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jeudi 4 juillet 2024
Les grandes Epidémies à Vallabrix
lundi 24 juin 2024
Le Dernier Duel
Le Dernier Duel
Le duel, à l’origine pratique aristocratique pour régler des
conflits, renforcer ou dissiper la renommée des duellistes. Exposer sa vie pour
son honneur et ses convictions pour mettre en scène son courage, son intégrité
devant l’opinion…. Cette pratique existe ou a existé dans tous les pays, à
toutes les époques, jugement de Dieu ou de la chance, de l’expérience ? Mais
se venger d’une offense, n’est-ce pas se mettre au niveau de son ennemi, et
passer outre c’est se placer au-dessus de lui ?
Entre 1550 et 1650 les
duels font une hécatombe dans notre pays. On estime entre 8000 gentilshommes
tués en duel entre 1598 et 1608. Dangereux, d’une fréquence excessive, ils sont
un sujet majeur du règne de Louis XIII et de Richelieu. Il s’agit de sauver la
noblesse malgré elle !! Déjà en 1566 sous Charles IX ces rencontres
sont interdites. En vain. Et l’édit de Fontainebleau de 1609 qui annule cette
interdiction !! La vie de nos gentilshommes ne doit être qu’au seul
service du roi !!. En 1576 par l’ordonnance de Blois, les duellistes sont
déclarés coupables de lèse-majesté en usurpant le droit de justice dévolu par
Dieu au roi. Mais le fond du problème ce n’est pas la vie des duellistes qui
est en jeu mais leur honneur !
Parfois
l’honneur était à géométrie variable, plus meurtre que duel. Certains
« duellistes » se servaient de ce rituel pour masquer leurs
massacres. Le chevalier d’Andrieux par exemple aurait tué 72 hommes avant
d’être jugé puis exécuté.
En 1613 le chevalier de Guise aperçoit le long de la rue Saint-Honoré à Paris, le baron de Luz, qui avait calomnié son père. Il dégaine son épée et appela le baron à faire de même. Le baron était un vieil homme incapable de se défendre contre un impétueux jeune homme qui le tua d’un seul coup. Mais les choses ne s’arrêteront pas là. Après avoir enterré son père, le nouveau baron de Luz envoya son écuyer chez Guise avec une lettre pour défier l’assassin de son père : « Monsieur, je vous prie de me faire l’honneur de votre présence avec votre épée en main, pour que justice soit rendue à mon père. Ce jeune homme [l’écuyer] vous emmènera à l’endroit où je vous attendrai avec un cheval et deux épées. Vous pourrez choisir celle que vous préférez. »…Et le chevalier de
Guise après avoir tué le père, tua le fils….
(PHOTOGRAPHIE
DE ERICH LESSING, ALBUM-Descartes
Parfois, romantisme,
dignité, esprit chevalesque sont de la partie. Descartes le grand philosophe,
maîtrisait parfaitement l’art de l’escrime. Un jour, alors qu’il était en
compagnie d’une dame qu’il courtisait, il est attaqué par un rival. Descartes
le désarme puis lui rend son épée en lui disant : « Vous devez votre
vie à cette femme pour qui je viens de risquer la mienne. »
La Révolution de 1789 aurait dû mettre fin à cette tradition. Plusieurs cahiers de doléances réclamaient d’ailleurs cette interdiction. Mais les roturiers voient dans le duel une manière de se montrer égaux des ci-devant aristocrates !! En 1790, Barnave et le capitaine de Cazalès s’affrontent et ce dernier est tué d’une balle au front. Et tout au long du 19ème siècle, des duels vont tuer des orateurs, des polémistes, des hommes politiques. Lamartine dira : « il faut plus de courage pour refuser un duel que pour en accepter dix » ! En 1834, le député avocat brillant Dulong sera tué à 42 ans par le général Bugeaud pour une phrase lancée dans un débat sur l’Algérie. L’affaire Dreyfus occasionne pas moins de 40 duels politiques. Car le monde politique montre le mauvais exemple : ministres, maires, nationalistes, antiparlementaristes….pour un oui, pour un non, pour exister, pour s’affirmer ?
