mercredi 14 août 2019

Emilien Dumas explorateur du Gard


Emilien Dumas explorateur gardois

(1859- Emilien Dumas-PBS LearningMedia)
Comme beaucoup d’érudits du 19ème siècle, Emilien Dumas est un touche-à-tout : botaniste, géologue, géographe, hydrographe, paléontologue, archéologue…il est difficile de le faire entrer dans une seule case. Toute sa vie il ne cesse de cultiver sa curiosité. Il est l’un de ceux qui vont donner envie de découvertes à de nombreux amateurs-archéologues-chercheurs éclairés du 19ème et du début du 20ème siècle, et cela dans de nombreux domaines.
Jean Louis Georges Emilien Dumas est né à Sommières dans le Gard, le 4 novembre 1804 dans une famille protestante, d’un milieu bourgeois. Il décède le 21 septembre 1870 à Ax-les-Thermes sur Ariège d’un anthrax.  Son père est un négociant instruit qui s’intéresse de très près à l’agriculture et à l’archéologie. La ville de Sommières lui offre un terrain d’investigations très propice en compagnie de son ami le docteur Marc Dax, celui qui est à l’origine de la théorie de la dominance de l’hémisphère gauche du cerveau dans le langage. Une soif de comprendre, de connaître, qui a commencé bien avant la Révolution de 1789, avec le siècle des Lumières. Le territoire du Languedoc est propice aux découvertes, et l’influence protestante permet de contourner les préjugés catholiques. Emilien disait : « Ici en ouvrant sa fenêtre, on entre dans l’Histoire, Rome, Gaule, et bien d’autres, tous nous interpellent, nous demandent de nous questionner.... ».
Le Terreur Blanche de 1815 et ses menaces contre les protestants vont faire éloigner le jeune Emilien jusqu’en Suisse au bord du lac Léman où il va commencer son herbier. Il a 11 ans. Les villes de Morges, de Bâle où se confirme sa passion pour les sciences naturelles et la botanique. Il profite des enseignements du grand théologien protestant Alexandre Vinet. Sa mère décède en 1824 et Emilien retourne à Sommières. En 1828 il fonde une famille avec une riche héritière d’Orange, Pauline Borel, fille d’un propriétaire de filature de soie.
Il découvre le site paléontologique de Pondres dans le Gard en 1828-29 avec son ami Jules de Christol : fossiles humains et animaux, poteries et ossements de hyènes et de rhinocéros, ces derniers aussi dans une grotte de Souvignargues près de Sommières. Ossements d’ours des cavernes, silex, os portant les stigmates d’outils tranchants. Sa carrière est toute tracée. Dans sa vie il rassemble plus de 20 000 échantillons de fossiles et de minéraux, conservés maintenant en partie au musée d’Histoire Naturelle de Nîmes. Ses nombreuses collections touchent l'Antiquité grecque, la botanique, la géologie…
 Il a été élève à Paris du Collège de France, du Collège Royal des Mines et du Muséum national d’histoire naturelle. Il rencontre Georges Cuvier (1769-1832), Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844), Adrien de Jussieu (1797-1853). Zoologie, minéralogie, botanique, sa formation en sciences naturelles est complète. Il est confronté à la querelle qui oppose les savants pro-fixismes et ceux qui prônent le transformisme comme Lamarck (1744-1829). Il sera aussi un proche de Paul Tournal, fondateur et conservateur du Musée de Narbonne. Il s’approchera de la théorie de l’évolution que Darwin mettra en place en 1859.

L’Homme Préhistorique et Protohistorique l’intéresse au plus haut point. Mais il va aussi se questionner sur les monuments anciens de l’époque gauloise ou pré-gauloise dans le Gard. Il recense alors 24 dolmens dans 13 communes dont celle de Blandas où il exhume une « peyre cabucelade ».  Pour lui les dolmens ne sont pas des autels sacrificiels comme on l’entendait alors, mais des tombeaux où sont enterrés les chefs de ces peuplades. Des ossements humains sont exhumés avec d’autres objets lors de fouilles de ces monuments. Il s'interroge sur les peuplades qui ont précédé l'installation gauloise, en plein 19ème siècle époque où "le Gaulois" semblait le père de l'humanité.
Il veut comprendre les origines de notre Terre, dans quel ordre chronologique les terrains, les montagnes se sont formés… Il sera le premier à cartographier le département du Gard à partir des cartes de Cassini, les premières cartes topographiques du 18ème siècle. Pendant 20 ans, avec patience et ténacité, il arpente les caractéristiques géologiques et paléontologiques du département, mesure l’altitude, dresse un portrait géographique total du Gard.  Il est celui qui le premier a eu l’idée de colorier les cartes par diverses époques pour circonscrire les divers terrains tertiaires, secondaires, ….

En 1844 il publie la carte de l’arrondissement du Vigan, en 1845 l’arrondissement d’Alès. Il s’intéresse à la constitution géologique de la région Cévennique supérieure du département du Gard dans sa notice de 1846. Un autre ouvrage en 1847 Altitudes ou hauteurs au-dessus du niveau de la mer, mesures à l’aide du baromètre dans les arrondissements du Vigan et d’Alais. La carte de l’arrondissement de Nîmes parait en 1850, troisième volet de son étude géologique du département. Et en 1852, il termine sa carte de l’arrondissement d’Uzès qui ne sera publiée qu’après sa mort. En 1856 une autre publication : « Statistique géologique, minéralogique, métallurgique et paléontologique du département du Gard ».

