Marbacum2021—dessin d’Antoine Jourdan 1860--
Le pont
St Nicolas de Campagnac
Ce pont est bien
pratique lorsque nous voulons à partir d’Uzès rejoindre les quartiers Est de
Nîmes. Ce pont a connu bien des malheurs. Les
derniers lors des inondations du 9 septembre 2002. Le Gardon est passé de deux
à trois mètres au-dessus du tablier du pont, rabotant le goudron, endommageant
la structure. Un repère de cette crue grâce à une plaque en marbre fixée dans
le rocher côté rive droite.
Septembre 2002—le pont et le prieuré en fond d’image
Il faudra sept
mois pour réparer ce pont, sept mois durant lesquels la route si utile
d’Uzès-Nîmes sera coupée. On en profitera pour faire une discrète modification
du tablier : il sera légèrement élargi pour permettre un meilleur
croisement des véhicules. Il n’est pas classé « monuments
historiques » car depuis le milieu du 19ème siècle, il a déjà
été modifié, cassé, restauré… de multiples fois et donc il n’est pas considéré
monument historique et protégé à ce titre.
A l’époque
romaine, cavaliers, mulets piétons utilisaient les gués de Sainte Anastasie ou de Dions proches de la voie romaine. Mais
lors des crues d’hiver, piétons et cavaliers parvenaient seuls à traverser la
rivière en faisant un grand détour par le Pont du Gard par un étroit chemin le
long des piliers au premier étage des arches. Ce passage était si étroit que
les mules avec leurs bâts ne pouvaient s’y risquer.
En 896 le roi
Louis l’Aveugle concède la terre de Campagnac à Amélius, quatorzième évêque
d’Uzès. Une étendue de collines et de prés en bordure du Gardon, oubliée des
routes et des villages. Quelques habitants cultivant un lopin maraîcher et
vivotant avec un maigre troupeau, braconnant pour survivre….
Ce lieu sera
confié plus tard à l’ordre des Augustins qui déjà possédait l’abbaye Saint
Ferrréol aux portes d’Uzès. Les archives mentionnent le prieuré de Saint
Nicolas de Campagnac sous le roi Louis VII en 1156, puis un écrit de l’abbé
Pons prieur de Saint Nicolas en 1188. La date de fondation du prieur nous est
encore inconnue.
Il devint vite nécessaire d’ouvrir une grande voie entre Nîmes et Uzès devant l’accroissement du trafic routier. Vin, blé, bière et divers matériaux transitaient par ces gorges. A la fin du XIème siècle l’économie septimanienne et nîmoise en particulier se réveille. La laine de nos moutons, leurs peaux fournissent la matière première aux drapiers, aux pelletiers et autres artisans….Les drapiers sont en passe avec les changeurs de constituer le sommet de la hiérarchie bourgeoise de Nîmes via le consulat. Le comte de Toulouse en 1188 encourage la construction de fortifications et donc l’artisanat : maçons, carriers… des matériaux à transporter et des routes pour le faire.
L’évêque Pons de Becmil s’y employa avec
ardeur. Il devint « l’évêque du Pont ». Il fallait un pont solide
suffisamment haut capable de résister
aux crues du Gardon. Le gué se situait en aval du pont actuel à proximité du
prieuré. On pouvait aussi passé grâce à un pont de fortune reconstruit à chaque
crue…Pourquoi « Saint
Nicolas » ? Protecteur des enfants mais surtout protecteur des
marchands, des commerçants, des bateliers, confirmant ainsi le rôle essentiel
de ce pont.
Les travaux commencèrent en 1245 pour
finir en 1260. L’économie renaissante de Nîmes avait besoin de ce pont, mais
aussi l’ordre des Templiers pour assurer l’embarquement et le ravitaillement de
ses troupes en Palestine depuis le port de St Gilles qui leur appartenait
en partie. On leur doit la première « police » des routes qui
assurait un semblant de sécurité. Pour construire les ponts l’ordre des
Templiers avait créé une organisation annexe à leur Ordre : les moines
Pontifices ou Pontistes.
On les a vus à l’œuvre à Avignon sous la direction de l’abbé
Bénézet, à Bompas sur la Durance, à Pont Saint Esprit… Des équipes d’ingénieurs, d’experts en
carrières, des géologues, des architectes, des équipes compétentes. Ces moines
appelés aussi Pères ou Frères Pontistes, portaient en dehors des travaux une
coule blanche avec au cœur deux arches de pont brodées au lin rouge..
Il semble que Saint-Maximin-en-les-Uzès abritait une
commanderie templière. Ce serait celle-ci qui s’accorda avec l’évêque pour que
les Pontifices se chargent des travaux. Ce fut un ouvrage difficile. Malgré une
hauteur du tablier surplombant l’étiage de la rivière de 27 mètres au point le
plus haut, les chroniqueurs mentionnent des crues, véritable raz-de-marée,
emportant tout, passant par-dessus le pont et ses rambardes. Il faudra beaucoup
d’argent pour construire haut et puissant.
La Banque des Templiers, les seigneurs de la région et
l’évêque contribuèrent au financement. On vendit aux particuliers fortunés le
droit d’être enterrés avec la coule blanche permettant au défunt de se
présenter à Dieu en revendiquant les mérites de l’Ordre bâtisseur.
