lundi 24 avril 2017

Racines d'un migrant à Vallabrix- Denys Breysse



La famille Gouffet est présente sur l’Uzège depuis 1785. Jean Alexandre Gouffet arrive de la région parisienne. Il est garçon-menuisier. Avignon et Marseille étaient des villes étapes importantes pour les Compagnons du Tour de France. Etait-il un de ceux-là ? A ce jour, il n'appairait pas sur les listes des Compagnons que nous avons pu dénicher.. Peut-être « ouvrier à livret », c’est-à-dire ouvrier qui circulait avec un livret où étaient consignés les lieux, les patrons pour lesquels il avait travaillé. Ce livret sera obligatoire jusqu’en 1890.
La situation économique dans notre pays n’était pas fameuse en cette période. Les familles, surtout les hommes jeunes partent chercher du travail loin des grandes villes où les difficultés alimentaires et les dangers sont bien plus grands qu’en province. Le budget de l’Etat est en déficit chronique. Les bonnes récoltes de céréales de 1780 et 1781 font baisser le prix du blé et encouragent les spéculateurs. La guerre d’Indépendance des Etats Unis nous a coûté un peu plus d’un milliard de livres depuis 1777. L’hiver 1784 handicape sérieusement l’approvisionnement des villes. Et puis c’est "l’affaire du collier de la reine" qui rajoute une couche au climat politique nauséabond.
Atelier de menuisier 15ème siècle -BNF
Mais c’est aussi le temps des Montgolfier, des envies d’ailleurs, de mondes nouveaux. Les Lafayette, Rochembeau et tous ceux qui reviennent du Québec et des Etats-Unis, de l’Angleterre font rêver à une autre façon de vivre. Des idées nouvelles circulent, on remet en question les dogmes.
Les archives de Vallabrix mentionnent pour la première fois un Gouffet, Alexandre (Jean Alexandre) lors du recensement des hommes de 12 à 72 ans en l’An IV-V (1795) : il a 30 ans, et depuis un an dans notre village. Il est menuisier. (archives départementales du Gard). Il avait épousé une vallabrixoise Anne Chamand, fille de Jean et de Thérèse Mejan le 17 juillet 1788.

La famille s’intègre vite et bien : dès 1832 Etienne Benjamin Gouffet, deuxième génération dans l’Uzège, est conseiller municipal à Vallabrix. Déjà en 1831 il est élu au premier tour au jury communal pour les élections censitaires, 23 voix, plus que les représentants des vieilles familles du village comme les Desplans ou les Gay. La majorité des voix était à 18. Puis ce sera au tour de Paul-Augustin d’être élu conseiller
municipal en 1855-56-60-65, puis d’Adrien en 1876.


Denys Breysse est un des descendants de Jean Alexandre Gouffet. Depuis plusieurs années il se penche sur le passé de sa famille avec talent. Il nous fait cadeau ici de certaines de ses recherches.
Grand merci pour les Vallabrixois. BVE




Les Racines d'un Migrant à Vallabrix, Jean Alexandre GOUFFET (1785)