 
(Carte du Gard arrondissement d’Allais 1845-Gallica-BNF –data.bnf.fr)
On a coutume de considérer Emilien Dumas comme l’un des pères de la recherche empirique en géologie.
Le 19ème siècle est celui des recherches minières pour une révolution industrielle triomphante. Emilien Dumas va travailler avec de grands capitaines d’industrie comme Paulin Talabot. Celui-ci l’envoie en Algérie pour les gisements de fer de Mokta el Hadid, en Sardaigne, Espagne… pour prospecter le sol minier de tous les pays méditerranéens. Le savant est remercié par des actions des compagnies minières qui lui donnent envie de s’aventurer financièrement dans des concessions houillères du bassin d’Alès (concessions de Saint-Germain-Saint Jean du Pin, il en sera le directeur). Mais ce n’est pas ce qui l’intéresse le plus : en sont la preuve, la description du terrain houiller d’Alais et les végétaux fossiles, ainsi que la reconnaissance de l’alternance de deux étages, l’un stérile et l’autre contenant de la houille.

Dolmen ou peyre cabudelade

 
Il retourne à ses chères études dans le dernier versant de sa vie. En 1861, il publie un catalogue des noms des potiers d’origine gauloise, avec 350 estampilles de vases samiens, 72 amphores, 97 lampes funéraires de sa collection personnelle. Un grand pas dans l’approche archéologique grâce à ses travaux comme la séparation des poteries rougeâtres vernissées qu’il pense à usage domestique, et les autres de couleur mate à usage rituel funéraire. Il met en évidence la division du travail et la spécialisation dans les ateliers antiques.

Il était aussi très attiré par le théâtre, n’hésitant pas à monter sur les planches lors de ses études à Paris. Son hôtel particulier de Sommières avait un petit théâtre. Il y monte d’ailleurs en 1837 une troupe d’acteurs, ce qui avait beaucoup choqués ses contemporains. Un scientifique se doit d’être sérieux. Mais cela montre un aspect chaleureux, humain du personnage. Sa vie mondaine lui fait approcher de nombreux acteurs et dramaturges de son époque. La princesse de Solm, Maire Bonaparte-Wyse petite nièce de Napoléon 1er, lettrée et auteure des Chants de l’Exilée est une de ses amies.
Son gout pour le terrain l’a peut-être éloigné de l’intelligentsia française. Il n’avait pas accepté une chaire universitaire et donc il n’a pas laissé une postérité de disciples pour continuer son œuvre dans l’histoire des sciences et surtout de la géologie où ses inventions en méthodologie ont été fondamentales. Il avait dit à son ami Noêl Lafont son confident de toujours et son aide scientifique : « mon pauvre Lafont, vous entendrez dire un jour que je me suis englouti, effondré subitement, et que je ne suis plus qu’un souvenir, n’en soyez point surpris. Pour moi j’y suis préparé, j’envisage avec calme cette fin qui m’attend, et je m’en console en songeant que j’ai eu ma bonne part de jouissances ici bas. » 
Il est membre de l’Académie du Gard et de la Société Géologique de France. Il est aussi Chevalier de la Légion d’Honneur en 1864, participe à la Commission de la topographie des Gaules en 1866. Il sera aussi président de la Société des eaux de Vergèze.
Il décède le 21 septembre 1870 juste après l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg qui l’avait fortement peiné.
Sa fille Amélie et son gendre Armand Lombard-Dumas lui aussi botaniste, vont préserver l’œuvre d’Emilien en donnant sa collection géologique au musée de Nîmes. Pendant 15 jours, 17 voitures de 1 800 kg et 4 hommes seront réquisitionnés pour déménager cette collection de l’hôtel particulier de Sommières à Nîmes !
Ses activités :
Académie de Nîmes : Associé correspondant, 1834.
Institut des Provinces : Membre 1846.



(Hôtel particulier d’Emilien Dumas Sommières –photo Daniel Villafruela mai 2013)-wikipedia)


