mardi 7 mai 2019

Casanova en Languedoc


Casanova en Occitanie

(Raphaël Mengs vers 1760 collec Bignami Genève)


Giacomo Casanova (1725-1789) est connu comme aventurier, écrivain, escroc-magicien, espion, séducteur, un peu violoniste et diplomate, gastronome, bref un peu tout en cette fin du 18ème siècle. Au départ des études religieuses, et il reçoit la tonsure en février 1740, puis les quatre ordres mineurs en janvier 1741. Abbé de San Samuele, il renonce très vite à cette carrière après un sermon catastrophique qu’il prononce ivre. Il abandonne pour de bon la soutane en 1745 et commence sa carrière d’aventurier.
Le cinéma en a fait un personnage sulfureux, une légende qui alimente nos fantasmes. Peut-être bien différent du vrai Casanova.

Témoin d’une société qui s’écroule. Il assiste comme il était de bon ton pour les Parisiens au supplice de Damien. Il nous montre sa sensibilité et son humanité quand il écrit bien plus tard après la Révolution : « Quelques jours après, c’était le 28 du mois de mars, je suis allé de très bonne heure prendre les dames qui déjeunaient chez la Lambertini avec Tireta, et je les ai menées à la Grève tenant Mlle de la M—re assise sur mes genoux. Elles se mirent toutes les trois étroitement sur le devant de la fenêtre se tenant inclinées sur leurs coudes à la hauteur d’appui pour ne pas nous empêcher de voir. Cette fenêtre avait deux marches, elles étaient montées sur la seconde, et étant derrière elles, nous devions y être aussi ; car nous tenant debout sur la première nous n’aurions pu rien voir. ….Nous eûmes la constance de rester quatre heures entières à cet horrible spectacle. Je n’en dirai rien, car je serais trop long, et d’ailleurs il est connu de tout le monde. Damiens était un fanatique qui avait tenté de tuer Louis XV croyant de faire un bon œuvre. Il ne lui avait que piqué légèrement la peau, mais c’était égal. Le peuple présent à son supplice l’appelait monstre que l’enfer avait vomi pour faire assassiner le meilleur des rois qu’il croyait d’adorer, et qu’il avait appelé le Bien-Aimé. C’était pourtant le même peuple qui a massacré toute la famille royale, toute la noblesse de France, et tous ceux qui donnaient à la nation le beau caractère qui la faisait estimer, aimer, et prendre même pour modèle de toutes les autres. Le peuple de France, dit M. de Voltaire même, est le plus abominable de tous les peuples. Caméléon qui prend toutes les couleurs, et susceptible de tout ce qu’un chef veut lui faire faire de bon ou de mauvais.
Au supplice de Damiens, j’ai dû détourner mes yeux quand je l’ai entendu hurler n’ayant plus que la moitié de son corps ; mais la Lambertini et Mme XXX ne les détournèrent pas…« 

Il finira sa vie bibliothécaire en Bohème. Vénitien dans l’âme, éternel voyageur, mais banni de la plupart des pays d’Europe pour ses excès…. On le connait un peu mieux grâce à ses mémoires (4000pages !)« Histoire de ma vie », à condition de lire entre les lignes. Il s’y met en scène, arrondit la vérité. Il semble en fait qu’il a surtout pratiqué le libertinage mondain de son époque et ses écrits ne font que très rarement état de libertinage sexuel transgressif. Casanova considérait comme de vrais criminels les Don Juan de profession. Il hésitait à laisser tomber ses conquêtes, pour ne pas les faire souffrir et voulant conserver avec elles de bons rapports.
Ce récit est rédigé en français et c’est une source essentielle pour comprendre les coutumes et l’étiquette en usage en Europe du 18ème siècle. Il y apparaît comme un homme libre, jouisseur, exubérant. Ses parents étaient comédiens, c’est sa grand-mère qui élève la tribu. Il est le frère du peintre Francesco Casanova.
Si Casanova apparait comme un romantique, c’est parce qu’il a connu un grand amour, au moins une fois dans sa vie : Henriette de 1749 à 1750 ; elle, un peu espionne pour la France, lui espion pour survivre, une femme de grande culture, violoncelliste, ce qui est peu fréquent à l’époque. lls voyagent ensemble, Céséna, Parme, Genève… Peut-être de son vrai nom Adelaïde de Gueidan (elle fuit un mariage forcé). Il va la croiser sans la reconnaître bien plus tard à la fin de sa vie.

Casanova en novembre 1767 est prié de quitter Paris et le territoire français. Une lettre de cachet a été signée contre lui après une altercation avec un jeune noble le Marquis de Lisle. Casanova a trois semaines pour disparaître de France. Il prend la route de l’Espagne, sans domestique, avec un passeport signé du duc de Choiseul, une bourse de 100 louis et surtout des lettres de recommandation ou d’introduction. Madrid, Valence, Barcelone… Il a la quarantaine, sa bonne étoile a perdu de son éclat. Ses récits ne font plus vibrer les capitales de l’Europe des Lumières. Il y a douze ans qu’il a été banni de Venise. Il est à un tournant de sa vie. Il n’a plus autant de chance au jeu et les femmes sont moins sensibles à son charme. Désenchanté, il écrit : « Se marier est une sottise, mais lorsqu’un homme le fait à l’époque où ses forces physiques diminuent, elle devient mortelle ». Fatigue et défaillances de tous ordres deviennent son lot quotidien. Il est de plus en plus rancunier, querelleur. Le Prince de Ligne dans ses Mémoires et mélanges historiques et littéraires de 1827/1828 nous le décrit ainsi : … »il est sensible et reconnaissant ; mais pour peu qu’on lui déplaise, il est méchant, hargneux et détestable. Un million qu’on lui donnerait, ne rachèterait pas une petite plaisanterie  qu’on lui aurait faite….Il ne croit à rien, excepté ce qui est le moins croyable…..il aime, il convoite tout et après avoir eu de tout, il sait se passer de tout… Il se venge de tout cela contre tout ce qui est mangeable et potable : ne pouvant plus être Dieu dans les jardins, un Satyre dans les forêts, c’est un loup à table». Et de rajouter, montrant que le personnage est touchant, « au milieu des plus grands désordres de la jeunesse la plus orageuse et de la carrière des aventures quelquefois un peu équivoques, il a montré de l’honneur, de la délicatesse et du courage. Il est fier parce qu’il n’est rien et qu’il n’a rien… un homme rare, précieux à rencontrer, digne même de considération et de beaucoup d’amitié de la part du très petit nombre de personnes qui trouvent grâce devant lui. »

