lundi 24 janvier 2022

Les Années qui passent-- Jacques Prévert

 


(neige2021Vallabrixphotoperso)(déjà sur ce blog le 14/01/2021)

 Les Années qui passent.....

A peine la journée commencée et.. il est déjà six heures du soir.

A peine arrivé le lundi et c’est déjà vendredi…

Et le mois est déjà fini…

Et l’année est presque écoulée

Et déjà 40, 50, ou 60 ans de nos vies sont passés,

Et on se rend compte qu’on a perdu nos parents, des amis,

Et on se rend compte qu’il est trop tard pour revenir en arrière….Alors…

Essayons malgré tout de profiter à fond du temps qui nous reste.

N’arrêtons pas de chercher à avoir des activités qui nous plaisent…

 Mettons de la couleur dans notre grisaille…

Sourions aux petites choses de la vie qui mettent du baume dans nos cœurs.

Et malgré tout, il nous faut continuer de

Profiter avec sérénité de ce temps qui nous reste.

Essayons d’éliminer les « après »…

Je le fais après…Je dirai après…J’y penserai après

On laisse tout pour plus tard comme si « après »

Etait à nous.

Car ce qu’on ne comprend pas, c’est que :

Après le café se refroidit…

Après les priorités changent…

Après le charme est rompu…

Après la santé passe…

Après, les enfants grandissent…

Après, les parents vieillissent…

Après les promesses sont oubliées..

Après le jour devient la nuit…

Après la vie se termine…

Et après c’est souvent trop tard…Alors…

Ne laissons rien pour plus tard !!

Car en attendant toujours à plus tard,

nous pouvons perdre les meilleurs moments,

les meilleures expériences, les meilleures amis,

la meilleure famille…le jour est aujourd’hui… 

l’instant est maintenant….Nous ne sommes plus à l’âge

 où nous pouvons nous permettre de reporter à demain 

Ce qui doit être fait tout de suite.

Alors voyons si vous aurez le temps de lire ce message

 et ensuite de le partager.

Ou, alors, vous le laisserez peut-être pour… »plus tard »…

Et vous ne le partagerez « jamais » !!


Jacques Prévert

vendredi 14 janvier 2022

Pierre Paul Riquet et les Cordeliers furieux

 

Pierre Paul Riquet et les cordeliers furieux



(Pierre Paul Riquet statue Bézier)

Aux archives du Canal du Midi, une lettre de Pierre-Paul Riquet, le père du canal, en date  du 22 novembre 1667. Elle est adressée au chevalier de Clerville ingénieur des fortifications chargé par Colbert en 1664 d’aider Riquet, d’évaluer et surveiller les travaux. Un an auparavant le roi Louis XIV avait signé l’Edit de construction pour le canal des Mers Océane et Méditerranée.

Cette lettre évoque un moment crucial : la pose des deux premières pierres de l’écluse de Garonne à Toulouse. Cette cérémonie signe, lance le début de travaux de creusement.

Il s’agit de communiquer et de bien communiquer. Ce premier acte de la construction doit être une fête, un événement grandiose et surtout politique. Riquet a invité les hauts dignitaires du clergé du Languedoc, les représentants du Parlement et des Capitouls. L’archevêque de Toulouse, Monseigneur D’Anglure de Bourlemont, et président des Etats de Languedoc, bénira les deux premières pierres de l’écluse tandis que le président du Parlement et deux Capitouls déposeront et scelleront solennellement, l’un une pierre à droite et les autres celle de gauche.

Des médailles en bronze sont prévues pour être distribuer à la foule. Elles représentent la gloire du roi Louis XIV et la ville de Toulouse. Sur ces médailles un texte en latin sera gravé ainsi que sur les deux lames de métal qui seront déposées dans les fondations de l’écluse. Le canon ouvrira les festivités et une grande fête populaire couronnera la journée.

Le texte en latin pose problème à Pierre-Paul Riquet : il ignore totalement cette langue et il faut absolument que le texte soit correct. L’événement sera raconté, imprimé avec le texte en latin et distribué dans tout le royaume et aussi à l’étranger. Il y va de la renommée du roi de France. L’entreprise est grandiose et il faut que cela se sache !!

Et Riquet de raconter dans ce courrier une anecdote liée à l’évènement, moment burlesque, farfelu, dont on peut rire bien après, lorsque l’orage est passé !!.


