. Le commerce, les affaires prospéraient pendant ces trois jours. Les candidats-députés faisaient le tour des auberges, des hôtels où logeaient les électeurs. Promesses diverses, dîners offerts, tournées générales au café, cadeaux en tout genre..... Les notables, les entrepreneurs de la région se rencontraient à cette occasion, tirant des plans pour l'avenir, confortant leurs positions, leurs alliances. Les électeurs n'étaient pas dupes et jouaient "au chat et à la souris" avec les candidats députés, profitant de l’aubaine.

Il nous faudra un certain temps pour que tout un chacun ait le droit de vote. Pour les femmes se sera encore plus long. Alors soyons heureux de pouvoir s’exprimer, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays.

 

 Souces archives municipales Vallabrix- Couradou septembre 2013 site de Vallabrix ou médiathèque--

lundi 14 mars 2022

Uzès et les lois Ferry




Uzès et les lois Ferry :      


Le 28 mars 1882, l’école primaire publique devient obligatoire et laïque sur l’ensemble de notre pays. (JO29 mars).

On y enseignera l’instruction morale et civile, la lecture, l’écriture, le français, la littérature française, la géographie et l’histoire plus spécialement françaises, quelques notions de droit et d’économie politique, quelques éléments de sciences naturelles, physiques et mathématiques, leurs applications à l’agriculture, l’hygiène, à l’industrie, dessin, modelage, musique, gymnastique (exercices militaires) pour les garçons et travaux d’aiguille pour les filles.

Les villes et villages s’organisent pour se doter de structures adéquates. Selon le règlement du 17 juin 1880 signé par Jules Ferry il nous faut « des maisons d’écoles spacieuses, aérées, éclairées, aménagées suivant les règles de l’hygiène »

A Uzès au 15 octobre 1882 nous avons 298 garçons et 279 filles scolarisés, soit 577 entre 6 et 13 ans. Les écoles publiques en reçoivent 388, les établissements privés 165 et 24 suivent leur scolarité à domicile. Environ 10 écoles publiques et privées tenues pratiquement toutes par des religieux, (catholiques et protestants),  situation qui perdurera jusqu’à l’ouverture du groupe scolaire Jean Macé en 1885.

Les élections municipales du 9 janvier 1881, dotent Uzès d’un conseil municipal républicain avec pour maire David Mossé, originaire d’Orange et de confession juive, ce qui est une nouveauté dans un contexte de petite guerre catholique-protestante. Maire jusqu’en 1888, il entreprend une transformation de l’enseignement dans la ville, et cela commence par bâtir un groupe scolaire. Le 14 février 1882, le conseil municipal se prononce sur le budget 83 et sur la construction d’une école. « Les écoles et les salles d’asile d’Uzès devront disparaitre, souvent insalubres, insuffisantes et contraires aux plans réglementaires ». « une instruction sans distinction de culte, à l’image de la société où nous vivons tous à côté les uns des autres, soumis aux mêmes devoirs, ayant les mêmes droits… ». Le rapport présenté par monsieur Coste est adopté à 9voix contre 3.

Le 8 avril le conseil municipal choisit pour cette construction les parcelles 639 et 640, section G du plan cadastral, situées sur le chemin de St Ambroix et appartenant à Gaston Amaud du village de Moussac. Prix 14 000frs. L’architecte nîmois Gustave Arnaud présente ses plans et devis aux conseillers municipaux le 5 mai 1883 et l’adjudication des travaux a lieu le dimanche 15 juillet 1883. La construction sera terminée en 1885. Réception provisoire le 15 septembre et rentrée scolaire en octobre. La réception définitive aura lieu le 24 septembre 1886.



1er étage—deux écoles non mixtes—trois classes pour chaque école.

 2ème étage—chambres—salle à manger-salon—

Ces plans ont-ils été présentés à l’Exposition Universelle de 1889 ? Le préfet du Gard en parle au sous-préfet d’Uzès le 16 juin 1888.

La dépense totale est évaluée à 250 000frs. On ne peut pas faire appel à la population déjà bien éprouvée par les ravages du phylloxera. On va emprunter à la caisse des Lycées, Collèges et Ecoles primaires 100 000frs puis 124 500frs en 1883, remboursables sur trente ans prélevés sur les revenus de la commune. Une subvention est demandée sur les fonds de l’Etat.

