jeudi 7 décembre 2017

Les Santons et la Crèche





Santons-fèves- collection perso


Les Santons et la Crèche :

Bientôt Noël et ses décors scintillants.  Depuis quelques années dans notre belle province se pose et se repose la question de la Crèche : cultuelle, culturelle, traditionnelle, laïque ? Dans quel lieu est-elle permise, lieu privé, public ? On accepte sans rien dire les marchés de Noël, les guirlandes, les étoiles lumineuses dans les rues, qui sont pourtant espace public… Un marché de Noël bientôt à Dubaï. Comme dit ma voisine, au lieu de s’occuper des crèches il y en a qui ferait mieux de s’occuper de la hausse de la CSG pour (ou contre) les retraités !!.
L’histoire des représentations de la nativité qui est à l’origine des santons remonte aux premiers temps chrétiens. A Rome dans une chapelle des catacombes de Saint-Priscille une fresque de la première moitié du 2ème siècle montre la première figuration de la crèche connue. Toujours dans ce lieu une adoration des Mages peinte au 3ème siècle. Le musée lapidaire d’Arles nous montre des scènes de la Nativité, de l’adoration des Mages avec le monogramme de Constantinien.
La crèche s’enrichit de l’âne et du bœuf au 4ème siècle, animaux absents de l’Evangile. La crèche apparait au grand jour sur des sarcophages dans des lieux comme Rome, Milan, Ancône, Syracuse, Arles, Saint-Maximin. Elle se dévoile sur des manuscrits, des miniatures, des ivoires, peintures d’Orient….
Contrairement à la tradition, il n'y a aucune trace d'un âne ou d'un bœuf dans les deux évangiles qui racontent la naissance de Jésus (celui de saint Matthieu et celui de saint Luc). Les textes apocryphes comme l’évangile Pseudo-Mathieu du 6ème siècle mentionnent les deux animaux. Légende, besoin d’enjoliver les choses, de les rendre plus proches des fidèles avides de détails ?  Pourtant des représentations des deux animaux sont bien plus anciennes. Un fragment de sarcophage avec le bœuf et l’âne porte le nom des consuls Placide et Romulus, donc vers 343. Une tradition venue de témoins oculaires et transmise de bouche à oreille ? La question n’est pas tranchée actuellement. L’historien René Grousset nous dit « C'est à Rome surtout que la sculpture chrétienne avait fait son œuvre et que de nombreux bas-reliefs avaient habitué l'œil à voir près de Jésus naissant un Ane et un Bœuf : c'est à Rome que, sous cette influence toute plastique, les deux animaux avaient commencé d'exister véritablement. Nous n'avons plus qu’à suivre désormais notre légende à travers les âges. Jusqu'au seizième siècle on ne la mettra pas en doute ; et d'ailleurs, quels que soient les arguments qu'on puisse lui opposer, elle restera toujours vraie pour le sentiment populaire ». Nous nous garderons bien d’avoir une opinion. Et puis ces animaux sont bien sympathiques et faisaient partie de la vie des familles.
Sculpture en bois Philippe Péneaud
Le concile de Trente avait épuré certaines croyances fondées sur les évangiles apocryphes : le bœuf et l’âne disparaissent des crèches et représentations de la Nativité fin 16ème et 17ème siècle, à quelques exceptions près. Ils sont oubliés par Velasquez, Rubens… Mais sous la pression des fidèles et avec le temps, ils réapparaissent au 18ème siècle. 
Traditionnellement on attribue à François d’Assise la création en 1223 de la première crèche vivante à Greccio en Italie, dans un ermitage établi dans une grotte donnée par le seigneur du village. Les personnages sont joués par les gens du village, les animaux bien réels. Une querelle d’attribution : est-ce la mère de François d’Assise, de Tarascon ou Beaucaire, qui lors de son mariage avec un drapier de Lombardie, emmena sa crèche dans ses bagages. Les marchands napolitains vendaient sur les marchés de Provence et d'ailleurs jusqu'aux Flandres des « Santibelli », figurines religieuses en plâtre. D’où pour certains historiens l’existence de crèches provençales avant le 13ème siècle. Pour les Italiens au contraire, la première crèche vivante naquit à Greccio et de là la tradition gagna les couvents franciscains, des clarisses, les églises de France durant la seconde moitié du 13ème siècle. Quoiqu’il en soit,  François d’Assise est le saint patron des santonniers.
Petit à petit les personnages de la crèche sont sculptés en bois, en cire, en carton-pâte, en verre. Des chefs-d’œuvre, si fragiles qu’on les fixait dans des caisses en bois avec une vitre sur le devant. Les verriers d’Arles étaient célèbres pour ce travail, souvent des religieux, chartreux, carmélites, … La cire de leurs ruches était utilisée pour faire ces « Belèn » peints. Ce sont des pièces de musée maintenant.
Les personnages de la crèche de Louis XIV étaient en porcelaine coloriée, en costume de l’époque. Monseigneur Chabot nous raconte : « la crèche reflète la distinction et la noblesse qu’on trouvait à la cour du grand roi…les bergers portent culottes courtes et bas blancs….Les rois Mages ont grand air, avec leur coiffures empanachées de plumes flottantes… » . La crèche de Louis XV est « en satin bleu, aveuglante de paillettes.. ». La crèche de Louis XVI n’a pas la même grâce et la même finesse. Des coquillages et des arbustes en trop grand nombre nuisent à l’effet. Toute une époque !

