lundi 24 juin 2024

Le Dernier Duel

 

Le dernier duel – Univers-jdr

Le Dernier Duel

Le duel, à l’origine pratique aristocratique pour régler des conflits, renforcer ou dissiper la renommée des duellistes. Exposer sa vie pour son honneur et ses convictions pour mettre en scène son courage, son intégrité devant l’opinion…. Cette pratique existe ou a existé dans tous les pays, à toutes les époques, jugement de Dieu ou de la chance, de l’expérience ? Mais se venger d’une offense, n’est-ce pas se mettre au niveau de son ennemi, et passer outre c’est se placer au-dessus de lui ?

Entre 1550 et 1650 les duels font une hécatombe dans notre pays. On estime entre 8000 gentilshommes tués en duel entre 1598 et 1608. Dangereux, d’une fréquence excessive, ils sont un sujet majeur du règne de Louis XIII et de Richelieu. Il s’agit de sauver la noblesse malgré elle !! Déjà en 1566 sous Charles IX ces rencontres sont interdites. En vain. Et l’édit de Fontainebleau de 1609 qui annule cette interdiction !! La vie de nos gentilshommes ne doit être qu’au seul service du roi !!. En 1576 par l’ordonnance de Blois, les duellistes sont déclarés coupables de lèse-majesté en usurpant le droit de justice dévolu par Dieu au roi. Mais le fond du problème ce n’est pas la vie des duellistes qui est en jeu mais leur honneur !

A partir de 1623, une ordonnance de Lois XIII punit de mort tous les coupables de duel. Mais trop rigoureuse, elle est inapplicable. L’édit de 1626 va moduler la peine selon les circonstances. Montmorency-Boutteville en fera les frais : un duel en plein jour le 12 mai 1627, et sa condamnation et exécution le 22 juin ! Le message passe, plus ou moins. Corneille en 1637 met en avant l’honneur et le duel avec un formidable succès de sa pièce Le Cid. En 1638 à l’occasion de son fils Louis Dieudonné, le roi  accorde quelques abolitions….et en 1642 à sa mort, le duel est à nouveau à la mode…..

Parfois l’honneur était à géométrie variable, plus meurtre que duel. Certains « duellistes » se servaient de ce rituel pour masquer leurs massacres. Le chevalier d’Andrieux par exemple aurait tué 72 hommes avant d’être jugé puis exécuté.

En 1613 le chevalier de Guise aperçoit le long de la rue Saint-Honoré à Paris, le baron de Luz, qui avait calomnié son père. Il dégaine son épée et appela le baron à faire de même. Le baron était un vieil homme incapable de se défendre contre un impétueux jeune homme qui le tua d’un seul coup. Mais les choses ne s’arrêteront pas là. Après avoir enterré son père, le nouveau baron de Luz envoya son écuyer chez Guise avec une lettre pour défier l’assassin de son père  : « Monsieur, je vous prie de me faire l’honneur de votre présence avec votre épée en main, pour que justice soit rendue à mon père. Ce jeune homme [l’écuyer] vous emmènera à l’endroit où je vous attendrai avec un cheval et deux épées. Vous pourrez choisir celle que vous préférez. »…Et le chevalier de


Guise après avoir tué le père, tua le fils….

 

(PHOTOGRAPHIE DE ERICH LESSINGALBUM-Descartes

Parfois, romantisme, dignité, esprit chevalesque sont de la partie. Descartes le grand philosophe, maîtrisait parfaitement l’art de l’escrime. Un jour, alors qu’il était en compagnie d’une dame qu’il courtisait, il est attaqué par un rival. Descartes le désarme puis lui rend son épée en lui disant : « Vous devez votre vie à cette femme pour qui je viens de risquer la mienne. »

 



La Révolution de 1789 aurait dû mettre fin à cette tradition. Plusieurs cahiers de doléances réclamaient d’ailleurs cette interdiction. Mais les roturiers voient dans le duel une manière de se montrer égaux des ci-devant aristocrates !! En 1790, Barnave et le capitaine de Cazalès s’affrontent et ce dernier est tué d’une balle au front. Et tout au long du 19ème siècle, des duels vont tuer des orateurs, des polémistes, des hommes politiques. Lamartine dira : « il faut plus de courage pour refuser un duel que pour en accepter dix » ! En 1834, le député avocat brillant Dulong sera tué à 42 ans par le général Bugeaud pour une phrase lancée dans un débat sur l’Algérie. L’affaire Dreyfus occasionne pas moins de 40 duels politiques. Car le monde politique montre le mauvais exemple : ministres, maires, nationalistes, antiparlementaristes….pour un oui, pour un non, pour exister, pour s’affirmer ?


(Le colonel Picquart partisan de l’innocence de Dreyfus contre le commandant Henry antidreyfusard--le Petit Journal)

Après 1919 et l’hécatombe de la Grande Guerre,  le duel tombe en désuétude jusqu’à devenir anachronique dans les années 1950. En 1947, un duel déjà entre Gaston Defferre et Paul Bastid au pistolet. En 1949, Roger Nordmann et l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour pour une accusation de dénonciation de résistants pendant la guerre…Serge Lifar chorégraphe d’opéra, et le marquis de Cuevas en mars 1958…le premier 53 ans et le second 72 ans avec pour témoin un certain Jean-Marie Le Pen.

Le 21 avril 1967 dans un jardin ombragé d’un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine, deux hommes croisent le fer. Quatre minutes plus tard, le combat s’arrête, l’un des deux est touché par deux fois au bras.