Comme c’est souvent le cas, le coût des travaux sera plus élevé et la subvention moindre que prévu. Le conseil municipal décide en mars et mai 1885 de réduire les frais de décoration des façades et du pan coupé, le gymnase et les ateliers dont celui de la forge ne seront pas construits. Les attaques de tout bord se propagent, on accuse le maire d’incurie, de faiblesse, de dilapider les finances de la ville et surtout de construire ce groupe scolaire par « haine du catholicisme » !! Le terrain est situé à l’une des extrémités de la ville et donc des élèves seront obligé de faire un long parcours… les préaux et les cours intérieures sont tournées au nord, donc au mistral… des devis modifiés sans l’autorisation du conseil municipal….

Pour la municipalité il s’agit de grouper « dans un même local et sous les yeux de mêmes maitres tous les enfants de la ville sans distinction de culte et de faire cesser par ce moyen toutes les rancunes et dissensions religieuses indignes de notre temps »…..

Le décompte des travaux eu 17 octobre 1885 sans les honoraires de l’architecte s’élève à 217 000frs, approuvé en conseil municipal à 10 voix contre une abstention.

Lors de la première rentrée scolaire le 1er octobre 1885, seulement 150 élèves sont présents sur les 500 enfants à scolariser sur la ville. (70 garçons et 80 filles)  Peu à peu la situation va s’améliorer : en 1902, 77 filles fréquentent le groupe scolaire, 155 en 1905 avec 5 classes. En 1903 on réfléchit sur la création d’un cours complémentaire pour les filles. Les garçons peuvent s’orienter vers le collège. Il faudra attendre février 1904 pour qu’un avis favorable soit donné à cette création.

Ce cours élémentaire prendra le nom de « collège d’enseignement général «  en 1964 et en 1970 il forme le « collège d’enseignement secondaire ».

Le bâtiment va se transformer au fil des ans pour répondre aux besoins d’une école moderne dans une société en pleine mutation. Une cantine, 10 classes, disparition des préaux couverts et construction de nouveaux bâtiments au nord, douches, WC aménagés, mur de séparation des cours démoli, salle de gymnastique, bibliothèque, salle audio-visuelle, …..

En 1966 le groupe scolaire prend le nom de Jean Macé, le fondateur de la Ligue Française pour l’Enseignement. Deux collèges, un lycée avec une branche professionnelle spécialisée dans les métiers d’art seront construits sur la commune, pour le plus grand bien de tous les enfants de l’Uzège et de familles.

 


Sources et pour en savoir plus : « Les Ecoles d’Uzès d Moyen Age au XXè siècle » Societé Historique de l’Uzège 1997—archives communales d’Uzès ; départementales du Gard

 

 




vendredi 4 mars 2022

Le French Kiss ou tout savoir sur le baiser

 

Le baiser Auguste Rodin www.boutiquesdemusees.fr/fr/art-europeen/le-baiser-auguste-rodin-resine-patinee-marbre/22751.html?gclid=EAIaIQobChMIqM2c0b-m8gIVzsLtCh38Jgn3EAQYCSABEgKAhfD_BwE

Le French Kiss ou tout savoir sur le baiser

Un peu de légèreté par les temps qui courent !!

Le baiser, tendresse, passion, affirmation d’un élan dans un couple…Lorsque vous embrassez votre partenaire, vous pratiquez une activité labiale dont l’étude scientifique se nomme la philamatologie, du grec ancien philèma qui désigne le baiser. Un nombre de muscles faciaux interviennent, deux pour un chaste bisou, 23 à 34 jusqu’à 112 si la passion est de mise !! Le muscle orbiculaire de la bouche  ou muscle du baiser, le plus important est comme une ceinture musculaire entourant les lèvres.. C’est la partie la plus sensible du corps qui comporte le plus de récepteurs du toucher.

De plus un baiser fougueux brûle deux calories par minute, alors pour perdre du poids, embrassons, embrassons !!

Lors d’un baiser, notre cerveau est fortement sollicité : sur les douze nerfs crâniens directement reliés au cerveau, cinq contribuent à transmettre les messages envoyés par nos lèvres, notre langue, nos joues, notre nez….

