vendredi 4 juin 2021

Napoléon Chaix et les trains de plaisir


Napoléon Chaix et les trains de plaisir
Naissance du "Tourisme" ?


Dès juin, les touristes vont réinvestir notre Languedoc. Ils viennent chercher chez nous, détente, sport, distractions, un peu de culture. Nous sommes maintenant loin des Grands Tours de nos jeunes aristocrates ou bourgeois du 17ème-18ème siècle qui parcouraient l’Europe en quête de connaissances, de découvertes. Parfois nos touristes oublient que s’ils font la fête jusqu’à la fin de la nuit, nous autres, nous devons nous lever tôt le matin pour travailler. Mais nous les aimons bien malgré tout.

Le mot « tourisme » apparaît dans notre pays en 1813. Il nous revient d’Angleterre d'où il était parti pour nommer « promenade circulaire ». Ce mot va rapidement remplacer le mot « voyage », en signifiant plutôt voyage d’agrément, pour le plaisir. Stendhal l’emploie ainsi en 1837 dans ses « Mémoires d’un touriste ».
Il va de paire avec la naissance du chemin de fer.


Le 21 août 1837 la reine Marie-Amélie inaugure la première ligne de Paris au Pecq, le rail n’allait pas encore jusqu’au château de Saint-Germain. La plupart des hommes d’affaires, des banquiers croient en l’avenir du chemin de fer, pour le transport des marchandises mais aussi des voyageurs. Tous ne partagent pas cette opinion comme Adolphe Tiers qui dit : « il faut donner le chemin de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera un voyageur ou un bagage… ». D’autres s’interrogent, Théophile Gautier, Musset… Le déraillement du 8 mai 1842, ses 55 morts et ses plus de 100 blessés, les brûlés vifs dans des wagons fermés de l’extérieur, le spectacle atroce, tout cela inquiète. Lamartine, notre grand poète, affiche un certain fatalisme : « …la civilisation est un champ de bataille où beaucoup succombent pour la conquête et l’avancement de tous. Plaignons-les, plaignons-nous et marchons !! ». Tous sentent bien que nous sommes à un tournant de la civilisation avec le développement du chemin de fer.
En 1839, une ligne Paris-Versailles, puis jusqu’à Chartres. Notre pays se couvre rapidement de voies ferrées, d’abord pour le transport de marchandises, puis de voyageurs. Paris-Chartres en 45 mn au lieu  de deux heures auparavant. Au château de Versailles les Grandes Eaux fonctionnent à nouveau, un musée des Gloires de la France s’installe au château-même. Les foules parisiennes se précipitent vers la cité royale à laquelle le roi Louis-Philippe veut redonner un certain lustre et surtout rappeler qu’il est légitime. Le fameux 8 mai 1842, 750 personnes sur le train de retour !!
 Daumier-wikipedia.org- Les trains de Plaisir--
Nos hommes d’affaires ont l’idée des « trains de plaisir » qui étaient un convoi spécial à tarif réduit à destination de stations balnéaires, de centres touristiques ou pour des événements particuliers, courses, fêtes, expositions…. Des tarifs très promotionnels, de 40 à 70 % du prix normal. Ces trains étaient surtout destinés à une clientèle aisée car ouverts seulement en première et seconde classe. Il faudra attendre 1880 pour la création d’une troisième classe. A partir de 1860 on peut même s’arrêter dans les principales gares d’un itinéraire prévu : ce sont les billets circulaires. Des affiches de paysages, de monuments, des stations balnéaires ornent les gares ; c’est tout un art qui se développe. La pub attractive est née qui va s'intéresser à tout ce qui se vend, gâteaux, pâtes, cirage.... 
Plus tard le rail rejoint les bords de mer, Dieppe, Rouen. Le 19ème siècle prépare les "congés payés" et le tourisme du 20ème.




Déjà en Angleterre ces trains spéciaux circulaient depuis 1844. La ligne Paris-Le Havre sera mis en service le 13 juin 1847, départ le samedi soir et retour le lundi matin et deux nuits en train pour 10 Frs aller-retour. Le voyage durait 6 heures.
Ils vont circuler jusqu’en 1930 environ. Paris-Boulogne, Dunkerque, Caen, Bayeux… et inversement pour les provinciaux qui visitent Paris. La popularité des trains de plaisir a inspiré de nombreux artistes, Rossini, Strauss, Bollini, des films, des romans, et surtout des affiches, des estampes qui sont arrivées jusqu’à nous.