Le peuple voulait aussi sa crèche. En 1775 à Marseille, Laurent construit une crèche à montrer au public avec des mannequins articulés vêtus de costumes provençaux. Mais il y ajoute des girafes, des rennes, des hippopotames. Jean-PaulClébert raconte : « À l'époque du Concordat, Laurent montrait même un carrosse qui s'avançait vers l'étable ; le pape en descendait, suivi des cardinaux. Devant eux s'agenouillait toute la Sainte-Famille et le pape lui donnait sa bénédiction. Pendant l'adoration des bergers, un rideau se levait, dévoilant la mer sur laquelle voguait un bâtiment de guerre. Une salve d'artillerie saluait l'enfant Jésus qui, réveillé en sursaut, ouvrait les yeux, tressaillait et agitait les bras ».


La Révolution française supprime la messe de minuit et bouleverse l’organisation des églises. Les représentations publiques de la nativité sont parfois autorisées. Alors dans l’intimité des foyers de chaque famille provençale sont apparus les « santoun », les petits saints, les santons. Ce que le peuple veut…. La crèche entre dans l’espace privé.

Foire aux santons à Marseille au milieu du XIXe siècle .En 1803, a lieu à Marseille la première foire aux santons. Santons peints, habillés, santons d’ailleurs. Et tous les accessoires pour le décor : la crèche est devenue un ensemble : l’étable, mais un village, avec son église, des maisons, des ponts, des puits, des arbustes…. Combien de villes maintenant ont pareille foire pour la joie de tous.


Jean-Louis Lagnel de Marseille eut le premier l’idée de construire des moules pour ses figurines en argile. Il représentait ses voisins dans différents métiers, vêtus dans la mode populaire de l’époque Louis-Philippe. Ces moules permettaient de reproduire à l’infini les sujets à moindre coût. Ses premiers santons sont sans bras, sans coiffure, sans accessoires qui sont moulés à part et collés au corps à la barbotine (argile diluée). Puis expérience aidant, il créa ses santons d’une seule pièce, installant le véritable santon 
de Provence en argile différent des santibelli italiens en plâtre.
Moules de Jean-Louis Lagnel (1764-1822) premier santonnier marseillais. Musée Marcel Carbonnel (collection privée M Carbonnel – photo Ph Renoux-Carbonnel mars 2012- wikipedia-wikimedia common)
Les santonniers d’aujourd’hui réalisent d’abord un modèle dans l’argile crue placé sur un socle qui fera partie du sujet. Ensuite vient la confection du moule coulé en plâtre. Dans une moitié du moule talquée, on presse un colombin d’argile fraîche. Après pression des deux parties du moule, le santon est sorti, mis à sécher, ébarbé pour éliminer toute trace du moulage. Après un nouveau séchage, il est cuit dans un four à 800°. La décoration se fait à la main. Les santons habillés à l’origine étaient confiés à des familles qui confectionnaient les vêtements. Des petits métiers qui aidaient financièrement les familles.
lavandières Arles
                   