Sources : Édouard Dumas, Émilien Dumas et l'empreinte de Sommières, Lacour-Ollé, 1993.--  « Émilien Dumas, un géologue éclairé du XIXe siècle » par Laurent Aiglon, in Cévennes Magazine, 2003. Cet article s'appuie sur la correspondance du savant conservée aux archives départementales du Gard  ainsi que sur les carnets du grand géologue. -- Émilien Dumas, Statistique géologique, minéralogique, métallurgique et paléontologique du département du Gard, Paris, A. Bertrand, 1875-1877 (lire en ligne (archives)) Lire à partir de la première partie –Gazette de Nîmes n°864 24 décembre 2015 –musée d’Histoire Naturelle de Nîmes –Arnaud Hurel La France Préhistorique de 1789 à 1941 –wikipedia – BNF gallica data.bnf.fr/15318313/emilien_dumas/--patrimoine.mines-- Lombard-Dumas Armand 1874. Étude sur la vie et les travaux d’Emilien Dumas. Mémoires de l’Académie de Nîmes.-- Vincent, Henri-Maurice-Eugène-Philippe (pseud. Dr V. Du Claux, Dr) 1878. L'oeuvre d'Émilien Dumas.-- Bulletin de la Société d'étude des sciences naturelles de Nîmes, 1877, n° 11-- Dictionnaires biographiques départementaux, s. d., vers 1900. Dumas (Jean-Louis-Georges-Emilien). In Gard. Dictionnaire biographique et album. Paris, Flammarion, 230-237.-- - Aiglon Laurent 2003. Émilien Dumas, un géologue éclairé du XIXe siècle. Cévennes Magazine.-- Raymond Ramousse 12/2014 Comité des travaux historiques et scientifiques Institut rattaché à l’École nationale des Chartes -www.cths.fr/an/savant.php?id=120680© copyright CTHS-La France savante.--paristech.fr/document/Géol_Gard_1852_Uzès_carte-- .editions-lacour.com/Émilien.dumas.et.l.empreinte.de.sommieres.sur.les.familles.