La compagnie des chemins de fer de l’Ouest s’associe avec des entrepreneurs de voyages et propose pendant la belle saison des trains de plaisir pour Rambouillet. Le parc de cette cité largement ouvert aux promeneurs se dote d’attractions, de boutiques foraines. Un restaurant s’installe dans le château. La forêt apporte grand air, sport…. Le Second Empire reprend le château, et les Parisiens durent se contenter de la forêt. Aspiration au voyage qui devait être pour le corps médical une distraction… le train n’a pas inventé le voyage touristique mais lui a donné un nouvel élan.

Il ne suffit pas de transporter les gens, il faut aussi les renseigner sur les contrées qu’ils traversent. Le guide touristique est devenu une nécessité avec le développement du chemin de fer et du voyage touristique. Les éditeurs privés s’emparent du marché ; à chaque ouverture de ligne, des guides parfois volumineux prolifèrent, dus à des notables, des érudits locaux ou des journalistes désireux de célébrer leur province. On redécouvre un intérêt historique à des monuments, à des villes.

Un des premiers est imaginé par Napoléon Chaix, imprimeur-éditeur parisien. Il est né en 1807 à  Châteauroux dans l’Indre. Son père est prote chez l’imprimerie Bayvet de cette ville, c’est à dire chef d’atelier d’imprimerie, le représentant du patron. Napoléon Chaix y fait son apprentissage. Un temps ouvrier imprimeur à Bourges, puis il revient chez Bayvet reprendre la place de son père qui vient de mourir. Enfin il part à Paris travailler chez Paul Dupont. Une grosse imprimerie, 2000 ouvriers, 5 presses à vapeur et 20 presses à bras. On y imprime surtout des feuilles de comptabilité. Chaix y est particulièrement apprécié, consacrant « une partie de ses veilles » au travail. « Les hommes d’un pareil dévouement sont rares » dit de lui son employeur. Mais Napoléon Chaix a d’autres ambitions.



Après un premier refus du préfet en 1836, il redemande un brevet d’imprimeur en lettres en 1845 pour Paris. Il est recommandé par son patron et par le directeur des chemins de fer d’Orléans qui soutient financièrement son projet : imprimerie des documents, publications (comptabilité, exploitation) des chemins de fer. Pour se retrouver dans les horaires et l’imbrication des différentes compagnies, il crée d’abord « l’Indicateur des chemins de fer, seul journal officiel paraissant tous les dimanches, contenant les heures de départ et d’arrivée des trains, le prix des places, le tarif des bagages….de tous les chemins de de fer ainsi que leurs correspondances par diligence et bateau vapeur, publié par Napoléon Chaix avec le concours et sous le contrôle direct des administrations de chemins de fer… ». C’était un coup de maître !! Avec l’aide directe des dirigeants des chemins de fer, sa publication hebdomadaire prenait un caractère officiel. Le Livret Chaix, "guide officiel des voyageurs sur tous les chemins de fer français et les principaux chemins de fer étrangers", pour lequel il obtient en 1847 l'autorisation d'une vente dans les gares. L’indicateur se présente sous la forme d’un petit livret vert de format in-4°. Il est très vite apprécié par une abondante clientèle.

Vont suivre L'Indicateur (1849), Le Recueil général des tarifs (1858), les cartes des réseaux de toute l'Europe, des guides-itinéraires et publications diverses (Livret des environs de Paris, Livret des rues de Paris, Manuel de l'expéditeur...) L'Indicateur (1849), Le Recueil général des tarifs (1858), les cartes des réseaux de toute l'Europe, des guides-itinéraires et publications diverses (Livret des environs de Paris, Livret des rues de Paris, Manuel de l'expéditeur...). 
Les affiches évoluent, indiquent toujours les horaires mais sont moins administratives, plus décorées, en couleurs, « communicantes » comme on dit aujourd’hui. Il imprime des grands auteurs publicistes.