 Pêcheur de crustacés –Lagnel


Toutes les catégories sociales, les métiers, et maintenant des célébrités du moment sont représentées. Le Vieux Grasset et sa Vieille Grassette qui marchent dans l’innocente vie santonnière, bras dessus bras dessous rivés l’un à l’autre dans la tendresse, le Ravi, le Tambourinaire, le pêcheur et la poissonnière, le boulanger, le porteur d’eau, la lavandière, le vannier, le pistaché aux nombreux gilets et son gros ventre….. et l’Arlésienne, l’aveugle et son fils, les bohémiens, Margarido la grognon…. Des vies !! Le maire a revêtu ses plus beaux habits, son écharpe tricolore, son chapeau haut-de-forme, son parapluie. Une montre en or pend de sa poche de veston, habituellement appelé Mathieu et il inscrit la naissance de l’Enfant sur le registre d’Etat-Civil du village. Le brigand et l’enfant volé offrent un sujet de morale qui se terminera par la rédemption finale. Le curé traditionnellement représenté bedonnant, joues rouges. Un moine capucin, souvent présent en hommage à celui qui dans son couvent de Marseille avait eu l’idée de distribuer aux pauvres des petites sujets en mie de pain parfumés à l’anis. Son supérieur fit cesser cette distribution, peut-être parce que les petits pains étaient mangés avant le 25 décembre, ou parce que le succès de l’opération les dépassait.



Au moment de la crèche, nos rues, nos centres commerciaux résonnent de chants de Noël, s’illuminent de guirlandes. On prépare les cadeaux, on imagine les repas de fêtes… Même si l’on manque de moyens, on fait un geste, pour marquer le coup. Actuellement la tradition des crèches existe dans beaucoup de pays. Chaque santonnier apporte sa touche personnelle. Les Chinois nous en envoient en plastique, en résine. Les Polynésiens les sculptent dans des noix de coco, habillés de fibre de palme.... Les expositions nous enchantent par la diversité des sujets. Et chaque spectateur y trouve ce qu’il a envie d’y trouver. Les non-croyants ne sont pas les derniers à se réjouir du spectacle. Je connais nombre d’athées ou de protestants qui chaque année font leur crèche avec des décors modifiés d’une année sur l’autre, des nouveaux santons. On ne peut pas les taxer d’infantilisme. Peut-être un besoin de merveilleux !

Paul Fouque 1990 Aix en Provence collec privée– wikipedia –photo Daniel Ferrier
 La crèche, légende, religion, folklore, traditions, Histoire ? Quand on aborde la Pastorale provençale qui fait naître Jésus chez nous et non en Palestine, avec le maire pour l’inscrire sur notre registre d’Etat-civil, il y a de quoi s’interroger !!!! Toutes les catégories sociales y sont représentées, de la gardienne d’oies, à la marchande de légumes, du curé qui n’existait évidemment pas à l’époque de la naissance, le bohémien, du boulanger à la vendeuse d’ail…., tous naturellement présents pour célébrer la naissance de l’Enfant.  Il y a de quoi rêver à Noël, respirer le chocolat, le sapin, et surtout admirer le savoir-faire de nos santonniers !! Le message de Noël c’est avant tout un message de paix, d’amour. Une trêve dont nous avons bien besoin, un renouveau, un espoir ! C'est un message qui échappe à la seule sphère religieuse. Ce n’est pas innocent si la tradition a fait naître Jésus en décembre au lieu de l’été,  lorsque la lumière revient, et que les jours paraissent s’allonger petit à petit. "A la sainte Luce les jours allongent d'un saut de puce et pour la Noël d'un pied de coq ».  ("Avant 1582, dans le calendrier julien, la Sainte-Luce tombait deux jours après le solstice d'hiver, le calendrier grégorien a avancé la Sainte-Luce de dix jours et elle tombe aujourd'hui huit jours avant le solstice).  Ce besoin de fête lors du renouveau de la lumière a existé bien avant le Christianisme, bien avant les Romains, l'Antiquité, probablement depuis la nuit des temps. Quoi de mieux que la naissance d'un enfant pour illustrer ce renouveau ?

Et puis Jésus est aussi mentionné dans le Coran (par exemple Sourate 19, 16-35). Une forme de laïcité avant l’heure ?!! 

Pour répondre à nos reboussiers, Gaston Doumergue, président de la République avait reçu en son temps santons et santonniers dans les salons de l’Elysée.

(Autres réflexions que suggère cette polémique : attention à l'intégrisme laïc qui peut tuer la laïcité - ce que le peuple veut, il finit toujours par l'obtenir - nous payons encore maintenant l'intégrisme républicain de la période de la Terreur e 1794.)


