mercredi 2 octobre 2019

Les Révolutions d'Octobre


Les Révolutions d’octobre




Octobre de par le monde est le mois qui appelle des changements, voire des modifications imprévisibles. Octobre est pourtant le mois des « Anges Gardiens « . Charlemagne le nommait le mois des vendanges ou de la chasse. Idée reprise par les Révolutionnaires de 1789 : Vendémiaire le mois des vendanges.

Le 1er octobre sera le jour de la rentrée scolaire en France pendant un demi-siècle après l’arrêté du 8 juin 1891. Léon Bourgeois ministre de l’Instruction Publique  et des Beaux-Arts de la 3ème République prit cette décision pour unifier et réglementer la date de la rentrée scolaire qui jusqu’alors dépendait des conditions climatiques et économiques d’une France rurale : les enfants étaient une main-d’œuvre appréciable pour les vendanges ou les moissons. Sous le ministère Debré, cette date avance au 15 septembre pour des raisons économiques, transports-hôtellerie… Puis le pays sera divisé en deux en 1968, puis en trois en 1972 toujours pour les mêmes raisons. Comment concilier bien-être des enfants, des familles et l'économie des régions touristiques ?                                   (Vendemiaire 21 sept-22 octo)

Mais octobre annonce souvent des jours funestes ou de mauvais présages, parfois aussi des avancées sociales. Quelques dates :

-- En 79 de notre ère, éruption du Vésuve
 – octobre 732 ou 733 Charles Martel défait les Arabes à Poitiers, on ne sait pas quel jour un samedi 11-17-22-23 ?
 -- 14 octobre 1066 Hastings : le duc Guillaume de Normandie remporte une grande victoire sur le roi anglais Harold, il devient Guillaume le Conquérant de la tapisserie de la reine Mathilde
 -- 25 octobre 1415 Azincourt, le roi Henri V d’Angleterre écrase 50 000 français
-- 12 octobre 1492 Christophe Colomb découvre les Bahamas qu’il baptise San Salvador
-- 31 octobre 1517 Martin Luther affiche à la porte du château de Wittenberg les 95 thèses condamnant les abus de l’Eglise et qui vont enflammer l’Europe.
 – Octobre 1547 le roi Henri II institue la Chambre Ardente qui condamne au bûcher les premiers protestants ou de simples opposants


-- 15 octobre 1520 Magellan découvre le détroit entre le continent américain et la Terre de Feu ; il est le premier connu à avoir entrepris le tour du monde.
– Le 15 octobre 1582 le pape Grégoire XIII remplace le calendrier julien par le calendrier grégorien mis au point par le calabrais Louis Lilio.  Ce qui fait que les historiens ne savent plus à quelle date se fier. Les Russes n’adoptent pas tout de suite ce calendrier ce qui fait que la Révolution d’Octobre russe a eu lieu en novembre (adoption en 1918 pour les Russes, 1700 pour l’Allemagne, 1752 pour l’Angleterre, les Pays Scandinaves, la Suisse, 1923 pour la Grèce….)—
-- 25 octobre 1586 La reine Marie Stuart est condamnée pour crime de trahison envers la Couronne d’Angleterre. Elle sera exécutée en août de l’année suivante ; le bourreau dut s’y reprendre à trois fois pour lui trancher la tête à coup de hache.
-- 18 octobre 1685 Révocation de l’Edit de Nantes remplacé par l’Edit de Fontainebleau : fin de la liberté de culte, fuites des élites du pays, …..
-- 14 octobre 1761 à Toulouse à 4h du matin la famille Calas est conduite à l’Hôtel de Ville, soupçonnée d’avoir tué Marc-Antoine leur fils. Ils sont huguenots donc coupables. Le 10 mars le père est exécuté, son corps est brûlé. L’affaire Calas commence. Voltaire dénonce ce jugement et trois ans plus tard, jour pour jour, la mémoire de Jean Calas est réhabilitée par les maîtres de requête ordinaires de l’Hôtel du Roi.
-- 29 octobre 1787 première représentation de Don Juan de Mozart à Prague.
-- 6 octobre 1789 marche des femmes sur Versailles en criant « du pain ! du pain ! »
-- octobre 1789 naissance de la droite et de la gauche : les députés s’installant à la droite et à la gauche du président de l’Assemblée Constituante.
-- 16 octobre 1793 la reine Marie-Antoinette marche sur le pied du bourreau : »Pardon monsieur, je ne l’ai pas fait exprès »..Ce sont ses dernières paroles.


--21 octobre 1793 le calendrier républicain est adopté. -------- quelques correspondances entre les dénominations des jours de vendemiaire-brumaire et les jours qui ne pouvaient plus être des jours saints de septembre-octobre- : 1er vendemiaire/22 septembre jour Raisin – Safran pour le 2/23 sept – le 3 vendemiaire/24 sept Châtaigne – le lendemain jour Colchique – le 4 et 25 sept Cheval suivi les jours d’après de Basamine, puis Carotte, Amarante, Panais….—le 10 vendemiaire ou 1er octobre jour Cuve suivi de Pomme de Terre, Immortelle, Potiron, Réséda….. etc. On n’avait pas joué sur la simplicité. Et il y avait 365 jours à apprendre !! Nous pouvons remercier Napoléon d’être revenu au calendrier grégorien le 1er janvier 1806.