Dix millions à un milliard de bactéries la plupart inoffensives et appartenant à environ 278 espèces différents sont échangées lors d’un baiser passionné. Il serait possible de détecter de l’ADN de l’un des embrasseurs dans la bouche de l’autre jusqu’à une heure après un French Kiss !

On a calculé que dans cette activité, environ sont échangé 9 ml de salive, 0,7mg de protéines de première qualité, 0,18 mg de composés organiques divers, 0,71mg de lipides, 0,45mg de chlorure de potassium…

Que cela ne freine pas nos élans amoureux !

Qui pratique le French Kiss ? Une étude de 2015 sur 168 cultures différentes, seules 46 % d’entre elles sont adeptes du baiser romantique. Il semble qu’il existe une forte corrélation entre le French Kiss et la complexité de la société : plus cette dernière est complexe et plus la fréquence de ce type de baiser est élevée.

Des compétitions de baiser sont organisées : le record du plus long baiser date de février 2013, détenu par un couple de Thaïlandais Ekkachai Tiranarat et Laksana Tiranarat. Durée 58 heures, 35 minutes et 58 secondes !! Les gagnants sont repartis avec deux bagues en diamant et un prix en espèces. On ne sait pas si leur couple a survécu à cette épreuve !

Des textes sanskrits de 1500 avant notre ère évoquent le baiser ; le fameux Kama Soutra du 6ème siècle avant JC en mentionne différentes formes. Mais la plus ancienne représentation du baiser à ce jour, est celle des « Amants de Ain Sahri » provenant d’une grotte près de Bethléem en Israêl, âge estimé 12 000ans avant notre ère…

Certains animaux pratiquent quelque chose qui pourrait ressembler au baiser, du moins dans l’intention : reniflement, léchages, becquée, mais avec bien moins de romantisme. Quoique nos chats, nos chiens parfois n’hésitent pas à nous lécher, mordiller gentiment le nez, mais dans un but tendrement intéressé, demandes de câlins ou de nourriture !!

Sources : www.curieuseshistoires.net/11-faits-etranges-ou-amusants-sur-le-baiser/

 

jeudi 24 février 2022

Rêves de chemins de fer en Uzège

 



Rêves de chemins de fer en Uzège:

L’histoire du chemin de fer en Uzège va être celle d’un accouchement difficile et chaotique.

Les voies ferrées vont fleurir très rapidement dans le département du Gard au 19ème siècle, et même dans toute la province du Languedoc. Les gares sont souvent des édifices coquets, preuve que la population accepte cette modernité (voir ci après la jolie gare de Lacaune Les Bains dans le Tarn). On ne dira jamais assez les bouleversements qu’ont apportés à la population les lignes de chemins de fer.

(gare de Lacaune les Bains 1903/1920- Tarn – collection privée)

 L’exploitation des mines de charbon des Cévennes, paralysée par le manque de vrais moyens de transport, va pousser en 1838-39 à la création d’une ligne Nîmes-Beaucaire. Puis d’autres lignes s’ouvrent, se rejoignent. Alès, La Grande Combe, Villefort, Bessèges, St Ambroix, Arles, Lunel, St Gilles, Aigues-Mortes, Vigan, Sommières…..La ligne pour le transport du charbon Alès-Beaucaire est créée en 1840, le charbon étant ensuite transporté par le Rhône jusqu’à Lyon-Marseille ou par le canal du Midi jusqu’à Toulouse. Le tronçon Beaucaire-Sète est réalisé en 1844. Une toile d’araignée s’installe…

Mais pour Uzès et ses environs ce sera plus long, plus compliqué. La ligne Alès (Le Martinet)-Nîmes 1880… Uzès-Nozières voit le jour vers 1883, avec les différentes stations, Uzès, Arpaillargues, Bourdic, St Chaptes, Moussac, Nozières. Cette dernière ligne sera déferrée en 1942 par les Français et non par les Allemands comme parfois c’est dit, le besoin d’acier pour fabriquer des armes était très présent et la ligne avait été arrêtée en 1938 pour les voyageurs et 1942-43 pour les marchandises. Elle avait pourtant rendu de fiers services pendant la guerre de 1914.

 - Arpaillargues

 

C’était la période où en haut lieu on rêvait de relier l’Océan Atlantique à la Méditerranée, de Bordeaux à Sète. Et même on voit fleurir l’idée farfelue de construire le tracé de la ligne Bordeaux-Toulouse sur le canal du Midi !

