samedi 16 mai 2026

Les Platter du mendiant au professeur-médecin

 

Les Platter, du mendiant au professeur-médecin

Voir et revoir, pour la personne qui me l'a demandé-- blog du 13-9-2017
C'est Thomas II le Jeune qui déjeune à Vallabrix en 1595 ou 1597 avec la garnison du commandant Combet ou Petit Combe--

 
Les Platter incarnent à eux seuls les Hommes de la Renaissance. Ce sont des figures incontournables de l’Histoire Suisse. Dans notre Languedoc ils seront des témoins exceptionnels. 
Tout avait commencé avec le père, Thomas dit le Vieux.

Il est né le 10 février 1499 à Grächen, petit village à 1600 m d’altitude dans les montagnes du canton du Valais en Suisse. Sa famille est très modeste. « Thomilin » est orphelin de père à 3 ans, recueilli par des membres de la famille ou du village contre des travaux campagnards. Sa mère se remarie plusieurs fois, laissant ses enfants aux soins d’autres personnes. Elle rêvait sans doute d’une autre vie.
 Il apprend à lire à 10 ans avec le curé du village tout en gardant les chèvres. Mais les routes l’appellent et il suit un cousin Paulus Summermater, étudiant-mendiant.. Soif d’aventures, de découvertes, de connaissances ?  Avec lui il parcourt l’Europe. Des années d’errance, de vols, de bagarres. Les enfants les plus jeunes doivent veiller au confort des aînés. Nuremberg, Dresde, Munich, Ulm, Breslau…La vermine des auberges…  Mais en ce début de siècle, l’aventure est à la mode chez les jeunes gens.

Extrait de l’autobiographie de Thomas Platter le Vieux










Puis il s’enfuit loin de son cousin et de ses amis, et il étudie le latin à Sélestat en Alsace chez Hans Sapidus,


 « Quand j’entrai alors à l’école, je ne savais rien, pas même lire le Donat (et j’avais déjà dix-huit ans). Je m’assis parmi les petits enfants et j’étais comme une poule couveuse au milieu des poussins. Un jour, Sapidus lut la liste de ses discipuli et déclara : ‘J’ai beaucoup de nomina barbara, il faut que je les latinise un peu’. Et il en redonna lecture. Il m’avait d’abord inscrit sous le nom de Thomas Platter et mon compagnon Antonius Venetz. Il les avait traduits en Thomas Platterus et en Antonius Venetus, puis il demanda : ‘Qui sont ces deux-là’ ? Quand nous nous levâmes, il s’écria : ‘Quelle horreur ! Ce sont ces deux galeux d’écoliers qui ont de si jolis noms’ ! Et c’était vrai en partie, surtout de mon compagnon qui était si galeux que souvent le matin, je devais lui arracher le drap du corps comme la peau d’une chèvre ; moi, j’étais plus habitué à l’air et au manger étranger que lui "

Puis en 1523 il est précepteur à Zurich tout en suivant l’enseignement de Frédéric Myconius. Il travaille comme cordier tout en apprenant le grec, l’hébreu, sciences essentielles lorsque l’on vise médecine. A Bâle il devient correcteur d’imprimerie, il créée sa propre imprimerie où toute la famille travaille. En 1536 en association avec Lasius autre imprimeur, il publie de Calvin en latin « L’Institution Chrétienne », un ouvrage très important au 16ème siècle, qui va circuler sous le manteau dans une bonne partie de l’Europe. Il est membre de la Guilde de l’Ours.  . (En imprimerie, l’ »ours » était celui qui pressait (le pressier) et celui qui composait et disposait les lettres était le « singe »).
Il s’associe de 1535 à 1537 à Balthazar Ruch, à Oporinus et Ruprechet Winter, et autres imprimeurs, graveurs suisses célèbres. Jusqu’à 1543/1544 il continue son activité et imprime 13 ou 14 livres. Il va travailler aussi avec le libraire Johannes Schabler Wattenschnee. Son collègue Oporinus sera emprisonné pour avoir publié une traduction latine du Coran, celle de Théodor Bibliander en 1543. Nous voyons ici l’importance de l’imprimerie dans le monde des idées
Il devient professeur de grec en 1541 et recteur pendant près de quarante ans. Il va vivre les débuts de la Réforme à Zurich, la banqueroute des imprimeurs de Bâle. Il s’intéresse aux plantes et cumule les qualités de botaniste, d’humaniste. Un intellectuel qui cultive ses poires et ses vignes. Un homme de son temps. Montaigne le rencontrera en 1580 lorsqu’il rendit visite à Bâle au fils de Thomas, Félix.

Il décède le 26 janvier 1582 à Bâle à 82-83 ans. Il est inhumé dans la cathédrale de Bâle. Il avait commencé son autobiographie en 1572 pour son fils Félix, autobiographie publiée en 1840 seulement et rééditée actuellement. Ce texte a une valeur culturelle et historique : on y voit les changements sociologiques. Le gout pour l’apprentissage des langues antiques, la soif de connaitre. L’importance de l’imprimerie qui modifie en profondeur la communication, la propagation des idées nouvelles comme la Réforme. Un monde en pleine mutation où il fallait faire sa place contre vents et marées. Valentin Kötscher, spécialiste des Platter, parle d'un «XVIe siècle très mouvementé». Emmanuel Le Roy Ladurie évoque «un siècle furieux et glorieux, pétri de sottise et de grandeur».

Contrairement à une affirmation longtemps colportée, il n’a jamais été médecin. L’ancien chevrier était devenu gymnasiarque de la ville de Bâle (professeur puis recteur). Il voulut que son fils grimpe plus haut dans l’échelle sociale : il décida d’en faire un médecin, un métier bien considéré, exercé par des gens de familles riches et bien mariées. N’ayant ni fortune, ni alliances, ni protection, son fils Félix ne devait compter que sur son mérite. Félix donna très tôt des signes de vocation médicale. Tout en apprenant la musique, tout en tenant sa place dans une troupe d’amateurs qui jouaient les drames tirés de l’Ecriture Sainte. Il jouait du luth à merveille.


 autres extraits de son autobiographie




Félix Platter

 Portrait de Félix Platter par Hans Bock en 1584
Félix nait à Bâle le 28 octobre 1536 d’un premier mariage de son père Thomas. Sa mère est Anna Diestchi. Après des études à Montpellier en France en 1552, il devient médecin, anatomiste, universitaire, professeur d’université en médecine théorique et pratique, et psychiatre même si cette qualification n’existait pas à l’époque. Son doctorat est passé à Bâle en 1557. En 1571 il sera médecin de la ville de Bâle. Il sera aussi botaniste et écrivain. Il décède à Bâle le 28 juillet 1614 à 77 ans. Il sera six fois recteur de l’université de Bâle. Lui aussi nous laisse un journal de son voyage en France.

Enfant dans l’atelier d’imprimerie de son père il apportait son aide : il pliait à longueur de journée le papier si rêche qu’il lui entamait les doigts. Sa mère empilait les feuilles et fabriquait des frottons de cuir servant à encrer les caractères d’imprimerie. Quand ils étaient usés, les enfants s’en servaient en guise de balles pour jouer. Félix commença à étudier à l’école de son père. Assis au pied de sa chaire à portée de main, il devait progresser. Un jour, il reçut un coup de baguette sur la figure qui faillit lui faire perdre un œil.
En octobre 1552, son père l’envoie à Montpellier pour étudier la médecine. Il sera en pension chez Laurent Catalan, apothicaire de son état. En échange le fils de celui-ci devait venir à Bâle. C’est par de tels échanges que de pauvres gens pouvaient envoyer leurs fils étudier au loin. Félix part avec deux chemises, quelques mouchoirs, enveloppés dans une toile cirée, quatre couronnes d’or cousues dans son pourpoint et trois couronnes en monnaie. L’argent avait été emprunté comme celui qui avait payé le cheval. En cadeau pour ne pas oublier sa famille : un écu valaisan frappé sous le cardinal Mathieu Schinner à rapporter au retour. Des recommandations : il devait étudier avec zèle et ne rien attendre de sa qualité de fils unique. Sa mère pour son dîner d’adieu croyant lui faire plaisir lui sert sa caille apprivoisée !!Son père l’accompagne jusqu’à Liestal. Les adieux sont tristes « je me sentis ému jusqu’au fond de mon cœur et je continuai navré un voyage dont la perspective m’avait tant de fois réjoui ». Pour la première fois il a armé ses talons d’éperons qui l’embarrassent pour marcher. Il a 15/16 ans.
 A Genève il rencontre Calvin qui lui propose un compagnon de voyage aide-chirurgien Michael Edouardus de Montpellier. Il entend Calvin prêcher mais il n’y comprend rien !!.Peut-être parce qu’il est pour la première fois de sa vie au milieu d’une assistance fort nombreuse. Ils se joignent à des marchands français revenant des foires d’Allemagne, plus on se voyait en nombre, plus on se sentait en sureté.
Avignon il est seul à l’auberge du Coq : « un mauvais gîte hanté par des bateliers aux larges chausses et aux bonnets bleus. J’avais grand peur et ne pouvais me faire comprendre de personne ». Un moment de vague à l’âme le lendemain, il a envie de retourner chez lui. Il pleure les bras autour du cou de son cheval qui hennit plaintivement. Mais il repart avec son compagnon. Il passe le Gard par le bac. A Sérignac la fille de l’aubergiste voulut l’embrasser car c’est l’usage en signe de bienvenue, mais « je m’en défendis, ce qui fit rire »..Heureux adolescent !.