La veille, Gaston Defferre (1910-1986) avait tonné « taisez-vous abruti ». Il s’adressait au gaulliste René Ribière (1922-1998). Cette interruption passe inaperçue dans le brouhaha des débats et ne figure même pas au compte rendu officiel de la séance. Mais Ribière rejoint Defferre dans la salle des Quatre-Colonnes et devant les journalistes il demande réparation par les armes !

Deux parlementaires, élus du peuple et théoriquement représentant une certaine éducation, un exemple. Gaston Defferre est maire de Marseille, député SFIO président de son groupe à l’Assemblée Nationale. René Ribière est élu du Val d’Oise depuis 1958, mais révoqué de la préfectorale pour avoir assisté en tenue de sous-préfet à une manifestation du RPF (Rassemblement du peuple français). L’offensé envoie deux témoins à Gaston Defferre. Il a le choix des armes et choisit l’épée. Il veut se montrer digne de son grand-père Marcel Ribière député radical de l’Yonne de 1906 à 1913 qui s’était battu en duel en 1910. Il cherche la notoriété. Ce qui n’est pas le cas de Defferre qui n’a pas envie de faire de la publicité à un ambitieux. Mais les élections législatives récentes n’ont apporté la majorité qu’à un siège près pour les gaullistes et leurs alliés. Les résultats de l’Outre-Mer sont très contestés. Ce duel apportera une diversion utile. Le président de l’Assemblée Nationale Jacques Chaban-Delmas essaie une médiation, en vain et Ribière prend en urgence une leçon d’escrime à la salle d’armes du Palais-Bourbon avant d’affronter l’adversaire. Il n’avait jamais touché une épée de sa vie.

Le Général de Gaulle n’apprécia pas cet épisode et envoya des émissaires pour faire annuler ce duel, sans succès.

Le lendemain malgré la surveillance policière, les deux adversaires et leurs témoins se retrouvent dans le parc d’une villa de Neuilly. Defferre refuse les épées car trop émoussées. Il a apporté de « vraies épées ». Et le combat commence, vite fini. Ribière est touché par deux fois au bras sans gravité. Jean Lipkowski, gaulliste de gauche et arbitre des échanges, met fin au duel qui aura duré moins de cinq minutes.

Ribière se mariait le lendemain et Defferre de dire : »si je l’avais su, je l’aurais touché autre part !! »

Ce duel sévèrement jugé, sera le dernier de la vie parlementaire. Les joutes oratoires les remplaceront avec plus d’intérêts. Un journaliste parla de « mascarade » dont la victime était le sérieux de deux députés.


(duel Déroulède –Clémenceau—échange de six balles sans résultat)

Sources et pour en savoir plus : Bruno Fuligni Historia n)929 mai 2024-- --/www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2017/04/21/il-y-a-cinquante-ans-le-dernier-duel-de-france_5114729_4497271.html--- Exposition Duels l’art du combat  musée de l’Armée Paris 7è jusqu’au 18 août--- www.historia.fr/histoire-de-france/xxeme-siecle-a-aujourdhui/21-avril-1967-gaston-deferre-contre-rene-ribiere-le-dernier-duel-en-france-2095876--- www.geo.fr/histoire/lhistoire-vraie-de-jean-de-carrouges-et-jacques-le-gris-les-heros-du-film-le-dernier-duel-de-ridley-scott-206686---//www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/08/en-garde-pourquoi-la-france-etait-elle-capitale-la-capitale-europeenne-des-duels---h ttps://cultea.fr/1967-dernier-duel-a-lepee-de-france-entre-deux-deputes.html---

 

 

 

 

mercredi 5 juin 2024

La Maison Carrée


 

gaule-nemausus-nimes-maison-carree-jc-golvin.jpg (1400×1101) (jeanclaudegolvin.com)

La Maison Carrée de Nîmes

 

Notre région est riche en monuments romains plus ou moins conservés ou restaurés. Ici et là un mur, une frise, une tête de taureau, fragments d’un passé qui ne veut pas se faire oublier…

Au 19ème siècle, certains souhaitaient démolir les arènes de Nîmes ou la cité de Carcassonne, car elles ne rapportaient rien ; « autant les valoriser disaient-ils et utiliser ces belles pierres de façon plus utile ». Victor Hugo avait alors eu ce mot  «  vous jugez de l’utilité à l’aune de votre ignorance !! »


Mais pourquoi Maison « carrée » alors que le bâtiment est rectangulaire ? Ce nom lui est donné au 16ème siècle. En fait à cette époque en langue française, toute forme géométrique ayant quatre angles droits est désignée par le mot « carré » : le « carré long » pour le rectangle, le « carré parfait » pour notre carré.  Donc « Maison carrée ».

Au cours de son histoire mouvementée, la Maison Carrée de Nîmes a pu préserver l’intégralité des éléments de son architecture. On peut la comparer aux monuments de même style et de même époque : le temple d Diane d’Evora au Portugal, le Panthéon de Rome, celui de Vienne dans la vallée du Rhône….. Depuis le 17ème siècle, les restaurations successives lui ont restitué sa splendeur. Tous les chapiteaux sont quasiment intacts avec leurs feuilles d’acanthe, podium, escalier, colonnes, entablement, corniche …le monument est complet. La finesse des restaurations a été possible en particulier de la frise à rinceaux de l’architrave, grâce à la finesse  du grain de pierre. Ici pas de marbre utilisé habituellement par les Romains, trop difficile à acheminer jusqu’à Nîmes, mais la pierre des carrières du bois de Lens près de La Calmette. Ce sont probablement des artisans locaux qui ont sculpté selon des cartons apportés de Rome.