Son ami et protecteur Monseigneur Charles de Bourlémont, évêque, donc connaissant le latin peut l’aider à corriger son texte. Dans les couloirs de l’évêché Riquet croise deux moines cordeliers. Il décide pour éviter de déranger Monseigneur Evêque de leur soumettre le texte. Les moines le reconnaissant, acceptent de l’aider et d’écouter Riquet lire sa version latine.

Mais le pauvre Pierre-Paul affligé de son accent de Bézier et de sa méconnaissance du latin est pratiquement inaudible et les moines sont persuadés qu’il se moque d’eux.

Il leur avoue qu’il ne connait rien à cette langue. Les moines ne le croient pas : comment un si grand savant peut-il ignorer la langue de Rome ? Plus Riquet essaie de se justifier, et  plus les religieux passent du simple air renfrogné à une colère noire.  « La chose passa si loing que nous en fusmes aux grosses paroles et un des pères, le plus gaillard des deux, eust la hardiesse de mettre en ses mains une de ses galoches pour m’en fraper. » (une galoche de l’époque est une chaussure en cuir à semelle de bois !!)

 « Mais alors que je vis en ses mains la sandale, je tremblai de frayeur et, crainte d’escandale, je gagnai promptement la chambre épiscopale, où je me mis à l’abri de nostre grand prélat, contre la tempeste de ce père furieux » !

Riquet préfère rire et faire rire de l’anecdote…

Il sera un précurseur en matière de droit social :  

Les ouvriers qui travaillaient sur le canal étaient payés 10 livres par mois, salaire  bien supérieur à celui qu’ils auraient pu espérer ailleurs pour la même tâche. Les jours fériés, dimanches, jours de pluie n’étaient pas déduits. Le logement était fourni pour une somme modique, les ouvriers malades étaient payés comme s’ils travaillaient. Les outils étaient fournis, charge aux ouvriers de les entretenir… Des conditions de travail qui n’ont pas fait que des amis à Riquet, parmi les entrepreneurs de la région mais qui ont fait rêver les ouvriers à une autre façon de travailler !!!

 

Sources et pour en savoir plus : archives.haute-garonne.fr/n/pierre-paul-riquet/n:241-- www.canalmidi.com/paulriqu.html-- www.canaldumidi.com/Personnages/Paul-Riquet.php--Samuel Vannier directeur des Voies Navigables de France--

 

 

mardi 4 janvier 2022

Le Baiser Lamourette

 


L’abbé Adrien Lamourette

Le Baiser Lamourette



Les temps à venir s’annoncent riches en tempêtes politiques. Notre pays a connu par le passé d’autres périodes houleuses, voire sanglantes, périodes d’affrontements, et pas seulement verbaux.

 

L’abbé Antoine-Adrien Lamourette sera l’artisan d’une réconciliation éphémère de nos politiciens de la Révolution de 1789. Il est né en 1742 à Frévent dans le Pas-de-Calais. Il était vicaire général de l’évêque d’Arras. Il va prendre toute sa part dans les évènements aux côtés de Mirabeau pour finir comme beaucoup d’autres, guillotiné. Il serait pour une part à l’origine de la constitution civile du clergé aux côtés de Mirabeau.. En 1790 il prête serment à la Constitution civile du clergé.

Il est élu évêque métropolitain de Lyon en 1791 probablement grâce à Mirabeau,  puis député du Rhône-et-Loire à l‘Assemblée Législative.  Le pape Pie VI ne reconnaitra pas ces évêques constitutionnels.

La fuite de la famille royale et l’arrestation du Roi Louis XVI après l’épisode de Varennes le 21 juin 1791 divise le pays et l’Assemblée en deux camps. La guerre civile paraissait inévitable.

Il sera le premier à employer l’expression de « démocratie chrétienne » dans un discours de novembre 1791. Il souhaitait que les différends entre les partis se calment pour avancer. Un homme de paix et de compromis. Il exhorte les députés à opérer un rapprochement entre le côté droit et le côté gauche de l’assemblée. Il parle de paix, d’union au nom de la patrie, de la liberté ; il invite son auditoire à se rallier franchement à la Constitution, à être fidèle à leur serment, au pacte fondamental, à la France, au Roi. Il y met tout son cœur. Le 7 juillet 1792 les députés l’entendent.  et se jettent dans les bras les uns des autres en un baiser fraternel !!! C’est le baiser Lamourette….baiser de paix ou de Judas ? Franchise, sincérité ou manipulation, simulation ? Les médias, la classe politique vont s’interroger un temps.