Manon fille de l'actrice Silvia Balletti que Casanova un temps envisage d'épouser --
Nattier Londres National Gallery 1757

Mais son penchant pour les plaisirs et une curiosité intellectuelle est toujours intact. Partout où il va, il visite les monuments, les savants, fréquente la « bonne société ». Les femmes ne seront pas absentes de son voyage. La belle Montpelliéraine Jeanne-Marie Latour par exemple qui lui offrira pour quelques jours une amitié auquel Casanova aspire, à Londres en 1763 ou à Leipzig en 1766. Par contre la vénitienne Nina Bergonzi rencontrée à Valence, puis Barcelone va l’entrainer jusqu’aux geôles et encore le renvoyer sur les chemins de l’exil.
C’est d’ailleurs dans les prisons de Barcelone qu’il retrouve en soldat gardien Felice Tadini, rencontré précédemment à Varsovie en 1766. Celui-ci est oculiste et prétend extraire des cataractes par un système mis au point par ses soins. Il s’agissait d’implanter des lentilles artificielles sous la cornée. Casanova le considère comme un charlatan et éclate de rire en le voyant soldat, gardien de sa cellule ! Et pourtant Tadini est considéré comme l’inventeur du cristallin artificiel. Il opéra de 1758 à 1792 avec succès. (P et M Fechner H Reis  in Tardini The man who invented the artificial lens – Casanova Gleamings 22 1979 p17-25) .  Sans diplôme, Tardini en Espagne n’a pas pu faire homologuer ses découvertes, ni passer d’examen ne parlant pas le latin. Le gouvernement en a fait un soldat malgré lui. Les deux hommes se restaurent ensemble tout en racontant leurs exploits. Tardini envisage de déserter dès que possible.

Six semaines d’incarcération pour Casanova et c’est la libération le 28 décembre avec trois jours pour quitter Barcelone, huit pour franchir les frontières de la Catalogne. Nina pour se faire pardonner, avait payé toutes les dettes barcelonnettes de Casanova ainsi que le salaire d’un domestique qui va accompagner notre séducteur jusqu’à Perpignan. L’approche de la frontière est difficile et angoissant : trois hommes à la mine patibulaire et fortement armés semblent en vouloir à leurs vies et leurs bourses. Le voiturier auquel Casanova a confié sa vie et celle de son domestique change d’itinéraire au dernier moment en passant par le col du Perthus et la Jonquera. Un paysan les guide. Marche forcée dans la neige et le froid, au loin quelques habitations perdues en pleine montagne… « Nous fîmes onze lieues en sept heures, ce fut à dix heures que nous arrivâmes dans un gros village de France (Le Boulou), où nous n’avions plus rien à craindre »… Le commanditaire de ces bandits était peut-être le jeune comte Manuzzi avec lequel Casanova avait un contentieux. Ils se reverront à Rome en 1770, Casanova pardonnant : « j’ai stipulé la paix qu’il m’offrait et qu’il me demandait… ».

Wikipédia
Casanova jeune peint par son frère Francesco (entre 1750 et 1755).
Les voyageurs arrivent à Perpignan peu après Le Boulou. On trouve à se loger dans une auberge dans le faubourg de la ville. Ils ne s’attardent pas à Perpignan. Casanova reprend la route en direction de Narbonne. A Salses il admire la forteresse aragonaise du 15ème siècle, réputée imprenable et indestructible. Les Français la récupèrent au traité des Pyrénées en 1642. Le voyage se poursuit le long des étangs par les cabanes de Fitou, La Palme, Sigean… Soixante kilomètres et Narbonne est là. Il repart le lendemain pour Béziers où il arrive pour l’heure du déjeuner. « Ce Béziers est une ville, dont on voyait la situation délicieuse, malgré la saison. Séjour heureux, fait pour la retraite d’un philosophe qui aurait renoncé à toutes les vanités de la terre, également pour un homme voluptueux qui voudrait jouir de tous les plaisirs des sens sans avoir besoin d’être beaucoup riche…La chère qu’on y fait est exquise en gras également qu’en maigre. On y boit des vins excellents que les maudits marchands de vin n’ont pas accommodé ».. 
La ville est une grande place marchande pour l’alcool et le vin que le canal du Midi exporte de Sète à Bordeaux, des Flandres vers l’Europe du Nord. L’agriculture est florissante, ainsi que l’artisanat. La population masculine étant pour une grande part de passage, la prostitution est très présente. Casanova est heureux ! Il est invité à souper avec son aubergiste et sa famille, il se promène. Il voit évidemment le canal du Midi de Paul Riquet et en comprend l’intérêt économique. Toute l’Europe intellectuelle connaissait l’existence de ce canal, de ses écluses... Mais pourquoi bien plus tard en 1783 à Spa Casanova élabore-t-il un projet de canal en tous points pareils entre la méditerranée et l’océan ? A court d’argent comme toujours, a-t-il voulu escroquer un riche financier un peu stupide ?
Le 6 janvier, notre aventurier quitte Béziers pour Pézenas. Cette dernière a amorcé son déclin, politique d’abord avec le départ des grandes familles des Montmorency puis des Conti. Puis déclin démographique. Lors de la visite de Casanova, la ville a encore cinq foires qui attirent des marchands de Catalogne, du Roussillon, de la Provence. Commerce du drap fabriqué par les manufactures royales mais surtout laines du Levant (Sicile, Salonique, Smyrne..) et de Barbarie (Tunis, Constantine, Salé…). Aubergistes, fabricants d’eau-de-vie font leur beurre de ces manifestations. Casanova admire les somptueuses bâtisses de la rue Conti, l’Hôtel de Conti, l’Hôtel d’Alfonce où Molière avait donné en 1655 sa première représentation du Médecin Volant. La promenade du Quay, ancien fossé féodal comblé, surélevé, avec fontaines et statues qui incite à la promenade et même à une certaine parade des notables, pour notre séducteur, « ce qu’il y a de plus beau dans la Province ».