(Illustration à la critique de Dissertation sur l'ancienne inscription de la Maison-Carrée de Nismes publiée sur les Acta Eruditorum, 1760.)

Ce qui fait son originalité, c’est son histoire, à commencer par sa naissance. Ce « temple » n’est pas dédié à une divinité mais à des personnes, Lucius Caesar et Caius Julius Caesar, petits-fils de l’Empereur Auguste. Il s’agit d’une rupture dans l’histoire de Rome, un temple dynastique ! C’est en 1758 que le savant nîmois Jean François Séguier parvient à reconstituer la dédicace du frontispice : »A Caius Caesar consul et Lucius Caesar consul désigné, fils d’Auguste princes de la jeunesse ». En fait fils d’Agrippa et de Julia fille d’Auguste. La dédicace était inscrite en lettres de bronze scellées dans la pierre et grâce aux trous de scellement encore visibles, Jean François Séguier parvient à recomposer le texte original.

Ce bâtiment est construit entre 10 avt JC et 4 apr JC. Agrippa (63-12 avt notre ère) est à l’origine de sa construction. Général très proche d’Auguste quand celui-ci était encore Octave, il épouse sa fille, et ils auront cinq enfants. Il est le conseiller et l’auxiliaire de l’Empereur, aussi le patron de la ville de Nemausus (Nîmes) et défenseur officiel des intérêts de la cité devant le Sénat de Rome. A sa mort son fils ainé Caïus prend la relève. Les deux fils de la dédicace seront adoptés par leur grand-père, Auguste. Agrippa avait aussi fait construire le panthéon de Rome, dédié à toutes les divinités.

Le consulat de Caius et Lucius date des années 2 et 3, date peut-être de l’achèvement de la Maison Carrée et de la première ligne de la dédicace, les années 4 et 5 seraient les dates de la deuxième ligne de la dédicace. A la mort de ces deux consuls, les Nîmois avec l’accord de Rome décident de leur dédier ce temple qui à partir de là sera dédié à toutes les générations d’empereurs romains au même titre que le sanctuaire de la Fontaine.

A la mort d’Auguste le monument devient capitole, centre de la vie politique.


Les Wisigoths après s’être emparé de la ville, auraient aménagé le bâtiment en deux appartements privés.

Au Moyen Age, le bâtiment redevient à la vie municipale. C’est la Maison Consulaire, Capitole ou Cap-duel. L’édifice va souffrir. L’historien Léon Ménard nous raconte : « D’abord on divisa l’intérieur en plusieurs pièces, et même en deux étages ; on y forma des voûtes, on y construisit une cheminée, qui fut adossée contre le mur du levant, et un escalier à vis contre celui du couchant. De plus, pour éclairer ces nouveaux appartements, on y fit plusieurs fenêtres carrées. Les consuls ajoutèrent dans la suite quelque chose à cet ordre. Ils firent fermer le vestibule par une muraille, qui allait d’une colonne à l’autre, alors, on ouvrit d’autres fenêtres et l’on fit une cave de la voûte souterraine du vestibule. On abattit aussi le perron. »

La Maison Carrée sera intégrée aux remparts en 1357. Devient pigeonnier d’un particulier au 15ème siècle. Maison d’habitation, écurie, église. La duchesse d’Uzès souhaite récupérer cette église, propriété des Augustins, pour en faire un tombeau pour son époux Antoine de Crussol….

Les Augustins l’avaient achetée en 1669. L’historien Emile Espérandieu nous explique en 1922 : »une église de matériaux légers avec chœur, quatre chapelles latérales, des tribunes auxquelles on accédait par deux escaliers tournants… ». Un petit clocher avait été prévu.

Cette église sera détruite à la Révolution, la Maison Carrée devient bien national appartenant au département. Ce sera un lieu de réunion du Directoire, puis préfecture entre 1800 et 1807.


Le 19ème siècle voit les monuments de Nîmes en travaux de restauration, en partie, arène, Maison carrée…. Sur ce bâtiment sur son flanc ouest un texte : « réparé par la munificence du roi et l’argent offert par les citoyens 1822 ». En 1824-1826 elle devient un lieu d’exposition d’objets antiques, de peinture. En 1840 elle est classée au titre des Monuments Historiques dès la première liste publiée à cette date.

 

(La Maison carrée avant sa restauration.)

 


En 1992 le monument reçoit une nouvelle toiture, reproduction fidèle de l’original antique : grandes tuiles plates et tuiles-canal moulées à la main.

1988, Nîmes connait de tragiques inondations. Mais il est décidé de poursuivre la restauration du monument. L’architecte Norman Foster est missionné pour s’en occuper. Il doit aussi construire Carré d’Art, musée d’art contemporain en face de la Maison Carrée et réaménagera la place attenante pour une meilleure harmonie entre les deux édifices. Et dès 2006-2010 la campagne de restauration démarre. On compte 44 000 heures de travail pour cette rénovation sous la houlette des équipes de l’architecte des monuments historiques Thierry Algrin ! Seul son aspect extérieur est intact.


(Plafond de la façade principale).