Très rapidement, nos villes et villages se rendent compte des avantages de ce transport pour s’ouvrir à de nouveaux marchés économiques. L’intérêt de cette révolution est avant tout commercial : transporter les minerais, le vin, le blé… Le train n’attire pas vraiment les voyageurs.

L'histoire du charbon est indissociable de celle des chemins de fer : c'est pour acheminer le charbon vers les centres industriels que des voies ferrées sont construites et c'est parce que des voies ferrées sont construites que l'exploitation du charbon prend son essor. Ce lien est d'autant plus marqué dans les Cévennes que le relief est accidenté, qu'il n'y a pas de voies d'eau possible et que le transport par route est irrégulier et aléatoire. Notre région est riche de mines, de carrières  exploitées depuis la nuit des temps : fer, charbon, lignite, zinc, argent, asphalte, pierres de construction…


Mais de 1848 à 1862, pas moins de cinq compagnies se partageaient l’exploitation des voies ferrées comprises entre Lyon et la Méditerranée, pratiquant une concurrence stérilisante et fragilisant ainsi les bénéfices et les sociétés. En 1862, par fusion, la compagnie PLM (Paris-Lyon-Marseille) est créée avec Paulin Talabot directeur.

Tout au long des voies, on construit des ponts routiers, des viaducs, des aqueducs… Le paysage se modifie, ici remblais, là tranchées, canalisations…

Des gares, des maisonnettes pour les gardes-barrière... 


Les gares de Chamborigaud et Villeford sont ouvertes de 1862 à 1867. D'Alès à Chamborigaud, il y a 9 tunnels et 4 viaducs. Le tunnel de La Bégude, est construit en 1865, il est long de 1723 m. Les remblais issus de son creusement sont laissés sur place. Le viaduc du Luech est long de 384 m et repose sur 17 arches de 8 m. d'ouverture et 12 arches de 14 m. Ce plus long viaduc de la ligne est construit de 1865 à 1867 et a nécessité l'embauche de 200 ouvriers.

On embarque le charbon, et au retour on débarque le bois des forêts du Mont Lozère qui servira au soutènement des galeries de mines et aux ateliers.

(gare de Montaren)
Des familles entières sont déplacées : des expropriés dont les terres et les exploitations agricoles seront traversées par les rails, mais aussi tous ceux qui vont œuvrer à la construction. Tous les corps de métiers sont représentés : bucheron pour débroussailler, abattre les arbres, tailleur de pierre, charpentier, maçon, forgeron… cantinières pour nourrir tout ce monde. Les paysans des villages autour du chantier louent leurs bras et leurs animaux pour le charroi. Les jeunes oublient la terre pour s’embaucher dans ce qui représente le progrès. On quitte ses terres trop pauvres pour nourrir une famille pour descendre dans la vallée. Les Auvergnats, les Creusois qui venaient l’hiver travailler dans nos vignes, ou l’automne vendanger ont d’autres envies, d’autres rêves d’avenir.

Uzès 1883

Dans les villes comme Uzès, mais aussi les petites bourgades, des artisans s’installent : outils en tout genre, charrettes, vêtements, restaurants. On construit, on rehausse, agrandit les maisons ; des fenêtres sur rue, des ouvertures pour faire entrer les « carrosses », des chevaux remplacent les mulets trop rustiques pour tracter la famille le dimanche à la messe…. Un autre art de vivre s’installe.

Parfois la ligne semblait peu rentable. Mais il fallait « décloisonner » les campagnes. La population réclamait le passage de la ligne de chemin de fer par leur village et se disputait l’emplacement des gares.

On assiste à une lutte d’influences politiques, économiques ; chaque ministre et chaque président de compagnies amènent leur(s) grain(s) de sel.

Enfin les préfets de l’Hérault, du Gard, des Bouches du Rhône en 1861-62 demandent leurs avis aux communes de ces départements, les premières directement intéressées par cette construction !

 A Vallabrix, 17 mars 1861 : un projet de chemin de fer présenté par la ville d’Uzès, tracé de Brioude à Alais (Alès). Une ligne complémentaire partant de Langogne passant par Aubenas, St Ambroix, Barjac, puis se dirigerait sur Bagnols, Roquemaure pour se relier à Sorgues au chemin de fer de la Méditerranée.