Lorsque mon grand-oncle, Pierre Faustin GOUFFET, auteur en 1968 du livre sur l'histoire de Vallabrix ("Vallabrix mon village natal"), s'est intéressé à sa généalogie familiale, il est remonté pour la branche paternelle à la cinquième génération avec Jean Alexandre GOUFFET, dont l'acte de mariage est dans les registres paroissiaux du village (cf image 1) :
"L'an mil sept cent quatre vingt six le dix septième juillet après la publication d'un banc et vu la dispense de deux autres signée Dautun vicaire général sans qu'il nous ait apparu d'aucun empechement soit canonique soit civil j'ai béni le mariage de Jean Alexandre GOUFFET garçon menuisier originaire de la Ville de Paris paroisse St Sulpice habitant depuis environ deux ans dans le lieu et paroisse se St Quentin fils légitime et naturel de feus Jean Armand GOUFFET et de Françoise JACOB leurs extraits mortuaires deuement légalisés et exhibés d'une part et Anne CHAMAND fille légitime et naturelle de feu Jean CHAMAND et de Thérèse MEJAN de cette paroisse d'autre part. Ont été présents Srs Joseph DUCLAUX, Etienne Benoit GOUFFET, Antoine CHAMAND, André MELLE (qui ont) signé avec l'époux, l'épouse illeterée de ce requise"
Cet acte indique donc que Jean Alexandre GOUFFET est un nouveau venu dans le Gard. Pour quelles raisons ? Sa profession pourrait expliquer un "Tour de France" qui l'aurait vu s'arrêter dans le Gard. Mais il ne semble pas être seul, puisque l'acte cite aussi Etienne Benoit GOUFFET (qui signe), probable parent, mais sans qu'aucun détail ne soit donné.
Jean Alexandre et son épouse vont s'établir à Saint Quentin, où ils donneront naissance à deux garçons, Jean Etienne Benjamin le 4 septembre 1787 et Jean GOUFFET le 1 septembre 1791. Si les parrain et marraine du second sont tous deux issus du côté maternel, un troisième GOUFFET, prénommé Etienne Benjamin est le parrain de l'aîné. Là non plus, l'acte ne précise pas le lien de parenté. Il pourrait être, selon la tradition, puisque le père de Jean Alexandre est décédé, un frère aîné. Jean Etienne Benjamin fils épousera en 1809 une fille de Vallabrix et s'établira dans le village, mais c'est une autre histoire.
Il y a cinquante ans, Pierre Faustin GOUFFET n'avait pas pu remonter plus haut dans la recherche de ses racines familiales. Depuis cette époque, Internet a raccourci les distances et permet de travailler sans avoir les documents en mains. Mais remonter une généalogie parisienne demeure compliqué et aléatoire : en mai 1871, lors des insurrections de la Commune, des incendies ont frappé de nombreux bâtiments parisiens et ont détruit les archives et la plupart des registres entreposés à l'Hôtel de Ville. Les actes ont été patiemment reconstitués au XIXème siècle, mais il ne s'agit que d'une reconstitution partielle, principalement concentrée sur les actes du XIXème siècle, et la plupart des sources ont disparu à tout jamais. Quant à la deuxième copie des registres, détenue par les paroisses, elle ne remonte pas en-deçà de 1802 pour la paroisse Saint Sulpice.
L'espoir de remonter au-delà de la simple identité de Jean Armand GOUFFET et Françoise JACOB était donc infime. Le hasard, le bénévolat et la magie d'Internet m'ont cependant permis de lever une partie du voile, puisque j'ai pu reconstituer une partie de l'ascendance de Jean Armand GOUFFET, avec 11 ascendants sur 5 générations, dont la plus ancienne est née au début du XVIIème siècle (cf Image 6). C'est ce petit voyage jusque dans la Meuse, au Sud-Ouest de Vaucouleurs, que je vais raconter (cf Image 5 - Extrait de la carte de Cassini de la région de Horville).
L'élément déclencheur a été la lecture d'une note dans une revue généalogique (de l'association SAGA, concentrée sur l'Ardèche), indiquant que des bénévoles appartenant à son antenne parisienne pouvaient faire quelques recherches. La chance a voulu que l'un de ces bénévoles soit un généalogiste professionnel, Xavier Robert-Mondin, qui travaille au sein du Cabinet Andriveau. Il a effectué une recherche dans les archives de ce cabinet et la chance était avec nous : il a pu localiser quelques informations essentielles :
- le mariage le 6 juin 1753 à Saint Sulpice de Jean Armand GOUFFET, veuf de Josèphe DAVRY, décédée en 1752, avec Françoise JACOB alias JAQUOT,
- le premier mariage de Jean Armand GOUFFET, sans filiation, le 28 septembre 1734, toujours à Saint Sulpice, avec Marie Anne DAVRIL,
- le mariage le 27 juillet 1775, à Saint Sulpice, de Marie Geneviève GOUFFET, fille de Jean Armand et de Françoise GOUFFET, baptisée le 29 mars 1759, avec Siméon BUTEUX.