De février à septembre 2023, une œuvre de 8 700 briques lego était visible à Nîmes dans le hall de Carré d’Art!!!

La Maison Carrée LEGO©, créée de toutes pièces des mains de Jérôme Fesquet, artiste protéiforme (LGL Créations). 

L’œuvre exceptionnelle, composée de plus de 8 700 pièces en LEGO© – dont certaines dénichées dans le monde entier telles que celles qui ont servies à édifier l’imposante porte verte du monument – a nécessité plus d’un an et près de 1 200 heures d’un travail titanesque, précis et minutieux (sans plan de montage) pour en arriver à son rendu final exceptionnel, une Maison Carrée miniature reproduite à l’échelle 1/48e pour un poids de 8,2 kg.

Elle a aussi trôné pendant quelques semaines à "La Table d'Arthur", le restaurant situé en face du temple romain. "Les gens ne se rendaient pas compte au départ que c'étaient des LEGO® confie Arthur Auday, le patron. Il y en a même qui font des photos pour faire des comparatifs avec l'original." 


Une réplique à l'échelle de 1/48e © Radio France - Sylvie Duchesne

 

Sources et pour en savoir plus : La Gazette de Nîmes 14-20 septembre 2013p8 Journées du Patrimoine---- Gérard Caillat Bulletin monumental 2005 « La première restauration de la Maison Carrée 1670-1691----Emile Espérandieu « la Maison Carrée à Nîmes » 1922 in édition Ville de Nîmes---- wikipedia.org---

 

 

 

 

 

vendredi 24 mai 2024

La crise viticole 1975-1976-- un épisode

 

Un épisode de la crise viticole de 1975-1976

Nous sommes dans la période 1975-1976.  Notre pays enregistre une baisse de la consommation de vin de table. Nos viticulteurs doivent faire face à une concurrence de plus en plus forte des vins étrangers. La situation est désespérante, le gouvernement sourd comme un pot, la Communauté Européenne et ses prétextes fallacieux, l’Italie butée, l’Allemagne parcimonieuse. L’avenir du vignoble français, mais aussi de nos fruits et légumes était en jeu…

Le 29 décembre 1975 cinq mille viticulteurs et professionnels bloquent le port de Sète, font barrage aux pinardiers italiens et vident les cuves.

Emmanuel Maffre-Baugé nous raconte cette période dans son livre « Vendanges Amères ».

L’exaspération et la colère, toutes deux mauvaises conseillères, annoncent que la période de non-violence prenait fin dès la dislocation de la manifestation de Sète. Manifestants et CRS s’affrontent en véritables batailles rangées sur les quais, autour de la gare. A Béziers les affrontements se succèdent. On assiste à une escalade de la violence ; en haut lieu on n’a pas voulu entendre les revendications des viticulteurs. Eternel recommencement…

Ce jour-là, l’auteur se trouve au barrage de Mireval, avec de nombreux amis, le député Frêche et son épouse. Tous les départements de l’Est Montpellier, les cantons entourant cette ville étaient représentés. Cinq à six mille manifestants, quelque uns excités, mais la plupart respectueux des consignes, à savoir constituer un barrage humain sans commettre la moindre déprédation. Il s’agissait avant tout de bloquer les importations.

Mais tout à coup, des clameurs s’élèvent du côté de Sète. Une personne arrive pour chercher des responsables capables de calmer la foule. « Venez vite, ils ont coincé un CRS qui faisait une patrouille et je crains pour lui ».

Sur les lieux un homme d’une trentaine d’années, assis sur sa moto, vêtu de son équipement de motard, était entouré d’une trentaine de visages hostiles. Il expliqua qu’il venait de guider un car de manifestants du Var en difficulté, vers une aire de repos en attendant un réparateur. Sa mission accomplie, il rejoignait son unité à Montpellier, accompagné d’un autre CRS. Ce dernier avait fait machine arrière, mais lui totalement inconscient avait voulu traverser cette masse de manifestants en pleine ébullition.

Des voix anonymes s’élevaient, « Ordure, on va te l’arranger ta sale gueule, il faut le boucler… » »à poil, il faut le garder comme otage… ». L’avant-gout du lynchage défigurait les visages, une lâcheté anonyme qui poussait à dire et à faire n’importe quoi.. La violence sous son aspect le plus hideux laissait présager le pire. Le député et Maffre-Baugé se sentaient responsables de la sécurité de ce garçon. Juché sur le toit d’une voiture, l’auteur essaie de ramener à la raison les plus excités : « on n’est pas des gangsters, on ne se bat pas avec de tels moyens, les viticulteurs ne sont pas des salauds…. ». Frêche intervint dans le même sens.

Mais comment tirer cet homme de cette situation. Un peu plus loin un petit cabanon-buvette. Il fallait coûte que coûte l’entrainer là pour le mettre à l’abri. Il ne voulait pas laisser sa moto, mais quelqu’un dit qu’il allait la ranger. La tension montait, une bande d’irréductibles continuaient à menacer, tentaient d’entrainer la masse des viticulteurs. Le CRS visiblement ne comprenait pas ce déchainement contre lui. Frêche, l’auteur et des amis venus en renfort escortèrent le jeune homme jusqu’au cabanon, le protégeant de leurs corps. Soudain une grande flamme jaillie au-dessus de la foule, les plus excités venaient de mettre le feu à la moto.