Le procès-verbal de cette séance mémorable est porté au roi par une députation et adressé à tous les départements. Louis XVI se rend immédiatement à l’assemblée et il y est accueilli par des applaudissements. Les députés à son retour aux Tuileries vont l’accompagner en masse.

Mais cela ne durera pas. Trois jours après, les partis étaient plus ennemis que jamais.

Adrien Lamourette avait pour ambition de concilier religion et philosophie des « Lumières ». Il aura pour élève l’abbé Grégoire. Il souhaite que l’Eglise retourne à ses origines, débarrassée des fastes, des privilèges du Haut Clergé. Il prône la tolérance religieuse. Jean-Jacques Rousseau est un des philosophes qu’il admire. Sa foi mettait l’accent sur la vocation au bonheur de tout être humain. Une vision optimiste de l’homme, un catholicisme épris de liberté et d’égalité.

En 1787 il entre à l’Académie d’Arras. En 1789 il demande l’égalité pour les Juifs et justifie la sécularisation des biens de l’Eglise.

Mais les évènements vont faire fi de ces bonnes idées. En 1792 il proteste contre les massacres de septembre. L’année suivante, lié aux Girondins,  il soutient la révolte fédéraliste de Lyon.

Il est arrêté le 29 septembre 1793, transféré à Paris et jugé, accusé d’être contre révolutionnaire car collaborateur de Mirabeau et soutien des fédéralistes lyonnais. Il est condamné à mort, il est guillotiné le jour même le 11 février 1794.

Selon Charles-Henri Sanson, le bourreau, lorsqu’il monte sur l’échafaud, des spectateurs lui crient : « Baise Charlot (Sanson) ». Lamourette répond : « oui, j’embrasserai en toi l’humanité qui si folle et si furieuse est toujours l’humanité ».

Toujours son humanisme et son souci de réconciliation !!!!

La langue française retint de cet épisode le nom de « baiser Lamourette » pour désigner une réconciliation éphémère et peut-être peu sincère.


Réconciliation lors de la séance du 7 juillet 1792

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) dans « Idées révolutionnaires » reprend ces terme : « L’Assemblée nationale s’est constituée au bruit du canon, du tambour et des fanfares. Dans ces jours où l’imagination est séduite par les sens, le cœur entraîné par l’imagination, la raison absorbée par le sentiment, l’âme n’a plus d’attrait que pour les épanchements de la sensibilité, pour les illusions de l’espérance. C’est l’heure des baisers Lamourette, c’est l’instant des réconciliations perfides. Mais bientôt l’enthousiasme s’apaise, le sentiment s’évanouit, et la raison revient poser ses questions redoutables. »

Que 2022 nous évite ces baisers Lamourette !!!

Sources ou pour en savoir plus : « Antoine-Adrien Lamourette », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 --- Chopelin-Blanc Caroline , Adrien-Lamourette (1742-1794). De l'apologétique à l'Église constitutionnelle, 2 vol. 768 et 784 p., Thèse soutenue à l’Université Lyon III le 14 octobre 2006—wikipedia.org--- Maurice Wahl, Les premières années de la Révolution à Lyon (1788-1791), Paris, Armand Colin, 1894---

 

 

 

vendredi 24 décembre 2021

Les santons voir et revoir

 (sur ce blog du 10/12/2020)

Santons-fèves- collection perso


Les Santons et la Crèche :

Bientôt Noël et ses décors scintillants.  Depuis quelques années dans notre belle province se pose et se repose la question de la Crèche : cultuelle, culturelle, traditionnelle, laïque ? Dans quel lieu est-elle permise, lieu privé, public ? On accepte sans rien dire les marchés de Noël, les guirlandes, les étoiles lumineuses dans les rues, qui sont pourtant espace public… Un marché de Noël bientôt à Dubaï. Comme dit ma voisine, au lieu de s’occuper des crèches il y en a qui ferait mieux de s’occuper de la hausse de la CSG pour (ou contre) les retraités !!.

L’histoire des représentations de la nativité qui est à l’origine des santons remonte aux premiers temps chrétiens. A Rome dans une chapelle des catacombes de Saint-Priscille une fresque de la première moitié du 2ème siècle montre la première figuration de la crèche connue. Toujours dans ce lieu une adoration des Mages peinte au 3ème siècle. Le musée lapidaire d’Arles nous montre des scènes de la Nativité, de l’adoration des Mages avec le monogramme de Constantinien.