Il raconte la peur dans les bois, les notes d’aubergiste grossies, les passeuses de gué qui refusent de rendre la monnaie, la perversité qui scandalise sa jeune âme calviniste : la séduction des femmes de France, la coquetterie des filles d’auberge… On complote contre sa vie dans une auberge, dans une autre la nourriture le rend malade. Il arrive à Montpellier après vingt jours de voyage. Un spectacle l’enchante : une procession de bourgeois affublés de grandes chemises blanches accompagnés de musiciens offraient des dragées et des friandises à toutes les jolies filles.
Tout l’intéresse. Pour la première fois il voit des oliviers et en goutte les fruits qu’il trouve mauvais et amers ! A Montpellier il se mêle avec entrain aux autres étudiants allemands. Il joue plutôt bien du luth ce qui lui ouvre les portes des soirées mondaines. Un nouvel étudiant ou la réussite à un diplôme et c’est des banquets, des processions dans la ville, en main des branches de fenouil ornées de figurines en sucre. Il participe avec d’autres à quelques pillages de tombes pour assister à des autopsies clandestines interdites. Il nous raconte la vie de Montpellier, les oranges jetées sur les gens pour Mardi-Gras sur la place Notre-Dame, les premières cerises, le marché aux oignons pour le 24 août, les vendanges….Les buissons de romarins qui poussent à l’état sauvage et qui servent de combustible. Il garde une certaine fraîcheur enfantine tout au long de son récit. Les jacinthes en fleurs en janvier, ses habits qu’il étrenne, ses souliers neufs pour les dimanches. Il s’insurge contre la corruption du tailleur qui lui fait payer plus qu’il n’en faut de peau pour tailler des chausses vertes…

Pendant quatre ans il loge chez une famille espagnole marrane, celle de Laurent Cathalan, (marrane c’est-à-dire contrainte à se convertir au christianisme). Cependant leur alimentation montre que bien que convertis, la maisonnée et leur étudiant ne mangent pas de porc, mais des légumes, un peu de mouton, parfois du bœuf. Félix apprécie le vin de muscat additionné d’eau. Pendant Carême, Félix en bon protestant n’a jamais observer des restrictions alimentaires. Alors il prend l’habitude en cachette de faire cuire des œufs et du beurre fondu sur les braises. Malheureusement il dissimule mal les coquilles qu’une servante trouve. Toute la maisonnée en est retournée !! Une imprudence dangereuse pour des marranes en une période où protestants et convertis sont suspects et les bûchers actifs. Félix note dans son journal avec une simplicité douloureuse les exécutions des luthériens qu’on n’appelle pas encore huguenots, les hommes, les femmes qu’on roue, tenaille, brûle pour crime d’hérésie. C’est la peine de mort pour avoir mangé de la viande ou des œufs pour carême. C’est la vaisselle que l’on brise à l’entrée de carême quand elle a servi à cuire de la viande !!

Félix s’exerce à la préparation des médicaments dans la pharmacie de son hôte. Avec lui il lisait l’ancien testament. Il assiste le 22 avril 1553 à un événement qui aurait pu coûter la vie à toute la maisonnée : « Le 22 avril [1553], la femme du vieux Catelan fit ses couches. Elle [...] accoucha dans la salle à manger derrière un rideau. Elle mit au monde un fils, que l'on nomma Laurent, et qui fut secrètement circoncis et baptisé selon leur coutume ".
Félix nous signale un été caniculaire en juillet 1555 avec plusieurs personnes mortes d’insolation à Vendargues. La peste est à Toulouse. Le 11 juin 1556, un vent brûlant le siroco, souffle et plusieurs moissonneurs meurent dans les champs.
Pour son départ de Montpellier, ses amis lui jouent un tour. Ils lui servent un pâté dans lequel le lièvre est en fait un chat. Il note dans son journal qu’il n’en éprouve pas véritablement de dégoût.

Sur le retour, en découvrant au loin les deux tours de la cathédrale de Bâle il oublie ses peines. Il décharge ses pistolets inutiles désormais contre le mur d’un jardin. Il voit sa mère « je la trouvai pâle et vieillie. Elle portait comme c’était la mode un tablier vert à bavette montante et des souliers blancs ». Il est chez lui en sécurité !! Toute la rue arrive, il y a cinq ans qu’il est parti…
De retour à Bâle il épouse en octobre1557 Magdalena Jeckelmann fille de Franz, chirurgien et conseiller. Il fait partie des notables de Bâle. Il s’installe médecin, parmi les dix-sept autres de la ville plus quelques guérisseurs, dont une sorcière et deux bourreaux qui s’essaient à la médecine. A la mort de son père il prend en charge ses demi-frères et sœurs. Il financera les études de son demi-frère Thomas à Montpellier.
Il va oser pratiquer des autopsies publiques et privées pour ses élèves. Il reprend les écrits de Vésale sur l’anatomie. L’autopsie permet de connaitre le corps humain mais aussi les causes des décès. Nous pouvons dire qu’il est un précurseur en médecine légale en Suisse
De son séjour en France, il envoie à sa famille des « curiosités » qui deviendront une collection admirée. En 1580 Michel de Montaigne lui rend visite à Bâle. Il  note :
« Nous y vismes de singulier [à Bâle] la maison d’un médecin nommé Fœlix Platerus, la plus pinte & enrichie mignardise à la Françoise qu’il est possible de voir ; laquelle ledit médecin a bâtie fort grande, ample & sumptueuse. Entre autres choses, il dresse un livre de simples qui est desja fort avancé ; & au lieu que les autres font pindre les herbes selon leurs couleurs, lui a trouvé l’art de les coler toutes naturelles si propremant sur le papier, que les moindres feuilles & fibres y apparoissent, come elles sont, & il feuillette son livre, sans que rien en eschappe ; & monstra des simples qui y estoint collés, y avoit plus de vint ans. Nous vismes aussi & ches luy & en l’escole publique des anatomies entieres homes morts, qui se tiennent »

Félix lorsque la médecine lui en donne le loisir, s’adonne en effet à des collections : herbier, instruments de musique, cabinet d’histoire naturelle… Toujours le besoin de connaitre, de comprendre. Guillaume Rondelet dont il a suivi les cours à Montpellier lui a probablement appris la technique du séchage des plantes, technique mise au point par l’italien Luca Ghini. 813 spécimens de plantes originaires de Suisse, France, Italie, Espagne, Egypte. Son herbier est conservé à l’Université de Berne actuellement. Cette technique d’herbier est révolutionnaire : il était habituel jusqu’alors de dessiner et peindre les plantes pour en garder une image.
Il s’intéressera aussi à l’élevage des vers à soie et des canaris.