(Le colonel Picquart partisan de l’innocence de Dreyfus contre le commandant Henry antidreyfusard--le Petit Journal)
Après 1919 et
l’hécatombe de la Grande Guerre, le duel tombe en désuétude jusqu’à devenir
anachronique dans les années 1950. En 1947, un duel déjà entre Gaston Defferre
et Paul Bastid au pistolet. En 1949, Roger Nordmann et l’avocat Jean-Louis
Tixier-Vignancour pour une accusation de dénonciation de résistants pendant la
guerre…Serge Lifar chorégraphe d’opéra, et le marquis de Cuevas en mars 1958…le
premier 53 ans et le second 72 ans avec pour témoin un certain Jean-Marie Le
Pen.
Le 21 avril 1967
dans un jardin ombragé d’un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine, deux hommes
croisent le fer. Quatre minutes plus tard, le combat s’arrête, l’un des deux
est touché par deux fois au bras.
La veille, Gaston
Defferre (1910-1986) avait tonné « taisez-vous abruti ». Il s’adressait
au gaulliste René Ribière (1922-1998). Cette interruption passe inaperçue dans
le brouhaha des débats et ne figure même pas au compte rendu officiel de la
séance. Mais Ribière rejoint Defferre dans la salle des Quatre-Colonnes et
devant les journalistes il demande réparation par les armes !
Deux parlementaires,
élus du peuple et théoriquement représentant une certaine éducation, un
exemple. Gaston Defferre est maire de Marseille, député SFIO président de
son groupe à l’Assemblée Nationale. René Ribière est élu du Val d’Oise depuis
1958, mais révoqué de la préfectorale pour avoir assisté en tenue de
sous-préfet à une manifestation du RPF (Rassemblement du peuple français). L’offensé
envoie deux témoins à Gaston Defferre. Il a le choix des armes et choisit
l’épée. Il veut se montrer digne de son grand-père Marcel Ribière député
radical de l’Yonne de 1906 à 1913 qui s’était battu en duel en 1910. Il cherche
la notoriété. Ce qui n’est pas le cas de Defferre qui n’a pas envie de faire de
la publicité à un ambitieux. Mais les élections législatives récentes n’ont
apporté la majorité qu’à un siège près pour les gaullistes et leurs alliés. Les
résultats de l’Outre-Mer sont très contestés. Ce duel apportera une diversion
utile. Le président de l’Assemblée Nationale Jacques Chaban-Delmas essaie une
médiation, en vain et Ribière prend en urgence une leçon d’escrime à la salle
d’armes du Palais-Bourbon avant d’affronter l’adversaire. Il n’avait jamais
touché une épée de sa vie.
Le Général de Gaulle
n’apprécia pas cet épisode et envoya des émissaires pour faire annuler ce duel,
sans succès.
Le lendemain malgré
la surveillance policière, les deux adversaires et leurs témoins se retrouvent
dans le parc d’une villa de Neuilly. Defferre refuse les épées car trop
émoussées. Il a apporté de « vraies épées ». Et le combat commence,
vite fini. Ribière est touché par deux fois au bras sans gravité. Jean
Lipkowski, gaulliste de gauche et arbitre des échanges, met fin au duel qui
aura duré moins de cinq minutes.
Ribière se mariait
le lendemain et Defferre de dire : »si je l’avais su, je l’aurais
touché autre part !! »
Ce duel sévèrement jugé, sera le dernier de la vie parlementaire. Les joutes oratoires les remplaceront avec plus d’intérêts. Un journaliste parla de « mascarade » dont la victime était le sérieux de deux députés.