Farandole des santons, fresque de David Dellepiane



Comps 2015 crèche Romain Rodriguez

Hôtel de Ville Avignon 2010 





 
Sources : Marie Mauron Le Monde des Santons ISBN 2-262-00052-2 octobre 1976  -  Françoise Lautman, Crèches et traditions de Noël, Ed. de la Réunion des Musées nationaux, 1986, p. 39 – René Grousset Le Bœuf et l’Ane à la Nativité du Christ 1884 V4 N°1 Persée.fr  -  Jean Paul Clébert  Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972 - www.peneaud.com/sculpture-noel/noel-1.htm  -  wikipedia  - VFhorizon-provence.com - Régis Bertrand "Crèches et Santons de Provence"publié en 1992, éditions Barhélémy. -  A voir Le Salon international d’Arles des Santonniers, santons d’ici et d’ailleurs -Du 18 novembre 2017 au 14 janvier 2018 Cloître Saint-Trophimesalondessantonniers.over-blog.fr

 Collection privée – le pêcheur et la bergère santons anciens
 Collection privée – le boulanger, le gitan, la marchande d’ail et un mouton
Collection privée- la bergère à la lanterne, le tambourinaire et une vache ancienne
Collection privée – quelques santons

Crèche de la Légion Etrangère























samedi 2 décembre 2017

Les Potins de l'Uzège : Vallabrix et son école en 2003



Les Potins de l’Uzège 11-2017 –

         aL’Ecole de Vallabrix en 2003 :




Qui me reconnait ? J’ai bien grandi !!!

En mai 2003 vingt enfants fréquentent la classe unique de Vallabrix. Deux élèves en grand section de maternelle, 4 en CP,  5 en CE1,  3 en CE2, 5 en CM1, 1 en CM2. Stéphane André est leur instituteur depuis trois ans. Il vient de Paris « intra muros ». Ici gros changement : parfois des parents emmènent leurs enfants à l’école en tracteur. Dans cette classe, il découvre une pédagogie différenciée ; chaque enfant peut progresser à son rythme. A côté des enseignements habituels, on pratique l’écoute musicale pour apprendre à maîtriser son attention. Cela les servira au collège pour écouter les cours dans une classe plus peuplée.

Des sorties sont organisées comme la course aux œufs de Pâques au Pont du Gard. « C’était super mais les œufs étaient tous mous, ils avaient un peu fondus !! » nous raconte Jonathan.

Cette pédagogie demande une organisation très stricte, une autonomie des élèves qui doivent se prendre en charge, s’aider mutuellement, se respecter ; des règles sont affichées sur le mur. « Ne pas courir en classe, tirer la langue, se pendre sur la rampe installée pour les handicapés….. ». Nous ne sommes pas loin de la méthode Montessori. Stéphane nous dit qu’il n’enseignera plus comme avant, il a découvert une vraie pédagogie où chaque enfant a sa chance. Une école familiale, qui a connu parents, grands-parents.

Lorsqu’il est arrivé à Vallabrix, il n’avait que seize élèves, ce qui rendait la tâche plus facile. Il pouvait se partager équitablement, être disponible pour chacun. A la rentrée prochaine (septembre 2003), l’effectif devrait passer à trente enfants. Il espère l’ouverture d’une classe de maternelle. Il avait été envisagé un regroupement pédagogique avec les communes de Flaux, St Victor les Oules, La Capelle. Le village de Vallabrix avait été très réticent. Mais devant le nombre croissant d’élèves, peut-être faudra-t-il revoir la copie !

Messieurs, Mesdames les Ministres de l'Education Nationale, pourquoi ne pas profiter de ces expériences ? Il est plus facile de faire passer un message à un petit nombre d'élèves qu'à un grand nombre, même si l'enseignant est particulièrement doué !!



Mairie-école de la fin 19ème siècle- photo perso


A partir de l’article En Uzège, Vallabrix, L’effectif de la classe unique toujours en hausse – Le Républicain d’Uzès et du Gard  N°2908 mai 2003 -   



Vallabrix novembre 2017 -photo perso

dimanche 26 novembre 2017

L'Andutz Mendi et l'Or de Moscou 1937



L’Andutz Mendi – ou l’or de Moscou :

Au large du Grau du Roi et de la plage de l’Espiguette, le 29 juillet 1937 vers 15 h, un cargo républicain espagnol est torpillé par un sous-marin inconnu. Le navire se trouve à trois mille nautiques (5,5km) au sud du phare de l’Espiguette. La guerre d’Espagne s’invite sur nos côtes.
Le pétrolier et le ravitailleur qui l’escortaient échappent à l’assaut. Ces navires avaient été contrôlés par le sous-marin français Thétis le matin même au large de Port Vendres et autorisés à poursuivre leur route. Les pétroliers Zorroza de la Cia Arrendataria del Monopolio de Petroleos SA et Saustan ex Vallejo de la Cia Arrendataria del Monopolio de Petroleos SA  peuvent s'échapper et se réfugier à Sète.
Par contre, le cargo Andutz Mendi de Sota Aznar reçoit plusieurs obus du sous-marin. L'équipage parvient à mettre les canots à la mer pour gagner les Saintes Maries de la Mer. Sur les 35 marins, dix morts et dix disparus en mer. Une chaloupe et les dix corps ne seront pas retrouvés, probablement happés par l’hélice du bateau.