Il écrit beaucoup.. La vue, les yeux titillent sa curiosité. En 1583 il publie un traité sur la cataracte et ce qui peut la provoquer. En particulier chez les alchimistes ou toutes les personnes qui travaillent près du feu. Il étudie les capacités sensorielles de la rétine et du cristallin et leurs fonctions. Il est le premier à comprendre le principe de la perception des images dans la rétine. Son traité sur la cataracte sera repris par son neveu Félix Platter en 1626. (qui lui sera professeur de logique et de physique 1605-1671)
En 1602 et 1604 il publie « Praxis medica », dans lequel pour la première fois les maladies sont classées par symptômes. Pour lui les maladies mentales sont dues à des causes naturelles et non à la magie, sorts, ou possession démoniaque. Il associe le contexte social et familial aux maladies. Il s’intéresse aussi aux épidémies de peste, avec études de statistiques, nombre de malades, guérisons, décès, propagation… Un homme très moderne.
Bon vivant, jouant de plusieurs instruments de musique, il était aussi amateur de poésies, récitant ses propres vers et chantant en s’accompagnant. Il va finir sa vie, dans l’aisance d’une fortune bien acquise.

Thomas Platter le Jeune ou Thomas II Platter

  Fils d’un second mariage de Thomas le Vieux et d’Esther Gross. Il nait le 24 juillet 1574 à Bâle.
Félix n’ayant pas d’enfants, Thomas le Vieux se remarie à 73 ans ; six enfants naitront de ce remariage. Dont Thomas II le Jeune.
Différent de caractère de son frère Félix, il apparait dans ses écrits moins crédule, plus solide, laborieux. Un scientifique pur jus !!

Il épouse Chrischona Jeckelmann, nièce par alliance de Félix (fille de Daniel frère de Magdaléna épouse de Félix). Il décède dans cette ville le 4 décembre 1628
Il quitte Bâle en 1595 pour rejoindre Montpellier …Il a 21 ans, moins candide et plus mûr que son frère lorsqu’il part.  Diplôme de bachelier en médecine en poche en mars 1597, il revient à Bâle en 1600 où il passe son doctorat en médecine. Mais avant il parcourt l’Espagne, la France, l’Angleterre, les Pays-Bas
Médecin, botaniste, professeur d’université d’anatomie et botanique en 1614, succédant à son frère Félix, et professeur en médecine en 1624, recteur et doyen de l’université de Bâle. Comme son frère Félix il a fait ses études de médecine à Montpellier. Il va nous laisser un journal de voyage, rédigé en dialecte bâlois de 1604 à 1605. Sorte de récit d’initiation, avec cartes géographiques, vues de villes, croquis. « dans la matinée du 9 avril (1597) j’emballais mes collections de poissons, coquillages, algues, fruits…en un mot tout ce que j’avais recueillis dans le Languedoc pour le musée de mon frère Félix.Il y en avait bien quatre quintaux qui furent dirigés sur Lyon puis sur Bâle à dos de mulet… ».
Excellent latiniste, bon connaisseur des Ecritures, il a reçu une éducation soignée. En homme de la Renaissance, il s’intéresse à tout : histoire, lettres, botanique, architecture, paysages, économie, le droit. Coutumes et usages des lieux, des hommes. Il est protestant sans état d’âme, mais ouvert d’esprit et très modéré envers les « papistes ». Il a un regard pratiquement d’ethnologue sur les gens rencontrés, qu’ils soient Juifs d’Avignon, jésuites des collèges… Une absence de préjugés et une liberté de ton qui donnent aux historiens une somme considérable d’informations et d’observations crédibles sur son époque et les ruines morales et matérielles des guerres civiles françaises. Le regard aigu d’un reporter.
Il raconte l’Université, les professeurs, les cours : « quand le professeur veut toucher son traitement, qui s’élève annuellement à deux cents couronnes de France, et qui lui est payé par la Cour des comptes royaux, il doit se faire accompagner par quelques étudiants, y compris un de leurs quatre conseillers, pour attester que les cours ont été faits régulièrement et avec soin ».
Les dissections étaient un spectacle avec tout public. Le chirurgien « lançait des plaisanteries polissonnes quand des dames assistaient à la dissection d’une femme… ». Les spectatrices se cachaient derrière un masque.
Quand il passe à Vallabrix en 1595 invité par le capitaine Combet, il voit un village en ruines dévasté par les guerres polico-religieuses. Partout il verra des églises, des abbayes, dévastés, des bijoux de la Renaissance mutilés par les uns et par les autres. L’ »idolâtrie papiste » persécutée, moquée là où les protestants règnent en maîtres comme à Montpellier et cela malgré les édits royaux…
Il nous décrit le pont de Pont-Saint-Esprit : « Plusieurs personnes pensent que c’est le Saint-Esprit qui a réellement bâti ce pont ; mais à ce qu’on dit, c’est l’archevêque qui se trouve aujourd’hui encore dans cette ville qui l’aurait fait construire….pont long, droit, construit en pierre : c’est la maçonnerie d’un ouvrage d’art. Je l’ai mesuré moi-même et j’ai trouvé qu’il est long de douze cents de mes pas. ….il y a une monté un peu avant la ligne droite et une descente quand cette rectitude a cessé. Le pont est très régulièrement recouvert de petits cailloux taillés au carré…le tout avec trois lignes : l’une au milieu, et les deux autres de côté chacune…. On peut le fermer à volonté…Des deux côtés, le pont est bordé par une petite rambarde surélevée jusqu’au dessus de ma ceinture afin qu’il n’arrive dommage à personne. Au milieu sur le pont se dresse la chapelle Saint-Nicolas où brule une lampe. Le pont est constamment gardé par des soldats. Il y a en plus donnant sur le fleuve un poste fortifié : le maréchal d’Ornano le fait garder en permanence par des militaires. Le pont a dix-huit grandes arches voutées. Selon ce qu’on m’a rapporté, il y aurait à peu près au milieu de ce grand ouvrage, deux arches qui ne seraient bâties que de bois, l’une à côté de l’autre. En cas de guerre on pourrait procéder à leur démontage et de cette manière l’ennemi serait dans l’impossibilité de passer le pont…  A par cela, la ville n’est pas bien grande ni populeuse. Elle se situe à l’entrée du pays de Languedoc, elle est frontalière du Dauphiné et du territoire du pape qu’on nomme comté de Venaissin ou de Venise…. ».
Il assiste à l’ »entrée » du Duc d’Uzès. Les maisons d’Uzès sont bâties sur le roc, leurs caves sont excellentes, mais l’eau des puits est si froide qu’elle n’est pas potable. Même les teinturiers s’en plaignent. Elle serait à l’origine d’une maladie très commune dans notre région, les écrouelles ou adénites tuberculeuses que la source de Meynes soulageait sans les guérir. Il nous décrit d’ailleurs cette source et sa rotonde qui n’existe plus. Les maisons d’Uzès ont déjà des galeries qui permettent de se promener à couvert… Tout l’intéresse à Uzès, l’élection des consuls, la richesse des habitants, l’artisanat, la « serge de Nîmes », les meuniers sur l’Alzon, nos Noël…Dans la ville huit pharmaciens, et seulement trois barbiers qui ne pratiquent pas la médecine ni la chirurgie. « Ici on saigne peu les patients », ce qui est une bonne chose pour le médecin qu’il est. Il relate le rôle et la variété des corporations avec leurs costumes distinctifs, leurs enseignes et leurs « rois ». Les marchés à jours fixes dans toute la ville et le grand marché place aux Herbes où l’on expose au « costel », au pilori ceux qui ont contrevenu aux règles de la vie communautaire.
Il visite en 1595 près d’Avignon, Monteux, petite bourgade d’environ cent maisons entourée de remparts, Entraigues-sur-Sorgues entourée de cours d’eau. Son nom « comme qui dirait entre les eaux ». Dans le comtat Venaissin, l’eau est partout. Ici une tour carrée, suffisamment grande et haute pour être vue d’Avignon « tant le pays est plat ». Sportif, il fait l’ascension du mont Ventoux, voit la fontaine du Vaucluse…
La visite des arènes de Nîmes donne lieu à un reportage très « visuel », toujours très scientifique.
"Ils nous menèrent aussitôt à l'amphithéâtre, édifice. splendide, de forme ovale, construit sans mortier, mais avec un ciment particulier, dissimulé, dit-on entre les pierres: il se pourrait cependant que ces dernières, qui sont énormes, soient simplement posées les unes sur les autres. Dans l'intérieur se trouve une cour également ovale, appelée Campus Martius, où se réunissaient les Romains pour l'élection des magistrats. Pour utiliser ce grand espace, on y a élevé plusieurs maisons, dans ces derniers temps ; ce qui est regrettable, car on devrait veiller à la conservation de ce monument, dans son genre le plus complet qui existe, et qu'ont également respecté les Goths et les Sarrasins. L'arène est entourée de dix-sept rangées de gradins en pierres de taille hautes de deux pieds et larges de même. Du plus élevé, qui a 403 et, selon d'autres, 470 pas de périmètre, on aperçoit la ville entière. Naguère encore on pouvait en faire complètement le tour dans cette partie supérieure ; mais, il y a deux mois, des pluies prolongées ont occasionné sur une longueur de 30 pieds, un éboulement qui écrasa une maison fort heureusement inhabitée. J'estime que, restauré, l'amphithéâtre pourrait encore aujourd'hui contenir vingt mille personnes. A l'extérieur, on voit sculptés en relief Romulus et Rémus allaités par une louve, et deux lutteurs. A l'extrémité opposée, j'ai vu aussi une grande figure taillée dans la pierre, portant de longs cheveux et semblant réunir trois personnes en un seul corps. Sur le fronton sont sculptées deux têtes de taureau et un triple priape volant, monté par une femme qui le mène par la bride. Les pierres dont l'édifice est bâti mesurent en général dix pieds de long sur deux de large et d'épaisseur. Quelques-unes ont même une longueur de douze pieds et une épaisseur de six. Cet amphithéâtre est tout près de la porte Saint-Antoine et contre le rempart. On l'aperçoit de bien loin quoiqu'il soit bâti sur un terrain plat comme toute la ville, qui est elle-même dans un bas-fond entre les sept collines qu'elle couvrait jadis. A côté se trouve l'auberge renommée des Arènes, et sur la partie du monument qui lui fait face, on voit un taureau sculpté, non loin du bas-relief de Romulus et Remus."