Brumaire 22-23 octobre/20novembre
-- 13 octobre 1832 le peintre Samuel Morse invente le télégraphe ; il y pensa alors qu’il regagnait les Etats-Unis sur le paquebot Sully

-- octobre 1845 Wagner fait jouer Tannhaüser à Dresde sans succès et pourtant !
-- octobre 1846 Berlioz présente La Damnation de Faust à l’opéra-comique de Paris sans succès, ce n’était pas encore le moment ?
-- 5 octobre 1854 naissance de Louis Lumière à Besançon. Il inventera avec son frère Auguste le cinématographe
--10 octobre 1868 Carlos Manuel de Cespedes proclame l’indépendance de Cuba
-- octobre 1880 Louis Bréguet inventeur du télégraphe mobile et du télégraphe à cadran présente à l’Académie des Sciences l’invention du téléphone découvert par Graham Bell.
-- 28 octobre 1886 New York est en fête ; on inaugure la statue de la Liberté. Bartholdi pendant la construction de la statue invita à dîner 25 personnes dans le mollet de la statue. Sa tête pouvait contenir 35 visiteurs. Son nez mesure 1m12. Bartholdi a eu, parait-il, l’idée de cette construction pendant les émeutes de 1848 en France en voyant une jeune fille brandissant une torche pour ranimer le courage des émeutiers.



----- 15 octobre 1894 arrestation du capitaine Dreyfus qui sera condamné à la déportation à vie au bagne. Le 12 juillet 1906 la Cour de Cassation cassa le jugement du conseil de guerre de Rennes. Dreyfus est réintégré dans l’armée, mais sali par toute une campagne politique où la presse n’a pas toujours joué un joli rôle.
-- 28 octobre 1908 en Angleterre à la Chambre des Communes on discute de tarifs douaniers. Mais d’une tribune grillagée, des cris « Vote for women ! ». Les contestataires se sont cadenassées aux grilles qu’il faudra desceller pour expulser les femmes et dix hommes pour réussir l’expulsion. La loi sera votée en 1917 au grand dam de certains gentlemen qui trouvent  l’idée pour une femme de siéger aux Communes « si répugnante  pour un homme de bonne éducation ».
--10 octobre 1911 le jour du Double 10 pour les Chinois : la Révolution chinoise éclate et ce jour deviendra jour de la fête nationale.
-- 10 octobre 1913 les océans atlantique et pacifique se rejoignent ; le canal de Panama est ouvert.
--15 octobre 1917 exécution de Mata Hari vraie espionne  à la solde de l’Allemagne ou espionne d’opérette ?
--16 octobre 1925 les accords de Locarno par lesquels la France et l’Allemagne s’engagent à ne pas entrer en guerre l’une contre l’autre. Aristide Briand et Gustav Stresemann décident d’un aménagement des réparations de guerre dues par l’Allemagne, plus une garantie mutuelle des frontières et l’entrée de ce pays dans la Société des Nations.
-- 25 octobre 1925 Mussolini part à la conquête de Rome à bord de son train de luxe. Les troupes italiennes vont atteindre la ville le 31, épuisées, trempées. Le Duce avec son état-major les attendait dans la villa Borghèse devant laquelle les soldats durent défiler.
-- 24 octobre 1929 Jeudi Noir  la Bourse de Wall Street ; 350 banques sont en faillite. Le Monde a la fièvre, le chômage et la récession pointent leurs nez. 
-- 23-31 octobre 1956 soulèvement de Budapest
-- 4 octobre 1957 URSS lance son Spoutnik 1, premier satellite artificiel
---17 octobre 1961 Marianne est devenue folle : répression meurtrière par la police française d'une manifestation d'Algériens à Paris ; il s'agissait de boycotter le couvre-feu nouvellement institué aux seuls Nord-Africains. Des morts et des centaines de disparus.
--octobre 1973 premier choc pétrolier : octobre est la date associée au début de a crise ; le prix du baril est quadruplé passant de 2,59 à 11,65 dollars. La crise va se faire sentir jusqu’en 1978 pour rebondir en 1979.
-- 22 octobre 1975 première photo de Vénus prise par un engin spatial russe un Venera 9…….
Un autre jour tragique d’octobre :
Les Champignons d’automne – La mort de l’Empereur Claude :
Le 12 octobre 54, on servait au palais impérial des champignons, l’un des plats favoris de l’empereur Claude. Comme d’habitude, les musiciens jouaient, le goûteur Halotus goûtait comme toujours à chaque plat, à chaque boisson avant de les passer à l’empereur. Rituel auquel personne ne faisait plus attention. Et personne ne vit Halotus sortir une fiole de sa manche et en faire tomber quelques gouttes d’un liquide inodore sur le champignon qu’il venait de goûter. Claude d’un seul coup porta la main à sa bouche et devint tout pâle. Son épouse Agrippine cria : »un médecin, allez chercher un médecin !! ». Le piège de la diabolique Agrippine se refermait sur l’empereur. Le médecin Xénophon pria Claude d’ouvrir la bouche pour le faire vomir à l’aide d’une plume. Mais le traître avait plongé la plume dans une fiole semblable à celle de Halotus. Agrippine fit chasser hors de la salle les gens présents sauf Britanicus et ses sœurs. Claude s’effondra en râlant. Un orage grondait au-dessus du Palatin. Les Dieux ? L’empereur trépassé était assis dans son lit, enveloppé dans des draps, le regard fixé droit devant lui. Il faisait nuit, une nuit sinistre… Agrippine fit jouer l’orchestre, faisant croire que Claude était encore vivant, il fallait que sa mort demeure secrète jusqu’au lendemain car on devait prendre des dispositions pour mettre Néron le fils d’Agrippine sur le trône.  Les ingrédients de la tragédie étaient en place. (in P Vandenberg in Néron, édit R Laffont ou le Britanicus de Racine)




Sources : J Paul Amunatejri et Seije Brandly Le livre des Dates édit Ramsay – Marie Labourdette Patsy Crete Les Mémorables in Historia octobre 1982 n°431 -- P Vandenberg in Néron, édit R Laffont ou le Britannicus de Racine—photos wikipedia.org --


mardi 24 septembre 2019

Les Boileau-Castelneau une famille dans les tourmentes de l'Histoire


Les Boileau-Castelnau une famille dans les tourmentes de l’Histoire

(Etienne Boileau ? -Statue Hôtel de Ville de Paris). 