(duel Déroulède –Clémenceau—échange de six balles sans
résultat)
Sources et pour en savoir
plus : Bruno Fuligni Historia n)929 mai 2024-- --/www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2017/04/21/il-y-a-cinquante-ans-le-dernier-duel-de-france_5114729_4497271.html---
Exposition Duels l’art du combat musée
de l’Armée Paris 7è jusqu’au 18 août--- www.historia.fr/histoire-de-france/xxeme-siecle-a-aujourdhui/21-avril-1967-gaston-deferre-contre-rene-ribiere-le-dernier-duel-en-france-2095876---
www.geo.fr/histoire/lhistoire-vraie-de-jean-de-carrouges-et-jacques-le-gris-les-heros-du-film-le-dernier-duel-de-ridley-scott-206686---//www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/08/en-garde-pourquoi-la-france-etait-elle-capitale-la-capitale-europeenne-des-duels---h
ttps://cultea.fr/1967-dernier-duel-a-lepee-de-france-entre-deux-deputes.html---
mercredi 5 juin 2024
La Maison Carrée
gaule-nemausus-nimes-maison-carree-jc-golvin.jpg
(1400×1101) (jeanclaudegolvin.com)
La Maison Carrée de
Nîmes
Notre région est riche en
monuments romains plus ou moins conservés ou restaurés. Ici et là un mur, une
frise, une tête de taureau, fragments d’un passé qui ne veut pas se faire
oublier…
Au 19ème siècle,
certains souhaitaient démolir les arènes de Nîmes ou la cité de Carcassonne,
car elles ne rapportaient rien ; « autant les valoriser disaient-ils
et utiliser ces belles pierres de façon plus utile ». Victor Hugo avait
alors eu ce mot « vous jugez de
l’utilité à l’aune de votre ignorance !! »
Mais pourquoi Maison « carrée » alors que le bâtiment est rectangulaire ? Ce nom lui est donné au 16ème siècle. En fait à cette époque en langue française, toute forme géométrique ayant quatre angles droits est désignée par le mot « carré » : le « carré long » pour le rectangle, le « carré parfait » pour notre carré. Donc « Maison carrée ».
Au cours de son histoire
mouvementée, la Maison Carrée de Nîmes a pu préserver l’intégralité des
éléments de son architecture. On peut la comparer aux monuments de même style
et de même époque : le temple d Diane d’Evora au Portugal, le Panthéon de
Rome, celui de Vienne dans la vallée du Rhône….. Depuis le 17ème
siècle, les restaurations successives lui ont restitué sa splendeur. Tous les
chapiteaux sont quasiment intacts avec leurs feuilles d’acanthe, podium,
escalier, colonnes, entablement, corniche …le monument est complet. La finesse
des restaurations a été possible en particulier de la frise à rinceaux de
l’architrave, grâce à la finesse du
grain de pierre. Ici pas de marbre utilisé habituellement par les Romains, trop
difficile à acheminer jusqu’à Nîmes, mais la pierre des carrières du bois de
Lens près de La Calmette. Ce sont probablement des artisans locaux qui ont
sculpté selon des cartons apportés de Rome.
(Illustration
à la critique de Dissertation sur l'ancienne inscription de la
Maison-Carrée de Nismes publiée sur les Acta Eruditorum, 1760.)
Ce bâtiment est construit entre
10 avt JC et 4 apr JC. Agrippa (63-12 avt notre ère) est à l’origine de sa
construction. Général très proche d’Auguste quand celui-ci était encore Octave,
il épouse sa fille, et ils auront cinq enfants. Il est le conseiller et
l’auxiliaire de l’Empereur, aussi le patron de la ville de Nemausus (Nîmes) et
défenseur officiel des intérêts de la cité devant le Sénat de Rome. A sa mort
son fils ainé Caïus prend la relève. Les deux fils de la dédicace seront
adoptés par leur grand-père, Auguste. Agrippa avait aussi fait construire le
panthéon de Rome, dédié à toutes les divinités.
Le consulat de Caius et Lucius
date des années 2 et 3, date peut-être de l’achèvement de la Maison Carrée et
de la première ligne de la dédicace, les années 4 et 5 seraient les dates de la
deuxième ligne de la dédicace. A la mort de ces deux consuls, les Nîmois avec
l’accord de Rome décident de leur dédier ce temple qui à partir de là sera
dédié à toutes les générations d’empereurs romains au même titre que le
sanctuaire de la Fontaine.
A la mort d’Auguste le monument devient capitole,
centre de la vie politique.
Les Wisigoths après s’être emparé de la ville, auraient aménagé le bâtiment en deux appartements privés.
Au Moyen Age, le bâtiment redevient à la vie
municipale. C’est la Maison Consulaire, Capitole ou Cap-duel. L’édifice va
souffrir. L’historien Léon Ménard nous raconte : « D’abord
on divisa l’intérieur en plusieurs pièces, et même en
deux étages ; on y forma des voûtes,
on y construisit une cheminée, qui fut adossée contre le mur du levant, et un escalier à
vis contre celui du couchant. De plus, pour éclairer ces
nouveaux appartements, on y fit plusieurs fenêtres carrées.