Avec lui nous vivons les épidémies de l’époque. Les portes fermées de Montpellier pour cause de peste, la participation des consuls pour la sécurité de tous, les documents pour circuler.. On connaît un peu mieux l’épidémie de 1597 d’Uzès grâce en partie au récit de voyage de Thomas Platter et aux billets de laissez-passer qu’on lui délivre. En mai 1598 tout  va bien à Uzès, en juin de même à Manguio. Plus de peur que de mal semble-t-il. Les gardes de Montpellier, ville fermée aux voyageurs, examinent les billets passés sous la porte du rempart et laissent les voyageurs à l’extérieur en attendant que les consuls de la ville décident de les accepter ou non dans la ville. « Nous fûmes contraints de faire le pied de grue hors des murs, toute la journée, les auberges refusaient de nous recevoir, elles ne daignaient même pas de prendre nos bagages en consigne : nous les avons donc laissés en vrac sur la grand-route à la garde de notre laquais ; il ne nous restait plus qu’à tuer le temps dans un jeu de paume ». Le consul qui les délivre leur apprend qu’"à Marseille et à Aix ça mourait dur ».
La quarantaine pour les personnes était de 40 jours, un peu moins pour les marchandises. En septembre 1598 la peste n’est toujours pas à Uzès, grâce certainement aux précautions très sévères prises par les autorités. Les villages des environs sont par contre touchés par l’épidémie.




Des anecdotes qui l’amusent : à Montaren où il herborise, une femme avait accouché de deux enfants à huit jours d’intervalle, le mari tremblait qu’elle n’en fit un troisième au bout d’une autre semaine. « Il (le mari) en fut heureusement quitte pour la peur » . Sa rigidité huguenote ou scientifique nous avait fait oublier cet aspect de sa personnalité !!
Les superstitions qu’il rencontre témoignent des croyances populaires : à Bagnols le Grand Prévôt du Languedoc Pierre d’Augier lui montre un anneau contenant un « esprit ». Il appartenait à une dame de la noblesse qui interrogeait l’esprit qui lui répondait « à condition d’être adoré par elle deux heures par jour ». Mais quand elle apprit de l’esprit, tout ce qu’on disait sur son compte, elle tomba en mélancolie et omit d’adorer l’esprit comme promis. Elle mourut sur le champ « lamentablement ». Le Grand Prévôt racontait à longueur de temps des histoires de prodiges, de mauvais esprits, de jolies femmes, ce qui fatiguaient le pudique et scientifique Thomas.
Sorcellerie et superstition sont sévèrement punies, en vain. Thomas nous rapporte la pratique de l’ »aiguillette » : pendant la cérémonie de mariage, on prononce une formule magique et on noue un lacet en jetant une pièce de monnaie. Le mari devient stérile ou pire impuissant jusqu’à ce que le maléfice soit conjuré. On accuse un ou une jaloux(se). !!

 Les Uzétiens commercent beaucoup avec l’Espagne et l’Italie, le Piémont. Les foires de St Firmin du 25 septembre voient arriver un grand nombre de riches marchands de ces pays. Les châtaignes des Cévennes pelées et séchées partent pour ces états. Thomas accompagne des marchands à la foire de Beaucaire du 25 juillet : il nous décrit des étalages installés partout, hors de la ville, à l’intérieur, le long des avenues, des rues, sur le fleuve, les maisons transformées en magasins, les marchandises offertes à la vente, les plus diverses et même les plus inattendues. Il rencontre un montreur de puces savantes, un Bourguignon, avec d’énormes lunettes. « Sa fille nourrissait ces insectes sur son bras…Les puces étaient harnachées avec une extrême habilité. L’une d’elles portait un petit cavalier en argent, couvert d’une cuirasse et ayant sa lance sur l’épaule, d’autres puces traînaient une petite chaîne du même métal, longue comme le doigt et ne pesant qu’un grain…Cela je l’ai vu de mes yeux, avec les deux frères Lasser de Lassereck, nobles Strasbourgeois et plusieurs autres personnes. Cela n’est pas si difficile que ce que j’ai entendu raconter, à savoir qu’une puce peut tirer une petite voiture d’argent à quatre roues et que cela ne l’empêche pas de sauter, mais ça je ne l’ai point vu ». Toujours la rigueur de l’observation !
Il raconte le « charivari » fait à un couple de jeunes mariés à Uzès. Vacarme, casseroles, cor de berger, tambour, cris, chants…jusqu’à ce que le couple donne une douzaine de couronnes. La fête continue en festins mais aussi parfois en incidents graves. Un soir, des musiciens qui venaient de donner la sérénade à des nouveaux mariés, rencontrent ceux qui faisaient le charivari : coups échangés et un musicien est tué. Toute la bande est condamnée à mort.
A Uzès on aime les cérémonies, les défilés solennels et leurs protocoles, les mascarades, les rues décorées de tapisseries et de feuillages lors des discours.. Cela donne lieu à des querelles pour des questions de préséance dans les processions, les cortèges ou à l’église.