Après Pézenas, Valmagne, Loupian, les étangs, Gigean, Fabrègues et enfin Montpellier. Il s’installe à l’auberge du Cheval Blanc. Un établissement important, fondé au 15ème siècle, 24 lits pour les maîtres, 15 pour les domestiques. Cette auberge recevra plus tard, Stendhal et bien d’autres. Cette auberge disparaîtra à la veille de la première guerre mondiale.
Casanova apprécie cet établissement : « j’ai soupé à la table d’hôte où il y avait tant de plats de cuisine que de convives.. On ne fait nulle part en France meilleure chère que celle que l’on fait à Montpellier ». Il fréquente des cafés, rencontre des autochtones, se fait présenter des médecins, des savants.. Il admire les statues, visite le jardin du Peyrou, se rend aux spectacles. Il trouve les comédiens excellents et plusieurs « filles fort jolies ». Ses malheurs espagnols sont oubliés !! La ville lui parait très animée avec ses 30 000 habitants environ, son commerce et son industrie très florissant. Les malades de l’Europe entière viennent se faire soigner, les étudiants de l’université de Médecine sont indisciplinés, en dehors des codes mondains… Les fabriques de toiles imprimées, les distilleries de parfums et de liqueurs, les victuailles en abondance sur les marchés en font un pays de cocagne pour notre Casanova.
Il va chercher à revoir La Belle Montpelliéraine, une de ses anciennes maîtresses. Une première rencontre avait eu lieu en 1763 à Londres, puis à Leipzig, Dresde, Prague, Vienne. La belle a le mal du pays et en décembre 1766, Casanova lui offre le prix de son retour à Montpellier.
« Je désirais vivement retrouver la Castel Bajac, beaucoup plus pour me réjouir de son état prospère ou pour partager avec elle le peu que je possédais que dans l’espoir de renouveler nos anciennes liaisons, mais je ne savais comment faire pour la découvrir. Je lui avais écrit sous le nom de Madame Blasin mais elle n avait point reçu ma lettre parce que c’était un nom en l’air qu’elle s’était donné et qu’elle ne m’avait point confié son nom véritable ».
Elle se nomme en fait Jeanne-Marie Rudavel, épouse de Vincent Latour, marchand de vin et d’herbes et de médicaments. Elle est née à Aigues-Mortes. Casanova fait le tour de toutes les boutiques d’apothicaires de Montpellier. La belle l’aperçoit et lui envoie un billet à son auberge. Ils mettent au point un stratagème pour ne pas inquiéter le mari. Casanova arrive à la boutique à une heure précise, Jeanne y est et feint la surprise. Notre séducteur raconte au mari qu’il l’a rencontrée chez une duchesse en Angleterre.  Le mari est aux anges et l’autorise à embrasser sa femme. Notre Vénitien est invité par le couple à rester quelques jours de plus à Montpellier. La roue de la vie a tourné, à Leipzig il était riche, il ne l’est plus, elle réduite à la prostitution, et maintenant femme mariée à un homme qui l’aime tendrement et qui a une certainement aisance financière. Ni l’un ni l’autre ne souhaitent renouer des amours clandestines. « Je me suis plu ces quatre jours dans la joie pure de la pleine amitié, sans que le souvenir de la douce vie que nous avions faite ensemble put avoir la force de réveiller en nous le désir de la renouveler »..
Elle lui propose cinquante louis pour continuer son voyage, il refuse malgré la gêne dans laquelle il se trouve. Il écrira : « « Je partis de Montpellier certain que ma visite avait augmenté l’estime que son mari et sa belle-mère avaient pour elle et je me félicitais en voyant que je pouvais me sentir véritablement heureux sans commettre des crimes »...Lui qui a beaucoup trompé, menti dans sa vie découvre au fond de lui qu’il était capable d’humanité.

