mercredi 1 avril 2026

Premier train Nîmes-Montpellier

 

 La gare au XIXe siècle (© coll.particulière)-Académie de Nîmes

Premier train, nouvelle ère,

Nous avons du mal à imaginer ce que le train a apporté à l’être humain, et ceci en peu  de temps. Modifications en profondeur des déplacements, emplois, modes de vie, découvertes, tourisme…

Le train d’abord pour le transport du charbon, matériaux essentiel pour le développement de l’industrie employant les machines à vapeur du 19ème siècle. Puis transport de voyageurs.

Dans le Gard et l’Hérault, des dates qui montrent un enthousiasme pour le progrès malgré les peurs qu’il engendre : 15 juillet 1839 la ligne entre Nîmes et Beaucaire, 1840 la ligne entre Nîmes et Alès pour le charbon. Aussi 1839 la ligne Montpellier-Sète. Petit à petit nous nous équipons.

Embarcadère de la première gare de Nîmes


La première gare de Nîmes appelée « embarcadère » est mise en service le 15 juillet 1839 par la Compagnie des Mines de la Grand’Combe et des Chemins de fer du Gard. Cette gare est construite à l’est de la ville, entre les chemins d’Uzès et d‘Avignon, dans le quartier Richelieu, aménagé dans la première moitié du XVIIIe siècle. On en voit encore quelques traces proches d’un rond-point.

C’est un tournant pour la ville et la région. Nîmes à la fin du 18ème siècle est une des grandes villes manufacturières de France. Elle exporte dans tout le bassin méditerranéen, jusqu’en Inde. Historiquement elle est un nœud commercial important au carrefour du Languedoc, de la Provence et de la vallée du Rhône. En 1851 Nîmes compte un peu plus de 53 600 habitants et Montpellier 45 800.

Le ministre des Travaux Publics par télégramme, autorise en date du 8 juillet 1939, la circulation du chemin de fer de Nîmes à Beaucaire. Aussitôt dit, aussitôt  fait, le 14 juillet est choisi pour la cérémonie de l’inauguration. Une foule de curieux s’était assemblée proche du bureau de l’octroi route d’Uzès. Une première expérience semi-officielle. Des employés de la Compagnie partis pour Beaucaire le matin, revinrent dans la même journée ! Rapidité, sécurité, malgré les prédictions de désastres que certains avaient répandus…Le 15 eut lieu la cérémonie officielle. Les autorités, les sommités judiciaires et administratives, tout ce qui comptait, embarquèrent dans un train de dix-huit voitures vers quatre heures du soir. Le trajet entre Nîmes et Beaucaire dura 36 minutes, le retour en 40 minutes ! Dès l’heure de midi, une foule avait envahi les rues et avenues voisines du chemin de fer et le retour du train se fit sous les applaudissements d’une cohue frénétique et enthousiaste.

Ce fut un succès. L’ouverture de la ligne coïncidait avec la foire de Beaucaire et quotidiennement les trains transportaient plus de 10 000 personnes, nous disent les gazettes !!. Quelques voyageurs le jour de l’inauguration seront légèrement blessés sans gravité par des escarbilles, mais les alarmistes en profitèrent pour déclarer que la mort certaine attendait ceux qui montaient dans les trains.

Le confort était rudimentaire : les voitures de troisième classe étaient couvertes, fermées à l’avant et à l’arrière mais ouvertes sur les côtés. Des bancs en bois servaient de siège. Celles de deuxième et première classe étaient couvertes et fermées sur les côtés par des glaces et des stores. Les banquettes de ces dernières étaient rembourrées.



Un problème, l’exactitude des horaires. Habitués au service des diligences aux horaires parfois fantaisistes, les voyageurs avaient du mal à être « à l’heure » lors de lors déplacements. Il faudra que la Compagnie prie les usagers de régler leurs montres sur la pendule régulateur établie chez l’horloger de la compagnie place de l’Hôtel de Ville. ( Jacquemard de Nîmes).

Des stations intermédiaires sur la ligne Nîmes-Beaucaire vont s’implanter, Courbessac, Marguerites, Manduel, Redessan, Bellegarde… Le train entre dans le quotidien des habitants.


On ne va pas en rester là. Il nous faut faire la jonction entre la ligne Montpellier-Sète (1839) et les réseaux rhodaniens et languedociens. Donc une ligne Nîmes-Montpellier s’implose. Il faudra aussi de nouvelles gares. Montpellier se dote en son centre de la gare Saint-Roch en 1843-1844, sur la ligne Tarascon-Sète.


Gare Saint-Roch de Montpellier—les colonnades ce qui reste de l’ancienne gare

Un premier essai le 30 avril 1844 entre Nîmes et Montpellier sur une seule locomotive anglaise avec à son bord les ingénieurs Charles Didon et Paulin Talabot. Un parcours d’une heure vingt-huit minutes. Le 3 mai second essai : le parcours s’effectua trois fois dans la journée avec succès au milieu des acclamations et applaudissements des habitants des communes traversées.