La crèche s’enrichit de l’âne et du bœuf au 4ème siècle, animaux absents de l’Evangile. La crèche apparait au grand jour sur des sarcophages dans des lieux comme Rome, Milan, Ancône, Syracuse, Arles, Saint-Maximin. Elle se dévoile sur des manuscrits, des miniatures, des ivoires, peintures d’Orient….
Contrairement à la tradition, il n'y a aucune trace d'un âne ou d'un bœuf dans les deux évangiles qui racontent la naissance de Jésus (celui de saint Matthieu et celui de saint Luc). Les textes apocryphes comme l’évangile Pseudo-Mathieu du 6ème siècle mentionnent les deux animaux. Légende, besoin d’enjoliver les choses, de les rendre plus proches des fidèles avides de détails ?  Pourtant des représentations des deux animaux sont bien plus anciennes. Un fragment de sarcophage avec le bœuf et l’âne porte le nom des consuls Placide et Romulus, donc vers 343. Une tradition venue de témoins oculaires et transmise de bouche à oreille ? La question n’est pas tranchée actuellement. L’historien René Grousset nous dit « C'est à Rome surtout que la sculpture chrétienne avait fait son œuvre et que de nombreux bas-reliefs avaient habitué l'œil à voir près de Jésus naissant un Ane et un Bœuf : c'est à Rome que, sous cette influence toute plastique, les deux animaux avaient commencé d'exister véritablement. Nous n'avons plus qu’à suivre désormais notre légende à travers les âges. Jusqu'au seizième siècle on ne la mettra pas en doute ; et d'ailleurs, quels que soient les arguments qu'on puisse lui opposer, elle restera toujours vraie pour le sentiment populaire ». Nous nous garderons bien d’avoir une opinion. Et puis ces animaux sont bien sympathiques et faisaient partie de la vie des familles.
Sculpture en bois Philippe Péneaud
Le concile de Trente avait épuré certaines croyances fondées sur les évangiles apocryphes : le bœuf et l’âne disparaissent des crèches et représentations de la Nativité fin 16ème et 17ème siècle, à quelques exceptions près. Ils sont oubliés par Velasquez, Rubens… Mais sous la pression des fidèles et avec le temps, ils réapparaissent au 18ème siècle. 
Traditionnellement on attribue à François d’Assise la création en 1223 de la première crèche vivante à Greccio en Italie, dans un ermitage établi dans une grotte donnée par le seigneur du village. Les personnages sont joués par les gens du village, les animaux bien réels. Une querelle d’attribution : est-ce la mère de François d’Assise, de Tarascon ou Beaucaire, qui lors de son mariage avec un drapier de Lombardie, emmena sa crèche dans ses bagages. Les marchands napolitains vendaient sur les marchés de Provence et d'ailleurs jusqu'aux Flandres des « Santibelli », figurines religieuses en plâtre. D’où pour certains historiens l’existence de crèches provençales avant le 13ème siècle. Pour les Italiens au contraire, la première crèche vivante naquit à Greccio et de là la tradition gagna les couvents franciscains, des clarisses, les églises de France durant la seconde moitié du 13ème siècle. Quoiqu’il en soit,  François d’Assise est le saint patron des santonniers.
Petit à petit les personnages de la crèche sont sculptés en bois, en cire, en carton-pâte, en verre. Des chefs-d’œuvre, si fragiles qu’on les fixait dans des caisses en bois avec une vitre sur le devant. Les verriers d’Arles étaient célèbres pour ce travail, souvent des religieux, chartreux, carmélites, … La cire de leurs ruches était utilisée pour faire ces « Belèn » peints. Ce sont des pièces de musée maintenant.
Les personnages de la crèche de Louis XIV étaient en porcelaine coloriée, en costume de l’époque. Monseigneur Chabot nous raconte : « la crèche reflète la distinction et la noblesse qu’on trouvait à la cour du grand roi…les bergers portent culottes courtes et bas blancs….Les rois Mages ont grand air, avec leur coiffures empanachées de plumes flottantes… » . La crèche de Louis XV est « en satin bleu, aveuglante de paillettes.. ». La crèche de Louis XVI n’a pas la même grâce et la même finesse. Des coquillages et des arbustes en trop grand nombre nuisent à l’effet. Toute une époque !