Il semble avoir séjourné à Montpellier une douzaine de jours au total. Autour du 20 janvier il reprend la route. Lunel, Uchaud, et Nîmes. Cette ville connait une démographie galopante, 36 000 habitants environ avec des migrants des Cévennes, d’Auvergne, du Dauphiné. Industrie de draperie et de la laine, mais aussi spécialisée dans la confection de bas de soie à « la péruvienne » c’est-à-dire brodés de fils multicolores fragiles mais peu onéreux. Cette spécialité est exportée vers l’Amérique du Sud via Séville et Cadix, mais aussi vers l’Allemagne, la Russie… Pour l’année 1774, deux millions de ces bas sont vendus via Cadix à la seule ville de Lima. « Dans certaines contrées les paires de bas de soie servent de deniers à Dieu, pour sceller les conventions des marchands et sont consommés en passant de main en main… Les femmes de Lima dédaignent de porter un bas qui a été lavé une seule fois… »

Des vestiges antiques, des hôtels particuliers somptueux. A cette époque seuls sont visibles l’amphithéâtre, la Tour Magne, la Maison Carrée. « Nîmes est une ville en France digne qu’un étranger s’y arrête. On y trouve une excellent nourriture pour l’esprit dans des monuments vénérables ». Casanova rencontre avec un très grand plaisir le naturaliste Jean François Séguier : «  Séguier m’a fait voir dans les merveilles de son cabinet l’immensité de la nature ». Le savant déchiffrera en 1758 l’inscription disparue du fronton de la Maison Carrée. Il fait collection de médailles et d’antiques et chez lui on trouve un  cabinet d’Histoire Naturelle.
 

Jean François Séguier 
Pastel de P.-M. Barat, portrait commandé par les académiciens nîmois en 1778, pour remercier Séguier du don de ses collections.

Casanova reçoit un accueil chaleureux de la part des notables et aristocrates de la ville : « on m’a invité à un bal où j’ai joue du privilège de l’étranger, privilège inconnu en Espagne et en Angleterre où la qualité d’étranger est un défaut »… Il aime toujours briller en société ce qui ne l’empêche pas de fréquenter aussi les tripots des villes qu’il traverse.
Son séjour nîmois va durer environ 20 jours, occupés par ses rencontres avec les savants locaux, les visites, les mondanités et probablement quelques fredaines.
Son voyage se poursuit ; il arrive le 14 février 1769 à Aix en Provence. Il y rencontre aussi du beau monde. Mais il lui arrive une mésaventure terrible pour lui : invité à user de son savoir-faire afin de délivrer de sa virginité une « fille de quatorze ans, belle comme un astre, qui défiait tous les amateurs à lui faire voir la lumière »…il s’escrime durant deux bonnes heures sans résultat outre un point douloureux au côté droit !! Il se retrouve avec une pleurésie pour Pâques, 20 jours de soins et plusieurs semaines de convalescence. Une femme inconnue le soigne jour et nuit. Il découvrira bien plus tard à Marseille que cette femme avait été placée à son chevet par sa chère Henriette, son grand amour ! Il entamera une correspondance avec elle sans jamais la revoir.
Clin d’œil à l’histoire de sa vie : il rencontre Balsamo futur Cagliostro et sa compagne qui essaient d’escroquer Casanova en tentant de lui vendre une copie d’un Rembrandt !!


Il repart sur les routes, Italie, Paris, Dresde, Berlin, Prague, Vienne…. Il rencontre Mozart à Prague et aurait collaboré avec lui pour son livret de Don Giovanni.  En novembre 1783 à Paris Casanova rencontre Benjamin Franklin alors qu’il assiste à une présentation aéronautique et devine l’avenir du transport en ballon. Il devient bibliothécaire chez le comte de Walstein en Bohème à Dux.  En 1789 il commence l’écriture de ses mémoires.
(Buste de Casanova à 40 ans –gravure à l’eau-forte de 1883 d’après un buste en terre cuite – Octave Uzanne Le livre ( mensuel, vol 3 1884 p32 Paris A Quantin buste au musée des Arts décoratifs de Vienne)


« On dit que ce Dux est un endroit délicieux, et je vois qu’il peut l’être pour plusieurs ; mais pas pour moi, car ce qui fait mes délices dans ma vieillesse est indépendant du lieu que j’habite. Quand je ne dors pas, je rêve, et quand je suis las de rêver je broye du noir sur du papier, puis je lis, et le plus souvent je rejette tout ce que ma plume a vomi. La maudite révolution de France m’occupe toute la journée » (Lettre à la princesse Clary, 1794).
« Ma santé est bonne, et je m’occupe à mes mémoires. Cette occupation me tient lieu de délassement. Je me trouve en les écrivant jeune et écolier. Je donne souvent dans des éclats de rire, ce qui me fait passer pour fou, car les idiots ne croient pas qu’on puisse rire étant seul. » Correspondance avec J. F. Opiz, éd. Fr. Kohl et Otto Pick, Leipzig, Kurt Wolff, 1913
Il s’éteint le 4 juin 1798 à Dux, dans son petit appartement, entouré de son neveu et sa petite chienne.
Une légende raconte que Casanova après sa mort tourmente les femmes qui passent près de sa tombe ; le comte Waldstein avait fait poser sur sa dalle une grande croix en fer, qui rouillée se serait descellée et enfouie dans les herbes folles, par les nuits sans lune agrippait les jupes des dévotes terrifiées.

Une gravure parue dans le «Dictionnaire populaire illustré» en 1864 représente l'évasion de Giacomo Casanova de la prison des Plombs, à Venise, en 1756.
  
« …je n’ai jamais dans ma vie fait autre chose que travailler pour me rendre malade quand je jouissais de ma santé, et travailler pour regagner ma santé quand je l’avais perdue. »