Des familles sont plus marquées par l’Histoire que d’autres. Un exemple parmi tant d’autres, la famille Boileau-Castelnau. Elle aura un domaine  dans le diocèse d’Uzès, mais  que de péripéties dans le vent de l’Histoire !!. . Encore aujourd’hui le château de Castelnau-Valence vit avec des descendants de cette famille.

Le premier chef de famille que nous avons rencontré, Matthieu Boillesve est d’Orléans, né au 12ème siècle. Les patronymes ne sont pas encore bien fixés. Il a trois fils connus, dont Etienne, né en 1205 à Orléans. Nous n’avons pas le nom de la mère.
Etienne épouse en 1225 Marguerite de Gueste. Ils auront au moins deux fils Robert et Foulques. Etienne est prévôt d’Orléans, puis le roi Saint-Louis le nomme à Paris, premier prévôt royal de 1261 à 1271, date de son décès à Paris.
Il s’engage avec les compagnons du roi pour la septième croisade, celle de 1248 à 1254, prêchée au Concile de Lyon. Il embarque le 25 août à Aigues-Mortes. Il a les moyens de s’équiper pour l'épopée, donc relativement aisé. Sa descendance est assurée, donc il peut partir.
Le 6 juin 1249 Damiette est prise par les croisés. Puis c’est la bataille de Mansourah le 8-11 février 1250. Cette ville est la seule à protéger Le Caire. Les Ayyoubides pour la défendre bloquent les croisés sur un bras du Nil. Pendant plus d’un mois les croisés échouent dans leurs tentatives de franchissement du Nil. Puis grâce à une complicité, le 8 ils arrivent à leur fin. Les Templiers recommandent la prudence, mais Robert d’Artois, le frère de St Louis, mal conseillé par Fourcaut du Merle, se jette avec son avant-garde sur les Turcs. Ils sont suivis par les Templiers de Guillaume de Sonnac, les Hospitaliers de Jean de Ronay. Sans attendre le gros de l’armée franque, ils traversent le camp sarrasin, l’émir Kahreddin est tué, et les croisés entrent dans la ville par surprise. Mais les Turcs repris en main par leur chef Baybars, réagissent et les assaillants sont tous massacrés, seuls quelques chevaliers s’en sortent vivants. Une nouvelle bataille décisive le 11 février ; les Turcs utilisent le feu grégeois. De nombreux chevaliers vivent l’enfer, sont massacrés par l’ennemi.  Etienne Boileau est fait prisonnier ; le roi va le racheter et lui éviter ainsi la mort ou l’esclavage.
Charles d’Anjou est sauvé, mais Robert d’Artois est tué ainsi que le grand maitre des Templiers, Guillaume de Sonnac et Jean de Ronay des Hospitaliers. La victoire est pour les croisés mais à quel prix ! Louis IX essaie de négocier, Damiette contre Jérusalem, en vain. Mi-mars la flotte franque est détruite ou capturée, isolant les troupes du roi d’une éventuelle retraite vers Damiette.
Les blessés sont massacrés par les musulmans, puis Louis IX réussit à échanger le vie et la liberté des croisés prisonniers contre 500 000 livres tournois. Les Templiers refusent de faire l’avance de la somme, qui sera finalement prise de force par le sénéchal de Joinville. Le roi quitte l’Egypte le 8 mai et se retrouve le 13 à Saint-Jean-d’Acre. Il y restera jusqu’en avril 1254, malgré l’insistance de sa mère Blanche de Castille et les conseils des barons qui veulent rendre chez eux. Les hommes souffrent ou ont souffert de disette, de scorbut ; les blessures sont nombreuses, le moral au plus bas.





Saint Louis guerroyant aux côtés du Comte d'Artois, son frère, et du Baron Malet de Graville, chevalier l'ostel du Roy. Sources Inconnu-BNF Gallica ARK btv1b8447303m/f207
De retour au pays, Etienne Boileau reçoit la première magistrature de Paris vers 1254. De 1261 à 1271 il est le premier prévôt royal connu de Paris. La fonction est différente de celle de prévôt des marchands. Il doit remettre de l’ordre dans la ville. Etienne va réprimer les abus, rétablir les revenus royaux, et réorganiser les corporations d’arts et de métiers. On lui doit en 1268 « Le Livre des Métiers » un recueil de statuts de métiers parisiens. On y trouve les coutumes et règlements, les octrois perçus et les juridictions de Paris. Dans la ville 101 corporations de métiers !! Ce livre sera publié pour la première fois en 1837, faisant la joie des historiens.
Etienne Boileau installé au Grand Châtelet, a un salaire de 300 livres par an. Il est à la fois, receveur des finances, officier de police, juge, administrateur.
Le 1er juillet 1270 c’est le départ d’Aigues-Mortes pour la 8ème croisade. Robert l’un des fils d’Etienne Boileau y participe et va y mourir à 42 ans en 1277 à Tunis. Robert est né à Paris en 1235. On ne connait pas son épouse. Ils ont au moins un enfant  Jean (1270-1352).
Louis IX en mars 1270 reçoit l’oriflamme pour la 8ème croisade. Il laisse l’administration du royaume à Mathieu abbé de Saint Denis et à Simon sire de Nesle. Les croisés arrivent à Tunis, ancienne Carthage, le 18 juillet. Le roi de Sicile Charles d’Anjou, frère de Louis IX n’est pas au rendez-vous promis. Les Turcs en profitent pour se préparer. Pendant ce temps la canicule, les maladies, choléra, dysenterie, les fièvres ravagent le camp des croisés. Le roi de Navarre, le légat du pape, Jean-Tristan, fils de Louis IX tombent malades, puis le roi lui-même. Sentant la mort proche, il recommande à son fils le futur Philippe le Hardi (1245-1285) de faire respecter la religion et ses ministres. Une trêve de quinze ans est conclue et fin octobre 1270, la suite du roi est ramenée en France. Saint-Jean d’Acre tombera en 1291 mettant fin à la présence européenne en Terre Sainte.
Robert meurt sept ans après son souverain à Tunis en 1277.