Thomas visite Balaruc en 1597, déjà station thermale près de Montpellier. "L'établissement, dit-il, n'est qu'une méchante bâtisse, car les sources changeant souvent de place, ainsi que j'ai pu m'en convaincre moi-même par l'inspection des lieux, on a dû renoncer à y élever des constructions importantes. Cela ne nous empêcha pas d'y trouver grande affluence de beau monde venu de Montpellier, de Nîmes, de Toulouse ou d'ailleurs, et se contentant forcément de cette mauvaise installation car, on était au fort de la saison des bains qui est l'automne et le printemps, tandis qu'ils sont réputés nuisibles en hiver et en été.  …Les eaux se prennent rarement en bain. On les boit par 6,8, et jusqu'à 12 verres coup sur coup en commençant par un petit nombre et en terminant de même, comme il est d'usage pour les eaux minérales. Chacun agît à sa guise ou selon l'ordonnance des médecins de Montpellier pour qui Balaruc est un bon revenu, rien ne s'y faisant sans leurs prescriptions. Elles sont chaudes, fortement salées et d'un goût désagréable rapellant celui d'un mauvais potage trop relevé. Après avoir bu, l'on fait un tour de promenade dans la campagne. Les dames élégantes marchent en s'appuyant au bras de leurs domestiques ou de leurs cavaliers servants et, comme l'eau agît promptement et procure d'abondantes selles, c'est un curieux spectacle de voir tout ce monde arquebuser en plein champ à qui mieux mieux, car il n'y a ici ni arbre ni abri pour se mettre à couvert, le maisonnage se trouvant au bord de l'étang."
A Alès en 1598, il décrit la présence d’hydrocarbure en surface. « On trouve au lieu de la Bégude près d’Auzon une forte source qui jette beaucoup d’huile de pétrole ou plutôt de bitume liquide ; on le ramasse à fleur d’eau avec des écumoires ou autres ustensiles. Cette huile provient de plusieurs bancs d’asphalte ou sables bitumineux qui traversent le coteau qui est au-dessus de la source. Les eaux pluviales ou autres qui traversent ces bancs sablonneux, délayent les bitumes dont ils sont imprégnés et le charrient à la source où il est ramassé comme nous avons dit… »
Thomas découvre la France et ses différences. Les danses locales, la grosse cloche de Notre-Dame de Rouen, et Paris où la foule à l’intérieur et autour de Notre-Dame le surprend. On y fait des affaires plus profanes que de dévotions. « Les entremetteuses se promènent autour du chœur et offrent leurs services aux étrangers. Adossés contre les piliers, des lits dans lesquels étaient couchés de jeunes enfants trouvés qu’on recueille dans les rues et qu’on porte dans des lieux déterminés les jours de fête dans l’espoir qu’une personne charitable désirant élever un enfant s’en fasse donner un ».
Dans la grande salle du Palais, il nous montre « des boutiques de marchands de soie, de velours, de pierres précieuses, de chapeaux, de livres, de tableaux et autres articles. Il est assez difficile de passer devant ces étalages sans acheter quelque chose, parce que les marchands et les marchandes savent attirer les passants avec beaucoup d’affabilité….Les femmes sont fort rusées.. »
Au Louvre, Thomas visite l’appartement du roi et son cabinet de travail. Les constructions entreprises par Henri IV l’impressionnent : une galerie « qui va du palais jusqu’à son jardin de plaisance, les Tuileries, situées en dehors de la ville…. »
Le jeune Bâlois s'étonne de la vitalité de la rue parisienne : « en voyant tant de monde dans la rue, je croyais qu'il ne restait plus personne dans les maisons, et, néanmoins, je trouvais les maisons et les auberges toujours pleines lorsque je voulais y descendre » 
Il est abasourdi par Paris : « il y a moins de risques à voyager dans une forêt vierge qu’à se trouver dans les rues de Paris, surtout quand les lanternes sont éteintes ».



Il aperçoit le jeune duc de Guise et son jugement est cruel : les vêtements somptueux que porte le duc sont là pour faire oublier combien le jeune homme est laid. « fort laid de visage, avec son nez écrasé ».
En avril 1599 il voit à Gordes le château du  gouverneur royal Mr de Cardonnac. Ce qui authentifie pour l’historien la présence de ce château dont on a perdu la trace.
Il fait des kilomètres, il emmagasine tel un collectionneur les rencontres, engrange les connaissances.

En 1599, le 2 juin il est dans le Nord-Ouest de la France. Pour traverser la forêt d Chambord, il ne trouve personne pour lui servir de guide. Les loups prolifèrent, les cadavres des guerres de religion les ont bien nourrir. « Les loups sont acharné à manger de la chair humaine ». Ce jour-là une femme de 50 ans , un garçon sont attaqués à Thoury dans l’actuel Loir et Cher. Le 14 août 1599, à Mortemer (Seine-Maritime) au nord de Neufchâtel, les habitants lui parlent des loups qui s’attaquent aux personnes « jusqu’à les dévorer entièrement ». Les paysans n’ont pas le droit de les tuer.
Déjà en août 1595 Pierre de l’Etoile avait mentionné l’attaque d’un enfant par un loup dans Paris place de Grève, « chose prodigieuse et de mauvais présage ».

Londres en octobre 1599 l’enthousiasme. »Londres est si supérieure à d'autres villes anglaises que Londres est censé ne pas être en Angleterre, mais plutôt l'Angleterre à Londres ». ….« Dans les tavernes à bière, on peut se procurer aussi du tabac alias herbe vulnéraire païenne. Le tavernier vous en donne chaque fois pour un pfennig. On l’allume dans un petit tube, on aspire ou suce la fumée dans la bouche, et de cette même bouche on laisse couler le plus de salive possible. Après quoi on boit un bon coup, Trunck, d’excellent vin d’Espagne. On utilise aussi le tabac comme médecine spéciale pour le rhume de cerveau. En même temps, c’est pour le plaisir. Tellement commun en Angleterre est le tabac qu’ils ont toujours leur bouffarde sur eux à portée de main ; ils la promènent en tous lieux, dans les théâtres, les auberges ; ils battent le briquet, allument la pipe, et boivent. C’est comme chez nous quand on apporte du vin. Ça les excite furieusement, ça les rend gais ; au point que la tête leur tourne, comme s’ils s’étaient saoulés. Mais bientôt le malaise se dissipe. Et ils abusent tellement de ce tabac, en vue du plaisir que ça leur donne, que les prédicateurs poussent des hurlements : “Fumeurs, vous courez à votre perte !”2. On m’a même raconté qu’on avait disséqué les veines d’un homme atteint de tabagie. Elles étaient revêtues de suie à l’intérieur, comme le dedans d’une cheminée ! "


Les journaux autobiographiques des Platter à la teneur pédagogique indéniable nous documentent sur les savoir-faire en agriculture, viticulture, les rapports inter-sociaux, la gouvernance de la ville, architecture, approvisionnement en eau, etc.. Avec croquis, dessins…. Ils nous renseignent sur des lieux aujourd’hui modifiés ou disparus, presque photographies avant l’heure.
Ils sont témoins d’une époque de crise où le Moyen âge mourant donne naissance à une ère moderne. Ils nous font vivre ces temps agités. Une valeur historique inestimable.







Université de Médecine Montpellier 16ème siècle- BNF
Sources : Jean Mistler  Sous la Coupole  édit Grasset 1981  -  Jean Marc Moriceau  Histoire du Grand Méchand Loup  édit Fayard 978-2-213-628806  -   Georges Lanson  Etudiants et Mœurs Universitaires au 6ème siècle  internet Observatoire de la Vie Littéraire  Félix et Thomas Platter2007  -  « Deux étudiants bâlois », Félix et Thomas Platter à Montpellier 1552–1559 — 1595–1599 [archive], Montpellier, Camille Coulet, 1892, 551 p. - Ferdinand Buisson, « Platter ou Plater », Nouveau dictionnaire de pédagogie, Paris, Hachette,‎ 1911 (lire en ligne [archive]) --  Daniel Albert Fechter, Thomas Platter und Felix Platter, Bâle, 1840, in-8°Traduction française publiée à Genève, chez Fick  - Huldrych M. F. Koelbing, « Platter, Felix [archive] » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne. - Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Siècle des Platter, Paris, Fayard :- – E. Le Roy Ladurie, Le siècle des Platter, 3 t., 1995-2006 (une trad. franç. du Voyage de Thomas Platter se trouve dans le t. 2)  – K. Huber, Felix Platters "Observationes", 2003 -   Werner Bellwald – Le Temps Publié samedi 13 février 1999 traduction Fabienne Girardin – Félix Platter Tagebuchblätter -  -Emmanuel Le Roy Ladurie et Francine-Dominique Liechtenhan, L'Europe de Thomas Platter (1599-1600). Éditeur : Fayard (2006). (ISBN 2213627851) + Le Voyage des Platter -  L. Sieber, Description de Paris, par Thomas Platter le jeune, de Bâle (1599), p. 167-224, dans Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1896 Vol 23 p199(lire en ligne) [archive]  -  La vie de Thomas Platter écrite par lui-même [archive]. – Gabriel GACHELIN, « PLATTER FÉLIX - (1536-1614)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/felix-platter/  - Ernest Lavisse, Paul Vidal de la Blache  Thomas Platter le Jeune (1574-1628) Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911) -  Leroy Ladurie Le voyage de Thomas Platter en Rouergue et en Languedoc au 16ème siècle in études aveyronnaises ISSN1271-6081-2002  -  Barbara Ketcham Wheaton  L’Office et la Bouche  édit Calmann-Lévy p 87 – Isabelle Paresys  Apparences Histoire et Culture du Paraitre  apparences.revues.org/1229  -  Laurent Turcot (Quebec) La Fonction de la Promenade dans les Récits de voyage à Paris au 18ème siècle (cairn.info 2007/1 n°39 )1003917/dhs0390521 – "De Maguelone à la Cité", 1948 internet balaruc les bains, Histoire locale  -- Nicole Bernard 6-6-2015« ALTHEN des PALUDS, une histoire d’EAUX » Des paluds au parc aquatique(Avec la collaboration de Henri BERNARD) -   Gilles banderier Le tabac au 16ème et 17ème siècle internet fumeurdepipe.net/arttabac-europe baroque  - A lire dans le Républicain d’Uzès le feuilleton historique de l’été à partir du 29 juin 2017e en 11 épisodes « Le Journal de voyage de Thomas Platter » Gaston Chauvet-Monique Demerson -
Et bien d’autres documents, tant les Platter ont apporté aux historiens amateurs ou non, aux scientifiques de tout poil.