mardi 6 août 2019

Guillem de Cabestany ou L'Horrible Souper


Guillem de Cabestany ou L’horrible souper


Miniature de Guillem de Cabestany
L’histoire et la légende se sont emparées de ce drame d’amour et de mort, à tel point qu’il est difficile d’y faire la part de vérité et de fiction. Une vengeance qui apparait vraisemblable car elle a pour cadre une époque où les passions étaient violentes et les châtiments rigoureux, les mariages plus de convention que d’amour.
Le héros de cette histoire est Guillem de Cabestany, chevalier sans fortune, né d’une région entre Catalogne et Narbonnais, le Roussillon. Un troubadour comme on se les imagine : beau, de bonne maison, spirituel, excellant cavalier, courtois. Il a du talent, bon rimeur comme on aimait les troubadours de l’époque. Il trouva un protecteur en la personne de Raimon(d) de Castel-Roussillon, un seigneur dur, violent mais riche. Guillem flattait cet orgueilleux. Raimond en fit d’abord son page, puis n’entendant pas grand-chose à la poésie, il le donna comme écuyer à son épouse,  Saurimonda (ainsi nommée dans le contrat de mariage entre Raimond et sa femme, parfois nommée aussi Marguerite ou Marie selon le conteur). Et ce qui devait arriver arriva : la belle et gracieuse Saurimonda tomba amoureuse de son écuyer.
Guillem, imprudent, célébra les charmes de sa Dame dans ses chansons et surtout la joie qu’il avait de cet amour partagé.
« Depuis qu’Adam cueillit sur l’arbre fatal la pomme qui causa les malheurs du genre humain, le souffle de Dieu n’a pont animé une aussi parfaite créature. Toutes les formes de son corps sont d’une proportion et d’une élégance ravissantes. Il offre une blancheur, une délicatesse, un éclat qui le disputent à l’améthyste. La beauté de ma Dame est si grande que je m’attriste pensant que je ne mérite point qu’elle s’occupe de mes hommages… ». 
Ses chansons sont particulièrement explicites, passionnées. Elles attirent l’attention de tout un chacun, voisins, serviteurs, bavards curieux et ….celle du mari.
Un jour que les deux hommes chassaient l’épervier, Raimond félicite Guillem pour ses chansons, et de fil en aiguilles, le force à dire qui est la Dame de ses pensées. Guillem botte en touche et il avoue être amoureux follement de Dame Agnès la sœur de Saurimonda.
Raimond, tout en espérant, tient à être bien sûr de la véracité de cet aveu. Les deux hommes se rendent au château de Robert de Tarascon, l’époux de Dame Agnès.
Raimond prend à part dame Agnès pour la confesser. Elle connait le caractère violent de son beau-frère, elle aime tendrement sa sœur, et voyant l’inquiétude sur le visage de Guillem, elle feint la gêne, la confusion, et comme en dépit d’elle-même elle avoue qu’elle aime Guillem. Discrètement elle avertit son époux de la supercherie, car elle craint que Raimond ne fanfaronne et « ne mette les pieds dans le plat ».
Robert de Tarascon qui connait bien le caractère de Raimond, approuve le stratagème d’Agnès. Il l’encourage même. Tandis qu’il entraîne le jaloux dans une promenade autour du château, Agnès reçoit le jouvenceau dans sa chambre en tout bien tout honneur. A l’heure du souper, la jeune femme apparaît toute joyeuse, pétillante de gaieté comme si elle avait passé un très bon après-midi dans les bras de son supposé amant. Lorsque le lendemain Raimond et Guillem quittent le château, le mari de Saurimonda est persuadé qu’Agnès et son écuyer ont passé la nuit ensemble.
Evidemment une fois chez lui, il ne peut pas se taire et conte toute l’histoire à son épouse. Elle se croit trahie par son amant. Elle a une explication avec lui, il lui décrit la supercherie de sa sœur, et elle finit par le croire. Mais comme elle est aussi sotte qu’elle est belle, elle exige qu’il compose une chanson dans laquelle il proclame son amour pour elle, affirmant n’avoir aimé qu’elle. Guillem a beau lui exposer le danger pour elle et pour lui, elle n’en démord pas. Et il finit par accepter tout en sachant qu’il signe son arrêt de mort. Il compose « Le Doux souci ».
Comble de l’insolence, il adresse cette chanson au mari blessé dans son orgueil et qui ne peut plus douter de son infortune connue de tous.
Ceci appelle vengeance !! Castel-Roussillon entraîne l’écuyer dans une chevauchée hors du château, le poignarde. Il ouvre la poitrine de sa victime, prend le cœur encore palpitant. Il charge un valet de le porter au cuisinier du château pour l’accommoder en venaison avec force épices.
Le soir venu, le souper est servi. Raimond fait présenter à sa femme ce mets qu’elle mange de bon appétit. A la question de son époux elle répond que ce plat était excellent. Raimond lui dit : « Il est juste que vous aimiez mort ce que vous avez tant aimé vivant !! ». Il lui présente triomphant la tête sanglante de Guillem et lui apprend ce qu’elle vient de manger.
 Saurimonda, horrifiée, dans un sursaut, lui répond : »vous m’avez donné là un mets si délectable que jamais plus ne mangerai rien désormais ». Fou de rage il tire son épée pour la tuer, mais la fenêtre ouverte permet à sa femme de se jeter dans la cour du château et de s’écraser sur les pavés.
Ce meurtre et  la mort de Saurimonda scandaliseront la région. Raimond de Castel-Roussillon n’était pas particulièrement apprécié, mais là, il était allé trop loin dans l’abomination. Les chevaliers et seigneurs de la contrée demandèrent vengeance à leur suzerain Alphonse II d’Aragon. (Perpignan et le Roussillon ne sont pas encore français). Le château de Raimond sera assiégé, pris, et le seigneur mis à mort, ses seigneuries dévastées. Les corps des deux amants seront portés au cours de funérailles magnifiques en l’église de Perpignan, leur histoire tragique gravée sur leur tombeau.
Cette histoire inspira des poètes et des écrivains, en France mais aussi dans une bonne partie de l’Europe, Pétrarque dans son Temple d’Amour, Nostradamus, Boccace, Stendhal…jusqu’à nos jours. Le tombeau pendant bien des années sera un lieu de pèlerinage pour les couples d’amoureux.
Lo dous cossire Le doux souci
Le doux souci que m’inspire souvent Amour me fait dire sur vous, Madame, nombre de vers agréables. Pensif, je contemple votre corps noble et précieux que je désire, plus que je ne le laisse voir. Et même si je me détourne du droit, je ne vous renie pas pour autant : sans cesse je vous supplie avec un amour sincère. Madame, vous en qui la beauté embellit, souvent je m’oublie moi-même à vous louer et vous demander grâce. Qu’à jamais me haïsse Amour qui vous refuse à moi si jamais je tourne mon cœur vers une autre ou change d’avis. Vous m’avez ôté le sourire et donné le souci ; il n’est pas d’homme qui ressente un martyre plus cruel que le mien, car, alors que je vous désire plus qu’aucune autre qui soit au monde, j’affecte de vous repousser, de vous désavouer et vous détester : tout ce que je fais par crainte, vous devez le tenir pour fait de bonne foi, même quand je ne vous vois pas.
C’est toujours le début de l’amour, tant me charme, votre maintien, vous à qui je suis soumis ; il m’est bien clair que je suis vaincu par votre amour, car, avant de vous avoir vue, mon intention était de vous aimer et de vous servir ; je me suis si bien donné à vous de tout cœur, sans réticence, qu’aucune autre ne m’apporte de joie ; je n’accepterais de coucher ni d’être l’amant d’aucune de celles qui portent bande en compensation de vos saluts. J’ai en mémoire le visage et le doux sourire, le haut prix et le beau corps blanc et doux ; si, en matière de foi, j’étais aussi fidèle à Dieu, sans faute j’entrerais tout vif en paradis ; c’est ainsi que je suis resté ici, sans aucun appui auprès de vous, ce qui m’a fait perdre quantité de présents : les prenne qui les voudra !.... Ainsi, comment serait-il possible que je ne trouve pas grâce auprès de vous, mon aimée, vous qui êtes la plus belle qui soit jamais née ? Nuit et jour, à genoux ou debout, je prie sainte Marie qu’elle me donne votre amour ; dès l’enfance, j’ai été élevé pour obéir à vos ordres : et que Dieu me refuse son appui si jamais je veux y renoncer. Noble et douce personne, permettez-moi de baiser vos gants : je n’ose pas demander autre chose. Il n’est chose qui vous ait plu, noble dame courtoise, pour interdite qu’elle m’ait été, que je ne l’aie faite sans me soucier du reste. Sire Raimon, la beauté et le mérite que possède ma Dame m’interdisent toute autre.
Guillem de Cabestany Texte et traduction établis par Gérard Gouiran.