Xavier ROBERT MONDIN me précisait dans nos échanges que j'avais beaucoup de chance. En effet : "Le mariage de 1753 figure dans notre collection "pièces annexes", ce qui signifie que le dépouillement a été fait à partir des actes de baptêmes (et de décès de leurs parents le cas échéant) fournis par les parties au moment de la rédaction de l'acte de mariage. C'est exceptionnel et tous les mariages parisiens n'y figurent pas, hélas... Cette collection est totalement exclusive (constituée entre 1830 et 1871). Il n'existe aucune autre copie de ce dépouillement effectué par mes prédécesseurs, que ce soit dans les archives privées ou publiques françaises."
Mais l'information la plus importante est que la filiation de Françoise JACOB/JAQUOT était indiquée puisque l'attestation dit qu'elle est née le 9 septembre 1717 à Horville de Jean et de Marie RACTA. C'est donc sur le site Web des archives départementales que je suis allé  rechercher les informations, pour trouver très vite l'acte de baptême de Françoise, à la date indiquée. L'acte est aisé à lire (cf image 2) :
"Françoise, fille légitime de Jean JACOB laboureur et de Marie RACTA son épouse est née le neufvième jour du mois de septembre de l'année lmil sept cent dis sept et a esté baptisée le même jour par Pierrette PARIS, veufve de défunt Jean JACOB, sage-femme de cette paroisse à cause du danger de mort dans lequel elle s’est trouvée, et les prières, exorcismes, onctions et cérémonies du baptême ont été faites sur elles le lendemain ». Son parrain était Hubert AUBRY jeune, habitant dans la paroisse voisine de Manières et sa marraine était Françoise LOPPIN, tous deux illettrés. Les parents étant connus, il suffisait de dérouler le fil.
Son père, né en 1686, a eu au total 16 enfants, issus de deux unions. Il se maria d'abord avec Marie RACTA en 1710, et elle lui donna 12 enfants entre 1712 et 1731 avant de décéder en octobre 1736 à l'âge de 51 ans. Françoise JACOB était la cinquième, mais seule une sœur aînée, Jeanne, a dû parvenir à l'âge adulte. Jeanne, âgée de 24 ans, épousa Claude CHAMPONNOIS, manouvrier, le 25 novembre 1738 dans la paroisse voisine de Dainville. Mais ce jour-là, Jean JACOB se maria avec Christine CHAMPONOIS, la propre sœur de Claude. Pour être bien clair, ce jour-là, François JACOB devint le beau-frère de sa fille ! Il avait alors 52 ans et sa seconde épouse devait encore le rendre père à sept reprises, avec une dernière naissance en 1754, quand il avait 68 ans. François JACOB décédait en 1763, après une vie bien remplie.
Son acte de baptême, daté du 15 juin 1686 à Horville désignait ses parents, Jean et Pierrette PARIS. Souvenons-nous que cette Pierrette était en 1717 la sage-femme qui devait mettre au monde et baptiser Françoise JACOB, sa petite-fille. Les registres paroissiaux nous ont d'ailleurs permis de retrouver la mention de l'élection de Pierrette comme sage-femme, le 19 juin 1701 (cf image 3) :
« Ce jourdhuy 19e du moy de juin mil sept cent un Pierrette PARIS femme de Jean JACOB de cette paroisse aagee de cinquante ans a este elue dans l’assemblee des femmes a la pluralité des suffrages pour faire l’office de sage femme et a presté le serment ordinaire entre mes mains conformement au rituel de ce diocese ».
Ces mentions d'élections sont communes au XVIIIème siècle dans les registres des paroisses de l'Est de la France (j'en ai rencontré plusieurs en Lorraine[1]). L'élection devait désigner une personne de confiance, chargé de mener à bien l'accouchement, mais aussi, en cas de difficulté de baptiser le bébé, ou de l'ondoyer (l'ondoiement est un baptême d'urgence, donné sans les cérémonies de l'église, et il pouvait être suivi quelques jours plus tard, si l'enfant survivait, d'un baptême en bonne et due forme). Dans le cas de Françoise JACOB, en dépit du baptême d'urgence, la suite s'était bien passée puisqu'elle grandit et qu'elle épousa Jean Armand GOUFFET en 1753 à Paris.
Le mariage de Jean JACOB et de Pierrette PARIS s'est tenu le 3 novembre 1670 à Houdelaincourt, à quelques kilomètres de Horville. C'était sans doute le village de naissance de l'épouse. Quant à l'époux, il est dit originaire de Montreux. Il s'agit peut-être d'un village au Sud-Est de Nancy où ce nom semble attesté. J'ai identifié plusieurs de leurs enfants outre Jean : Didiere, Françoise, Didier, Marguerite et Elisabeth. Cette dernière s'est établie dans les Vosges (à Avranville) après son mariage.