Mais le Parlement ne s’était pas encore prononcé sur le mode d’exploitation pour une ligne construite aux frais de l’Etat. A cette époque la SNCF n’existait pas et de nombreuses compagnies se partageaient les réseaux. Ce retard n’était pas du goût de la Chambre de Commerce de Nîmes qui demanda à plusieurs reprises un service provisoire en attendant la décision du Parlement.

Le 16 juillet 1944 les Chambres du Parlement par une loi décidèrent que cette voie de communication serait donnée en adjudication publique le 18 septembre. Cinq concurrents se présentèrent. Chacun pour soumissionner devait déposer une caution de 500 000 frs. Une société s’était formée, celle de MM Emile Delacorbière, président de la Chambre du Commerce du Gard, Félix de Surville, banquier, et Agénor Molines banquier, au capital de deux millions de francs divisés en quatre mille actions de 500 frs. C’est cette société qui fut déclarée  adjudicataire, pour le grand plaisir des Nîmois, qui « ne tenaient pas à ce que des étrangers puissent s'emparer de la ligne et on savait que Montpellier et Lyon présentaient des concurrents très sérieux. La rivalité était surexcitée au plus haut point surtout entre Nîmes et Montpellier, d'autant plus que dans la salle cette dernière ville était représentée par trois ou quatre cents personnes ».

La vieille querelle s’était réveillée entre Nîmes la romaine et Montpellier la jeunette née au 9/10ème siècle. Chauvinisme mais aussi le 19ème siècle voyait des chevaliers d’industrie miser des fortunes sur des innovations qui devaient leur rapporter dix fois plus, fortunes parfois éphémères. Les enjeux commerciaux étaient importants pour les deux villes. Les banquiers et négociants nîmois commençaient à s’intéresser aux grandes affaires industrielles. A la veille de la révolution de février 1848, on comptait à Nîmes une vingtaine de banquiers de quelques importance, avec une fortune évaluée d’après les impôts nettement supérieure à celle des négociants. (+60%).

Une autre société nîmoise figurait parmi les évincées, celle de MM Mourier fils cadet, Emile Bonnaud et Maxime Baragnon. L’adjudication s’était déroulée à la préfecture sous la présidence du préfet de l’Hérault M Roulleau-Dugage et du ministre M Teste. Une foule assistait à la réunion, débordant sur la terrasse.

L’ouverture commerciale de la ligne ne se fera qu’au commencement de l’année suivante malgré une ordonnance royale du 1er novembre approuvant l’adjudication. Mais les corps constitués des deux villes en profitèrent pour se rencontrer et faire
échanges de politesses. Ainsi le 17 novembre le conseil municipal de Montpellier invita celui de Nîmes à un grand banquet au Peyrou, « les représentants les plus intimés des deux villes auxquelles aboutit le magnifique chemin de fer dd au vote intelligent des pouvoirs de l'Etat, et au talent éprouvé des habiles ingénieurs des Ponts et chaussées. »

 Le 1er décembre c’est au tour du conseil municipal de Nîmes d’inviter celui de Montpellier à  un grand banquet dans le foyer du théâtre, à l‘époque situé à l’emplacement du Carré d’Art. On va faire les choses en grand, et même en très grand !!A cette occasion une grande fête est organisée aux Arènes pour toute la population de Nîmes. Partis à 10 h, les invités arrivèrent par la nouvelle voie, sous les vivats des habitants de la campagne. Arrivés à Nîmes à 11h et demie, au milieu d’une foule venue de tout le département.

Après une longue visite à la bibliothèque, et après y avoir admiré les divers produits des manufactures nîmoises, et une longue visite des monuments nîmois, les deux conseils se rendirent aux arènes pour assister à une ferrade.

Une vaste loge les y attendait, pavoisée de pavillons tricolores et de bannières flottantes aux chiffres MN, et aux armoiries des deux villes.

Vingt-cinq mille spectateurs se pressaient dans les arènes. Pas une place de libre.

Après le banquet, le  cortège se rendit au théâtre pour assister à la représentation de « la Reine de Chypre ». Une loge les y attendait.

Les invités seront logés à l’hôtel du Luxembourg et le lendemain matin ils assisteront à une grande revue sur l’Esplanade. Déjeuner dans une des salles de l’Hôtel de ville.

La visite se fera fort heureusement tout au long par un temps splendide.

Le premier trajet commercial eut lieu le 11 janvier 1845. Ce jour-là, deux trains partirent à 8 h du matin de chaque ville et se croisèrent à Lunel. La voie sera électrifiée en 1948. En 1852 avec la construction du viaduc de Beaucaire, Nîmes se trouve reliée par le réseau ferré à Marseille. La création en 1857 du PLM unifie le réseau.

Le tracé n’a pratiquement pas changé. Sauf le contournement ferroviaire de Nîmes-Montpellier qui relie depuis 2017 es gares TGV des deux villes. Ce serait la ligne la plus fréquentée d’Occitanie avec environ 180 à 200 trains circulant chaque jour !!

 



Sources : www.nemausis.com-- Gazettede Nîmes n)1316 aour2024jean Paul Pignède  président du musée du chemin de fer de Nîmes—wikipédia.org--

 

 

 

 

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