 Plan de Paris(1907)
 Sur cette lancée, Chaix décide de publier « une  Bibliothèque du voyageur » pour les principales destinations touristiques, c’est-à-dire des guides destinés « à instruire et distraire… avec le véritable caractère d’un guide, d’un ami du lecteur, digne de ses sympathie… ». Napoléon Chaix signe tous ces guides touristiques, mais probablement se fait-il aider par des écrivains qui n’ont pas laissé leurs noms. Chaque livret déborde d’enthousiasme, de poésie pour le paysage, l’histoire des villages traversés et leurs monuments. Le voyageur est prêt pour la Grande Aventure. « Vous verrez fonctionner sous vos yeux et dans quelle harmonie toutes les parties de ce grand mécanisme intellectuel qu’est l’administration générale d’un chemin de fer…  Mais le signal du départ est donné. Prenons place et laissons la population parisienne s’agiter dans sa métropole comme un essaim d’abeilles dans une ruche immense.. ». On attire l’attention du voyageur sur les « coquettes villas les jardins fleuris, les riches 
prairies plus agréable à contempler que les quais poudreux et bruyants de la capitale.. ». A Orléans, il devient lyrique pour parler de Jeanne d’Arc et de la délivrance de la ville. Lyrisme qui fait oublier sa description excellente des édifices de la ville. Et de conseiller la visite de la ville pendant les 20mn d’arrêt, la cathédrale, les églises, les édifices civils, le grand pont sur la Loire….
Les guides renseignent aussi sur les ressources hôtelières, les commerces etc. Ils deviennent plus pratiques, moins volumineux, dispensent des conseils. Ils activent un tourisme hôtelier, balnéaire, thermal.
 Si on oublie le style déclamatoire des guides Chaix, ils sont des petits bijoux pour les historiens auxquels ils fournissent des notations, des détails précieux sur les villes et villages du milieu du 19ème siècle qui vont se transformer pour beaucoup sous le Second Empire et le 20ème siècle. Des détails qui vont disparaître au fil du temps.

Pour le prolongement de la ligne de Paris jusqu’à Saint-Nazaire, Chaix écrit : « ainsi la locomotive ira saluer de ses sifflements aigus l’immense Océan et ces deux puissances désormais réunies porteront au bout du monde avec les trésors de notre industrie les bienfaits de notre civilisation !! ».



 gallica.bnf.fr Chemins de fer de l'Ouest. Normandie. Bretagne : [affiche] / Paul Berthon -- 1900

La concurrence est rude, comme avec Louis Hachette, une querelle qui va durer dix ans.
Napoléon Chaix tout en continuant d’être éditeur, est avant tout un imprimeur typographique. En 1865 à sa mort, il est à la tête d’une entreprise qui compte 400 ouvriers, l’une des plus grosses en France, qui s’est développée dans différents secteurs. Elle imprime des livres et périodiques, les déclarations d’intention et bulletins de vote des années 1848-50. En lithographie des plans, des cartes pour illustrer ses guides, des affiches…..

(Alice Russelle Glenny -wikipedia.org)
L’imprimerie Chaix édite "Les Maîtres de l’Affiche" une publication mensuelle de reproduction des plus belles affiches illustrées de grands artistes français ou étrangers, J Chéret, Toulouse-Lautrec, Lucien Lefèvre, Choubrac, Georges Meunier….
Napoléon Chaix est condamné à plusieurs reprises pour non déclaration ou non dépôt d’impression, mais son importance commerciale et surtout sa modération politique en ces périodes compliquées, l’aident à passer au travers d’une quelconque censure.  Il a de bonnes relations avec l’administration de la Librairie qui lui permettent d’obtenir l’autorisation de s’agrandir en juillet 1858 malgré l’avis contraire du préfet de police, pour imprimer le Cours Général de la Bourse. Il obtient le brevet d’imprimeur en taille-douce en février 1860.



Son fils Alban prendra les rênes de l’entreprise à sa mort. En 1881 l’imprimerie centrale des Chemins de Fer prendra le nom d’imprimerie Chaix, au 126 rue des Rosiers à Saint-Ouen avec seulement 100 ouvriers.