Son fils Jean nait à Paris en 1270. Son père l’a-t-il connu avant son départ pour Tunis ? Jean décède en 1352 à Paris, à 82 ans. Nous ne connaissons pas son épouse. Ils ont un fils nommé aussi Jean né vers 1300 et décédé à Paris en 1380, à 80 ans.  Ce dernier sera semble-t-il le premier baron de la famille anoblie par le roi Charles V. Une noblesse qui va se construire sur le sang de leurs aïeux.
Ce Jean a un fils aussi prénommé Jean né vers 1330 et décédé en 1396 en Bulgarie à Nikopol à l’âge de 66 ans. C’est le deuxième baron de la famille.
Il aura eu le temps d’avoir un fils Regnaud en 1355 qui décédera en 1400.

25 septembre Bataille de Nicopolis

25 septembre : Bataille de Nicopolis.

Le 25-28 septembre 1396 les croisés sont vaincus à Nicopolis sur le Danube par les Turcs. Le roi de Hongrie Sigismond et l’empereur de Byzance Manuel Paléologue sont attaqués par les armées turques du sultan ottoman Bayazid 1er et les Serbes de Stefan Lazarevic.. De nombreux seigneurs français sont faits prisonniers dont Jean Sans Peur fils du duc de Bourgogne. Ils représentent l’espoir d’une rançon et ont la vie sauve. La légende ou l’Histoire dit que 300 chevaliers nus sont poussés devant le sultan ; ils déclinent leur nom et leurs ressources. Les insolvables ou récalcitrants sont immédiatement décapités. Jean de Nevers âgé de 25 ans héritier du duché de Bourgogne aura la vie sauve contre 200 000 florins que ses sujets devront payer !! Son imprudence, sa gloriole seront récompensées : il devient « Jean sans peur ».

Jean sans Peur sera tué en septembre 1419 sur le pont de Montereau-Fault au cours d’une entrevue qu’il a avec le futur roi Charles VII. Pour venger l’assassinat de Louis d’Orléans en 1407 et pour empêcher un rapprochement du dauphin de France avec le parti bourguignon. Montereau-Fault où les Boileau ont un domaine.

  Le fils de Jean, Regnaud Boileau, 3ème baron, naît en 1355 à Paris. Il est nommé Trésorier Royal de la sénéchaussée de Beaucaire et Nîmes en 1390 sous le règne du roi Charles VI le Fol. Il est chargé de construire le château de Nîmes. Il est le premier de la famille à habiter en Languedoc. Il obtient la permission de porter un croissant dans les armes de la famille en reconnaissance de la bravoure de son père en Bulgarie. Il décède à Nîmes en 1400 à 45 ans. Il change son blason, pour porter « d’azur, au château d’argent sommé de 3 tourelles d’or, ouvert du champ, maçonné de sable soutenu d’un croissant d’or ».  Armes que sa descendance adopte.
Il a au moins un fils Antoine (1381-1459). Il nait à Nîmes et y décède à 78 ans en 1459. Il est le 2ème trésorier royal de Nîmes et Beaucaire. Il succède à ce poste à son père en 1400. Il est le 4ème baron de la famille. On ne connait pas le nom de son épouse.
Ils ont un fils Guillaume, seigneur d’Argenteuil (1420-1494). Il nait à Montereau-Fault-Yonne, mais décède à Nîmes le 6 septembre 1494 à 74 ans. Il est lui aussi trésorier du domaine royal de Nîmes et Beaucaire, le 3ème de la famille. Nîmes-Montereau, des kilomètres, des voyages…La famille a encore un domaine à Montereau.
Guillaume se marie le 21 septembre 1470 à Bourges avec Etiennette Bourdin (décédée en 1506), fille de Jean Receveur Général du Poitou. Ils ont onze enfants.
Guillaume vend Montereau-Fault et s’installe à Nîmes en 1494. Sur sa tombe, l’inscription : : "à la mémoire bénie du Sieur Guilhaume Boileau, trésorier de notre respecté roi. Son fils, aussi trésorier, a construit ce monument avec une chapelle pour lui et sa famille, dans l'année de notre seigneur 1494, en septembre. Priez pour le mort, qu'ils reposent en paix". Pour un autre auteur l’inscription latine se situait dans la maison nîmoise de la famille sur la tombe de Guillaume :  "à la mémoire très chère du seigneur Guillaume Boileau, Trésorier de son Altesse, notre Roi. Le seigneur Antoine Boileau, son fils, également Trésorier Royal, fit édifier cette tombe dans une chapelle pour lui-même et sa famille en l'année 1499 de notre Dieu, en septembre. Priez pour les morts, puissent-ils reposer en paix. (NB Promethée)
Il apparait dans les archives de Nîmes en 1498. La famille de par ses fonctions, va devenir de grands propriétaires terriens et s’allier à la noblesse languedocienne, les Montcalm, de la Croix, Rossel, Airebaudouze, Rochemore…..
Les enfants : Guillaume protonotaire du Pape, Prieur de Saint-Nicolas-Lès-Uzès ; Jean-Guillaume conseiller à la Cour de Montpellier ; Nicolas conseiller au Grand-Conseil ; Agnès décédée en 1503 épouse de Pierre de Rochemaure ; Catherine épouse de Jean de Ganay Chancelier de France ; Etiennette épouse de Jacques de Valette seigneur de Fontesc ; Claudine mariée à Jean de Laudun….. Et Antoine II Boileau.
Antoine II nait en 1470 à Nîmes et décède vers1534 à 64 ans de cette ville. Il est seigneur de Castelnau et Sainte-Croix de Boirac. Evidemment il est trésorier et receveur ordinaire en la sénéchaussée de Beaucaire et Nîmes, après son père en 1494, office transmis par le roi Charles VIII, puis confirmé par Louis XII en 1498 à Senlis et en 1513 à Valence. Puis François 1er le réaffirme dans la fonction en 1515 à Paris.
Il épouse en 1497 Françoise Trousselier ; un fils Jean III Boileau de Castelnau (1500-1560), deux filles Catherine et Etiennette. Françoise est la fille héritière du docteur Jean Trossellier (Troussellière) conseiller et médecin principal de Charles VIII. Le pape Léon X reconnait Antoine et ses descendants comme nobles en août 1516.
Le domaine de Castelnau de la Garde et de St Croix de Boiriac est acheté en 1500 par Antoine au comte Secoudin de St Félix pour 400 livres. (- titres justificatifs : lods d'Antoine Boileau, trésorier royal pour l'achat de Castelnau sur Secondin de St- Félix, moyennant 400 livres t. acte devant Jean de Costa, notaire de Nimes, 5 février 1500-1505 - Lods et investiture avec reconnaissance ati roi par Arnaud de St-Félis:, seigneur de Castelnau pour l' achat de Ste-Croix-de-Borriane, 30 avril 1488 –Chartrier de Castelnau 121)-