mercredi 6 mai 2026

Mathieu de Bargeton, seigneur de Vallabrix

 Mathieu de Bargeton, seigneur de Vallabrix


Les Bargeton apparaissent dans les textes de notre région très tôt. Nous pouvons penser que les origines de cette famille sont celles de paysans propriétaires terriens qui ont réussi socialement. Des Bargeton sont signalés dans la région de St Ambroix, Anduze dans les Cévennes en 1420. Ils sont marchands, bastiers (fabricants de bâts, essentiels pour le transport des marchandises par mules et mulets), apprentis apothicaire, notaire royal, ils achètent des terres, donc bien installés. Dans l’Uzège, ils apparaissent dès 1368 avec Antoine de Bargeton consul d’Uzès, un Mathieu, viguier en 1398, déjà attirés par les hautes fonctions. En 1509 un arrêt de la Cour du Parlement de Toulouse nous indique un Jean Bargeton, consul d'Uzès avec Raymond André, consuls nommés par le Sénéchal de Beaucaire (Beauquère).


En 1462, un Mathieu Bargeton est coseigneur de Montaren près de Vallabrix. Dans les compoix d'Uzès il est dénommé "Mathieu le Vieux". C’est un maître-drapier qui rêve d’anoblissement, comme la plupart des bourgeois enrichis de cette période. Il habite Uzès, Nîmes dans les beaux quartiers une maison proche de la Maison Carrée, un mas à Montpellier et fait partie de la clientèle du vicomte Louis de Crussol sous le roi Louis XI. Il est au siège de Perpignan (1463 ?) Nos rois aimaient se servir des réseaux des marchands, toile d'araignée organisée, discrète, sûre et qui savaient attendre les honneurs promis en contrepartie. Louis XI a eu ce bon mot : «en politique il faut donner ce qu’on n’a pas et promettre ce qu’on ne peut donner»!

Dans cette deuxième moitié du 15ème siècle, bon nombre de bourgeois seront anoblis. Mais ce n’est pas encore le cas pour les Bargeton. Mathieu le Vieux est représentatif d’une bourgeoisie qui domine les villes par ses activités artisanales, financières, immobilières, commerciales.

Ce même Mathieu Bargeton, Le Vieux en 1503 possède à Nîmes, une maison près de la Maison Carrée, quartier plutôt aristocratique : ses voisins étaient des seigneurs de Caissargues, de Caveirac, de Saint-Véran, de Marguerite, de Nage...vingt des familles de ce quartier figurent sur la liste des plus imposées et deux sont inscrites aux premiers rangs. 204 maisons, et 422 habitants dans ce secteur de Nîmes, des maisons avec jardins, généralement spacieuses. L'hôtel particulier du seigneur de Nage était appelé la "Grande Maison" avec ses 700 cannes carrées de terrain !! On comprend mieux l'ambition de Mathieu le Vieux

Le second Bargeton connu à cette époque est Ambroise Bargeton, né en 1506, médecin de Jacques de Crussol et de son frère Charles Il est diplômé de la faculté de Montpellier en 1530. Est-il un des fils de Mathieu le Vieux ? Les dates pourraient concorder. Une autre source lui donne pour père Pierre Bargeton, (fils de Mathieu le Vieux ?) et pour mère Marie d’Aymes, de la famille d’un coseigneur de Blauzac, qui s'est rendu célèbre lors de la Michelade de 1563 à Nîmes.). Ambroise sera aussi médecin de Jacques de Genouillac et Médecin ordinaire du roi François Ier. Il meurt en 1547 à Paris, ayant embrassé la foi réformée.

Mathieu le Vieux signe des actes avec son petit-fils, Mathieu le Jeune, baux, transactions... Il reporte semble-t-il son ambition sur son petit-fils qui est décrit comme écuyer. Le terme d'"écuyer" démontre, s'il était nécessaire, l'ambition familiale. Ce terme deviendra dans le langage commun et dans nos pays de droit écrit, un titre de noblesse surtout après 1579. Rêve de fondation d’une dynastie, aspiration qui sera contrecarrée par l’Histoire et ses ruses dès le milieu du 17ème siècle….

Mathieu le Jeune est anobli le 19 novembre 1533 par Lettres de Noblesse de François Ier signées à Marseille. Le roi rappelle les éléments qui permettent de faire de Mathieu un noble : il a bien servi le royaume et il possède quelques biens. Les biens nobles qu’il possède, il s’agit en fait d’une petite olivette de Lédenon sans dépendances achetée le 26 septembre 1528, terre qui autrefois était «décorée du titre de baronnie». Donc notre Mathieu le Jeune au moment de son anoblissement était plus proche de la roture que de la noblesse !! Dans ses lettres d'anoblissement il est fait mention de "grâce spéciale" de la part du roi François 1er, de service "tant de sa personne à l'encontre de nos ennemis et adversaires ». Toujours dans les lettres d'anoblissement, il est fait référence à des sommes d'argent "prêter" pour subvenir aux grandes affaires du royaume. Cela nous parait plus dans ses cordes. La famille de Bargeton a dû comme d'autres, participer à la rançon de 2 millions d'écus lors de la paix de Dames de 1529 pour racheter la libération de François 1er.

L'acte d'achat de l'olivette de Lédenon est signé dans le cellier de l'acheteur selon la coutume languedocienne de l'époque. Les deux parties, le vendeur Petrus Brunelli (Pierre Brun) et Mathieu Bargeton étaient sur place dans la cave (apotheca) à vin pour y boire "le vin du marché". L'achat de cette terre qui fut une baronnie est la première marche de la dynastie Bargeton vers la noblesse. La coutume de conclure une vente par un verre de vin se perpétuera jusqu'au 20ème siècle.

(La lettrine de Mathieu de Bargeton, le M surdimensionné très ouvragé indique qu’il est « Le » Mathieu de la famille des Bargeton, Ego, affirmation de la création d’une dynastie ??)

L'armorial d'Hozier nous indique que les lettres d'anoblissement de Mathieu sont scellées à la cire verte, expédiées à la Chambre des Comptes et enregistrées au Livre des Chartres n°91. Trois cents écus d'or sont payés au Trésor en mai 1534 pour finaliser l'opération.

Nous avons du mal à évaluer ce que représente cette somme. L'"écu au soleil" va fluctuer tout au long du siècle. L'afflux incontrôlé d’or d'Espagne entraine une inflation très préjudiciable à l'économie des pays européens. A partir de 1570-74, sa valeur est un peu plus stable grâce à une politique anti-inflationniste. Il semble que les 300 écus d'or représentaient une somme rondelette. En 1565, dix bœufs dontés (domptés, dressés) et aratoires (pour le labour) coûtent 92 écus d’or, donc l’anoblissement aurait coûté environ 30 bœufs !!