Le peuple voulait aussi sa crèche. En 1775 à Marseille, Laurent construit une crèche à montrer au public avec des mannequins articulés vêtus de costumes provençaux. Mais il y ajoute des girafes, des rennes, des hippopotames. Jean-PaulClébert raconte : « À l'époque du Concordat, Laurent montrait même un carrosse qui s'avançait vers l'étable ; le pape en descendait, suivi des cardinaux. Devant eux s'agenouillait toute la Sainte-Famille et le pape lui donnait sa bénédiction. Pendant l'adoration des bergers, un rideau se levait, dévoilant la mer sur laquelle voguait un bâtiment de guerre. Une salve d'artillerie saluait l'enfant Jésus qui, réveillé en sursaut, ouvrait les yeux, tressaillait et agitait les bras ».


La Révolution française supprime la messe de minuit et bouleverse l’organisation des églises. Les représentations publiques de la nativité sont parfois autorisées. Alors dans l’intimité des foyers de chaque famille provençale sont apparus les « santoun », les petits saints, les santons. Ce que le peuple veut…. La crèche entre dans l’espace privé.


Foire aux santons à Marseille au milieu du XIXe siècle .En 1803, a lieu à Marseille la première foire aux santons. Santons peints, habillés, santons d’ailleurs. Et tous les accessoires pour le décor : la crèche est devenue un ensemble : l’étable, mais un village, avec son église, des maisons, des ponts, des puits, des arbustes…. Combien de villes maintenant ont pareille foire pour la joie de tous.



Jean-Louis Lagnel de Marseille eut le premier l’idée de construire des moules pour ses figurines en argile. Il représentait ses voisins dans différents métiers, vêtus dans la mode populaire de l’époque Louis-Philippe. Ces moules permettaient de reproduire à l’infini les sujets à moindre coût. Ses premiers santons sont sans bras, sans coiffure, sans accessoires qui sont moulés à part et collés au corps à la barbotine (argile diluée). Puis expérience aidant, il créa ses santons d’une seule pièce, installant le véritable santon 

de Provence en argile différent des santibelli italiens en plâtre. 

Moules de Jean-Louis Lagnel (1764-1822) premier santonnier marseillais. Musée Marcel Carbonnel (collection privée M Carbonnel – photo Ph Renoux-Carbonnel mars 2012- wikipedia-wikimedia common)
Les santonniers d’aujourd’hui réalisent d’abord un modèle dans l’argile crue placé sur un socle qui fera partie du sujet. Ensuite vient la confection du moule coulé en plâtre. Dans une moitié du moule talquée, on presse un colombin d’argile fraîche. Après pression des deux parties du moule, le santon est sorti, mis à sécher, ébarbé pour éliminer toute trace du moulage. Après un nouveau séchage, il est cuit dans un four à 800°. La décoration se fait à la main. Les santons habillés à l’origine étaient confiés à des familles qui confectionnaient les vêtements. Des petits métiers qui aidaient financièrement les familles.
lavandières Arles
                    
 Pêcheur de crustacés –Lagnel



Toutes les catégories sociales, les métiers, et maintenant des célébrités du moment sont représentées. Le Vieux Grasset et sa Vieille Grassette qui marchent dans l’innocente vie santonnière, bras dessus bras dessous rivés l’un à l’autre dans la tendresse, le Ravi, le Tambourinaire, le pêcheur et la poissonnière, le boulanger, le porteur d’eau, la lavandière, le vannier, le pistaché aux nombreux gilets et son gros ventre….. et l’Arlésienne, l’aveugle et son fils, les bohémiens, Margarido la grognon…. Des vies !! Le maire a revêtu ses plus beaux habits, son écharpe tricolore, son chapeau haut-de-forme, son parapluie. Une montre en or pend de sa poche de veston, habituellement appelé Mathieu et il inscrit la naissance de l’Enfant sur le registre d’Etat-Civil du village. Le brigand et l’enfant volé offrent un sujet de morale qui se terminera par la rédemption finale. Le curé traditionnellement représenté bedonnant, joues rouges. Un moine capucin, souvent présent en hommage à celui qui dans son couvent de Marseille avait eu l’idée de distribuer aux pauvres des petites sujets en mie de pain parfumés à l’anis. Son supérieur fit cesser cette distribution, peut-être parce que les petits pains étaient mangés avant le 25 décembre, ou parce que le succès de l’opération les dépassait.