 






  















Sources : . Alain Frerejean, La grande aventure des chemins de fer, Flammarion, 2008, 502 p. (ISBN 978 2 0812 0436 2), p. 220 à 222 – Jacques Levron  Napoléon Chaix le Père des Guides de Tourisme  Historia mars 1982n°424--- François Caron Histoire des Chemins de Fer en France édit Fayard 1997 ISBN2-213-0253-8---










lundi 24 mai 2021

Les Vallabrixois dans la tourmente révolutionnaire

Les Vallabrixois dans la tourmente révolutionnaire

 













La Révolution va bouleverser les habitudes religieuses de nos campagnes. Nos élus essaient de gérer au mieux la période de la Terreur et la déchristianisation qui s’opère dans un vent de radicalisation et d’intégrisme,  alors que nos campagnes restent très attachées aux pratiques religieuses qui ont rythmé la vie de tous les jours depuis des siècles.

L’église de Vallabrix est transformée en Temple de la Raison comme un peu près partout, un prêtre (Jean Paul Marie Reboul) assermenté y dit la messe. « ….Déclarons que la Raison et la Vérité sont les seules idoles que nous vouloir adorer et que nous ne voulons reconnaître d’autres cultes que celui qui leur est dû…et faisons don à la Patrie de tous les ustensiles et argenteries de notre église…. ». La cloche aussi partira.

Le Conseil Municipal va demander au curé en titre l’autorisation pour un prêtre réfractaire de dire la messe certains jours, permission accordée. Cependant le desservant ne veut pas loger l’instituteur au presbytère devenue maison commune ! ! Et on répare les croix de chemin. Il est vrai qu’elles avaient un rôle religieux mais aussi pratique : elles annonçaient et délimitaient les entrées du village, des quartiers, les voyageurs ne savaient pas forcement lire les bornes en bois ou en pierre.

 Le prieuré sera vendu (An IV-1796) comme Biens nationaux : Mathieu Capion de Nîmes achète la maison claustrale et le jardin pour 2016 livres, Pierre Roche de la Bastide d’Engras acquiert les terres du prieuré en 1791 pour 130700livres (4 salmées 33 eminées 26 vertizons – archi dép de l’Hérault). En 1792 des catholiques d’Uzès viennent se réfugier dans notre village et dans la commune de St Hyppolyte. Signe qu’un calme relatif régnait chez nous !

Deux frères capucins vallabrixois prêtent serment républicain à Vallabrix : André Gay ex frère Barnabé de Valabris, et Hilaire Guiraud ex frère Etienne de Valabris ; leurs familles nous  suivront jusqu’au 20ème siècle.

 Les Gay sont arrivés sur notre village dès 1601, puis autres traces en 1667 avec Charles (1646-1721) qui se marie avec la fille du viguier de Vallabrix Marie Boucarut. Il arrive de Cabrières près de Nîmes. Un de leurs enfants Jean (1668-1749)(époux de Jeanne Fabre) sera le propriétaire du moulin à huile du compoix de 1727-28. Un frère de Jean, André,  sera consul du village en 1682. Au moins 11 enfants pour Jean et Jeanne dont André né en novembre 1711, frère Barnabé de Valabris. Du côté maternel, les Fabre maîtres de postes et bourgeois à Valliguières. La dot de Jeanne Fabre a-t-elle servie à acheter le moulin à huile ?

Barnabé-André prête serment de liberté-égalité le 15 septembre 1792 et devrait toucher une pension de 500 livres/an. Il semble que sa pension ne lui sera versée que le 1er vendémiaire an IV (liste des pensionnaires). Il refait soumission aux lois exigée par le décret consulaire du 7 nivose An VIII(1800) Le 13 brumaire an IX(1801) il se fait délivrer un certificat de non-émigration par la municipalité de Saint Laurent la Vernarède (canton de Cavillargues) et dit n’avoir rien touché de son traitement depuis l’an II. Un jugement du tribunal de Première Instance d’Uzès se prononce à la demande de Jean Gay sur l’absence d’André Gay père et d’André Gay fils—jugement le 15/1/1807. Jean Gay frère ou neveu ? Il est probable qu’André-père est décédé à cette date étant donné son âge. A ce jour nous n’avons pas trouvé traces d’André-fils.