Mathieu le Jeune possède d’autres biens, roturiers ceux-là, car nous les retrouvons sur le compoix d’Uzès de l’époque : il est l’un de ceux qui paient le plus d’«impôts». Il caracole en tête des contribuables avec les Toulouse-Foissac, les Aymes, Sollier, Jean de Vaux...Sur le quartier de St Firmin d’Uzès il possède des prés joignant son moulin sous le pont de la Maladrerie (entrée actuelle d'Uzès sur la route de Bagnols), un moulin drapier sur l’Alzon. Toujours dans ce faubourg il est propriétaire de prés, olivettes, vignes et a pour voisin André de Vaux que nous retrouverons plus loin allié par mariage aux Bargeton. A Uzès sa maison est une des deux plus grandes. Ce sera la maison ancestrale où la branche Bargeton-Vallabrix se retrouvera. Elle est toujours debout, à l’angle de la rue de la République et de la place Dampmartin. A une époque elle allait jusqu’aux remparts, le boulevard maintenant.

Sur le quartier de Castille (actuellement route de Nîmes-Arpaillargues) il est propriétaire d’un mas avec une dizaine d’hectares. Le compoix d’Uzès du 16è siècle fait état de 39 biens sur cette ville d’Uzès. En 1541 un démembrement pour 17 fiefs (17 septembre) dans l’Uzège. Dans les comptes du diocèse d’Uzès de 1549  Mathieu de Bargeton doit payer 32, 788 livres de taille, et un apurement pour les années 1548 à 1552 le condamne à verser 13, 662 livres.

Mathieu le Jeune possède dans Uzès même, des prés et jardins, un moulin dans la vallée de l’Eure. Il a une « botique » devant laquelle en 1535 il sert de témoin à une transaction. (Cabinet des Titres de François Ier, BNF).. Les transactions ont encore besoin de témoins, malgré l'emploi de greffier et de l'écriture qui se développe. Précédemment l'habitude était de prendre des témoins relativement jeunes plutôt que trop âgés, pour qu'ils puissent longtemps servir de mémoire. Ici la transaction se fait "devant la botique", devant vraisemblablement d'autres passants-témoins, au grand jour. Nous ne sommes pas loin des poignées de mains de nos grands-parents qui scellaient ainsi un accord, il n'y a pas si longtemps!!

Autre exemple de l'importance des témoignages à cette époque :

L'original des Lettres de Noblesse des Bargeton est perdu et le 12 avril 1553 le juge d'Uzès après enquête délivre une copie conforme. Plusieurs témoins assurent sous serment avoir vu et «touché» le document original. Le contact physique avec le document est primordial, évacue le doute. Toujours la main qui engage, qui jure.

Dès 1537 il prend le titre de Baron de Lédenon, puis en 1541 il est qualifié de seigneur de Vallabrix, domaine qui est son fief principal et titre qui restera dans cette famille jusqu'au début du 19ème siècle.

Et dès 1536 Mathieu de Bargeton va étendre son domaine en commençant par Vallabrix. Il prend son rôle de seigneur très à cœur : «Il ne craignit plus de s’agrandir en faisant des acquisitions qui n’étaient pour lui que des occasions de faire usage des privilèges attachés à sa nouvelle qualité»

Le 27 juin 1536 notre Mathieu achète la Juridiction de Vallabrix, celles de Sagriès et de La Baume les 20 avril et 6 juillet 1537. Il fait aveu et dénombrement de ses possessions devant le Juge-Mage d’Aigues-Mortes sur l’ordre du sénéchal de Beaucaire le 17 septembre 1541. Il possède 17 fiefs dont

- Vallabrix, Sagriès et La Baume avec tous droits de justice haute, moyenne et basse, - à Lédenon, la justice haute et moyenne, - la quatrième partie de Laugnac, la seizième de Montaren, avec haute, moyenne et basse justice,- la douzième partie d’Arpaillargues et la quatrième de Blauzac, plusieurs cens sur Bezouce…

Une partie de Montaren était déjà depuis 1462 dans l’escarcelle des Bargeton avec le grand-père Mathieu le Vieux


. Le 20 juin 1541 Noble Audibert de Gregoire de Gardies, coseigneur de Blauzac cède à Mathieu de Bargeton seigneur de Vallabrix moitié de ses droits et juridiction qu'il possédait sur ce domaine, en indivision avec Jean de Bourgjuif de Deaux. Comme une tache d’huile, le domaine s’agrandit dans l’Uzège. Il ne se contente pas de domaine avec basse justice mais au contraire avec pleine justice et droits. Il va aussi déborder sur les terres riches d’alluvions du côté du Rhône. Ses fils et petits-fils ont des intérêts (terres, maisons, péages, fermages…) à Montfrin, Aramon, Vers, Vallabrègues, Comps…

 « Juncta Placent, S’il vous plait de nous rejoindre ». la devise de Mathieu de Bargeton, proche de celle du roi Philippe Vi de 1328 « qui m’aime me suive »

Mathieu est receveur de la taille en 1531/1539, puis en 1555. On le voit en juin 1538 régler un problème épineux : les «folez de la gendarmerie» (dégâts des soldats) ont coûté une somme «de plus grande» en frais et dépenses au prêtre Jean Thomas de Monfrin.

C’est sa période flamboyante ! Le nombre d’actes que nous retrouvons malgré le temps écoulé indique un Mathieu gros travailleur même si l’on sait qu’il avait certainement des commis.

Le receveur achetait son office plus ou moins cher selon l’importance du diocèse. Il était rémunéré, ses frais payés (chevauchées, greffiers, commis..) A cette époque, on pouvait gagner beaucoup d’argent en jouant «les percepteurs des impôts», un % (2 à 3% jusqu’à 5% dans des cas particuliers) des sommes reçues passait dans la poche du receveur. C’était aussi un travail de confiance, qui nécessitait une bonne connaissance des familles, et une influence sur la société. C’était parfois l’occasion de prêter de l’argent et de s’enrichir, d'acquérir à bas prix des terres, de réaliser de substantiels bénéfices par la connaissance d'affaires intéressantes. Soupape de sécurité en cas de conflit entre les imposés et l'administration, les receveurs de la taille étaient aussi des facteurs de paix sociale ou les premiers marqueurs du désamour des habitants. Parfois leurs maisons brûlaient, parfois ils étaient malmenés physiquement. Ils étaient responsables de la bonne rentrée d’argent. Ils étaient aussi responsables de la répartition fiscale entre chaque localité. Ce qui leur octroyait une certaine sécurité et respect.

Notre Mathieu de Bargeton aura vécu au moins sous quatre règnes : François Ier (1515-1547), Henri II (1547-1559), François II (1559-1560) et Charles IX (1560-1574). Il a vraisemblablement entendu parler dans sa petite enfance de Louis XII (1498-1515), de Louis XI (1423-1461/1483), cher à son grand-père et il a rencontré le futur Henri IV, Henri de Navarre lors de ses passages en Uzège. Il était de l'assemblée qui a reçu Catherine de Médicis et son fils Charles IX, accompagnés du Duc d'Anjou le futur Henri III, lors de leur passage en Uzège en 1564.

Mathieu de Bargeton décède en 1572 en laissant quelques dettes envers les consuls d'Uzès (1166 livres) et envers Mathieu et Etienne Ravaud (1165 livres) qui seront portées à la charge de ses héritiers devant la cour royale d'Uzès en 1622-1624. Il avait certainement de quoi payer ses dettes, mais le moment était à la procédure ! Et puis dans ces périodes troublées, les preuves pouvaient se perdre, les tribunaux étaient occupés ailleurs !! D’ailleurs il s’écoule cinquante ans avant que l’affaire soit portée devant un juge ! Il est vivant le 1er mai 1572 car il reçoit de la Chancellerie des Lettres Royales adressées au sénéchal de Beaucaire.

La façade Renaissance que Mathieu nous a laissée à Vallabrix est d'inspiration très protestante : col huguenot des masques, des escargots symboles de l'orgueil déplacé des hommes... Son implication avec ses fils dans les événements religieux depuis les premières escarmouches de 1560 est relatée par plusieurs sources. Probablement moins vindicatif et guerrier que ses descendants étant donné son âge. Il est vrai que le climat va devenir nettement plus orageux à partir de 1574 donc après son décès.