En ce qui nous concerne, nous préférerions que la ligne complémentaire parte de St Julien de Cassagnas entre Alais et St Ambroix puis se dirigerait par Brousset (Bouquet ? peu lisible), Seynes, Uzès pour aboutir à Roquemaure. Le centre du canton serait desservi. Cette modification fera traverser les fertiles cantons de Remoulins, Aramon, et finirait à Beaucaire. Le commerce en sera le premier bénéficiaire. Uzès est le marché le plus important de grains depuis Lyon jusqu’à Toulouse. Le vin est encore expédié en Lozère et Haute-Loire à dos de mulets dans des outres. Nous pourrions envoyer notre bois à brûler jusqu’à Marseille. Notre argumentation est plutôt réfléchie et travaillée.. Ce projet ne nous fait pas peur, qui oserait encore parler du conservatisme de la France profonde et de la peur de la nouveauté ?

 La commission de réflexion(s) d’Uzès a dans ses cartons d’autres propositions de tracés pour la ligne complémentaire : Bessèges, Cassagnas, Navacelles, Mt Bouquet, Uzès, Masmolène jusqu’à Sorgues ou bien Le Puy, Aubenas, Bagnols, Uzès, ou bien encore Cassagnas, St Maximin, Argiliers, Sernhac, Beaucaire… Nous voulons tous une gare, ajoutant à la confusion. Et nous avons tous l’utilité de cette gare !

Pour arranger le tout, des investisseurs britanniques essaient d’acheter la concession des lignes secondaires sans suite heureusement, la situation était déjà assez compliquée comme cela. Nous y gagnerons la gare de Ners, inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques, construite sur le modèle des gares britanniques de l’époque.

(Gare de Ners 1839/41 collection autorails.free.fr)

Le conseil municipal de Vallabrix en reparle le 5 mai 1867 : un nouveau projet qui relierait Pont St Esprit par Nîmes-Marguerite, Bezouce, Sernhac, Remoulins, Argiliers, St Maximin, St Siffret, Uzès, puis La Capelle, Tresque et Bagnols, Pont St Esprit. Ce tracé serait pour les communes de l’arrondissement mais aussi pour nous d’un grand intérêt. Si notre village n’est point prospère, la faute à notre manque de débouchés pour nos produits. Une voie unique avec voies de garage si c’est nécessaire, 71,5 km. Rêve très concret !!

« Considérant que si nos denrées de toute espèce et nos vins, aujourd’hui en assez grande quantité pouvaient être expédiés par la voie ferrée projetée, notre village sortirait d’une situation malheureuse….Notre commune possède plus de 300 hectares de bois et le produit de la vente est bien inférieur à celui qu’on pourrait en retirer si le projet de cette voie rapide recevait son exécution… » « l’arrondissement d’Uzès est le seul du département du Gard qui ne soit encore doté de voie ferrée »..

En juillet 1867, le projet n’avance toujours pas. La pierre d’achoppement est Uzès et la vallée de l’Eure : pour traverser la rivière il faudrait un important viaduc. Pétition sur pétition, en 1870 le projet n’est toujours pas étudié en haut lieu. Le conseil de Vallabrix comme les autres communes concernées, en désespoir de cause, vote une somme de 50 frs pour faire les études de cette voie ferrée.

Uzès, afin d’accélérer la procédure, donne les terrains communaux pour l’implantation de la voie ferrée.

St Quentin propose son projet et nous le soumet pour accord le 10 décembre 1871. La voie de chemin de fer proposée passerait par St Siffret, et Flaux. Notre voisine souhaiterait que nous en délibérions. Après « un examen sérieux et attentif » le conseil de Vallabrix pense qu’il serait mieux de desservir les communes de St Quentin, St Victor les Oules, Vallabrix que celles de St Siffret, Flaux, St Hyppolite, leurs commerces et leurs industries « étant beaucoup plus considérables ». Ces villages sont déjà bien ouverts sur l’extérieur et ont moins besoin de communiquer par la voie ferrée.

En 1872 c’est St Chaptes qui se met sur les rangs pour avoir elle aussi sa voie ferrée d’Uzès à Sommières en passant par Arpaillargues, Moussac, Nozières, avec jonction sur les lignes d’Alès-Nîmes et de Gallargues-Le Vigan. Chacun y va de son projet…

(noms des premiers cheminots d'Uzès, mode de logement..)

