Quand les « jacquemarts »
nous apprennent l’exactitude-- fay pas loujacomar ou histoire d’horloge
Le train tout au long du 19ème siècle modifie en profondeur notre façon de nous déplacer. Lorsque nous voyagions en diligence, nous avions le temps de nous rafraichir, manger et nous désaltérer à l’auberge de l’étape en même temps que les chevaux. Le cocher ne repartait pas sans nous. En 1840 nous avions encore en France autour de 20 000 diligences sans compter la malle-poste, les omnibus à chevaux. Avec le train, il nous faudra apprendre à respecter les horaires sous peine de collisions de trains.
Les horloges monumentales
des villes et surtout des gares vont nous aider, parfois associées à un
Jacquemart. Ces automates nous accompagnent depuis au moins les 14/15èmes siècles, sonnant les heures, les
offices religieux. . Les jacquemarts représentent un personnage, un animal en
bois ou en métal frappant les heures sur une cloche.
Les premiers apparaissent
en Italie à Orvietto en 1351. Ils fonctionnent grâce à des poids ou engrenages.
Souvent le marteau s’arrête avant de toucher la cloche pour limiter l’usure des
surfaces. C’est un marteau situé à l’intérieur qui frappe la cloche.
Plus tard ils décorent aussi des magasins, ou des hôtels de ville comme
à Avignon. Ils amusent le passant tout en rendant service. Ils sont souvent une
figure autoritaire. Une quarantaine encore en France. Les
jacquemarts vont petit à petit se perfectionner (sonneries automatiques,
fonctions astronomiques, carillons). Des figures très aimées des
habitants.
Celui de Dijon est venu de Belgique en 1382, volé à la ville de Courtrai par le duc de Bourgogne qui avait mis la ville à sac. On maria le Jacquemart en 1651 à Jacqueline, autre automate, puis un enfant va « naitre » de cette union en 1714, Jacquelinet, et une fille Jacquelinette en 1884 !!
Portrait de la famille Jacquemart vue du ciel © Stéphane Compoint--Jacquemarts Dijon--
Celui de Tiers représente l’artisanat de la ville, un automate sonnant les heures en forgeant une lame de couteau avec un marteau.
Le Jacquemart de Nîmes
installé en 1830 servait d’enseigne publicitaire à la boutique de MM berger,
oncle et neveu, située au 6 de la place de la Mairie. Parfois appelé « le
mandarin » à cause de ses moustaches ( ?), notre Jacquemart représente un
personnage en costume turc. Les Berger étaient Horlogers Officiels de la
Compagnie des Chemins de Fer.
Le journal « Le Courrier du Gard » du 17 juillet 1839 recommande aux voyageurs « de régler leurs montres sur la seule pendule régulateur dans le maga sin des MM Berger». Cela ne doit pas suffire car quelques jours plus tard, le journal indique que les portes des trains seront fermées cinq minutes avant le départ car les retards systématiques des voyageurs provoquent des « désordres indescriptibles, des risques de chutes, de perte de bagages… ». Le Jacquemart donnait les heures précises des gares de Nîmes et de Beaucaire mais c’était aussi l’horloge de référence pour tous les Nîmois, qui si l’on en croit la presse locale, « ne doivent pas trop se fier aux horloges de la ville ».
www..nemausensis.com--CARTES POSTALES ET PHOTOS ANCIENNES DE NIMES
Le transport de voyageurs
par rail s’impose difficilement. Jugé peu pratique car il ne desservait pas
tous les villages, angoissant car peut-être apportant des maladies. Il bouscule
les habitudes. Et surtout il est vu d’un très mauvais œil par les corps de
métier qui vivaient du transport en diligence, comme les auberges, maréchal-ferrant,
charron, sellerie…. Et même les paysans qui fournissaient les auberges en
victuailles. Et puis chaque diligence apportait des nouvelles, du mouvement
dans les villages.
A Vallabrix nos élus votent en mai 1867 une motion enthousiaste pour la création d’une gare à La Capelle, village très proche du notre : « si nos villages ne sont point prospères, la faute au manque de débouchés pour nos produits ». Nos élus visaient essentiellement le transport de marchandises, nos blés, nos sables et phosphates, nos vins. Mais les Vallabrixois sont inquiets. A Nîmes une rumeur parle d’omnibus qui concurrenceraient les taxis hippomobiles de la ville (en fait ils arriveront vraiment en 1878-79).
Jacquemart de Besançon
Nos aubergistes renâclent : ils décident de ne
plus servir les membres du conseil municipal ainsi que leurs familles. Comme
certains faisaient aussi épicerie- tabac-dépôt de pain, c’était la révolution
dans le village. Familles contre familles, cousins contre cousins !! A l’époque
Vallabrix compte un peu moins de 400 habitants et 7 ou 9 cafés-auberges, donc
tout le monde est concerné. Une bagarre sera même portée à la réflexion du juge
de paix d’Uzès, des bancs, des bouteilles cassés, un tombereau de fumier sera
déversé devant le portail d’un élu.
Les projets de gare chez notre voisine ainsi que le tracé d’une voie qui desservirait nos petits villages ont fait long feu. Heureusement ? La nouveauté a toujours du mal à être comprise !
En ce qui concerne notre
horloge-Jacquemart de Nîmes, en juillet 1903, à Nîmes les propriétaires de l’immeuble
du n°6, MM Coste et Pantel signent un bail de location de l’horloge avec la
ville qui se charge de son entretien et fonctionnement. Prix de la location
pour la ville de Nîmes, 100 F par an. Ce qui est peu étant donné que chaque
jour, l’horloger municipal passe dans la pièce où se trouve le mécanisme.
Une restauration de l’immeuble en 1994 oblige à déposer l’automate. En très mauvais état, une copie est réalisée par les Etablissements Poitevin de St Privas Des Vieux spécialisés dans l’horlogerie monumentale. Le Jacquemart d’origine rejoint le Musée du Vieux Nîmes. Inscrit à l’inventaire du patrimoine, il devrait être cédé par le propriétaire de l’immeuble à la ville.
Coq automate des
trois rois, cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, 1354--Il
s'agit du plus ancien jacquemart conservé.
Photographie
de Ji-Elle, Wikimedia Commons
Sources : Georges
Mathon--Le diseur d’heures R-P Delchevallerie, édition Jacquemart 2006--La
Grande Aventure des Chemins de Fer Alain Frerejean- Flammarion - Internet
Nemausensis.com/ Nîmes/XXèsiècle Georges Mathon – Gazette de Nîmes 25 décembre
2015 n°812-813 dossier Daphné Artho mas – archives municipales de Vallabrix–P
Faustin Gouffet Vallabrix mon village natal p56- photo G Mathon – carte postale
in MidiLibre 14-1-2014 J Roux et M Coumes d’après conférence de J M Rosenstein+
midilibre Uzès « Le Gard en diligence » - wikipedia.org
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