Sources :Alain Buisine Casanova l'Européen, Tallandier, 2001--  Jean Claude Hauc Casanova et la belle Montpelliéraine, Cadex éditions, 2001—+ Voyage de Casanova à travers la Catalogne, le Roussillon et le Languedoc édit Presses du Languedoc 2006—  Giacomo Casanova Histoire de ma vie  collec Bouquins édit Robert Laffont –  Joseph Jullien  Casanova à Nîmes édit La Cigale 1930 --- Elio Bartolini Le Crépuscule de Casanova  Desjonquières Paris 1995--- Guy Chaussinand-Nogaret : Casanova Les dessus et les dessous de l'Europe des Lumières, Fayard, 2006 --- Charles Wright, Casanova ou l'essence des Lumières, Giovanangeli, 2008— Persée Internet Les « bas à la péruvienne » et les manufactures du Languedoc au XVIIIe siècle Marcellin Défourneaux 1966-p271-282 Annales du Midi Yves Renouard L’Homme et l’œuvre-- ci-dessous une page de ses mémoires--






jeudi 2 mai 2019

Lire et relire Les Saints de Glace

Les Saints Cavaliers ou les Saints de glace
sur ce blog le 30/04/2017

Les Saints Cavaliers ou les Saints de Glace -

Il faut remonter jusqu'en 500 ans après notre ère pour retrouver les premières traces de ces croyances liées aux saints de glace. À cette époque, les gens priaient saint Mamert pour qu'il protège les cultures et les plantations. N'obtenant pas toujours gain de cause, ils constatèrent que le temps se dégradait, cette baisse des températures intervenant toujours à la même période et pouvant aller jusqu'au gel. Initialement, ce furent saint Mamert (archevêque de Vienne), saint Pancracesaint Servais et saint Urbain les premiers saints de glaceLe 11 mai, saint Mamert introduisait les trois jours des Rogations qui précédaient immédiatement le jeudi de l'Ascension. Lors de ces fêtes religieuses, les paysans se retrouvaient et récitaient, au cours de processions paroissiales, des prières pour protéger les cultures, les plantations et mettre fin aux calamités naturelles. Pour les paysans, le patronage des saints qui avaient la réputation d'apporter le froid et la gelée, signait l'ultime sursaut de l'hiver.
Si le nom des saints de glace a changé, les dates quant à elles restent fidèles aux origines. Il s'agit des 11, 12 et 13 mai. Une quatrième date, le 25 maiest souvent évoquée et correspond au vieil adage : Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de glace, mais saint Urbain les tient tous dans sa main. 


(Saint Mamet 1878- Littel pictoral Lives of the Saints BenzigerBrothers wikipedia)
Ces saints ont chacun non seulement leur date mais également leur dicton. Le 11 mai, Attention, le premier saint de glace, souvent tu en gardes la trace. Le 12 mai, Saint Pancrace souvent apporte la glace, et le 13 mai, Avant saint Servais point d'été, après saint Servais plus de gelée. Le 25 mai, qui n'est pas un saint de glace mais qui y est rattaché, indique : Mamert, Pancrace et Servais sont des saints de glace, mais saint Urbain les tient tous les trois dans sa main.
Le bon saint Boniface, entre en brisant la glace. (Dicton populaire). Dans certaines régions se rajoutent d'autres saints de glace, comme Saint Boniface, célébré le 14 mai en Lorraine, Alsace ou encore en Ligurie (Italie du Nord), Saint Yves, le 19 mai et Saint Bernardin, le 20 mai.
Mais vous aurez beau scruter votre calendrier, vous ne dénicherez aucun saint Mamert, Pancrace, Servais ou Urbain... Et c'est normal. En 1960, l'Église catholique a décidé de "remplacer" les saints associés aux inquiétudes agricoles par d'autres saints et saintes qui n'auraient aucun lien avec ces croyances populaires, réminiscences de paganisme ancestral. Voilà pourquoi, dans le calendrier actuel, le 11 mai, on fête les Estelle au lieu des Mamert, le 12 ou 13 mai, les Achille au lieu des Pancrace, le 13 ou 14 mai, les Rolande au lieu des Servais et le 25 mai, les Sophie au lieu des Urbain.
Lors de l'apparition de la croyance des saints de glace, une mini-vague de froid printanier apparaissait une année sur deux, au cours du mois de mai, au nord de la Méditerranée où l'on observait alors une chute des températures nocturnes et matinales.
Poussières d'étoiles ?
Certains avancent une explication astrophysique et scientifique au phénomène de la quinzaine des saints de glace. Chaque année, à la mi-mai, l'orbite de la Terre arriverait dans une zone de l'espace où les poussières stellaires, plus importantes, feraient obstacle aux rayons du soleil et provoqueraient une baisse significative des températures. Une explication infirmée par le fait que les astronomes ne détectent aucun nuage de poussières de ce type sur la trajectoire de la Terre, même avec des instruments très sensibles comme les miroirs de télescopes spatiaux et les instruments de la Station spatiale internationale. 
Mais, comme chaque année ou presque, l'hiver n'est pas tout à fait fini. Sous nos latitudes, les bouffées de chaleur printanière ne doivent pas faire oublier qu'un retour de bâton, la pluie, le froid, voire le gel, sont toujours possible jusqu'à la fin du joli mois mai, après le dernier jour des saints de glace, le 25. Et ce, même si le réchauffement climatique semble atténuer de tels épisodes.
Qu'en est-il au juste de ce phénomène météorologique habituel, éloigné des préoccupations des urbains mais bien connu des paysans et des jardiniers expérimentés ?

En réalité, sous nos latitudes moyennes de l'hémisphère Nord où le courant de l'Atlantique Nord et les déplacements de l'anticyclone des Açores provoquent de fortes turbulences, le mois de mai correspond à une période où, si l'hiver est fini, le passage de fronts froids, amenant de l'air du nord, se produit encore de temps à autre. En l'absence de vent, en cas de ciel dégagé, il est normal d'avoir une baisse importante des températures, surtout la nuit, accompagnée parfois de gelées tardives, même si la tendance est à la hausse. Les archives de Météo France montrent que les températures sont contrastées sur ces périodes, avec des possibilités de gel même en juin.