Les propriétaires du cabanon se firent un peu tirer l’oreille pour ouvrir et mettre les hommes en sureté pour un instant. Mais comment gérer la situation ? Le visage du CRS était décomposé. Il ne cessait de dire « j’ai des balles dans mon barillet, j’en liquiderai quelques-uns, la dernière sera pour moi. Ils ne m’auront pas vivant… ».

Quelqu’un proposa de le mettre en civil et s’enfuir à travers les vignes. Quelques vieux vêtements trouvés là, mais il ressemblait plus à un épouvantail qu’à un homme. Il pleurait à grosses larmes, comme un homme, avec simplicité, courage. Dehors la foule grondait. La pression se sentait sur les parois en bois de la baraque. Des meneurs faisaient lever la colère et encourageaient les autres.

Il fallait faire vite. Le jeune homme repassa son uniforme et il fut décidé de sortir coûte que coûte. Dehors, difficile d’évaluer le nombre de personnes. Frêche avait mis son écharpe tricolore de député, son épouse avait avancé courageusement la voiture. Il fallut parlementer pour fendre la foule. Maffe-Baugé prit le parti de bloquer les provocateurs : »certains sont ici pour tout autre chose que la défense viticole, ils salissent notre cause… ne les laissez pas faire… nous ne sommes pas des gangsters pour prendre des gens en otage, ni des assassins pour laisser lyncher un homme par quelques cinglés dangereux et irresponsables…. ». A un des manifestants qui lui demandait qui il était, Maffe-Baugé lui répondit : « si tu étais des nôtres tu saurais qui je suis : dis-moi plutôt où sont tes vignes !!! »...Frêche prend la parole, il possède un étonnant pouvoir de persuasion, il a de la présence et il est écouté et même applaudi. Un semblant de calme grondant est revenu, il faut faire vite. Le député se met au volant de la voiture, sa femme à côté. Maffe-Baugé, un ami et le CRS montent à l’arrière. La voiture avance prudemment, les camarades venus à l’aide se serrent autour du véhicule faisant rempart de leurs corps. Ils ont compris qu’il s’agissait de l’honneur d’hommes et de vignerons. La voiture avance toujours au milieu de cette masse de manifestants. Peu à peu la pression disparaissait. On les regarde parfois avec gêne, les groupes se faisaient plus clairsemés…. Dans le véhicule, personne ne parlait.

Ils conduisirent le CRS jusqu’aux grilles de la préfecture de Montpellier. Le député expliqua à son commandant ce qui s’était passé. Le jeune homme dit simplement « je n’oublierai pas….je n’oublierai pas… »

La violence avait failli faire son ravage. La colère aveugle des hommes les fait retourner à des réflexes ou instincts animaux. Elle les dessert ou trop souvent elle sert d’autres causes que les leurs.

Ce sera un peu plus tard le drame de Montredon : Emile Pouytès, 50 ans, un vigneron d’Arquettes-en-Var et Joël le Goff 42 ans un commandant de CRS sont tués au cours d’une véritable fusillade au pont de Montredon.

Emmanuel Maffre de Baugé, dit Emmanuel Maffre-Baugé (Marseillan, 12 décembre 1921 – Bélarga, 22 juin 2007 (à 85 ans)), est un vigneron et écrivain marseillanais, catholique fervent fortement engagé dans la cause vigneronne et aux côtés du Parti communiste français. Il occupe un siège de député au Parlement européen3 de 1979 à 1989 dans le Groupe Communiste et apparentés, fait partie  de la Commission de l'agriculture (1re législature), la Commission de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation, puis de l'agriculture, de la pêche et du développement rural (2e législature). Politique et aussi historien. Il est également le petit-fils du poète occitan Achille Maffre de Baugé.

 

Sources et pour en savoir plus : « Vendanges Amères » 1977- ISBN 2-245-00632-1--- www.midilibre.fr/2021/12/12/lheraultais-emmanuel-maffre-bauge-la-cause-viticole-lengagement-de-toute-une-vie-9987098.php-  /www.geneastar.org/celebrite/maffrebaugee/emmanuel-maffre-bauge--- fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Maffre-Baugé--- www.midilibre.fr/2014/08/21/1976-un-affrontement-entre-crs-et-viticulteurs-fait-deux-morts,1040129.php--- france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/aude/narbonne/montredon-1976-affrontement-sanglant-toujours-memoires-audoises-940555.html

 

 

mardi 14 mai 2024

La Flamme Olympique, son histoire

 



Passage de la flamme olympique à Allanches (archives des Vieux Amis d’Allanches 2/01/1968

 

La flamme olympique, son histoire….

Elle arrivera à paris le 26 juillet pour l’embrasement de la vasque au Jardin des Tuileries.

En fait ce symbole, cette flamme n’existait pas à l’époque des jeux antiques. Elle apparait pour la première fois lors des jeux d’été d’Amsterdam en 1928. Les nazis lors de jeux de Berlin vont instaurer ce cérémonial en 1936. Le Troisième Reich codifie ce rituel à des fins de propagande en utilisant l’Antiquité grecque. Une flamme allumée avec une torche enflammée elle-même au  moyen d’un miroir parabolique par le soleil d’Olympie !! Une flamme d’Olympie berceau des anciens jeux, portée de relais en relais, jusqu’au stade où elle doit à l’instant propice pour l’ouverture de la cérémonie.