Le 21 avril 1872, le conseil de Vallabrix doit se prononcer sur l’arrêté préfectoral relatif à l’enquête publique de l’avant-projet de voie ferrée. Ce projet est reconnu d’intérêt local et d’utilité publique, ce qui est un premier point positif. La ligne ira de Sommières au Vic le Fesq, à Alais, ou près d’Alais, bifurquant vers St Geniès ou Nozieres, St Mamet, Uzès, Bagnols.

Notre conseil municipal approuve le tracé. Mais nous maintenons absolument notre souhait d’un tracé qui passerait d’Uzès, vers St Quentin, Vallabrix, La Capelle, le Pin, St Pons la Calme pour se rattacher à Bagnols. Les communes de Fontarèches, St Laurent, La Bastide d’Engras, Pougnadoresse, Cavillargues, St Victor les Oules seraient ainsi desservies. Ces villages pourraient expédier leurs produits de terres et sables réfractaires, charbon ou lignite, minerais et bois en grande quantité. Si nous voulons nous inscrire dans la modernité industrielle, nous devons nous trouver sur le tracé de la ligne.

Fin des illusions en mars 1873 : le projet est retravaillé en haut lieu. Remoulins, Villeneuve-Lès-Avignon, Bagnols seront desservis, mais la compagnie PLM accepte de relier Uzès à Remoulins sous condition de l’obtention d’une concession d’une ligne du Teil-Nîmes à Lyon. La compagnie croit peu à la rentabilité de ce mini-tronçon.

La loi du 3 juillet 1875, donc bien après les débuts prometteurs de 1839/45, investit la compagnie PLM pour créer les lignes Teil-Nîmes en passant par Pont St Esprit, Bagnols, Villeneuve, Remoulins, son raccordement à la ligne Uzès-Remoulins, la ligne Uzès-Nozières, celle d’Uzès à St Julien de Cassagnas…..

Pour Uzès le préfet signe l’arrêté d’expropriation et des emprises de la ligne le 1er août 1878 ; on évite la construction onéreuse du viaduc sur la vallée de l’Eure, mais la gare d’Uzès se trouve loin du centre-ville à 1,5 km, malgré les protestations du conseil municipal. Uzès est le terminus d’une courte ligne à voie unique s’embranchant sur la ligne de la rive droite du Rhône à la gare de Remoulins.

St Quentin, Vallabrix, La Capelle et autres petits villages sont oubliés…

 

(gare d’Uzès début 20ème siècle – photo Midi Libre 28/01/2011in Histoire : la vie tumultueuse du chemin de fer à Uzès)

Uzès deviendra un nœud ferroviaire important à la fin du 19ème siècle, essentiellement pour le transport de marchandises. Les voyageurs en effet vont encore préférer la diligence, plus rapide et moins cher que le train.

Uzès gare de marchandises

Actuellement la voie de chemin de fer Uzès-Remoulins n’existe plus. Le trafic voyageurs s’arrêtera en 1938, celui des marchandises en 1959. Seules des navettes spécifiques continueront sporadiquement à circuler jusqu’en 1990. Le Journal Officiel annonce la fermeture de la ligne Uzès-Remoulins en 2010. La Fédération Nationale des Usagers des Transports a bien déposé un recours en pointant l’intérêt et le potentiel de cette ligne : l’usine Haribo et ses 350 000 tonnes environ de fret par an, les carrières tout au long de la ligne, les visiteurs du Pont du Gard, autant de voitures, de camions qui pourraient être remplacés par le train. Nous pourrions même imaginer un train ancien reliant Uzès et le Pont du Gard pour le bonheur et le dépaysement des visiteurs.

Recours sans succès à l’heure actuelle, mais qui sait ?

 

Sources : archives communales de Vallabrix, d’Uzès – Yves Puget Bulletin de la Société Historique de l’Uzège n°20-21-22 1986 – Le Chemin de Fer de Beaucaire à Langogne 1ère partie M Turpin L André (amis du Vieil Alès 1989) – 2ème partie T Malnuit M Vincent (Terre Cévenole 1992)- FNAUT croise le fer, 2/12/2010, ligne Uzès-Remoulins fnaut-bressuire.over.blog.com –wikipedia.org--