Si nous revenons maintenant à Marie RACTA, la mère de Françoise JACOB. Son mariage en 1710 avec Jean JACQUOT est filiatif et indique qu'elle est née le 19 juillet 1685 à Houdelaincourt, fille de François et Florentine MARCHAL. J'ai trouvé dans la foulée le mariage de ses parents en 1682 dans la même paroisse, et même la naissance de son père, François RACTAT, le 2 mars 1659 à Houdelaincourt, avec ses parents : François et Marie VAULTIER. Il est rare que les registres paroissiaux permettent de remonter aussi loin dans le temps, mais la chance était décidemment de mon côté.

En effet, lorsque le 30 janvier 1714 François RACTAT, frère de Marie, se maria, son épouse, Margueritte DEBILLEAU, était sa cousine éloignée, et l'acte de mariage mentionne une dispense du quatrième degré de consanguinité. Or un généalogiste, Roger HARNICHARD avait mentionné lors de la mise en ligne des informations sur ce couple, la côte du dossier aux Archives Départementales de la Meuse : 3G26/229. Mieux même : sollicité, il me fit rapidement parvenir les copies des images qu'il possédait de ce dossier ! Un tel dossier devait être établi (moyennant finances) à chaque fois que les futurs époux étaient apparentés, et ce jusqu'au quatrième degré.

Ce dossier fut établi par Mr Nicolas RICHELOT, curé de Houdelaincourt, dont je cite un extrait de la demande :
« Ils désirent se marier ensemble mais ne le peuvent sans une dispense de nostre St père le pape ou de Monseigneur l’Eveque de Toul à cause de l’empechement dirimant qui est entre eux et qui provient de ce qu’ils sont parents au troisième et quatrième degrés de consanguinité (… et…) qu’a cause de la petitesse du lieu dans lequel ils sont nés et du grand nombre de parents qu’ils y ont laditte Marguerite DEBILLAUX auroit beaucoup de peine de trouver un mary qui luy convienne autre que Pierre RACTAT; et qu’enfin la pauvreté les mettant hors d’estat de recourir au pape ils esperent encore de la bonté de mondit Seigneur qu’il ne les obligera pas d’y avoir recours, mais qu’il voudra bien la leur accorder luy mesme en vertu de l’indult (i.e. dérogation) que le St pere luy a donné en faveur des pauvres ».
Le curé avait fait comparaître leurs parents (leurs pères François RACTAT et Nicolas DESBILLAUX, qui savaient tous deux signer, leurs oncles François PIGOROT et Gervais VAULTROT pour reconstituer leur généalogie). Enfin, il avait vérifié auprès d’autres paroissiens (Claude et Nicolas RICHIER) la véracité des arguments des demandeurs. Il avait enfin synthétisé la filiation des époux, qui faisait apparaître qu'ils descendaient tous deux d'un même couple "souche" : Didelot RACTAT et Edotte NORMAND, en trois générations pour le futur époux et en quatre pour la future épouse (cf image 4). Et voilà donc une génération de plus identifiée dans l'ascendance de Marie RACTAT, et donc de Jean Alexandre GOUFFET.
J'étais arrivé là au terme de ce chemin qui, en quelques semaines, m'a permis de remonter d'un siècle et demi. La chance m'avait servi et les découvertes avaient été nombreuses, avec entre autres, une élection de sage-femme, et ce dossier de dispense qui permet d'avoir aussi un regard complémentaire sur une petite communauté villageoise du début du XVIIIème siècle. Bien entendu, les questions restent nombreuses : quelles raisons ont conduit Françoise JACOB à Paris, puis son fils vers Vallabrix ? Sera-t-il possible un jour de remonter la branche paternelle ?
Les registres paroissiaux du Gard n'étant toujours pas en ligne (c'est à ce jour le tout dernier des départements dans cette situation !), il me faudra encore attendre pour tirer d'autres fils. Mais la généalogie est un loisir qui enseigne la patience. Elle est parfois récompensée, surtout quand la coopération entre passionnés ouvre des portes qui étaient closes depuis trois siècles.