Jean III Boileau de Castelnau : né à Nîmes en 1500 et décédé le 29 mars 1560 à Amboise à 60 ans. Trésorier et receveur de Nîmes, mais impliqué dans les guerres de religion(s), le premier à embrasser le protestantisme. En 1551 il est dans le rôle des montres des nobles de la sénéchaussée de Nîmes.
Mais il participe à la conjuration d’Amboise, est fait prisonnier par le duc de Nemours et il est décapité devant le château d’Amboise le 29 mars 1560. La conjuration d’Amboise appelée aussi le « Tumulte d’Amboise » a pour but d’enlever le roi François II pour le soustraire à la tutelle de la famille des Guises. Des gentilshommes de tout le pays se rallient à ce projet. Les pasteurs, Jean Calvin en tête sont contre cette voie de la violence et condamnent le projet des conjurés. Gaspard de Coligny refuse que la noblesse de Normandie s’associe à la conjuration. Le Prince de Condé ne participe pas mais en attente à Orléans espère recueillir les fruits du complot. Il y gagnera le surnom de « capitaine muet ». Des bourgeois d’Orléans, de Tours, de Lyon s’associèrent au plan.
(L'exécution des conjurés.
Gravure de Frans Hogenberg d'après Tortorel et Perrissin
)
.
Les Guises sont avertis par des fuites. L’attaque des huguenots se solde par un échec, puni avec une extrême sévérité : les conjurés sont pendus aux balustrades du château, noyés dans la Loire ou massacrés par la foule. Cet événement ouvre la triste période des guerres de religion (1562-1629).
Jean III était marié depuis le 6 février 1538 à Bagnols sur Cèze avec Anne de Montcalm Gozon (1515-1596). Peu d’archives sur sa vie. Peut-être la tragédie d’Amboise n’a pas donné envie de conserver des traces de Jean III. Ses enfants, probablement 6, toujours et malgré tout bien mariés : Jean qui suit, Claude mariée à Jean-Jacques de Lageret seigneur de Caillargues, Guillemette-Gabrielle épouse le 17 août 1562 d’Antoine Barnier conseiller au Présidial de Nîmes (mariage protestant) et  co-seigneur de Sueilhes, Anne-Marie mariée à Guy de Bons(Bony) fils de l’Intendant de Roussillon, ….
Son fils Jean nait le 22 août 1545-48 à Nîmes et décède le 10 mai 1618 à 69-72 ans dans cette ville. Un historien le fait naitre à Saint-Julien-du-Tournel en Lozère, lieu où il décéderait aussi. Un premier mariage le 25 juillet 1571 pour Jean  avec Honorade Le  Blanc de La Rouvière-Fourniquet (Honorade de Blanchon dame d'Airan) qui décède rapidement et lui laisse une fille. Le contrat de mariage est signé à Saint-Julien du Tournel. Honorade est issue d'une vieille famille d'Uzès.
La famille des Le Blanc de vieille noblesse, à l’époque possédait le domaine d’Ayran avec sa source qui se jetait dans la rivière de l’Eure. Le père de la mariée est juge des « conventions royaux ».
Jean est 1er Consul de Nîmes en 1605 et syndic du diocèse. Il se marie le 15 octobre 1576 à Nîmes avec Rose de Calvière de Saint-Côme (1558-1644). Le père de Rose, Nicolas de Calvière seigneur de la Boissière et gouverneur de Nîmes en 1580, gentilhomme de la Chambre du roi en 1581. Douze ou treize enfants pour Jean et Rose, dont un fils Nicolas (1578-1657).
La famille est toujours protestante, va vivre la St Barthélémy en 1572 et les guerres de religions dans notre région. Le Connétable de Montmorency en 1596 lui ordonne de le rejoindre avec son équipage dans le Haut-Languedoc. En 1594 il se présente à la convocation de l’arrière-ban. En 1600 les protestants de Nîmes le font député pour l’assemblée relative à l’exécution du l’Edit de Nantes de 1598.
Il décède à 69-72 ans, âge relativement jeune dans cette famille lorsque l’on ne meurt pas dans son lit. A-t-il fait un séjour en Angleterre : un Boileau de Castelnau est inscrit sur The Roll of the Huguenots settled in the United Kingdom dans la chapelle des huguenots français de la cathédrale de Canterbury (16ème siècle). Il va perdre plusieurs de ses fils dans les batailles de l’époque.
Ses enfants, probablement 12 ou 13 : Nicolas l’ainé qui continue la descendance ; Jean sergent-major en Piémont mort à Candel ; Claude capitaine au régiment de Montpezat tué au siège de Cérizolles en 1616 ; Daniel tué à la bataille de Prague en 1620 ; Guillaume époux de Rose de Falcon ; Jacques, médecin (et avocat ?) époux d’Armande de Rossel et branche des Boileau d’Uzès qui sera consul d’Uzès de 1610 à 1620…
C’est encore le temps de l’espoir, de vivre sa religion tranquillement, d’avoir un roi qui écoute le peuple. L’Edit de Nantes va apporter un temps cet espoir de tolérance sinon de liberté. Nous verrons sur ce blog dans quelques semaines que le 17ème siècle sera le temps du désespoir, de l’incompréhension, des interdictions, du départ, de l’exil….