Les consuls ajoutèrent dans la suite quelque chose à cet ordre. Ils firent
fermer le vestibule par une muraille, qui allait d’une colonne à
l’autre, alors, on ouvrit d’autres fenêtres et l’on fit une cave de la voûte souterraine du vestibule.
On abattit aussi le perron. »
La Maison
Carrée sera intégrée aux remparts en 1357. Devient pigeonnier d’un particulier
au 15ème siècle. Maison d’habitation, écurie, église. La duchesse
d’Uzès souhaite récupérer cette église, propriété des Augustins, pour en faire
un tombeau pour son époux Antoine de Crussol….
Les
Augustins l’avaient achetée en 1669. L’historien Emile Espérandieu nous
explique en 1922 : »une église de matériaux légers avec chœur, quatre
chapelles latérales, des tribunes auxquelles on accédait par deux escaliers
tournants… ». Un petit clocher avait été prévu.
Cette église
sera détruite à la Révolution, la Maison Carrée devient bien national
appartenant au département. Ce sera un lieu de réunion du Directoire, puis
préfecture entre 1800 et 1807.
Le 19ème siècle voit les monuments de Nîmes en travaux de restauration, en partie, arène, Maison carrée…. Sur ce bâtiment sur son flanc ouest un texte : « réparé par la munificence du roi et l’argent offert par les citoyens 1822 ». En 1824-1826 elle devient un lieu d’exposition d’objets antiques, de peinture. En 1840 elle est classée au titre des Monuments Historiques dès la première liste publiée à cette date.
(La Maison carrée avant sa restauration.)
En 1992 le monument reçoit une nouvelle toiture, reproduction fidèle de l’original antique : grandes tuiles plates et tuiles-canal moulées à la main.
1988, Nîmes
connait de tragiques inondations. Mais il est décidé de poursuivre la restauration
du monument. L’architecte Norman Foster est missionné pour s’en occuper. Il
doit aussi construire Carré d’Art, musée d’art contemporain en face de la
Maison Carrée et réaménagera la place attenante pour une meilleure harmonie
entre les deux édifices. Et dès 2006-2010 la campagne de restauration démarre.
On compte 44 000 heures de travail pour cette rénovation sous la houlette
des équipes de l’architecte des monuments historiques Thierry Algrin ! Seul son aspect
extérieur est intact.
(Plafond de la façade principale).
De février à
septembre 2023, une œuvre de 8 700 briques lego était visible à
Nîmes dans le hall de Carré d’Art!!!
La Maison Carrée LEGO©, créée de
toutes pièces des mains de Jérôme
Fesquet, artiste protéiforme (LGL Créations).
L’œuvre exceptionnelle, composée de plus de 8 700 pièces en LEGO© – dont certaines dénichées dans le monde entier telles que celles qui ont servies à édifier l’imposante porte verte du monument – a nécessité plus d’un an et près de 1 200 heures d’un travail titanesque, précis et minutieux (sans plan de montage) pour en arriver à son rendu final exceptionnel, une Maison Carrée miniature reproduite à l’échelle 1/48e pour un poids de 8,2 kg.
Elle a aussi trôné pendant quelques semaines à "La Table d'Arthur", le restaurant situé en face du temple romain. "Les gens ne se rendaient pas compte au départ que c'étaient des LEGO® confie Arthur Auday, le patron. Il y en a même qui font des photos pour faire des comparatifs avec l'original."