                                                                                              Denys Breysse, 20 mars 2017

Remerciements : Ce travail n'aurait pu voir le jour sans le secours de  Xavier ROBERT-MONDIN, du Cabinet Andriveau (merci à son travail bénévole et aux informations qui ont permis de remonter la piste), à Alain ESTEOULE de l’association SAGA, et à Roger HARNICHARD qui m'a communiqué le dossier de consanguinité établi pour le mariage de 1714 entre Pierre RACTAT et Marguerite DESBILLEAUX.

Voir aussi : https://genealogie101.com/2016/05/23/lelection-de-sage-femme-au-xviiieme-siecle/   

Image 1. Acte de mariage de Jean Alexandre GOUFFET et Anne CHAMAND
(registres de Vallabrix, 1786)








. Image 2- Acte de naissance de Françoise JACOB, registres de Horville, 1717

Image 3. Election de Pierrette PARIS comme sage-femme, registres de Horville, 1711.

Image 4. Ascendance de Pïerre RACTAT reconstituée dans le dossier de dispense de consanguinité (1714).

Image 5. Extrait de la carte de Cassini de la région de Horville

Image 6. Ascendance reconstituée de Jean Alexandre GOUFFET (nota, la mention d'Etienne Benjamin est incertaine et ne provient que d'une mention manuscrite de mon grand-oncle - il s'agit sans doute d'une déduction hasardeuse).
 














vendredi 21 avril 2017

Les Marianne, image multiforme de la femme

Marianne Vallabrix
Chaque mairie a maintenant son buste de Marianne. Il n’en a pas toujours été ainsi.
Marianne Flamiot
(rare rousse)


C’est la Convention de 1792 qui décide que la République prendra le visage d’une femme.

A la Révolution, Marianne, Marie-Anne, représentait la Liberté, femme au bonnet phrygien symbole des esclaves affranchis dans la Rome Antique. La fin du 18ème siècle est à la mode antique. Son nom viendrait d’une chanson populaire albigeoise de cette époque, « La Guérison de Marianne ». (La Province du Languedoc peut-elle revendiquer cette paternité ?!). En fait ce surnom est d’abord donner par le peuple, par la vox populi. Marie et Anne sont les deux prénoms les plus populaires à cette époque. Et puis ce sont les prénoms de la Vierge et de sa mère. On se met Dieu de son côté ?
Très vite elle va remplacer la figure du roi sur les pièces de monnaie, sur les emblèmes divers. Et elle sera le symbole de la République naissante.
Les révolutionnaires de 1789-94 n’ont pas fait une grande place à la femme allant même jusqu’à guillotiner Olympe de Gouges, féministe trop en avance sur son temps. Mais ils vont récupérer l’image de la femme pour porter leur symbole révolutionnaire. Jusqu’à nos jours elle va représenter les différents courants politiques et sera souvent récupérée, objet de propagande d’un parti. Marianne sage, maternelle, pour les conservateurs, Marianne révolutionnaire fougueuse, bonnet rouge, sein nu, pour les révolutionnaires… militariste ou anti…