Mais qu’en est-il de la réalité ? Les protagonistes ont-ils existé ?
Ce conte qui développe le thème du « cœur mangé » est des plus célèbres. On le retrouve un siècle plus tard dans le roman du Châtelain de Couci et de la Dame de Fayel. Une traduction de cette vida nous est donnée par Stendhal en 1822.
Aux archives des Pyrénées-Orientales un contrat de mariage du 26 mars 1197 certifie l’existence de Raimon de Castel-Roussillon et Sorimonda. Il a été publié en héliogravure avec transcription d’après une charte partie. On y voit les biens que chacun apporte et surtout leurs situations matrimoniales précédentes : lui est veuf avec un fils Bernard qui donne son consentement au contrat, elle aussi veuve de Ermengaud de Vernet mais sans enfant. Il nous faut remercier l’archiviste M Alart découvreur du texte. Ce contrat indique comme date 1197 soit un an après la mort du roi Alphonse d’Aragon, donc il n’a pu venger les deux amants. Alphonse d’Aragon était bien le protecteur des troubadours et peut-être de Guillem, mais la chronologie contredit la légende.
Saurimonda de Peralada apporte en mariage avec Raimon ses biens de Torreilles (Pyrénées-Orientales) sis à côté de Perpignan. Raimon apporte son domaine de Cosprons, près d’Argelès, ses biens de Banyuls-sur-Mer, ses domaines de Palol près d’Elnes….
Saurimonda vend en 1205 ses droits seigneuriaux du château de Torreilles aux Templiers avec l’autorisation de son mari, qui est donc toujours vivant à cette date et non trucidé par le roi d’Espagne et ses chevaliers.
Des actes de 1210 à 1221 nous montrent une Sauremonde mariée à un troisième mari Adhémar de Mosset.
Guillem, est le fils de noble Arnau de Cabestany, vassal effectivement des seigneurs de Castel-Roussillon.  Son nom apparaît en 1162, un des témoins d’un traité de paix entre Guillaume VII seigneur de Montpellier et les seigneurs de Pignan. Etant donné la date plutôt un oncle de Guillem ou un membre de sa famille.
L’historien valencien Perez Tomich le cite en 1534 comme ayant pris part à la croisade contre les Almohades en 1212 aux côtés de Pierre II d’Aragon à la bataille de Las Navas de Tolosa. A cette bataille il y a aussi Aimar de Mosset le troisième mari de Saurimonda, ainsi que  Ramon de Toreillas un des témoins signataires de son contrat de mariage avec Raimond.
Un célèbre historien espagnol du 16ème siècle Pedro Antonio Beuter énumère les noms des combattants de cette bataille : (follijV)

 Guillem aurait fini ses jours dans la province de Lérida en Espagne où il fonde le village de Cabestany.
Un événement tragique a certainement eu lieu entre Raimond, Sorimonda et Guillem, mais lequel ? Et tous les trois y ont survécu.




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Sources : /www.ville-cabestany.fr/fr/decouvrir-la-ville/nos-identites/guillem-de-cabestany
-- Lucienne Escoubé Historia L’Horrible souper -mars 1982 – wikipedia ---  marmotton66.e-monsite.com-- ---Arthur Langfors Persée annales du Midi 1914 26-103 p349-356 Troubadour Guilhem de Cabestanh --Vie de Guillem de Cabestany extraite de Christian Nique (sous la direction de), Anthologie des littératures occitane et catalane, Académie deMontpellierCRDP2006--  Pierre Bec, Anthologie de la prose occitane du moyen âge, Aubanel, 1977.-- disciplines.ac-montpellier.fr/catalan/sites/catalan/files/fichiers/dp/panorama/annexos-2.pdf-- elracodekoke.blogspot.com/---/commons.wikimedia.org/wiki/File:Comtats_catalans_s._VIII-XII.svg?uselang=fr
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samedi 27 juillet 2019

La Bête à Bon Dieu de l'Abbé La Treille ?







La Bête à Bon Dieu de l’Abbé La Treille ?


Une histoire (arrangée ?) où il est démontré que la coccinelle est bien l’outil de la Providence !! Où il est démontré aussi que l’Histoire n’est pas une science exacte…

Pierre-André naît le 20 ou 29 novembre 1762 de père et mère inconnus. Il est présenté au baptême le 30, en l’église de Saint-Cernin de Larche à 15 km de Brive-la Gaillarde. Baptême à la sauvette. Pierre Laval et Marthe Dupeyrou, un ménage de paysans, l’ont reçu discrètement en nourrice d’un chirurgien de Brive, le sieur Laroche. La vie avait bien mal commencé pour notre futur abbé. Même son nom de La Treille ne lui sera donné légalement par jugement du tribunal de Brive qu’en juillet 1813.
Son père biologique est le baron d’Espagnac, officier brillant, qui s’est illustré au siège de Tournai et à la bataille de Fontenoy. Gouverneur de la Bresse et du Bugey, il s’attaque aux exactions des bandes de Mandrin. Avec un brevet de Maréchal de Camp il retourne à Brive, sa terre natale, puis s’installe à Paris. Il est marié, avec quatre enfants, écrit ses mémoires, ses campagnes militaires… Mais il a une liaison avec une jeune femme mariée à un officier que ses devoirs ont appelé au loin. Elle appartient à une noble famille de Bresse. Elle accouche de Pierre-André clandestinement à Brive ou près de Brive peut-être au lieudit La Treille.
Le baron Jean de Sahuguet d’Amarzit d’Espagnac est gouverneur de l’Hôtel des Invalides en 1766. Il ne reconnaitra pas cet enfant qui est adultérin, mais il suivra toujours ses études et même un temps l’appellera près de lui à Paris.
Le chirurgien Laroche et sa fille vont prendre soin du bébé, maladif, chétif en ses premières années. Puis en âge d’étudier, son père biologique le confie à un ami négociant de Brive, le sieur Malepeyre de la Place qui sera une sorte de tuteur pour Pierre-André. Au collège de Brive l’élève se montre doué, très appliqué. Latin, grec, chimie, botanique, zoologie, entomologie…. Il obtient le grade le Maître es art, (licence de sciences pour nous) au collège du Cardinal Lemoine. Puis son père le fait entrer au Grand Séminaire de Limoges. Mais cette protection va s’éteindre en 1783 avec le décès du 
baron.