Une réplique
à l'échelle de 1/48e © Radio France - Sylvie Duchesne
Sources et
pour en savoir plus : La Gazette de Nîmes 14-20 septembre 2013p8 Journées
du Patrimoine---- Gérard Caillat Bulletin monumental 2005 « La première
restauration de la Maison Carrée 1670-1691----Emile Espérandieu « la
Maison Carrée à Nîmes » 1922 in édition Ville de Nîmes----
wikipedia.org---
vendredi 24 mai 2024
La crise viticole 1975-1976-- un épisode
Un épisode de la crise viticole de 1975-1976
Nous sommes dans la
période 1975-1976. Notre pays enregistre
une baisse de la consommation de vin de table. Nos viticulteurs doivent faire
face à une concurrence de plus en plus forte des vins étrangers. La situation
est désespérante, le gouvernement sourd comme un pot, la Communauté Européenne
et ses prétextes fallacieux, l’Italie butée, l’Allemagne parcimonieuse. L’avenir
du vignoble français, mais aussi de nos fruits et légumes était en jeu…
Le 29 décembre 1975 cinq
mille viticulteurs et professionnels bloquent le port de Sète, font barrage aux
pinardiers italiens et vident les cuves.
Emmanuel Maffre-Baugé
nous raconte cette période dans son livre « Vendanges Amères ».
L’exaspération et la
colère, toutes deux mauvaises conseillères, annoncent que la période de
non-violence prenait fin dès la dislocation de la manifestation de Sète.
Manifestants et CRS s’affrontent en véritables batailles rangées sur les quais,
autour de la gare. A Béziers les affrontements se succèdent. On assiste à une
escalade de la violence ; en haut lieu on n’a pas voulu entendre les revendications
des viticulteurs. Eternel recommencement…
Ce jour-là, l’auteur se
trouve au barrage de Mireval, avec de nombreux amis, le député Frêche et son
épouse. Tous les départements de l’Est Montpellier, les cantons entourant cette
ville étaient représentés. Cinq à six mille manifestants, quelque uns excités,
mais la plupart respectueux des consignes, à savoir constituer un barrage
humain sans commettre la moindre déprédation. Il s’agissait avant tout de
bloquer les importations.
Mais tout à coup, des
clameurs s’élèvent du côté de Sète. Une personne arrive pour chercher des
responsables capables de calmer la foule. « Venez vite, ils ont coincé un
CRS qui faisait une patrouille et je crains pour lui ».
Sur les lieux un homme
d’une trentaine d’années, assis sur sa moto, vêtu de son équipement de motard,
était entouré d’une trentaine de visages hostiles. Il expliqua qu’il venait de
guider un car de manifestants du Var en difficulté, vers une aire de repos en
attendant un réparateur. Sa mission accomplie, il rejoignait son unité à
Montpellier, accompagné d’un autre CRS. Ce dernier avait fait machine arrière,
mais lui totalement inconscient avait voulu traverser cette masse de
manifestants en pleine ébullition.
Des voix anonymes
s’élevaient, « Ordure, on va te l’arranger ta sale gueule, il faut le
boucler… » »à poil, il faut le garder comme otage… ». L’avant-gout
du lynchage défigurait les visages, une lâcheté anonyme qui poussait à dire et
à faire n’importe quoi.. La violence sous son aspect le plus hideux laissait
présager le pire. Le député et Maffre-Baugé se sentaient responsables de la
sécurité de ce garçon. Juché sur le toit d’une voiture, l’auteur essaie de
ramener à la raison les plus excités : « on n’est pas des gangsters,
on ne se bat pas avec de tels moyens, les viticulteurs ne sont pas des salauds…. ».
Frêche intervint dans le même sens.
Mais comment tirer cet
homme de cette situation. Un peu plus loin un petit cabanon-buvette. Il fallait
coûte que coûte l’entrainer là pour le mettre à l’abri. Il ne voulait pas
laisser sa moto, mais quelqu’un dit qu’il allait la ranger. La tension montait,
une bande d’irréductibles continuaient à menacer, tentaient d’entrainer la
masse des viticulteurs. Le CRS visiblement ne comprenait pas ce déchainement
contre lui. Frêche, l’auteur et des amis venus en renfort escortèrent le jeune
homme jusqu’au cabanon, le protégeant de leurs corps. Soudain une grande flamme
jaillie au-dessus de la foule, les plus excités venaient de mettre le feu à la
moto.
Les propriétaires du
cabanon se firent un peu tirer l’oreille pour ouvrir et mettre les hommes en
sureté pour un instant. Mais comment gérer la situation ? Le visage du CRS
était décomposé. Il ne cessait de dire « j’ai des balles dans mon
barillet, j’en liquiderai quelques-uns, la dernière sera pour moi. Ils ne m’auront
pas vivant… ».