Pour les jeux d’hiver, le premier relais de la flamme est inauguré aux jeux d’Oslo en 1952. Pour les jeux de Grenoble en hiver 1968, le comité d’organisation souhaite donner à ce relais : » « l’ampleur des manifestations organisées pour les jeux d’EtéPour la première fois […], malgré la rigueur des conditions atmosphériques hivernales, la flamme effectuera un très long périple, alternativement sur routes et à travers la montagne ». La flamme est allumée le 17 décembre 1967 à Olympie, transférée à Athènes, remise solennellement par le Comité Olympique grec aux représentants du Comité d’Organisation. Un avion la transporte le mardi 19 décembre à 13h30 et elle arrive à Orly à 15h35. Dès le lendemain elle entreprend un périple de 7222 km et 50 étapes.

Sont traversés la plupart des grandes villes, les massifs montagneux, Vosges, Jura, Massif Central, Pyrénées, Corse, Alpes… « une occasion unique […] de favoriser la promotion des stations françaises de tourisme hivernal ainsi que des sports de neige et de glace ».


Ce 2 janvier 1968, le convoi entre dans le Cantal, peu après 13h30 en direction de Saint-Flour.

La flamme doit arriver à 14 h 30 via Condat, Marcenat, Allanches, Neussargues et Talizat. Mais la météo a son mot à dire. Première étape neutralisée car elle va s’effectuer à l’aide de véhicules. Dans ce cas, selon le comité d’organisation, elle doit être transportée en voiture découverte avec un athlète en tenue sportive, se tenant debout. La vitesse de la caravane ne doit pas dépasser les 30 km/h. Mais la neige obligea de transporter la flamme dans une jeep de la gendarmerie non débâchée. Le convoi avait déjà deux heures de retard à son arrivée à Saint-Flour. On écourte la cérémonie de Sanfloraine, puis en route pour Murat. La traversée de Murat dure 15 minutes.

Les membre de l’Union Sportive de Murat prend la flamme en charge au Pont de Notre-Dame pour un premier relais de 400 mètres, avec un porteur et une escorte de six jeunes, un deuxième relais trois minutes plus tard au carrefour du faubourg Notre-Dame, une réception de 5 minutes à l’Hôtel de ville, puis la flamme sort de la ville prise en charge par le Murat Ski pour deux relais de 400 et 500 mètres. A l’étape suivante, Lioran, la tempête de neige oblige les personnalités à écourter la cérémonie. La flamme est portée par des skieurs ; elle quitte la ville à 18 h, heure à laquelle elle devait arriver à Aurillac. Elle y arrivera à 19h 15.


A Aurillac malgré le froid et la neige, plusieurs milliers d’Aurillacois sont présents autour du square pour assister à l’arrivée de la flamme.

Les deux relayeurs sont l’Aurillacois Jean Malroux, en tenue de skieur, et la Sanfloraine, Simone Grimal (ex Simone Henry) revêtue de son survêtement de l’équipe de France d’athlétisme dont elle fut membre aux jeux de Melbourne 1956.

 

Dernier relais sur les marches du palais de justice d'Aurillac (cote ADC : 31 NUM 15823, cliché La Montagne)

Tous les deux terminent leur course au sommet du grand escalier du palais de justice. La vasque y est installée, Jean Malroux met le feu. A cette époque, la flamme olympique et son passage sont symboles de solennité, de pureté, d’effort beaucoup plus qu’une fête. Le Comité rappelle que  « que toutes les manifestations envisagées à l’occasion de son passage et de ses arrêts revêtent un maximum de dignité, leur note dominante les apparentant bien davantage à des cérémonies qu’à des kermesses. Le protocole prescrit d’ailleurs que l’on applaudit pas la Flamme, mais qu’on l’honore d’un fervent et respectueux intérêt ».


Jean Malroux et Simone Grimal entourant la vasque (cote ADC : 31 NUM 15816, cliché La Montagne)

La vasque toujours sur sa tribune pavoisée et ornée des anneaux olympiques brûle toute la nuit sous la garde des membres de différents clubs et associations, Aéro Club, Para Club, Stade Aurillacois, Géraldienne, Ski Club, Cantalienne, Sporting et Union Cycliste Aurillacoise.

La flamme repart le lendemain après un au revoir au stade Jean Alric. Elle est remise au maire d’Aurillac et c’est à bord d’une voiture qu’elle part en Corrèze.

 

Sources : archives départementales du Cantal- document Nicolas Laparra--Cote ADC : 3 SC 8889-- Comité d’organisation des Xe jeux olympiques d’hiver 1968 Grenoble, conférence de presse du 9 octobre 1967 (cote ADC : 3 SC 8889).--- Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet du Cantal, 21 juillet 1967 (cote ADC : 3 SC 8889).--- La Montagne du 5 janvier 1968.---Comité d’organisation des Xe jeux olympiques d’hiver 1968 Grenoble, Instructions à MM. les inspecteurs départementaux de la Jeunesse et des Sports (cote ADC : 3 SC 8889).---archives photos « les Vieux Amis d’Allanches---

mercredi 24 avril 2024

le Baron de Castille et les ballons

 


Les frères Montgolfier- Annonay

Le Baron de Castille témoin du premier vol habité en ballon

En novembre 1782 Joseph Montgolfier habite Avignon au 18 rue Saint-Etienne. Il est interpellé par une estampe représentant le siège de Gibraltar. On ne peut accéder à cette ville ni par terre, ni par mer. Pourquoi pas par les airs ? Si on arrivait à saisir un nuage de fumée ? Il demande à sa logeuse du taffetas, des ciseaux, une aiguille, du fil. Il découpe dans le tissu de fuseaux, les assemble en une sorte de petit chapeau cubique qu’il place au-dessus des braises de la cheminée. Au contact de l’air chaud, l’engin s’élève. Il refait l’expérience le lendemain avec un parallélépipède de 40 toises, soit 1,3m3 et l’appareil s’élève jusqu’au plafond ! C’est le coup d’envoi de la conquête de l’air et de l’espace par l’homme.