buste en bronze signé, P. Merlieux (cimetière Père-Lachaise Paris) 
      
Ordonné en 1786, il devient précepteur d’un cousin d’Espagnac. Il se consacre à étudier les sciences naturelles que son tuteur Malepeyre lui en avait donné le gout très tôt. Le Limousin en cette période est la province où le mouvement intellectuel et scientifique est très actif, très vivant. Pierre-André participe à des réunions scientifiques de très haut niveau. Il a accès à de riches bibliothèques où il peut consulter les œuvres de Buffon, les planches zoologiques de l’Encyclopédie, le Dictionnaire de Valmont… Il passe ses vacances, ses jours de congés à la poursuite d’insectes avec des compagnons scientifiques.
A l’orée de la Révolution de 1789, c’est donc un abbé un peu malingre, souvent alité, mais féru de sciences naturelles, herboriste, collectionneur d’insectes. Il est partisan du progrès, des lumières, d’une certaine liberté, et donc les évènements politiques ne l’effrayent pas. A Paris il rencontre Fabricius, Lamarck, il est élu en 1791 à la Société d’Histoire naturelle de Paris après des recherches sur une sorte de guêpe, la mutille. Il semble hors du temps, hors des péripéties révolutionnaires.

 mutille catalane
Mais la Révolution et ses règles le rappelèrent à l’ordre. Comme tout ecclésiastique il devait prêter le serment républicain sous peine de privation de traitement et de liberté. Notre abbé n’y prend pas garde, la tête dans les nuages d’insectes et par arrêté du 18 mars 1793 il est inscrit sur la liste des réfractaires. Il essaie de contester, il fait intervenir le conseil municipal de Brive, mais rien n’y fait et le 8 novembre il est arrêté. Plusieurs mois de prison à Brive, Tulle. Et sur instructions du ministre de l’Intérieur, il est désigné avec 91 autres à partir pour la Guyane. Le voici à Bordeaux enfermé dans l’ancien séminaire transformé en prison, après un voyage de Tulle en mauvaises charrettes. A Bordeaux l’atmosphère est dramatique. Madame de La Tour du Pin raconte dans ses mémoires l’exaltation d’un membre du Club national des Patriotes : « N’oubliez pas de nous défaire de cette vermine empoisonnée : redoublez vos efforts pour  que ces serpents de prêtres réfractaires sortent du sein de cette ville…. Je voudrai que l’on fît la dépense pour aller les vendre au roi du Maroc, ce roi achète toutes les p… de l’Europe… » On crie dans les rues « mort aux prêtres ». La populace en assassine, on guillotine un médecin qui leur venait en aide. La disette attise les haines. Lacombe, un escroc devenu président du tribunal révolutionnaire de Bordeaux dira : «  il s’agit moins de punir les ennemis de la patrie que de les anéantir… ». Barère du Comité de Salut Public lui fait écho : «  l’homme qui terrasse les ennemis du peuple fût-ce avec un excès de zèle, ne peut être inculpé… ».

Le 9 Thermidor et l’arrestation de Robespierre arrivent et les autorités semblent moins pressées d’envoyer les prisonniers en Guyane.  Mais ces voyages sont toujours programmés. La Treille partageait sa cellule avec un mourant, un vieil évêque. Chaque matin un aide-chirurgien venait panser le moribond. Notre abbé l’aidait et sinon une amitié, du moins un intérêt était né entre eux. Quelques jours avant la mort de l’évêque, La Treille voit entre les rainures du plancher une minuscule bestiole aux couleurs vives. Pierre-André se précipite, la ramasse, et réclame d’urgence une épingle et un bouchon à l’aide-chirurgien pour piquer l’animal. Son visage s’est illuminé : « c’est une rareté ». L’aide-chirurgien lui demande l’autorisation de l’emporter pour la faire voir à une personne qui a une belle collection et qui pourra peut-être donner le nom scientifique de l’insecte.

La personne en question est le jeune Bory de Saint-Vincent, quinze ans mais déjà naturaliste de valeur. Il cherche dans ses livres la description de l’insecte, en vain. L’insecte n’a jamais été décrit par les savants. On ne connait ni sa famille, ni son mode de reproduction… Et pourtant en cette fin 18ème nombreux sont ceux qui s’intéressent aux insectes.




Là l’histoire fourche : pour les uns, Pierre-André est tombé sur une coccinelle, pour les autres une nécrobie, insecte que l’on retrouve sur les matières animales en décomposition, insecte plutôt secret et discret, que l'on trouve par exemple dans les cercueils. Pourquoi cette différence d’interprétation de la part des historiens ?