Château de Castelnau

-- Sources :Auguste Geffroy, « Boileau (Étienne), ou Boilesve ou Boileaux » [archive], dans Charles Dezobry et Théodore Bachelet, Dictionnaire général de biographie et d'histoire, de mythologie …, 10e  éd., t. 1, C. Delagrave, 1889, p. 333.-- Antoine de Lévis-Mirepoix, Saint Louis, roi de France. Le livre des métiers d'Étienne Boileau, Paris, Michel, coll. « Le mémorial des siècles, les hommes », no 13, 1970, 373 p.6-- Arié Serper, « L'administration royale de Paris au temps de Louis IX » [archive], dans Francia, 7, 1979--Jean de Joinville, La vie de Saint Louis, Paris, Dunod, 1995--- Régine Pernoud, Les Hommes de la Croisade, Mayenne, Taillandier, 1977.-- Frères Haag : La France protestante--  François-Alexandre Aubert de la Chesnaye des Bois Généalogie des Boileau de Castelnau—généanet – wikimedia.org--Huguenot pedigrees, v. 02Edité en 192 4--Source: FamilySearch---Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume Auteur : Nicolas Viton de Saint-Allais-- Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle - T5Auteur : Chaix d'Est-Ange, Gustave Gallica BNF ---).- Les chiffres de M. l'abbé Rouquette : Étude sur les Fugitifs du Languedoc (Uzès), Société de l'Histoire du Protestantisme Français. Bulletin, LXIe année, 1912, pp. 237-258--

mercredi 18 septembre 2019

Ecouter La Croisière Jaune



La Croisière Jaune :


n  Ecouter sur orinoco-postcast.com/2019/09/05/la-croisiere-jaune/ –in  Internet radios Fréquence Mistral -- 48 FM Mende Lozère—Radios Communautaires du Canada—Gilles Beg --






(archives Pierre Giraud - garage Malafosse ses grand-parents )

samedi 14 septembre 2019

Catalina la nonne soldat


Catalina la nonne soldat :
               