Joseph écrit à son frère Etienne à Annonay : » prépare promptement des provisions de taffetas, de cordages, et tu verras une des choses les plus étonnantes du monde »… Les deux frères papetiers de leur métier fabriquent un ballon qui décollera le4 juin 1783 de la place des Cordeliers à Annonay. Dès le 19 septembre 1783 les vols s’enchainent, habités par des animaux, coq, canard, mouton… Puis par des hommes et même par la duchesse d’Uzès le 29 juin 1903….


Campbell's Harpsichord sfz " Back in the 18th century " - YouTube--Baron de Castille et sa famille

Mais revenons à notre baron. Gabriel-Joseph de Froment nait à Uzès en 1747. A 14 ans il est le seul héritier de son oncle et parrain le baron de Castille. Un an plus tard il est admis aux Pages de la Grande Ecurie à Versailles et il quitte Uzès pour Paris. Il devient officier aux Gardes Françaises. Il effectue un premier voyage en Italie en 1778, le fameux Grand Tour d’Europe, d’où il nous revient avec une fascination pour les colonnes : il en fait construire partout, devant son hôtel particulier d’Uzès, devant sa maison d’Argilliers, dans les jardins… Une grande curiosité l’emmène au fond des mines de sel ou sur les glaciers du Mont-Blanc. Il veut tout voir, tout comprendre….

Lors d’un séjour à Londres il apprend qu’une expérience aérostatique va avoir lieu à Versailles. (A l’époque on parle de « globe » et non de ballon)... Il prend le premier bateau et le voilà à Versailles pour le 19 septembre 1783. Un évènement sans précédent qui attire une foule considérable et élégante. Etienne de Montgolfier et ses aides s’activent autour d’une estrade.


Le baron dans son cahier nous en relate les péripéties :

« Au milieu de la cour des ministres, on avait élevé un grand échafaudage qui avait bien 30 pieds en carré. Au coin de cet échafaudage étaient de hautes barres qui portaient des cordes qui devaient soutenir le globe quand on le remplirait…. La fumée de cette paille est entrée dans le globe, l’a rempli, et l’a tendu. Et quand il a été suffisamment plein, on a coupé les cordes que ; plus de vingt hommes retenaient. Il est parti de la meilleure grâce du monde. Ce globe était en forme de tente représentant un dôme ; il était peint en bleu et avait les chiffres du roi des deux côtés. Levé à la hauteur de deux cent toises, il décrivit une ligne horizontale de deux mille pieds ; là il s’arrêta et resta dans l’air l »espace de deux minutes sans bouger ; un coup de vent qui arriva le dérangea de cet équilibre parfait…Le globe fit une culotte et tomba assez durement à Vaucresson. On avait attaché à ce  lobe une caisse avec un mouton, un coq et un canard qui n’ont eu aucun mal. Quand on a été trouvé la machine, le mouton mangeant.

Le globe est resté près de dix minutes en l’air. Je n’ai point vu de spectacle qui ne m’ait autant imposé par son apparition que celui-là. »

Comme beaucoup d’autres, les Languedociens sont fascinés par cette conquête de l’air. Le 8 aout 1785 Darroussin, Ballet, Madier de Bagnols sur Cèze s’envolent. Le journal le Midi Libre et le club de radio modélisme de la ville en font le rappel.



 (En hommage à l'aéronef de 1785, une montgolfière s'envole de la place Mallet à Bagnols-sur-Cèze - midilibre.fr)

«  En 1785, trois Bagnolais montaient à bord de leur aéronef. Pour rappeler cet événement historique, une montgolfière a pris son envol dimanche 17 septembre à l'occasion des Journées du patrimoine. Près de deux siècles et demi après l'envol de l'aéronef des Bagnolais Darroussin, Ballet et Madier, le 8 août 1785, une montgolfière s'est envolée - à l'initiative du club de radio modélisme - dimanche 17 septembre de la place Mallet de Bagnols-sur-Cèze dans le cadre des Journées européennes du patrimoine. »Midi-Libre

Le 18 avril 1785, le fils de Ballet crie à travers toute la ville de Bagnols sur Cèze « sonné li clas de moun paire ».. Les gens accourent vers le lieu de décollage et une foule de dix mille personnes nous disent les annales assiste à l’envol du ballon avec Darrousssin et Ballet dans la nacelle. Un petit vent pousse la montgolfière vers le nord et se perd vers les hauteurs de Roquebrune. Le ballon perd de l’altitude, Daroussin enjambe la nacelle, saute et se casse une jambe Les débris du globe sont ramassés et rapatriés à Bagnols sur Cèze, exposés à l’Hôtel de ville jusqu’en 1792, date où ils seront recyclés : l’étoffe transformée en sarreaux habillera les volontaires de la République.