Au moment de la crèche, nos rues, nos centres commerciaux résonnent de chants de Noël, s’illuminent de guirlandes. On prépare les cadeaux, on imagine les repas de fêtes… Même si l’on manque de moyens, on fait un geste, pour marquer le coup. Actuellement la tradition des crèches existe dans beaucoup de pays. Chaque santonnier apporte sa touche personnelle. Les Chinois nous en envoient en plastique, en résine. Les Polynésiens les sculptent dans des noix de coco, habillés de fibre de palme.... Les expositions nous enchantent par la diversité des sujets. Et chaque spectateur y trouve ce qu’il a envie d’y trouver. Les non-croyants ne sont pas les derniers à se réjouir du spectacle. Je connais nombre d’athées ou de protestants qui chaque année font leur crèche avec des décors modifiés d’une année sur l’autre, des nouveaux santons. On ne peut pas les taxer d’infantilisme. Peut-être un besoin de merveilleux ! 

Paul Fouque 1990 Aix en Provence collec privée– wikipedia –photo Daniel Ferrier

 La crèche, légende, religion, folklore, traditions, Histoire ? Quand on aborde la Pastorale provençale qui fait naître Jésus chez nous et non en Palestine, avec le maire pour l’inscrire sur notre registre d’Etat-civil, il y a de quoi s’interroger !!!! Toutes les catégories sociales y sont représentées, de la gardienne d’oies, à la marchande de légumes, du curé qui n’existait évidemment pas à l’époque de la naissance, le bohémien, du boulanger à la vendeuse d’ail…., tous naturellement présents pour célébrer la naissance de l’Enfant.  Il y a de quoi rêver à Noël, respirer le chocolat, le sapin, et surtout admirer le savoir-faire de nos santonniers !! Le message de Noël c’est avant tout un message de paix, d’amour. Une trêve dont nous avons bien besoin, un renouveau, un espoir ! C'est un message qui échappe à la seule sphère religieuse. Ce n’est pas innocent si la tradition a fait naître Jésus en décembre au lieu de l’été,  lorsque la lumière revient, et que les jours paraissent s’allonger petit à petit. "A la sainte Luce les jours allongent d'un saut de puce et pour la Noël d'un pied de coq ».  ("Avant 1582, dans le calendrier julien, la Sainte-Luce tombait deux jours après le solstice d'hiver, le calendrier grégorien a avancé la Sainte-Luce de dix jours et elle tombe aujourd'hui huit jours avant le solstice).  Ce besoin de fête lors du renouveau de la lumière a existé bien avant le Christianisme, bien avant les Romains, l'Antiquité, probablement depuis la nuit des temps. Quoi de mieux que la naissance d'un enfant pour illustrer ce renouveau ?

Et puis Jésus est aussi mentionné dans le Coran (par exemple Sourate 19, 16-35). Une forme de laïcité avant l’heure ?!! 

Pour répondre à nos reboussiers, Gaston Doumergue, président de la République avait reçu en son temps santons et santonniers dans les salons de l’Elysée.

(Autres réflexions que suggère cette polémique : attention à l'intégrisme laïc qui peut tuer la laïcité - ce que le peuple veut, il finit toujours par l'obtenir - nous payons encore maintenant l'intégrisme républicain de la période de la Terreur e 1794.)


Farandole des santons, fresque de David Dellepiane



Comps 2015 crèche Romain Rodriguez

Hôtel de Ville Avignon 2010 





 
Sources : Marie Mauron Le Monde des Santons ISBN 2-262-00052-2 octobre 1976  -  Françoise Lautman, Crèches et traditions de Noël, Ed. de la Réunion des Musées nationaux, 1986, p. 39 – René Grousset Le Bœuf et l’Ane à la Nativité du Christ 1884 V4 N°1 Persée.fr  -  Jean Paul Clébert  Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972 - www.peneaud.com/sculpture-noel/noel-1.htm  -  wikipedia  - VFhorizon-provence.com - Régis Bertrand "Crèches et Santons de Provence"publié en 1992, éditions Barhélémy. -  A voir Le Salon international d’Arles des Santonniers, santons d’ici et d’ailleurs -Du 18 novembre 2017 au 14 janvier 2018 Cloître Saint-Trophimesalondessantonniers.over-blog.fr


 Collection privée – le pêcheur et la bergère santons anciens

 Collection privée – le boulanger, le gitan, la marchande d’ail et un mouton
Collection privée- la bergère à la lanterne, le tambourinaire et une vache ancienne
Collection privée – quelques santons

Crèche de la Légion Etrangère