 Le second capucin vallabrixois qui prête serment républicain est Hilaire Guiraud, frère Etienne de Valabris. Il est né le 1er mai 1743, profès en décembre 1760, et vivant dans une communauté religieuse de Beaucaire. Il revient à Vallabrix et est en février 1801 le préfet l’autorise à prendre le poste de greffier (secrétaire de mairie) de Vallabrix. Nous perdons sa trace après cette date. Nous avions déjà un Guiraud notable consulaire en 1681.

 L’exercice de la religion était réglementé : les prêtres assermentés recevaient théoriquement douze cents livres dans les paroisses de moins de mille habitants, un peu plus dans les autres. Les évêques assermentés aussi recevaient un salaire, douze mille livres/an, ce qui était peu par rapport à leurs revenus antérieurs.(de 5 à 6 fois moins selon les cas). Tous devaient évidement afficher un zèle révolutionnaire sous peine de suspension. Les non-assermentés n’étaient pas payé et devaient quitter leur paroisse, se cacher, exercer leur ministère clandestinement ou partir à l’étranger.

Un des serments des prêtres ou évêques assermentés 1790 « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse (ou diocèse) qui m’est confiée, et d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le Roi. »

Pas moins de 12 serments différents selon le moment : en 1793 : »Je jure d’être fidèle à la Nation de maintenir de tout mon pouvoir la Liberté, l’Egalité ou de mourir à mon poste ».

 Notre prieur Jacques Montagnon refuse de prêter serment et prend la fuite. Il sera tué en juillet 1792 dans la commune des Vans avec d’autres religieux.

 Nos élus pourtant républicains de « la Montagne » donc pro-robespierre sont jugés « manquant d’énergie et de lumière ». Ils seront limogés par les responsables parisiens dont le funeste sieur Borie. Certains seront emprisonnés pour des motifs futiles et seront sauvés par la mort de Robespierre (1794).

 A Vallabrix le 12 février 1804 (22 pluviose an XII) les élus se posent la question des réparations de l’église et du remplacement des objets disparus : le pavé, blanchiment des murs, un missel, chasubles, devants d’autel, bénitier et son goupillon, purificatoires, linge…. Le texte ci-après en fait l’énumération. Mais nous n’avons pas le financement.

Il faudra attendre 1813 pour que le préfet intime l’ordre de réparer l’église et 1822 pour qu’une somme de 100 frs soit votée au conseil de Fabrique pour l’achat d’un ostensoir, d’un catafalque…. Le manque de religieux après la Révolution va obliger à se partager les desservants entre plusieurs communes et pousser l’enseignement vers une laïcisation. Mais là il faudra du temps, des enseignants formés, des bâtiments, une évolution des mentalités….


Sources et pour en savoir plus : Bulletin du Comité Chrétien p68 Gallica – archives municipales de Vallabrix –archives départementales du Gard—Couradou nov-déc 2012 1 et 2 – Couradou décembre 2015 médiathèque ou site Vallabrix-- 

vendredi 14 mai 2021

Les Saints de Glace (relire)

 Les Saints Cavaliers ou les Saints de Glace -


Il faut remonter jusqu'en 500 ans après notre ère pour retrouver les premières traces de ces croyances liées aux saints de glace. À cette époque, les gens priaient saint Mamert pour qu'il protège les cultures et les plantations. N'obtenant pas toujours gain de cause, ils constatèrent que le temps se dégradait, cette baisse des températures intervenant toujours à la même période et pouvant aller jusqu'au gel. Initialement, ce furent saint Mamert (archevêque de Vienne), saint Pancracesaint Servais et saint Urbain les premiers saints de glaceLe 11 mai, saint Mamert introduisait les trois jours des Rogations qui précédaient immédiatement le jeudi de l'Ascension. Lors de ces fêtes religieuses, les paysans se retrouvaient et récitaient, au cours de processions paroissiales, des prières pour protéger les cultures et les plantations et mettre fin aux calamités naturelles. Pour les paysans, le patronage des saints qui avaient la réputation d'apporter le froid et la gelée, signait l'ultime sursaut de l'hiver.
Si le nom des saints de glace a changé, les dates quant à elles restent fidèles aux origines. Il s'agit des 11, 12 et 13 mai. Une quatrième date, le 25 maiest souvent évoquée et correspond au vieil adage : Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de glace, mais saint Urbain les tient tous dans sa main. 