Quelqu’un proposa de le
mettre en civil et s’enfuir à travers les vignes. Quelques vieux vêtements
trouvés là, mais il ressemblait plus à un épouvantail qu’à un homme. Il
pleurait à grosses larmes, comme un homme, avec simplicité, courage. Dehors la
foule grondait. La pression se sentait sur les parois en bois de la baraque. Des
meneurs faisaient lever la colère et encourageaient les autres.
Il fallait faire vite. Le
jeune homme repassa son uniforme et il fut décidé de sortir coûte que coûte.
Dehors, difficile d’évaluer le nombre de personnes. Frêche avait mis son
écharpe tricolore de député, son épouse avait avancé courageusement la voiture.
Il fallut parlementer pour fendre la foule. Maffe-Baugé prit le parti de
bloquer les provocateurs : »certains sont ici pour tout autre chose
que la défense viticole, ils salissent notre cause… ne les laissez pas faire…
nous ne sommes pas des gangsters pour prendre des gens en otage, ni des
assassins pour laisser lyncher un homme par quelques cinglés dangereux et
irresponsables…. ». A un des manifestants qui lui demandait qui il était,
Maffe-Baugé lui répondit : « si tu étais des nôtres tu saurais qui je
suis : dis-moi plutôt où sont tes vignes !!! »...Frêche prend la
parole, il possède un étonnant pouvoir de persuasion, il a de la présence et il
est écouté et même applaudi. Un semblant de calme grondant est revenu, il faut
faire vite. Le député se met au volant de la voiture, sa femme à côté.
Maffe-Baugé, un ami et le CRS montent à l’arrière. La voiture avance
prudemment, les camarades venus à l’aide se serrent autour du véhicule faisant
rempart de leurs corps. Ils ont compris qu’il s’agissait de l’honneur d’hommes
et de vignerons. La voiture avance toujours au milieu de cette masse de
manifestants. Peu à peu la pression disparaissait. On les regarde parfois avec
gêne, les groupes se faisaient plus clairsemés…. Dans le véhicule, personne ne
parlait.
Ils conduisirent le CRS
jusqu’aux grilles de la préfecture de Montpellier. Le député expliqua à son
commandant ce qui s’était passé. Le jeune homme dit simplement « je n’oublierai
pas….je n’oublierai pas… »
La violence avait failli
faire son ravage. La colère aveugle des hommes les fait retourner à des
réflexes ou instincts animaux. Elle les dessert ou trop souvent elle sert d’autres
causes que les leurs.
Ce sera un peu plus tard
le drame de Montredon : Emile Pouytès, 50 ans, un vigneron d’Arquettes-en-Var
et Joël le Goff 42 ans un commandant de CRS sont tués au cours d’une véritable
fusillade au pont de Montredon.
Emmanuel Maffre de Baugé, dit Emmanuel Maffre-Baugé
(Marseillan, 12 décembre 1921 – Bélarga, 22 juin 2007 (à 85 ans)), est un
vigneron et écrivain marseillanais, catholique fervent fortement engagé dans la
cause vigneronne et aux côtés du Parti communiste français. Il occupe un siège
de député au Parlement européen3 de 1979 à 1989 dans le Groupe Communiste et
apparentés, fait partie de la
Commission de l'agriculture (1re législature), la Commission de
l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation, puis de l'agriculture, de la
pêche et du développement rural (2e législature).
Politique et aussi
historien. Il est également le petit-fils du poète occitan Achille Maffre de
Baugé.
Sources et pour en
savoir plus : « Vendanges Amères » 1977- ISBN 2-245-00632-1--- www.midilibre.fr/2021/12/12/lheraultais-emmanuel-maffre-bauge-la-cause-viticole-lengagement-de-toute-une-vie-9987098.php- /www.geneastar.org/celebrite/maffrebaugee/emmanuel-maffre-bauge---
fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Maffre-Baugé--- www.midilibre.fr/2014/08/21/1976-un-affrontement-entre-crs-et-viticulteurs-fait-deux-morts,1040129.php---
france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/aude/narbonne/montredon-1976-affrontement-sanglant-toujours-memoires-audoises-940555.html




