Portrait anonyme de Catalina de Erauso attribué à Juan van der Hamen (vers 1626).
Catalina de Erauso est née en 1585 ou 1592 (selon le registre des baptêmes) au Pays Basque à Saint-Sébastien et décède en 1650 à Cuetlaxtia en Nouvelle-Espagne. Son existence toute entière est vouée à la guerre, à l’aventure en Espagne, puis en Amérique espagnole. Un caractère fougueux, ombrageux, des duels, des condamnations et des fuites éperdues, telle sera sa vie. Très loin des codes sociaux et surtout féminins. Une femme « libérée » avant l’heure. Un personnage de roman et de cinéma ! On la nomme La Monja Alférez (« La Nonne  Lieutenante »).
Ses parents Miguel de Erauso et María Pérez de Gallárraga y Arce font partie de la haute société espagnole.
Son père est militaire, commandant de la province sous le roi Felipe III. Elle a plusieurs frères et au moins deux sœurs. Elle est la quatrième enfant après trois frères plus âgés. Enfant elle est très proche de son père et de ses frères avec lesquels elle jouait à des jeux de guerre.
Très jeune sa famille la destine à devenir nonne. Sa mère s’inquiète des dérives de son éducation qui est totalement orientée vers les jeux guerriers, les jeux équestres.. Elle parle non pas l’espagnol des familles nobles, mais le basque de sa province. Vers quatre ans semble-t-il, elle se retrouve au convent dominicain d’El Antigua de Saint-Sébastien avec ses sœurs Maria et Isabel. Sa tante, sœur de sa mère y est prieure. Elle est destinée à devenir une jeune fille bien élevée, pieuse, qui prendra le voile pour ses quinze ans. Destin inéluctable tout tracé par sa famille.
Mais devant son caractère explosif, bagarreur, vers onze ans, elle change d’établissement et elle intègre le monastère San Bartolomé de Saint-Sébastien aux règles très strictes. Il faut lui casser le caractère pour une éducation selon les règles du catholicisme de l’époque. Elle va y vivre jusqu’à ses quinze ans, mais le cheval fou n’est toujours pas dompté. Elle refuse de prononcer ses vœux, elle n’a vraiment pas la vocation. Une énième bagarre avec une autre pensionnaire et après un enfermement en cellule, elle décide de quitter le couvent. Elle s’enfuit de nuit, habillée en homme, après avoir volé les clés du couvent. Elle n’a jamais vu une rue, la ville…. L’aventure commence. Nous sommes le 18 mai 1600. Elle a eu le réflexe de prendre dans le bureau de la Sœur Supérieure quelques pièces de monnaie, de quoi coudre, des morceaux de tissu. Elle erre d’abord dans un bois pendant trois jours, le temps d’arranger son habit de garçon, elle se coupe les cheveux.
Dans un premier temps, arrivée à Victoria, elle se fait embaucher sous le nom de « Francisco de Loyoda »,  comme valet chez un notable, surpris de le/la voir lire le latin. Trois mois plus tard il essaie de la battre comme les maitres en avaient le droit à cette époque sans autre raison ; alors son caractère reprend le dessus, elle s’enfuit emportant de l’argent et probablement en ayant frappé son maitre.
Illustration montrant Catalina de Erauso pendant la guerre d’Arauco parue dans la revue chilienne Pacifico Magazine en 1918.
Un muletier l’emmène jusqu’à Valladolid. Elle se fait embaucher comme page chez le secrétaire du roi Philippe III. Sa bonne éducation apprise chez les sœurs lui sert. Elle gagne sa vie et peut s’acheter des vêtements d’homme élégant. Elle peut à nouveau galoper. Sept mois passent, mais son père vient chez le secrétaire du roi pour le supplier de faire rechercher sa fille qu’il suppose enlever de son couvent par des malandrins.
Elle prend son bagage, son argent et fuit à nouveau vers Bilbao. Un mois en prison pour avoir blessé un garçon dans une bagarre, elle y apprend le démon du jeu qui ne la quittera plus. Libérée elle s’engage dans une autre famille de San Sébastien comme page ; elle y apprend le maniement des armes, à sa grande joie. Elle s’affirme de plus en plus masculine. Mais elle a envie de voir d’autres cieux. Avant de partir, elle a l’audace en costume masculin d’aller entendre la messe dans son ancien couvent ! Tout au long de son périple elle sera aidée par de compatriotes basques qui ne doutent pas un instant de sa masculinité.