Le journal L’Eclair relate les faits dans son édition du 31 juillet : « Il serait vain d’essayer de décrire en détail l’état du pont supérieur, des ponts inférieurs, des cales, de la plage arrière, des machines et de la chaufferie. C’est un amas de ferraille, de débris, de tôles, de cordage métalliques… le tout déchiqueté par le tir, tordu, cisaillé et ensuite calciné par le feu. »
L’Ouest-Eclair daté du lendemain, on pouvait lire : "Nîmes, 30 juillet. — Le cargo espagnol Andutz Mendi, qui est le bateau gouvernemental incendié au large du Grau-du-Roi, avait un équipage de 34 personnes. Il ne transportait pas de réfugiés et avait une cargaison de charbon qui a aidé l'incendie à se propager. L'incendie a été circonscrit par les pêcheurs de Grau-du-Roi. Le bombardement a fait plusieurs morts. Deux cadavres ont été débarqués, celui d'un matelot qui a été décapité par un obus alors qu'il allait arborer le drapeau blanc, et celui du capitaine en second. Le gouvernail a été coupé par des projectiles et la chambre des machines atteinte. Parmi les disparus, on compte six officiers qui avaient pris place sur une chaloupe. »

L’Andutz Mendi remorqué par les pêcheurs du Grau –photo archive Denis Pierre Gozioso
Au « Républicain du Gard » proche des Républicains espagnols on pense que parmi les baigneurs de la plage, des espions à la solde des franquistes (appelés ici insurgés) alertent les navires de guerre pour s’attaquer aux bateaux gouvernementaux c’est-à-dire républicains espagnols. En France la version officielle et embarrassée est que l’Andutz Mendi était dans les eaux internationales, ce qui était faux. Pour les enquêteurs français, le tir a commencé à la limite des eaux territoriales françaises puis s'est poursuivi à l'intérieur de celles-ci.

Que faisaient donc l’Andutz Mendi et ce sous-marin franquiste si proches de nos côtes ? Le navire républicain se dirigeait probablement vers Odessa en Ukraine, via Marseille. On dit, légende peut-être pas, on dit que les navires républicains chargés d’or et de marchandises partaient vers Moscou et revenaient en Espagne avec des armes, tanks pour soutenir la République Espagnole. Les franquistes pour leur part,  étaient en relation avec l’Italie. Mussolini avait donné deux sous-marins à l’Espagne franquiste : le Torricelli rebaptisé General Sanjurgo et l’Archimède devenu le General Mola. Ce serait ce dernier qui aurait torpillé l’Andutz Mendi.
Les archives historiques de la Banque d’Espagne ont depuis décembre 1956, un document, le dossier Romulo Negrin. Registres comptables, comptes de l’opération, comptes bancaires du Trésor de la République espagnole à l’étranger, l’or fondu par l’Etat Soviétique. Il est probable que les historiens en apprendront plus d’ici quelques années. A moins que le lourd secret d’Etat enterre tout cela !! A première vue, le navire ne transportait pas d’or ou de devises. Que renfermaient donc ses cales pour qu'on prenne le risque d'un torpillage en zone non-internationale ? Un inconnu était à bord ; espion, personnalité espagnole, comptable du gouvernement républicain ? 