Marianne disparaît de l’époque du Consulat jusqu’à 1870. Quelques timides apparitions de 1848 à 1850, elle prend à ce moment-là la signature RF. A la fin du Second Empire les républicains d’opposition s’en emparent et avec la IIIème République, Marianne réapparaît petit à petit dans les mairies. Il s’agit d’un acte militant de la part des élus. Des Marianne tour à tour maternelles, guerrières, masculines, élégantes, rêveuses, toujours messagères d’une époque.
En 1871 le président Adolphe Thiers interdit le bonnet « révolutionnaire », le bonnet phrygien, trop séditieux à son gout. Et nos Mariannes vont se coiffer de couronnes végétales, blé, feuilles de chêne ou rameaux d’olivier. Les corsages vont faire oublier les cuirasses. Le bonnet phrygien sera réhabilité en 1879.
Marianne altière à la grecque
Elles s’actualisent maintenant en prenant le visage d’artistes ou actrices du moment. Nous avons eu en 2005 dans le vestibule de l’Assemblée Nationale à Paris, une belle exposition des bustes de Marianne.
1914-1918 Douloureuse

1914-1918 Guerrière
Symboles des Marianne : le bonnet phrygien, esclave libérée – la couronne, invincibilité – le sein nu, nourrice ou émancipation – la cuirasse, le pouvoir – le lion, le courage, la force du peuple – l’étoile, l’intelligence, le savoir – le triangle, l’égalité – les chaînes brisées, la liberté – les mains croisées, la fraternité – les faisceaux, l’autorité de l’Etat – la balance, la justice – la ruche, le travail – les tables de la loi, la foi – mèches rebelles à la manière du sculpteur Injalbert, refusée un temps car jugée trop excessive - .


Marianne IVème République avec la Croix de Lorraine gaulliste – Marcel Leduc – Vêtue d’une tunique à l’antique avec fibule ronde sur l’épaule-, coiffée d’un bonnet phrygien avec couronne de laurier. Sur le buste une tablette qui rappelle la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Altière, le menton haut.















Marianne Maçonnique fin 1870 anonyme -plâtre polychrome-chevelure très féminine - emblêmes maçonniques en médaillon


Marianne polychrome 3ème République - bonnet -cuirasse- gorgone pour effrayer l'ennemi, étoile de l'intelligence, les couleurs du drapeau- regard et menton hauts- Jean Ferrari 1875. Dans le Midi beaucoup de Marianne peintes en cette période.


Elégante, collier de perles, épis de blé, corsage,
tête légèrement penchée - elle nous regarde 


Marianne domestique


Marianne Centre-Afrique
"Pauline" 1906


Marianne algérienne bronze avec  sur l'écharpe
dates importantes de la République
1789-1848-1870  Themcen  Inspiration maçonnique
14 juillet 1882 Paul Lecreux dit Jacques France
Lozère 1871 - à la façon de T Doriot-
Bandeau frontal "honneur et Patrie"
Médailles en collier
Marianne -R Blondel 1960
Belle Marianne 1930expo Lons le Saunier 2015
revendication provinciale





Marianne maçonnique- le vent du Progrès
dans les cheveux-1870
Marianne Pied-Noir




1850 ? Ariège Argile polychrome
Inscrite aux Monuments Historiques
La Tour de Crieu












     ,









Marianne de Verdier 1906 ?- bonnet mais couronne de feuillage fleuri , fleur au corsage, châle négligemment posé sur un beau décolleté cuirassé.