« Quand la Saint-Urbain  est passée, le vigneron est rassuré »
 « À la saint Urbain s’il fait beau, on le porte en procession. S’il gèle, les vignerons fâchés le jettent le cul dans les orties. » "
Saint Georges Hans Schaufelien 1508
British Museum
Dans les régions plus méridionales, les dernières gelées printanières ont lieu en avril, d'où les dictons d'autres saints météorologiques appelés déjà par Rabelais « saints gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons" .

Dans notre Midi, on invoque les Saints cavaliers ou Saints Chevaliers : saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril), saint Eutrope (30 avril), saint Philippe ou fête de la Sainte Croix (3 mai) et saint Jean Porte Latine (6 mai). Leurs noms ont des diminutifs en langue d'oc : JorgetMarquetTropetPhilippetCrozet et Joanet. Le dicton « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » signifie que la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc aux gobelets de vin. À Béziers on craint plus particulièrement saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril) et saint Aphrodise (28 avril).

Un dicton concerne deux d'entre eux : « Saint-Georges et Saint-Marc sont réputés saints grêleurs ou saints vendangeurs. » Dans les Landes, Marc, Vital (28 avril) et la sainte Croix sont appelés « les trois marchands de vin » car ils correspondent à une période critique pour la vigne. Dans le Gard, les quatre cavaliers (correspondant au dicton dialectal « Jorget, Marquet, Croset e Tropet son de maissants garçonets ») sont souvent confondus avec les saints de glace.
La période des Saints cavaliers va généralement du 23 avril au 6 mai alors que la lune rousse va généralement du 5 avril au 6 mai.
« Gelées de Saint-Georges, Saint Marc, Saint Robert, récoltes à l’envers » - « Entre Saint Georges et Saint Marc est un jour d’hiver en retard « 
Chaleil (dans « La mémoire du village ») nous dit « on disait d’eux : « Aqui li quatre cavaliers e la vielha per li battre » (voici les 4 cavaliers et la vieille pour les battre)-parce qu’ils amenaient souvent les gelées tardives. » (La Calmette-Gard)

Quand il pleut le jour de la saint-Georges, sur cent cerises, on en a quatorze  et quand saint Marc n'est pas beau, pas de fruits à noyaux."

jeudi 25 avril 2019

Le Fort de Brescou - Sauvetage




Le Fort de Brescou-Sauvetage



Métropolitain—Jean Marc Aubert 25/8/2017
Des rencontres insolites au large d’Agde, dans les eaux du fort de Brescou. En août 2017 un pingouin nage près du fort sans se soucier des bateaux, Des requins-renard  péchés autour du fort parfois dans à peine 10 mètres d’eau, comme celui-ci, 130 kg environ. (midi libre 1/7/2013)


Ce fort a été sélectionné pour le Loto Patrimoine de Juillet. Nous ne pouvons que nous en réjouir. La ville d’Agde, des associations œuvrent déjà à sa restauration, mais il y a fort à faire. En 2016 une souscription a été lancée à toutes les bonnes volontés, Agglomération, commerçants, touristes, Fondations du patrimoine, particuliers, entreprises locales, banques..…. Une association Les Amis du Fort de Brescou œuvre depuis 2012. Une première enveloppe de fonds va permettre de commencer les travaux qui s’annoncent colossaux et d'une durée de cinq à dix ans selon les moyens.
Ce témoin de l’art militaire et de la fortification languedocienne est inscrit au titre des Monuments Historiques depuis le 19 mai 1996.
Cette construction se trouve sur un îlot à environ un demi mille marin de l’entrée de port Richelieu, le Cap d’Agde et à un peu moins de trois milles de l’embouchure de la rivière Hérault.. On estime l’îlot vieux de 740 000 ans issu d’une coulée de lave volcanique, d’une superficie de 0,5 hectares. Une position stratégique. Le cardinal de Richelieu rêva un temps que ce fort serait l’entrée du grand port sur la Méditerranée. Il aurait voulu le relier à la terre par une digue qui ne sera jamais achevée, le cardinal décédant avant.
(La cour du Fort : rampe d'accès aux citernes, tour du fanal et hangar d'artillerie)
Pour les Languedociens, ce fort remplissait fort mal sa fonction d’éclairage de la mer : un dicton populaire pour qualifier un lieu peu éclairé (ou parfois une personne) « semblan dins Brescou… »
Le fort abrite deux phares, l’un de la fin du 16ème siècle, en fait une tour de pierres noires, un fanal où l’on allumait autrefois un feu pour avertir les navires du danger des rochers. Le second est construit en 1836 sur les ruines d’une grosse tour à l’ouest de l’île. Neuf mètres de haut au début, puis un rehaussement à 11,20 m en 1901 pour augmenter la portée de la lanterne. Aujourd’hui, le phare de 12m de couleur blanche et rouge s’élève à 22 m au-dessus des eaux et sa portée est de 13 milles marins.

(Dégradations du fort-photo radio-france)







-Geneanet-Agde - AGDE : Intérieur du Fort de Brescou en1908

En 1586, la région est en pleine guerre de religion et les côtes sont pillées régulièrement par des pirates. On craint que le rocher ne serve de point d’appui aux troupes espagnoles.
Le vicomte Guillaume de Joyeuse s’empare de l’îlot pour y construire un fort assez grand pour abriter une garnison d’une soixantaine d’hommes et deux frégates qui contrôleront la mer sous le commandement de Gaspard Dot dit »Barberoussette » pirate et surtout opportuniste de son état. A ne pas confondre avec les frères Barberousse, dont le grand Khaireddine que nous avons vu précédemment ((1466-1546), maître de la flotte Ottomane qui, au XVe siècle, symbolisait la piraterie, et dont le nom inspirait l'effroi à tout ce qui flottait en mer et jusqu'aux ports soumis à ses incursions- voir sur ce blog Les Barberousse 30/01/2019).
 Gaspard Dot avait une petite barbe rousse, d’où le nom de Barberoussette. Lui et ses compagnons sévissaient sur le littoral entre Sète et Agde. C'était avant tout des naufrageurs. Ils allumaient des feux sur le Mont St Clair afin d’attirer les bateaux. Les capitaines se croyaient guidés par le phare d’Agde et s’écrasaient sur les rochers de la corniche de Sète. Les pirates cachés sur la plage du Lazaret n’avaient plus qu’à attaquer, piller et trucider les marins, et ils vidaient les bateaux de leurs marchandises. Il parait d’ailleurs que le butin de Barberoussette est caché sur le Mont St Clair ou dans les criques de la côte.