Pourtant la coccinelle était connue des jardiniers, des anciens, qui prédisaient le beau temps lorsque la bestiole s’envolait. Une légende du Moyen-Age en avait fait un porte-bonheur : un homme au 10ème siècle condamné à mort pour un crime qu’il n’a pas commis lui doit sa survie. Alors qu’il est condamné à avoir la tête tranchée, une coccinelle se posa sur son cou ; le bourreau tenta de l’enlever mais elle revint à plusieurs reprises au même endroit. Le roi Robert II devant cette intervention qu’il jugea divine gracia le condamné.

Mais l’abbé La Treille devait aller mourir en Guyane. Le temps presse pour le sauver. Le jeune Bory raconte :
« Je fus de suite trouver mon père et M Auber mon oncle, qui sortis eux-mêmes de prison depuis le 9Thermidor avaient repris dans notre ville où la Terreur cessait graduellement, leur grande influence de fortune et de position. Je leur appris qu’un naturaliste habile était détenu et je les priais de s’intéresser pour lui. Dargelas que je prévins aussi se joignit à nous. Avec l’ordre de sortie, Dargelas court au séminaire réclamer le prisonnier. La troupe venait de partir pour le funeste embarquement. Nous courons au port ; les malheureux sont déjà sur le ponton. Dargelas prend un bateau et vient au milieu de la rivière où l’on appareillait, puis il montre le document ordonnant la levée d’écrou. La Treille lui est livré, il nous l’amène et trois jours après comme il s’hébergeait avec nous on apprit que le navire qui portait ses compagnons d’infortune avait sombré en vue de Cordouan et que les marins seuls s’étaient sauvés sur la chaloupe du bord… ».

Tout est miraculeux dans le sauvetage in extrémis de notre abbé : la découverte du petit insecte non décrit, la décision favorable de levée d’écrou du tribunal de Bordeaux, décision le 25 décembre 1794 jour de Noël… Le bateau prison qui devait l’envoyer en Guyane qui s’appelait Le Républicain et qui sombre sans lui dans l’estuaire de la Gironde !!.
La Treille baptisa, classa et décrivit l’insecte : necrobia (du grec necros, mort et bios, vie), ce qui semblerait justifier l’hypothèse de la nécrobie. En 1807 la famille des coccinellidae est établie par Pierre-André, coccinus car écarlate. En fait il s’intéressa aux deux insectes ce qui a peut-être trompé les historiens. Et puis la mémoire collective le préfère en expert en coccinelles plutôt qu’en insectes nécrophages.



La libération de notre abbé est confirmée « à charge pour lui de prêter serment ». Mais en 1797 il est toujours sur la liste des prêtres non assermentés : oubli de l’administration ou de Pierre-André ? Il aura bien du mal à récupérer ses livres confisqués lors de son arrestation ainsi que ses maigres biens toujours sous séquestre. Il se voit frapper de proscription à cette date et ses amis du Muséum et le général Marbot doivent intervenir.

Sa fin de vie sera plus sereine. Chargé des collections d’entomologie au Jardin des Plantes, professeur de zoologie à l’école vétérinaire d’Alfort, membre de l’Académie des Sciences en 1814…. Il succède au professeur Lamarck au Muséum… Publications, ouvrages sur les fourmis, les salamandres, les crustacés et surtout sur les coléoptères.   En 1821 il est fait chevalier de la Légion d’Honneur. Une plaque sur marbre d’Henri Couteilhas, l’immortalise, inaugurée en grande pompe en octobre 1907, mais semble-t-il apposée sur le mur d’une maison qui n’est pas sa maison natale…. Il est inhumé au cimetière du Père- Lachaise à Paris (division 39).








Sources : Colette et Guy Héraud Historia janvier 1983 n°434---Louis de Nussac Biographie de Pierre-André La Treille--- wikipedia.org -- /sites.google.com/site/briveatraverslescartespostales/--inauguration-de-la-plaque-en-l-honneur-de-pierre-andre-latreille-en-1907
/www.appllachaise.net/appl/article.php3?id_article=774
-- Ph. Huet, La Coccinelle, ou la véritable histoire de la bête à bon Dieu, de Terran, 2004, 96 p.-- Nobiliaire universel de France ou recueil général des généalogies https //books.google.fr/books Nicolas Viton de Saint Allais 1815--- - /www.jardindesplantesdeparis.fr/fr/galerie/escaliers-monumentaux/bustes/pierre-andre-latreille-1762-1833
-- https://fracademic.com/dic.nsf/frwiki/241960




theconversation.com/en-rouge-et-noir-la-genetique-des-pois-de-la-coccinelle-104118