Séville, elle s’engage comme mousse dans la flotte de Luis Fojardo. Elle se retrouve sur le galion d’Estelan de Eguerra, son oncle maternel qui ne la reconnait pas. En route vers l’Amérique du Sud. Catalina a 18 ans et sa vie guerrière va commencer. Mais mauvais temps oblige, le navire retourne au port. L’honnêté n’est pas son fort, Catalina en profite pour voler 500 piastres dans la cabine de son oncle. Et elle s’enfuit à nouveau. Trois mois après, un négociant l’embarque pour le Pérou, ce Pérou dont elle rêve tant. Mais au large de Panama, le navire fait naufrage, trois personnes seulement s’en sortent : Catalina, le négociant et un domestique. Devant l’astuce et l’intelligence de la jeune fille, le marchand l’emploie dans des missions commerciales dans tout le pays. Ce travail lui plait, l’enrichit même. Elle est en contact avec les marchands, négociants basques.
Elle est toujours supposée être un homme. Elle est grande, ni laide, ni jolie, sans poitrine ni formes féminines. Un regard noir, hautain d’hidalgo !! Plus tard on la décrit avec un aspect masculin, un visage vieilli, elle s’habille comme un Espagnol et porte l’épée comme un soldat plutôt que comme un courtisan.. On la surprend folâtrant avec des servantes. Plusieurs fois des mères voyaient en elle ou lui un bon parti pour leurs filles et envisageaient un mariage, situations dont Catalina profite pour obtenir des présents ou des avantages. Elle rompt à plusieurs reprises des promesses de mariage avec des jeunes femmes. Elle se sait suffisamment différente sexuellement pour ne pas aller plus loin dans ses engagements matrimoniaux. Toujours le mensonge physique, une sexualité non assumée, la dérobade, le sauve-qui-peut…
Mais une énième bagarre dans un café, et Catalina doit s’enfuir encore. Elle se réfugie dans une église au nom du droit d’asile. Le corregidor local basque comme elle lui propose de fuir à Lima chez un marchand ami Diego Solarte Son précédent maitre lui donne de l’argent pour ouvrir dans cette ville un commerce. La voilà à Lima. Toute sa vie elle bénéficiera de la solidarité de ses compatriotes basques et échappera ainsi à la peine de mort plusieurs fois prononcée contre elle.
Joli garçon, elle plait aux femmes en particulier à celle de Diego. Elle doit fuir encore. Cette fois, elle s’engage dans un régiment en partance pour le Chili. Elle traverse tout le pays pour rejoindre le point de ralliement Conception. Elle est devenue Alonso Díaz Ramírez de Guzmán. Son frère aîné Miguel ne la reconnait pas, elle était toute petite lorsqu’il est parti pour les Indes. Il est heureux d’avoir un compatriote à qui parler et il la prend comme ordonnance. Une vie sans histoire pendant trois ans. Mais Miguel devient jaloux de son ordonnance à cause d’une belle et il l’envoie immédiatement en plein pays indien où 80 000 Indiens se battent contre l’envahisseur espagnol. Catalina se bat courageusement, elle est blessée, tue le chef de tribu, récupère le drapeau espagnol tombé aux mains de l’ennemi. Elle devient porte-drapeau, puis remplace le capitaine tué. Elle commande sans pitié les ravages inhérents à la guerre. Victoire !
Elle rejoint Conception pour se reposer. Mais le démon du jeu est toujours là. Au cours d’une partie, une violente dispute et notre Catalina pareille à elle-même, enfonce son épée dans la poitrine de celui qui l’accusait de tricherie. On n’arrive pas à la maitriser. Un général y gagne une estafilade sur la joue. Catalina se réfugie à nouveau dans une église. Elle y reste six mois. Une récompense est promise à celui qui la livrera vivante. Le temps passe, la surveillance se relâche et elle réussit à s’échapper.
Quelques temps après, elle doit servir de témoin dans un duel. Un des duellistes tombe, tué. Catalina prend sa place comme le veut la tradition et elle tue l’adversaire qui n’est autre que son frère. Elle ne l’aurait pas reconnu. Pour certains historiens, c’est au cours d’une altercation nocturne qu’elle aurait tué son frère qu’elle reconnaitra en entendant ses cris d’agonie. Pour d’autres, Catalina et son frère convoitaient la même femme.
Monument à la mémoire d'Erauso à Orizaba, au Mexique.
Après ce drame, elle se retire huit mois dans un couvent de moines. Puis elle repart vers le Tucuman au nord-ouest de l’Argentine où l’on a besoin de soldats-cavaliers. Avec deux compagnons, elle doit pour cela franchir la Cordillère des Andes. C’est un autre enfer !
Des pentes abruptes, des crevasses profondes, des avalanches de caillasses, le vent, le froid, la neige, et la soif. Les compagnons de Catalina périssent gelés avec leurs chevaux. Elle récupère leurs armes, leurs piastres, mange du cheval. Elle marche pour survivre. Son cheval s’est écroulé sous elle. Sa volonté de fer lui fait arriver sur l’autre versant de la montagne, plein de soleil, verdoyant. Elle s’écroule. Deux rancheros  la récupère et l’emmène dans une ferme où elle pourra manger, dormir dans un vrai lit…. La propriétaire de la ferme, une veuve richissime, lui propose le poste de régisseur et la main de sa fille. Situation intenable pour Catelina engluée dans son mensonge d’orientation sexuelle.
Il lui faut partir à nouveau. Encore des bagarres, puis un poste de majordome à Lima chez un échevin. Puis la province se révolte et on enrôle des soldats. Enfin des duels, des règlements de comptes où Catalina est toujours vainqueur.
Mais un jour, la roue tourne et lors d’un duel à Cuzco elle est blessée à mort, du moins le croit-elle. Elle se confesse et avoue être une femme. Elle se retrouve dans un couvent pendant deux ans et demi. Elle a vieilli, ses cheveux sont blancs, elle a trente-neuf ans. Elle a perdu son allure de « jeune garçon charmant ». Elle veut revoir son pays. En 1620 elle travaille chez l’archevêque de Lima puis en 1624 elle arrive en Espagne. Quand elle arrive à Cadix, tout le monde sait que sous ses habits masculins se cache une femme aux nerfs d’acier, à la musculature guerrière.
Elle part pour l’Italie, Rome. Mais arrivée à Turin on la soupçonne d’être une espionne pour le compte de l’Espagne. Prison, tortures et enfin libération. Mais elle n’a plus envie de Rome pour l’instant. Elle se rend à pied à Toulouse retrouver le fils du comte de Grammont qui généreusement lui donne un cheval et 300 écus pour rentrer à Madrid.  Elle espère obtenir du roi d’Espagne une récompense pour ses bons et loyaux services en Amérique. Récompense accordée. Elle reçoit une pension de 800 écus par an. A l’abri de la faim, elle repart pour Rome. Elle y rencontre le pape Urbain VIII. Elle lui raconte sa vie. Le pape par dérogation spéciale lui accorde le droit de porter l’habit masculin. (après avoir fait vérifier qu’elle était toujours vierge !!). Ce n’était pas encore le temps du « Mariage pour tous », mais le pape fait preuve d’une certaine empathie pour Catalina qui sent le soufre, l’Inquisition n’est pas loin !.

(alamy stock photo-Nouvelle-Espagne)
Catalina part une dernière fois en 1645 pour la Nouvelle-Espagne avec la flotte de Pedro de Ursua qui nous en laissera un portrait écrit.
Elle devient conducteur de mules sur les chemins de Veracruz sous le nom d’Antonio de Erauso. Toujours la route, les rencontres hasardeuses…. Toute sa vie elle est à la recherche d’un ailleurs, ou plutôt d’elle-même ? Elle meurt en 1650 à Cuetlaxtia. Est-elle morte dans son lit ou assassinée ? Ou bien emportée par le Diable ?

(Catalinaundestin.com)
Sources : Thomas De Quincey : La nonne militaire d'Espagne – Paris 1954, Club du Meilleur Livre – Préface de Maurice Saillet – Traduction de Pierre Schneider.--- La nonne militaire d’Espagne – Poitiers/Ligugé 1980, Mercure de France – Préface de Kenneth White – Traduction de Pierre Schneider. --- Léon Gaultier : Catalina de Erauso, la Nonne Conquistador – 1980, Editions Jean Picollec.--- José-Maria de Heredia, La nonne Alferez – Lyon 1982, Editions J. L. Lesfargues.---- Marion Poirson-Dechonne : La guerrière du nouveau monde, Rouge Safran 2012.—BNF Gallica—wikipédia.org--- www.franceinter.fr/emissions/autant-en-emporte-l-histoire/autant-en-emporte-l-histoire-13-mars-2016
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