Le 15 avril 1875, le Gard est endeuillé par la mort de Théodore Sivel (Sauve 1834-Châteauroux1875). Tout au long du 19ème siècle, les ballons à gaz sont utilisés surtout comme moyen d’animation, d’observation militaire ou pour explorer l’atmosphère. Le 15 avril 1875, le gardois Sivel de Sauve, Crocé-Spinelli et Gaston Tissandier prennent place à bord du Zénith. Il s’agit d’une ascension scientifique. Le ballon décolle de


l’usine à gaz de la Villette à Paris. Trop de lest lâché, le ballon monte à 8000 mètres ; il est 1h 30. Les hommes sont vite dans un état d’engourdissement, puis ils perdent conscience. Tissandier raconte : «à 3h 30 j’ouvre les yeux, le ballon descend à une vitesse effrayante, la nacelle est balancée fortement…. Je me traine sur les genoux et je tire Sivel par le bras ainsi que Crocé…Mes deux compagnons étaient accroupis dans la nacelle, la tête cachée sous les couvertures de voyage. Je rassemble mes forces et j’essaye de les soulever. Sivel avait la figure noire, les yeux ternes, la bouche béante remplie de sang. Crocé avait les yeux à demi fermés et la bouche ensanglantée…. » Le ballon descend à grande vitesse, Tissandier jette le lest restant, libère l’ancre, la nacelle percute le sol…. Le Zénith s’est écrasé à Ciron, 250 km de Paris. Sivel et Crocé-Spinelli sont morts.


Palavas les Flots va se faire connaitre à l’étranger grâce au comte Henry de la Vaulx en 1902. Celui-ci construit un vaste hangar à dirigeable sur la rive droite du Lez, à côté du casino. Un gros ballon à gaz y est construit le »Méditerranée II » équipé d’un moteur à hélice métallique. Les 22 et 23 septembre 1902, les essais de navigation au large sont concluants. Un torpilleur suit les évolutions du dirigeable pendant 35 heures.


Mais lors d’une violente tempête, le hangar et le ballon sont abimés. Un nouveau hangar est construit près de la gare. Le nouveau ballon est doté d’un moteur à alcool de 20 cv et d’une hélice de 7,30 mètres. Le 13 juillet 1904 un essai de 2h 30 devant 12 000 personnes sur la place, un succès. Le 14 nouvel essai. Mais le ballon perd du gaz, la nacelle est trainée dans les vagues. Le contre-torpilleur « La Pertuisane » tente de la remorquer. Echouage sur la plage des Aresquiers entre Frontignan et Sète. Les essais vont s’arrêter là, trop coûteux, et sans utilité pratique..

Et les ascensions du Peyrou de Montpellier ! Tout au long du 19ème siècle, le docteur Marquès et sa société scientifique organisent une petite centaine d’ascensions pendant une trentaine d’années. L’esplanade du Peyrou s’est dotée d’une prise de gaz près de l’aire de décollage, en même temps que l’éclairage des principaux monuments publics.

En octobre 1866 la famille Poitevin va y faire une démonstration : une femelle poney volant suspendue à un ballon avec madame Poitevin. Mais ce jour-là, la poney est indisponible, un âne servira de monture à madame. Le mistral désoriente l’équipage, le ballon heurte l’église Saint Roch. Le sacristain récupère l’âne et Madame Poitevin agrippée au ballon !!.


Le 29 juin 1903 la duchesse d’Uzès et son mari décollent de Saint-Cloud pour participer à la couse de la « Vie au Grand Air ». Une course de distance en ballon à gaz. Mais un vent de 50 km/h les pousse vers les Vosges. Un orage éclate et les concurrents sont contraints de se poser. 125 km, pas assez pour battre le record de 408 km de mademoiselle Salle.

C’est aussi Louis-Eugène Perrier des fameuses sources du même nom de Vergèze qui dépose un brevet en 1909 : il propose un ballon dirigeable à gaz et ailes battantes, l’orthoptère. Le projet restera lettre morte….

 


Des rassemblements internationaux de montgolfières sont organisés par l’association Compagnie Céleste à Uzès en 1995-1996-1997. Régulièrement nous voyons s’élever des ballons dans notre ciel, apportant couleurs, calme, rêve….

 Wikimedia Commons, le dépôt de médi
as 

gratuit

Sources : En ballon autour du Pont du Gard Jean Donnet-médiathèque Saint-Quentin -la -Poterie  --- crea.ecole-air-espace.fr/wp-content/uploads/2019/05/Ballons.pdf--- Thierry de Seguins Cohorn, Les folies du baron de Castille dans le parc du château d'Argilliers, Brignon : éditions de La Fenestrelle, 2015---Froment d'Argilliers (Gabriel Joseph de), baron de Castille (Uzège). (FranceArchives)---geneanet---Le Republicain d’Uzès et du Gard fév2024 Thierry de Seguins-Cohorn, adjoint à Uzès,---

www.sudmontgolfiere.com/produit/vol-montgolfiere-pont-du-gard/-- www.tourismegard.com/fr/fiche/equipement/les-montgolfieres-du-sud-blauzac_TFO5754048/---wiipedia.org--www.histoire-pour-tous.fr/histoiLa Mongolfiere de 1783r de-de-france/4665-le-premier-vol-en-ballon-des-freres-montgolfier.html--- Château de Castille — Wikipédia (wikipedia.org)-- ttps://stewross.com/gabriel_joseph_de_froment_baron_de_castille_1747_-_1826_with_family_french_school_19th_century/-- Revue litteraire des armées n°1/2001 p98-104---Albert Borgo 2018 Les frères Montgolfier La Montgolfièere de 1783--