Un ancien pêcheur nous raconte ce qu’il a vu et vécu :
"J'avais 17 ans à l'époque et je pêchais avec mon père Dominique, en qualité de novice alors qu'il était patron du Saint-Christophen. Le 29 juillet 1937, nous étions au large de l'Espiguette, sur des fonds de 35 brasses, en train de retirer le chalut avec difficulté. C'est alors que nous avons aperçu, à une dizaine de mètres de notre embarcation, le périscope d'un sous-marin. Un peu plus tard, nous avons entendu quatre ou cinq coups de canon tirés par le sous-marin. À environ 4 milles marins, nous avons vu de la fumée qui sortait d'un cargo. La pêche finie, nous sommes rentrés au port où nous avons constaté que tous les bateaux étaient sortis. À notre tour, nous avons fait route pour rejoindre les autres bateaux de pêche sans trop savoir ce qui arrivait. À l'arrêt à proximité du cargo, nous avons pu constater l'impact des trous d'obus dans la coque visible au-dessus de la ligne de flottaison. Nous avons participé au remorquage du bateau jusqu'à environ 2 km de l'entrée du port du Grau-du-Roi. Quelque temps plus tard, quatre bateaux de pêche graulens, le Saint-Christophe, le Sauveur du monde, Les Cinq frères et les Cinq sœurs ont remorqué le bateau très endommagé jusqu'à Sète. J'avais appris entre-temps qu'il y avait de nombreux morts dont certains ont été enterrés au cimetière du Grau-du-Roi. Dans les semaines qui ont suivi, en chalutant sur le secteur du drame, nous avons récupéré un obus dans le filet, trouvaille que nous avons signalée aux autorités maritimes. Celles-ci ont dépêché une vedette venue spécialement de Toulon pour récupérer l'obus. Aujourd'hui, je conserve à mon domicile en souvenir la douille d'un des obus qui avait été tiré sur l'Andutz-Mendi."  Midilibre 29-10-2012-récit de Jean Mastrangelo








Le pont de l’Andutz Mendi après l’attaque, à droite un pêcheur enveloppe un corps- photo archive Denis Pierre Gozioso

Les pêcheurs du Grau du Roi portent secours aux marins espagnols. « Le Petit Jésus » resta sur les lieux jusqu’à 9 h du matin au milieu des débris, sauvant trois matelots qui avaient passé plus de 16 heures dans l’eau. Le capitaine et onze hommes ont pu débarqués sains et saufs sur la place des Saintes-Maries-de la Mer. Les bateaux de pêche du Grau du Roi vont remorquer l’épave jusqu’à Sète.

Le bateau « Les Trois Frères » a récupéré une partie des corps des victimes sur le pont de l’Andutz Mendi, dix corps dont celui d’un inconnu. Ils seront inhumés dans le cimetière du Grau, accompagnés des prières de tous. On voit sur la stèle deux jeunes garçons, 15 et 16 ans.

Ils seront vite oubliés ; la guerre entre la Chine et le Japon s’intensifie, et la seconde guerre mondiale n’est pas loin en ce juillet 1937.
En 1940, après réparations l’Andutz Mendi prendra le nom de Monte Buitre et naviguera jusqu'à sa démolition en 1962. Le gouvernement espagnol va mettre un certain temps à accepter de venir commémorer cet événement à chaque anniversaire. 
Des historiens (Paul Preston, B Pelistrandit et d'autres) parlent de guerre d'extermination, d'un "holocauste, d'un programme de massacre systématique""d'explosion de violence physique qui dura toute la guerre, violence profondément enracinée dans les pratiques militaires" et dont l'Espagne n'a pas encore fait le deuil. 
Un voile de mystère flotte toujours sur cet épisode. Parfois dans les conversations, on reparle de l'or de Moscou, sans trop savoir qu'en penser !!
1977 – stèle érigée à l’initiative de Jean-Pierre Bas, conseiller municipal du Grau –



Sources : Christian Mouquet  https://resources.blogblog.com/img/icon18_edit_allbkg.gifBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest Libellés : Anduzt-Mendi, Espagne, Italie -  Blog maitres-du-vent.blogspot.fr - j.segura@gazetttede nimes.fr Gazette de Nîmes n°947 27 juillet 2017 – Lamarseillaise.fr  31 juillet 2014 11:33 - fr1-11-2017  - Midilibre 29-10-2012 – Bernard Lagarrigue Un été 37 édit Domens  -  Association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France ASEREF -  wikipedia.org/wiki/Or_de_Moscou  - archives-maritimes.blogspot.com/2011/08/ - Carmen Montet L’Or de la Banque d’Espagne lithistart.carmenmontet.over-blog.com  - Pierre Vilar, Histoire de l'Espagne, PUF, coll. « 2002 » (ISBN 2130515851)  - François Godicheau, La Guerre d'Espagne : République et révolution en Catalogne (1936-1939), Odile Jacob, 2004  - A relire André Malraux, L'Espoir, Gallimard (ISBN 2070360202)  -  Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas ? (ASIN B0000DV9LG)  -- 



 wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb -guerre civile espagnole