(Saint Mamet 1878- Littel pictoral Lives of the Saints BenzigerBrothers wikipedia)

Ces saints ont chacun non seulement leur date mais également leur dicton. Le 11 mai, Attention, le premier saint de glace, souvent tu en gardes la trace. Le 12 mai, Saint Pancrace souvent apporte la glace, et le 13 mai, Avant saint Servais point d'été, après saint Servais plus de gelée. Le 25 mai, qui n'est pas un saint de glace mais qui y est rattaché, indique : Mamert, Pancrace et Servais sont des saints de glace, mais saint Urbain les tient tous les trois dans sa main.
Le bon saint Boniface, entre en brisant la glace. (Dicton populaire). Dans certaines régions se rajoutent d'autres saints de glace, comme saint Boniface, célébré le 14 mai en Lorraine, Alsace ou encore en Ligurie (Italie du Nord), saint Yves, le 19 mai et Saint Bernardin, le 20 mai.
Mais vous aurez beau scruter votre calendrier, vous ne dénicherez aucun saint Mamert, Pancrace, Servais ou Urbain... Et c'est normal. En 1960, l'Église catholique a décidé de "remplacer" les saints associés aux inquiétudes agricoles par d'autres saints et saintes qui n'auraient aucun lien avec ces croyances populaires, réminiscences de paganisme ancestral. Voilà pourquoi, dans le calendrier actuel, le 11 mai, on fête les Estelle au lieu des Mamert, le 12 ou 13 mai, les Achille au lieu des Pancrace, le 13 ou 14 mai, les Rolande au lieu des Servais et le 25 mai, les Sophie au lieu des Urbain.
Lors de l'apparition de la croyance des saints de glace, une mini-vague de froid printanier apparaissait une année sur deux, au cours du mois de mai, au nord de la Méditerranée où l'on observait alors une chute des températures nocturnes et matinales.
Poussières d'étoiles ?
Certains avancent une explication astrophysique et scientifique au phénomène de la quinzaine des saints de glace. Chaque année, à la mi-mai, l'orbite de la Terre arriverait dans une zone de l'espace où les poussières stellaires, plus importantes, feraient obstacle aux rayons du soleil et provoqueraient une baisse significative des températures. Une explication infirmée par le fait que les astronomes ne détectent aucun nuage de poussières de ce type sur la trajectoire de la Terre, même avec des instruments très sensibles comme les miroirs de télescopes spatiaux et les instruments de la Station spatiale internationale. 
Mais, comme chaque année ou presque, l'hiver n'est pas tout à fait fini. Sous nos latitudes, les bouffées de chaleur printanière ne doivent pas faire oublier qu'un retour de bâton, la pluie, le froid, voire le gel, sont toujours possible jusqu'à la fin du joli mois mai, après le dernier jour des saints de glace, le 25. Et ce, même si le réchauffement climatique semble atténuer de tels épisodes.
Qu'en est-il au juste de ce phénomène météorologique habituel, éloigné des préoccupations des urbains mais bien connu des paysans et des jardiniers expérimentés ?

En réalité, sous nos latitudes moyennes de l'hémisphère Nord où le courant de l'Atlantique Nord et les déplacements de l'anticyclone des Açores provoquent de fortes turbulences, le mois de mai correspond à une période où, si l'hiver est fini, le passage de fronts froids, amenant de l'air du nord, se produit encore de temps à autre. En l'absence de vent, en cas de ciel dégagé, il est normal d'avoir une baisse importante des températures, surtout la nuit, accompagnée parfois de gelées tardives, même si la tendance est à la hausse. Les archives de Météo France montrent que les températures sont contrastées sur ces périodes, avec des possibilités de gel même en juin.

« Quand la Saint-Urbain  est passée, le vigneron est rassuré »
 « À la saint Urbain s’il fait beau, on le porte en procession. S’il gèle, les vignerons fâchés le jettent le cul dans les orties. » "

Saint Georges Hans Schaufelien 1508
British Museum
Dans les régions plus méridionales, les dernières gelées printanières ont lieu en avril, d'où les dictons d'autres saints météorologiques appelés déjà par Rabelais « saints gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons .

Dans notre Midi, on invoque les Saints cavaliers ou Saints Chevaliers : saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril), saint Eutrope (30 avril), saint Philippe ou fête de la Sainte Croix (3 mai) et saint Jean Porte Latine (6 mai). Leurs noms ont des diminutifs en langue d'oc : JorgetMarquetTropetPhilippetCrozet et Joanet. Le dicton « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » signifie que la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc aux gobelets de vin. À Béziers on craint plus particulièrement saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril) et saint Aphrodise (28 avril).

Un dicton concerne deux d'entre eux : « Saint-Georges et Saint-Marc sont réputés saints grêleurs ou saints vendangeurs. » Dans les Landes, Marc, Vital (28 avril) et la sainte Croix sont appelés « les trois marchands de vin » car ils correspondent à une période critique pour la vigne. Dans le Gard, les quatre cavaliers (correspondant au dicton dialectal « Jorget, Marquet, Croset e Tropet son de maissants garçonets ») sont souvent confondus avec les saints de glace.
La période des Saints cavaliers va généralement du 23 avril au 6 mai alors que la lune rousse va généralement du 5 avril au 6 mai.
« Gelées de Saint-Georges, Saint Marc, Saint Robert, récoltes à l’envers » - « Entre Saint Georges et Saint Marc est un jour d’hiver en retard « 
Chaleil (dans « La mémoire du village ») nous dit « on disait d’eux : « Aqui li quatre cavaliers e la vielha per li battre » (voici les 4 cavaliers et la vieille pour les battre)-parce qu’ils amenaient souvent les gelées tardives. » (La Calmette-Gard)

Quand il pleut le jour de la saint-Georges, sur cent cerises, on en a quatorze  et quand saint Marc n'est pas beau, pas de fruits à noyaux."

mardi 4 mai 2021



  Amadouvier

 L’amadouvier est bien connu de nos garrigues et de nos jardins. Il suffit de lever le nez lors de nos promenades.

Esco en Languedoc, escolo en Provence, c’est un champignon, un polypore (fomes fomentarius) arrimé, collé aux troncs des arbres avec une préférence pour les hêtres et les chênes vivants ou morts, des arbres fatigués. Une blessure sur le tronc et il s’est implanté. Il peut atteindre jusqu’à 40 cm et 2 kg. Les plus vieux abritent des colonies d’insectes. Son nom latin Fomes Fomentarius indique ses usages très anciens : "les brindilles qui alimentent le feu" et "pansement, topique, calmant"

Nos anciens avaient découvert effectivement plusieurs usages à ce champignon, en particulier combustible pour allumer un feu. La présence de foyers organisés, cercle de pierre, charbon…, indique que l’usage du feu remonte à une époque très reculée, probablement au moins 500 000 ans. Récupération d’un feu accidentel, ou naturel, notre enfance a été bercée par des bandes dessinées qui parlaient de la Guerre du Feu !!

Mais plus sérieusement des fouilles archéologiques ont montré des « briquets » de la période -18 000 ans qui prouvent une maîtrise du feu. En 1991, un homme du chalcolithique (âge du cuivre) vieux de 5300 ans est retrouvé dans un glacier autrichien avec sur lui un morceau de pyrite, un silex et un champignon l’Amadouvier.

L’amadouvier était ramassé, découpé en tranches, débarrassé de sa cuticule qui l’entoure : sa chair brune rouille était ainsi mise à nu. Elle-même découpée en fines lamelles, battues avec une pierre ou plus tard avec un maillet pour les rendre molles. Pour faciliter leur embrassement, on pouvait les tremper dans du salpêtre ou du chromate de plomb. On pouvait aussi la cuire dans de l’eau avec de la cendre de bois. (Vers 1840 l’amadou sera remplacé par une mèche de coton trempée dans du chromate de plomb).

Et elles étaient prêtes pour recevoir une étincelle qui les rendrait incandescentes. Cette étincelle était produite par le frottement d’une pierre de silex contre un fragment de  pierre comme la marcassite, plus tard d’acier comme sur la photo ci-contre, une pièce d’acier avec deux encoches pour une bonne prise en main.  C’est l’ancêtre de nos briquets modernes, mais là il fallait endurance et force pour obtenir un résultat. (www.cours-la-ville.fr.nf/le-feux-au-moyen-age)/

Un lien en français avec le verbe « amadouer » ? Effectivement, les mendiants au Moyen Age se frottaient le visage avec un bout d’amadouvier, pour se jaunir la face et provoquer ainsi la compassion et la générosité.