dimanche 21 juillet 2019

Les Deux Hercules de Castelvieil




Les deux Hercule de Castelviel




Vous ne trouverez plus le petit village de Castelvieil à la sortie d’Uzès sur la route de Blauzac. Ce n’était pas un gros village, quelques maisons vigneronnes, quelques moutons, même pas une chapelle. Un (ou le seigneur) du village avait dans les temps lointains suivi la croisade de Saint-Louis et en était revenu accompagné d’un maître d’armes à la peau foncée, aux cheveux crépus, noir de  jais. Un homme dévoué corps et âme au seigneur. Ce combattant venu d’un autre monde impressionnait les habitants du village et des alentours. Les jeunes rêvaient de se mesurer à lui. Une légende vivante qui enseignait l'art du combat avec fourches et bâtons. Les mauvaises langues disaient que les femmes des alentours n'étaient pas insensibles à son charme. Ce qui explique peut-être que le seigneur en question ait survécu aux guerres du Levant et que les habitants de Castelvieil encore au 17ème siècle soient combatifs et très bruns de peau et de cheveux….
Le village comprenait une petite quinzaine de familles encore en 1780, 68 habitants dont déjà certains âgés de plus de 50 ans. Le 19ème siècle a fini de le  vider de ses jeunes hommes, partis vers les mirages qu’étaient les villes. C’est vrai que le phylloxéra détruisit les rêves de nos jeunes vignerons et les mines embauchaient en Cévennes avec l’espoir d’une autre vie et une paie assurée. La route d’Alès n’était pas loin. Les vieux petit à petit s’en sont allés, et les cheminées n’ont plus fumé, les toits sont tombés, les murs aussi.
Pourtant Castelvieil avait connu ses heures de gloire avec ses deux Hercules.
Le premier surnommé Pinatel, de son vrai nom Abraham Coste, devient célèbre pendant les guerres de religion de 1560-1629. Son prénom laisse penser qu’il est protestant, ce qui pourrait expliquer déjà à cette époque la fin programmée du village. C’est un berger, très grand, costaud, tanné par le soleil, le poil noir abondant, une barbe de patriarche, le regard charbonneux. Un taiseux, un solitaire….. Une grand-tante l’avait recueilli après le décès de ses parents.
Ce jour de juin 1591 un groupe de soldats catholiques de la Sainte Ligue envahissent le village. Des maisons commencent à brûler, les habitants tentent de fuir, les corps tombent. La fumée, les cris, l’enfer… Les soldats chapardent poules et chèvres, pillent les placards. Pinatel avec pour arme pour se défendre, sa fureur et son envie de vivre, arrache un pin d’un coup de rein et s’en sert comme d’une massue, tournoyante, fendant des cranes, cassant des jambes, des bras des envahisseurs… L’ennemi bat en retraite devant  ce « démon noir » démesuré, sorti de nulle part.
On ne sait pas ce qu’il advint de Pinatel après cet exploit. Il ne semble pas avoir été poursuivi par la justice. Il est vrai qu’en ces temps troublés, les autorités avaient d’autres Pinatel à fouetter. Il paraîtrait que plus tard les jeunes filles alentour lui faisaient les yeux doux, le découvrant enfin, lui qui auparavant ne méritait même pas un regard !!



Anonymous 1590 — Histoire Geographie 5ieme Nathan
Procession_de_la_Ligue_1590_Musee Carnavalet—wikipedia.org-

Le second Hercule, Joseph Bastide est né dans une famille de cultivateurs catholiques dans les années 1670. Dès son jeune âge, pourtant petit dernier de la fratrie, il est plus grand, plus musclé que ses trois frères, les dépassant facilement d’une tête, puis de deux… Très vite il aide les habitants de son village pour les travaux lourds. Il s’attèle à un charroi de bois pour le vieux Simon. Il porte sur ses épaules les fagots, les panières, la brebis malade… Des bœufs se sont embourbés dans le fossé avec leur char et personne ne peut les en sortir, Joseph est là, soulevant, poussant, tirant. Un âne est tombé dans un puits, Joseph arque-bouté contre les parois le hisse sur la margelle…. Les consuls d’Uzès ayant entendu ses exploits vont l’appeler pour faire transporter une herse en fer de plus de dix quintaux. Elle avait servi jadis à fermer une des portes de la ville. Naturellement le travail devait se faire contre un petit salaire. Joseph soulève donc l’engin et le transporte à l’endroit convenu.
Mais une fois le travail exécuté, les consuls se mirent à lésiner sur le prix. Joseph n’avait pas assez peiné pour justifier ce salaire…. On n’avait pas pensé que ce serait si facile…  Joseph avait eu l’honneur de servir la ville …. Et puis Joseph leur parait un peu benêt, autant en profiter !! La mauvaise foi est un sentiment humain, surtout chez les politiques ! Alors ni une ni deux, sans un mot, Joseph « le benêt » soulève la herse pour s’en aller la remettre où il l’avait trouvée. Du coup les consuls trouvèrent finalement que le travail méritait le salaire prévu et payèrent Joseph avec de grands remerciements.
Les soirs en cassant des noix au coin du feu, les conteurs amusèrent beaucoup leur auditoire avec cette aventure et Joseph y gagna célébrité, attention de son vivant et même bien après… Et puis il fait bon se moquer de ceux qui nous dirigent !
Tous les villages ont eu à une époque un Hercule, un personnage haut en couleur, héroïque, exemple à suivre. Nos deux Hercule de Castelvieil sont-ils légende, ou réalité d’un moment ?

Source : là où elle est maintenant, grand merci à Rosette pour son récit. Elle seule savait nous ravir de ces histoires dites avec accent, verve, et poésie..