                               





Thotmann 1940








 Corsage, cheveux courts, bonnet avec cocarde, enfantine, légère moue



Marianne Belle Epoque



Les sculpteurs à la fin du 19ème siècle sont très nombreux à proposer leur « Marianne ». Chacun était libre de choisir sa version de Marianne. Bois, plâtre, polychrome, bronze, marbre.... Des petits chefs-d'oeuvre souvent ignorés du public qui passe à côté. La femme inventée, parfois envoûtante, fantasmée, en réponse à un questionnement masculin ?

Marianne nourricière et guerrière


Correira
Pas de buste officiel, chaque maire pouvaient choisir son modèle. Une production de petits bustes en bronze ou en plâtre était proposée à la vente des particuliers, répondant à une dévotion populaire. Divers objets portent encore le visage de Marianne, timbres, affiches, monnaie…
Les bustes de Marianne de la collection Pierre Bonte, ont été installés dans quatre vitrines du vestibule de la Bibliothèque du Sénat, en septembre 2005. A voir aussi la collection de l’Assemblée nationale régulièremenexposée.  Des expositions en province sont proposées. Les plus beaux bustes sont certainement ceux de la fin du 19ème-début 20ème siècle.









Sources : collections Assemblée Nationale, et Sénat –photo Laurent Lecat– M Agulhon « Un usage de la Femme au 19ème siècle- Allégorie de la République 1976 V6 – Marianne au combat Flammarion 1979- Marianne au pouvoir 1989- Couradou de Vallabrix septembre 2012- Assemblée Nationale Histoire de la Décentralisation 1789/2002 - André Chandernagor Les maires en France du 19ème au 20ème siècle Edit Fayard 1993 – Georges Duby Histoire de France urbaine  La ville de l’âge industriel T4 1840-1950 -  La République et ses Maires 1907-1997 Association des Maires de France Edit Foucher-










mercredi 19 avril 2017

L'Asperge - Aphrodisiaque ?

   L’ASPERGE – Aphrodisiaque ?
Asperges mosaïque romaine

Vallabrix cultive l’asperge pour la vente depuis une bonne quarantaine d’années. St Quentin la Poterie avait même en 1975 un marché au cadran pour les asperges et les cerises, d’où partaient les caisses d’asperges triées. Ce marché donnait du travail essentiellement à des femmes des villages environnants.
L’asperge ou asparagus officinalis est une cousine éloignée du poireau et de l’oignon, de la grande famille des liliacées, où fleurs et légumes se côtoient. L’asperge fait partie du sous groupe de asparagaceae.

Ces plantes sont nos amies : elles fournissent lors de la digestion un grand nombre de fibres alimentaires et nourrissent ainsi les bactéries amies de notre microbiote  intestinal. C'est le moment d'en profiter.

 Son parcours historique est aussi ancien que celui du poireau, car elle est consommée depuis plus de 2000 ans. Des traces de variétés sauvages ont été retrouvées en Afrique. L’asperge sauvage est originaire de régions tempérées de l’Eurasie (Europe Centrale et Méridionale, Afrique du Nord, Asie Centrale et Occidentale, pays de l’est de la Méditerranée).
Des archéologues croient qu’elle aurait été également cultivée en Égypte. Une fresque Egyptienne datant de 3000 avant J.C. la montre en offrande aux dieux. Elle était également appréciée des Grecs et des Romains qui la consommaient fraiche ou sèche en fonction des saisons
Dans la Grèce ancienne, l’asperge passait pour une plante aux vertus sacrées et aphrodisiaques. De ce fait, les Grecs s’intéressèrent à ses qualités biologiques et pharmacologiques.
photo chefsimon.lemonde.fr
Hippocrate, médecin de l’Antiquité grecque, utilisait l’asperge pour soigner les diarrhées et les douleurs de l’urètre. Cette plante contient en effet de l’asparagine reconnue pour ses qualités diurétiques. Les Romains, pour leur part, appréciaient plutôt ses attraits gastronomiques. Ils la dégustaient comme entrée ou comme légume d’accompagnement des plats de poissons. Ce sont surtout les légions de César, qui au retour d’Orient, ramenèrent l’asperge en Europe. Les Romains développèrent sa culture, mais ce légume restait un mets réservé aux riches gastronomes.
L'asperge tomba ensuite dans l’oubli au Moyen Âge, mais continua tout de même à être cultivée par les Arabes.
Bien plus tard, elle séduit les hommes de la Renaissance : l’asperge est perçue comme un aliment de première classe. C’est la Reine Catherine de Médicis qui la ramène d’Italie à la cour de France. Produit de luxe, l’asperge était appréciée des rois et des princes. Henri III en servait à ses mignons,
À partir du XVIe siècle, l’asperge est servie dans les cours royales et princières de l’Europe.
Au XVIIe siècle, l’asperge est cultivée en France pour Louis XIV qui en raffolait.
À cette époque, elle était, selon les chroniques du temps, de la grosseur d’une plume de cygne.
Louis XIV l’exigeait sur sa table en toute saison : pour satisfaire son désir, même dès le mois de décembre. La Quintinie, le responsable des jardins royaux, mit au point un système de culture sous abri et en «couche chaude», permettant une récolte pratiquement toute l’année
 