(Tour du fanal et hangar d'artillerie)
A l’orée du 17ème siècle, en deux mots, nous devons faire une distinction entre pirate et corsaire. Les deux termes étaient synonymes jusqu’au Moyen-Age. Le pirate était un brigand qui courait les mers pour s’emparer des cargaisons des bateaux, pour son compte avec une redevance, un pourcentage à redonner à celui (rois, sultans, seigneurs…) qui acceptait de l’héberger lui, ses compagnons, ses bateaux, ou même celui qui lui donnait des navires. Le pirate tue, pille, viole sans distinction de nationalité. Son risque est la mort dans un naufrage ou par  la potence. La piraterie existe depuis que les hommes ont pris la mer pour commercer, transporter des marchandises, des hommes qui très vite pourront se vendre comme esclaves. Nos rois, François 1er, Henri IV, les ministres, les papes se sont servi comme d’autres souverains des pirates qui n’étaient pas regardant sur les moyens, et qui étaient des marins à toute(s) épreuve(s). Barberoussette était bien un pirate.
A l’époque romaine, les pirates alimentent le marché aux esclaves de Rome. Mais ils pillent aussi les villes côtières et ils seront déclarés ennemis, crucifiés, décapités. A la chute de l’Empire romain, la piraterie redémarre de plus belle.

Le corsaire est un navigateur civil qui en temps de guerre est au service de son pays. Son navire est alors armé et une lettre de marque lui donne le droit d’attaquer les navires ennemis. Il coupe les voies d’approvisionnements de l’ennemi tout en s’enrichissant par une part sur les prises réalisées. Mais parfois les corsaires ne sont pas informés de la fin de la guerre et continuent leurs activités. Ils leur arrivent aussi d’attaquer des navires marchands et ne laissent pas de témoins. Nous voyons que l’espace entre pirate et corsaire est fluctuant et bien mince. Agde a eu un corsaire du Roi Louis XIV, Claude Terrisse, brillant, suffisamment désintéressé pour faire don à sa mort d’une grande partie de sa fortune aux pauvres de la ville.



Ce fort sera modifié en 1604-1605, puis en 1610. Nous ne connaissons pas les plans de ce premier fort, probablement construction assez rudimentaire, une ou deux tours de guet, des murailles….


Le fort de Brescou a d’abord un rôle défensif. Mais le duc Henri II de Montmorency en guerre contre Richelieu, en vient à bout en 1632 peu avant que sonne la fin des guerres de religion dont celle de Rohan avec la paix d’Alès. Le fort est rasé sur ordre du roi Louis XIII par lettres patentes. Montmorency est capturé le 1er septembre 1632, l’ordre de destruction du fort date du 1er octobre de la même année. Les travaux de destruction traînent jusqu’en 1634. Le capitaine des gardes de Montmorency continua à tenir le fort même après la défaite et l’exécution du duc.

Le fort est reconstruit vers 1680 probablement d’après les plans de Vauban ou d’un de ses ingénieurs ou élèves. Il est devenu un poste de veille contre les invasions anglaises. Il devient prison d’Etat au 18ème siècle jusqu’au milieu du 19ème. Il reste terrain militaire jusqu’en 1889. De nombreux aménagements le rendent plus habitable. Il est déclassé par les armées et le service des Ponts et Chaussées le récupère. Les troupes nazies l’ont occupé quelques temps de fin 1942 à mi 1944 en l’intégrant au Südwall. Aujourd’hui la commune d’Agde en est propriétaire. Le phare moderne  guide les navigateurs avec un gardien jusqu’au milieu du 20ème siècle. .Il habitait sur l’île avec sa famille dans une maison au fond de la cour, face à l’entrée du fort.  A partir de 1989 le phare sera totalement automatisé.
Brescou-prison hébergea 22 huguenots cévenols en 1687. La Révocation de l’Edit de Nantes de 1685 était passée par là. Des protestants du Vivarais dont le père de Marie Durand, Etienne Durand y seront internés. D’autres prisonniers, des escrocs, des voleurs, des libertins, ou simplement des personnes dont les familles voulaient se débarrasser. Peu de prisonniers, onze en seize ans pour les « raisons d’Etat », trois en vingt ans pour ceux de « droit commun ». La discipline était acceptable, mais promiscuité, climat, manque d’hygiène rendaient la vie dans le fort assez rude. Les prisonniers pour la plupart n’étaient enfermés que le soir et le jour circulaient librement sur les remparts. On rêvait d’évasion avec des côtes à 1500m du fort. Entre 1757 et 1773, les archives comptabilisent 25 évasions ou tentatives.
Les Anglais lors des guerres de Louis XIV ou celles de la Révolution de 1789 ont semble-t-il ignoré le fort Brescou. Cependant pour éviter tout débarquement surprise sur l’île, une garnison y est installée avec un gouverneur, un lieutenant du roi, un major… et en temps de paix une compagnie d’invalides d’une quarantaine d’hommes, remplacée en période de troubles par des compagnies de Milice venant d’autres villes. La mission était de surveiller les navires anglais et de maintenir la liberté de pêche. Des postes de signaux avec chacun un matelot et deux soldats étaient dispersés sur la côte, dont le fort de Brescou, l’embouchure de l’Hérault, sur le mont Saint-Loup, le Cap d’Agde…
Un aumônier pour les nourritures spirituelles, un cantinier, sa femme et ses enfants habitaient aussi le fort. Ce dernier cuisinait deux menus : un pour les soldats et les prisonniers les plus pauvres, et l’autre pour les officiers et les détenus aisés.
(Murs des anciennes cellules de la prison du Fort)

La mission de prison continue dans le temps. En 1841 le maréchal Soult ministre de la Guerre décide que les prisonniers algériens seront traités comme prisonniers de guerre et le fort est utilisé comme lieu d’incarcération. En décembre 1851, il enfermera les opposants au coup d’Etat.