Les artificiers s’en servaient aussi car sa combustion lente et régulière ne dégageait pas de fumée.

Ses qualités hydrophiles en font un allié des pêcheurs pour conserver leurs appâts au sec, posés sur des lamelles d’amadou. Sa chair souple a servi et sert encore dans certains pays pour la confection de vêtements, chapeaux…remplaçant le feutre de laine. La chasuble de l’archevêque de Fribourg aurait été réalisée en tissu d’amadou.

Lors de l’exposition universelle de 1862, des vêtements, des casquettes en amadou étaient présentés.

L’amadou aurait aussi son utilité pour soigner des cors aux pieds, les ongles incarnés !

Ce champignon aura aussi une utilisation en médecine et en pharmacie. L’amadouvier disparait du Codex seulement en 1937 ! On en trouve encore dans les musées d’hôpitaux ou de facultés de médecine, pansements, bocaux…

Sa texture cotonneuse donna l’idée de s’en servir pour arrêter les hémorragies. L’amadou y gagna le surnom d’ »agaric des chirurgiens » ou parfois « agaric de Provence », (parfois de « mèches d’Allemagne » utilisées par les artificiers).


(Pharmacie portative de 1863 contenant un pansement en amadou conservée au Musée de la Pharmacie de Montpellier - (cliché : B. Roussel)).

Hippocrate au 5ème siècle avt notre ère proposait de placer des morceaux d’amadou incandescents sur la peau près de l’organe à soigner. Un médecin byzantin Paul d’Egine dans son livre L’Epitomé mentionne l’amadou pour « cautériser la région de l’estomac ».

Sauveur François Morand (1697-1773) chirurgien en chef des Invalides, chargé de vérifier l’efficacité de l’amadou, écrit un mémoire consacré aux « moyens d’arrêter le sang des artères sans le secours de la ligature ». L’amadou permet des amputations, des opérations de l’anévrisme, du filet de la langue, de fistule…. Boissier de Sauvages en 1756 nous dit que l’amadou est utilisé depuis fort longtemps pour arrêter les hémorragies. Silvain Brossard, autre chirurgien, sera d’ailleurs récompensé par le roi Louis XV en 1751 pour son travail sur l’amadou.

Garidel signale l’agaric de Provence dès 1715. Pierre Du Verney en 1702 propose de mettre à l’orifice de la plaie une « mèche d’Allemagne », c’est-à-dire un morceau d’amadou.

Brossard raconte qu’il avait traité deux cas avec succès : un cavalier du régiment de La Rochefoucauld à l’artère radiale sectionnée par un coup de sabre et un laboureur du Berry amputé d’une jambe. Cette expérience avait peut-être pour origine un bûcheron blessé avec sa hache avait arrêté le sang au moyen d’un morceau d’amadouvier se trouvant à portée de sa main.

Dans les années 1950, dans les campagnes allemandes on utilisait encore ces pansements en amadou pour les petites coupures.

Autres usages : maux de têtes, règles douloureuses, problèmes urinaires, transpiration excessive, hémorroïdes en fumigation…. En Inde, il est connu pour ses propriétés diurétiques, laxatives et toniques. En Extrême-Orient, il traitait les crises de foie et certains cancers.


Sources et pour en savoir plus : www.aujardin.info/champignons/fomes-fomentarius.php

-- www.persee.fr › doc › pharm_0035-2349_2002_num_90...—Hubert Delobette Alice Dorques Trésors retrouvés de la Garrigue  édit Papillon Rouge Isbn 2-9520261-0-6--- www.cours-la-ville.fr.nf/le-feux-au-moyen-age---Bertrand Roussel Sylvie Rapior Colette Charlot ChristianLouis Masson Paul Boutié  Histoire des utilisations thérapeutiques de l’amadoucier Persee internet-- /www.futura-sciences.com/planete/dossiers/botanique-decouverte-amadouvier-218/page/4/