La production de l’asperge se limitait alors aux besoins de la noblesse et c’est seulement au XVIIIe siècle que l’asperge fait son apparition sur le marché populaire ainsi que dans de nombreux ouvrages culinaires.
Cependant, jusqu'au début du 19è siècle, seuls les amateurs fortunés peuvent s'offrir ce légume raffiné et fort cher. L'asperge commence seulement à se démocratiser, lorsque les cultures se répandent. D’abord en région parisienne (près d'Argenteuil, Bezons et Épinay, socle dont dérivent une bonne part des variétés contemporaines), puis dans les années 1870, dans le Val de Loire. Puis l'Aquitaine, la Provence et le Midi de la France, autres grandes régions de production.

Proust dans Du côté de chez Swann, nous raconte ce légume : "[...]mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outremer et de rose et dont l’épi, finement pignoché de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied,-encore souillé pourtant du sol de leur plant,-par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait un dîner où j’en avais mangé, elles jouaient, dans leurs farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum."

Aujourd’hui, l’asperge est cultivée dans toute la France, par plus de 3000 producteurs sur environ 4500 ha (sources : Recensement Général de l’Agriculture 2010 et Franceagrimer, les filières des F&L, données 2014, édition janvier 2016).
A consommer sans modération, en salade, en quiche, en cake, velouté, mousse… mille recettes où chaque espèce d’asperge peut s’exprimer.. Même crue
L’asperge blanche pousse entièrement sous terre, privée de lumière. Elle est bien charnue et possède un goût doux et délicat.
L’asperge violette est une asperge blanche dont les pointes ont réussi à se libérer de leur butte de terre à quelques jours de la récolte. Elle est fruitée avec une légère pointe d’amertume.
L’asperge verte, la plus libre, pousse entièrement (ou presque) à l’air libre, sous les rayons du soleil. Elle en tire sa jolie teinte verte et son goût presque sucré
(Photo marmiton.org)
Aujourd’hui, l’asperge verte se retrouve en Amérique et en Chine, tandis que l’asperge blanche est surtout cultivée en Europe.
·         L’asperge aime les femmes enceintes et les jeunes mamans. Elle présente en effet un intérêt tout particulier à cette période de la vie puisqu’elle stimule la production de lait maternel.
·         L’asperge un aphrodisiaque ?!  la présence de certains composants de l’asperge irait effectivement dans ce sens, mais il n’existe pas de preuves scientifiques des vertus aphrodisiaques de l’asperge. Il ne vous reste plus qu’à essayer pour appuyer ou rejeter cette hypothèse.
(Crue : longues tranches fines coupées avec une mandoline, puis plongées dans un saladier rempli de glaçons, 1 heure au réfrigérateur, puis égouttées, et en salade avec tomates, dés de comté, de jambon, olives…ou autres choix)


16ème siècle