La main-d’œuvre provenait des villages environnants. Il
s’agissait en fait d’une corvée obligatoire. L’évêque accorda 10 jours
d’indulgences plénières censées écourter le temps de punition au purgatoire
pour chaque jour de corvée. A Uzès et à
Blauzac, les corvéables et leurs familles étaient pris en charge par la Confrérie
du Saint Esprit qui recueillait dons et aumônes en nature pour les nourrir et
s’occuper de leurs peu de biens, animaux, terres… .Six moines pontifices
périrent lors d’accidents sur les échafaudages ou à la carrière. Le nombre
d’ouvriers morts n’est pas connu.
A l’intersection du pont et de la route en direction d’Uzès, les moines Pontifices ajoutèrent une tour de veille (3 sur le plan) au prieuré, tour qui sera occupée par les hommes d’armes du Temple assurant ainsi la sécurité du pont et du chemin traversant les garrigues sauvages jusqu’à Nîmes. Encore maintenant la route bifurque en angle droit entourant le prieuré.
La circulation sur ce pont n’était pas aisée. Dans sa
construction initiale, ce pont ne ressemblait pas à celui que nous voyons
maintenant. Il était « en dos d’âne », la quatrième arche étant la
plus haute. (voir le dessin d’Antoine Jourdan de 1860 en début de texte).En
venant de Nîmes après un virage à droite on s’engageait sur le pont. Puis il
fallait monter, pousser le chargement, et redescendre en contrôlant la vitesse
et la charge des chariots pour pouvoir négocier un virage à angle droit à
droite aussi et passer sous les murailles et la tour de garde du prieuré. On
imagine facilement la difficulté et les accidents ….
Un péager est installé dès l’achèvement des travaux. Les
habitants de Blauzac, Vic, Campagnac pouvaient traverser gratuitement étant
donné leur participation à l’ouvrage. Il faudra la décision d’un juge-mage Guillaume de Saint-Laurent en 1261
pour qu’il en soit ainsi. Sinon piétons, y compris pèlerins, charrettes
payaient leur passage. Le péager officiait dans un petit réduit creusé dans le
rocher de la première pile côté prieuré. En 1295 le péager Jean de Deaux
affirmé qu’en 1293 et 1294 le péage avait rapporté 20livres-tournois l’an. En
juillet 1620 avec l’augmentation du trafic, certains nobles vont acheter le
droit de percevoir le péage jusqu’à 500 livres-tournois.
En aval du pont on avait construit deux moulins à blé monté
sur barrage, probablement pour nourrir les ouvriers. Ils seront détruits par la
crue de 1533. Ils appartenaient au prieuré.
Le roi Philippe le Bel (1268-1314) souhaitait contrôler la
baronnie de Lunel sur la grande route transversale du Languedoc. Ce domaine
appartenait à Raimond Gancelin co-seigneur d’Uzès. Vingt-trois villages ou
métairies de l’Uzège ainsi que les péages de Vers-Pont-du-Gard et celui du pont
Saint Nicolas serviront de monnaie d’échange en contrepartie de la baronnie de
Lunel. Gancelin très pieux fonda quatre chapellanies au prieuré et ordonna à
ses héritiers de construire un hospice pour les pèlerins. Il sera construit en
1321 au sud-ouest du prieuré. Sont prévues 40 livres-tournois de rente à
prendre sur les revenus d’un domaine de Bezouce. (quelques traces sur le plan
en 9)
Les guerres de religion (1560) ont eu peu d’impacts sur le
pont. Les deux villes Uzès et Nîmes comprirent très vite qu’il fallait
préserver leur liaison en contrôlant le pont. Le prieuré avait été ravagé et certains murs avaient été abattus mais la
tour de veille et les écuries étaient intactes et les deux villes y
installèrent une garnison commune commandée tantôt par un Uzétien, tantôt par
un Nîmois. En 1583 la trahison du capitaine Ferrières coupa la circulation sur
le pont en s’emparant de la tour. Deux mois plus tard, un assaut des Nîmois et
Uzétiens a raison du traitre, et il sera pendu au créneau de la tour.
Le prieuré retrouva ses moines sous Henri IV. En 1628 sous le
roi Louis XIII, Rohan et ses troupes protestantes feront un poste de garde de
la tour respectant toutefois les moines.
Lors de la guerre des camisards, le dénommé Picard dit
« le Dragon » fait régner la terreur sur le pont et les garrigues
jusqu’à Nîmes. Capturé il sera roué et pendu en 1703. En représailles les
villages du Vic et Campagnac seront brûlés mais le prieuré ne sera pas touché. A la Révolution le prieuré sera vendu bien national à des
particuliers.
Sous le Second Empire, les arches du pont sont surélevées
pour faciliter la sortie du Pont en venant de Nîmes. Une nouvelle voie sera taillée
dans la roche du Prieuré (1862). Le prieuré y perdit son mur d’enceinte et son
déambulatoire. Son cimetière disparut sous la chaussée.
Lors de la guerre de 1939-40, pour protéger sa fuite l’armée
allemande en 1944 fit sauter une partie du pont.
Sources : Germer-Durand 1863-Mémoires Académie de
Nîmes PDF--- Marbacum2021--- wikipedia-org--- E. Germer-Durand, Le prieuré et
le pont de Saint-Nicolas de Campagnac, fragment d'histoire locale,
1864 ; réédition Hachette/BnF, 2017, p.
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