Maintenant, ce site est un lieu privilégié pour la plongée sous-marine. Au 18ème siècle, langoustes, daurades, loups et murènes régnaient sur ces profondeurs. Ses coquillages étaient fort prisés par les collectionneurs. Sur la plage du fort, les familles se retrouvaient le dimanche pour des "sardinades" jusqu'à ce que le bâtiment soit jugé trop dangereux. Peut-être un jour ces beaux jours reviendront-ils !!
 11 mars 2019-héliportage de matériaux sur le site du Fort Brescou - Mairie Agde / AERO /Michel Desnos - Par Stephane Pocher France Bleu Hérault






.Sources : Mairie d’Agde-- .amisfortbrescou.fr/---Charles Bost, Les Prédicants protestants des Cévennes et du bas Languedoc, tome I, p. 212, Les Presses du Languedoc, 2001, ( ISBN2-85998-246-9). -- Archives nationales conservent, sous la cote CP/F/14/17516/2 [archive], neuf planches de dix-neuf figures du phare de fort de Brescou datant de 1833 à 1905. -- Notice no PA34000001 [archive], base Mérimée, ministère français de la Culture-- G. de Sarret de Coussergues, Une prison d'État au milieu du XVIIIe siècle, le fort de Brescou en Languedoc, - Les Presses Continentales - Paris - 1950.—wikimedia.communs--/www.midilibre.fr/2015/12/04/un-appel-aux-habitants-pour-sauver-le-fort-brescou,1252425.php






11 mars 2019-héliportage de matériaux sur le site du Fort Brescou - Mairie Agde / AERO /Michel Desnos - Par Stephane Pocher France Bleu Hérault



samedi 20 avril 2019

jeudi 18 avril 2019

L'effet "Waouh"



L’effet Waouh !



Nos élus aiment bien théâtraliser leurs interventions. Et nous devons reconnaître que nous marchons plutôt bien : des effets de manche, des chauffeurs de salle, des gadgets, l’entrée des orateurs sous les ovations, lumières, musique (et même un hologramme pas très écolo), des médias parfois complaisants…. mise en scène pour faire vibrer, et oublier le fond ? Pour l’après Grand-Débat, notre président avait prévu une intervention télévisuelle solennelle  pour le 15 avril.

Tout était en place ce lundi soir. Le public avait été chauffé toute la semaine, par les médias, les experts vraiment experts ou d’occasion….. L’espace était pratiquement tout occupé par l’événement. Le suspens était à son comble. Nous allions voir ce que nous allions voir !! Tous, nous espérions, doutions, supposions, présumions, imaginions... Le Jeune Premier serait-il à la hauteur ? Les éclairages (pas seulement les lustres et lampes de l’Elysée) seraient-ils suffisants ? Nous avions été prévenus : ce serait un effet « Waouh », nous allions tomber de nos chaises… L’acteur principal allait paraître, « maître des horloges », professoral comme à son habitude, à son heure pour nous distiller la bonne parole.
Et puis, l’effet « plouf ». Vingt minutes avant les « trois coups », faut-il y voir le Destin, le Doigt de Dieu, le Vieux Monde qui rattrape le Nouveau, un court-circuit ou un ouvrier qui se plante, et c’est la catastrophe, Notre-Dame en feu !!. Au théâtre on appelle cela un bide, un flop. La Com, notre nouvelle fée, celle qui dicte maintenant nos vies, n’avait pas prévu cela. Comme quoi on ne peut jamais tout maîtriser. 

Autre polémique : Cinq ans pour remettre la cathédrale à neuf ? L’abbaye d’Hautecombe est en rénovation depuis 16 ans. Encore un effet d’annonce ? Est-ce bien judicieux ? Amateurisme qui peut décourager les donateurs en leur faisant croire qu’avec deux trombones et un ruban adhésif, Notre-Dame de Paris sera restaurée !! Attendons le verdict des hommes (et femmes) de l’art dont c’est le métier. 

Et en ce qui concerne les donateurs, pourquoi dauber sur les donateurs « Riches » : n’importe comment les sommes qu’ils vont donner, nous n'en aurions jamais vu la couleur, alors profitons !! C'est autant que le contribuable n'aura pas à donner, n'oublions pas que Notre-Dame appartient à l'Etat et donc sans les dons, tous les dons, ce sont les contribuables qui devront payer les factures. 

Polémiques, rumeurs, querelles, opportunisme, les "ya-qu'a", nous sommes fatigués par l’attitude de certains. Cet incendie a amené pour un temps un moment de grâce, de réconciliation. Cela ne durera pas, alors ne boudons pas notre plaisir.



Childe Hassam (1859-1935, USA) ~ "Notre Dame de Paris", 1888

Jongking 1849









mercredi 17 avril 2019

Notre-Dame, notre Histoire

Notre-Dame, notre Histoire  



Maurice Utrillo 







Paul Signac



photos relais-du-louvre