Thomas Platter, un jeune médecin suisse de Bâle s’installe à Uzès de 1597-98. Il nous a laissé le récit de cette période, son atmosphère. Il passe par Vallabrix en 1595 : il trouve le village en piteux état, en ruine. A cette époque les familles vivaient à l'intérieur du fort qui était protégé par une petite garnison sous le commandement du sieur Combet ou Petit Combe. 25 habitants en 1541, combien en 1595 ? Des baptêmes catholiques sont enregistrés, 4 en 1594, 11 en 1595, 6 en 1596, donc des couples en âge de procréer, du travail, des maisons, autant de signes de renouveau... Un potier d'étain Pierre Chanes, un maçon Jean Benoît et un maître-maçon Etienne Bouzigues sont installés à Vallabrix. C’est la période où les potiers d’étain font fortune grâce à la bourgeoisie et à la petite noblesse montante. Les maçons construisent, décorent, embellissent nos rues, les fenêtres s’ouvrent, les escaliers s’ornent de balustres…. Il y a du travail, un besoin de confort, d’afficher son aisance, son statut social pour être respecté.

Mathieu de Bargeton en bon gestionnaire, intervient dans l'installation et le mariage d'un menuisier sur notre village. Le 24 avril 1565, maître menuisier Pierre Canne originaire de Troyes, mais habitant Nîmes, épouse noble Nadale Mejean fille de feu noble Nicolas et de noble Marthe Milone de Vallabrix, quasi ruinée.. La dot est de 50 livres et deux robes. Un forgeron (faure) Jean Gay installé à Vallabrix originaire de St Laurent Les Arbres se marie en 1539 dans notre village avec Catherine Athenon de St Roman diocèse de Die en Dauphiné. Il est autorisé à s’installer dans une jasse abandonnée à l’extérieur du fort. En 1570, un serrurier de Fontarèche Antoine Souchon se marie et s’installe à Vallabrix, contrat de mariage avec noble Jeanne de Mejan fille de feu noble Nicolas et de noble Marthe Milon de Vallabrix. Les familles Gay et Souchon vont nous accompagner jusqu’au 20ème siècle. L’installation sur le village d’artisans va amener un mieux vivre et des enfants. Mais Mathieu n’oublie pas les paysans qui ont besoin aussi d’un coup de pouce. Il donne en 1545 en dot deux brebis avec des agneaux à venir à Casarine Laurent qui vient de se marier avec Jean Boutaud de notre village.

La vie est la plus forte.  Les guerres d’Italie et les guerres de religion ont drainé vers l’Uzège des soldats, cadets de familles nobles souvent, français, parfois étrangers, venus chercher fortune chez nous. Ils achètent des terres, des coseigneuries, se marient avec nos filles. Ils participent aux renouveaux économiques, démographiques et font évoluer les mentalités. Des familles sont descendues du Massif Central pour travailler à Uzès, ouvriers du bâtiment surtout, et dans les villages pour relancer l’agriculture et l’artisanat. Une petite-fille de Mathieu de Bargeton Mondete fille de Balthazar et de Gabrielle de Brueys épouse un cadet du Rouergue venu combattre aux côtés des Crussol, Bertrand de Morilhon seigneur de Génévriers en 1611, de «fort belle figure» !!.

Le même Thomas Platter écrit en 1597 : «Les faubourgs (d'Uzès) ont été plusieurs fois détruits, mais très bien rebâtis. Un tiers environ de la bourgeoisie y réside, et c’est là que se trouve le jeu de paume». Antoine Merle en effet de retour de guerre installe dans son auberge une salle de jeu de paume. Toujours d’après Thomas Platter on dénombrerait 1500 feux (familles) à Uzès, ce qui parait beaucoup, 5000 à 6000 personnes. Une vingtaine de bourgeois dont la fortune s’élève à au moins 30 000 livres tournois, et une cinquantaine de bourgeois ont un avoir de 20 000 livres au moins. Jean Gondin sieur de Carsan, bourgeois, et hôte de Thomas Platter s’est porté acquéreur de deux villages, et a pour 600 000 francs de créances.

Energie de reconstruire, volonté d’aller de l’avant, foi en l’avenir ! Toujours d’après le récit de Thomas Platter, en septembre 1597, lors de la foire de St Firmin, des marchands d’Italie, du Piémont sont présents, en grand nombre, profitant ainsi d’une certaine stabilité politique et économique.

Pourtant à Nîmes en 1590 on arme encore les hommes de 15 à 50 ou  60 ans pour garder les six portes de la ville. Peur de la peste, des émeutes, des gens venus d’ailleurs.. En cas de danger seules les portes de la Couronne et des Prêcheurs restaient ouvertes.

 

 

Bernadette Voisin-Escoffier  Pour en savoir  plus  Médiathèque ou site internet du village « Mathieu de Bargeton seigneur de Vallabrix  15ème au 19ème siècle. »--- photos de la façade Renaissance  collection personnelle --



samedi 18 avril 2026

L'Ecole de Vallabrix en 2003

 

aL’Ecole de Vallabrix en 2003 :

(voir et revoir blog 2/12/2017) 

 


 


Qui me reconnait ? J’ai bien grandi !!!

 

En mai 2003 vingt enfants fréquentent la classe unique de Vallabrix. Deux élèves en grand section de maternelle, 4 en CP,  5 en CE1,  3 en CE2, 5 en CM1, 1 en CM2. Stéphane André est leur instituteur depuis trois ans. Il vient de Paris « intra muros ». Ici gros changement : parfois des parents emmènent leurs enfants à l’école en tracteur. Dans cette classe, il découvre une pédagogie différenciée ; chaque enfant peut progresser à son rythme. A côté des enseignements habituels, on pratique l’écoute musicale pour apprendre à maîtriser son attention. Cela les servira au collège pour écouter les cours dans une classe plus peuplée.

Des sorties sont organisées comme la course aux œufs de Pâques au Pont du Gard. « C’était super mais les œufs étaient tous mous, ils avaient un peu fondus !! » nous raconte Jonathan.

Cette pédagogie demande une organisation très stricte, une autonomie des élèves qui doivent se prendre en charge, s’aider mutuellement, se respecter ; des règles sont affichées sur le mur. « Ne pas courir en classe, tirer la langue, se pendre sur la rampe installée pour les handicapés….. ». Nous ne sommes pas loin de la méthode Montessori. Stéphane nous dit qu’il n’enseignera plus comme avant, il a découvert une vraie pédagogie où chaque enfant a sa chance. Une école familiale, qui a connu parents, grands-parents.

 

Lorsqu’il est arrivé à Vallabrix, il n’avait que seize élèves, ce qui rendait la tâche plus facile. Il pouvait se partager équitablement, être disponible pour chacun. A la rentrée prochaine (septembre 2003), l’effectif devrait passer à trente enfants. Il espère l’ouverture d’une classe de maternelle. Il avait été envisagé un regroupement pédagogique avec les communes de Flaux, St Victor les Oules, La Capelle. Le village de Vallabrix avait été très réticent. Mais devant le nombre croissant d’élèves, peut-être faudra-t-il revoir la copie !

 



Mairie-école de la fin 19ème siècle- photo perso

 

A partir de l’article En Uzège, Vallabrix, L’effectif de la classe unique toujours en hausse – Le Républicain d’Uzès et du Gard  N°2908 mai 2003 -   



 




mercredi 1 avril 2026

Premier train Nîmes-Montpellier

 

 La gare au XIXe siècle (© coll.particulière)-Académie de Nîmes

Premier train, nouvelle ère,

Nous avons du mal à imaginer ce que le train a apporté à l’être humain, et ceci en peu  de temps. Modifications en profondeur des déplacements, emplois, modes de vie, découvertes, tourisme…

Le train d’abord pour le transport du charbon, matériaux essentiel pour le développement de l’industrie employant les machines à vapeur du 19ème siècle. Puis transport de voyageurs.

Dans le Gard et l’Hérault, des dates qui montrent un enthousiasme pour le progrès malgré les peurs qu’il engendre : 15 juillet 1839 la ligne entre Nîmes et Beaucaire, 1840 la ligne entre Nîmes et Alès pour le charbon. Aussi 1839 la ligne Montpellier-Sète. Petit à petit nous nous équipons.

Embarcadère de la première gare de Nîmes


La première gare de Nîmes appelée « embarcadère » est mise en service le 15 juillet 1839 par la Compagnie des Mines de la Grand’Combe et des Chemins de fer du Gard. Cette gare est construite à l’est de la ville, entre les chemins d’Uzès et d‘Avignon, dans le quartier Richelieu, aménagé dans la première moitié du XVIIIe siècle. On en voit encore quelques traces proches d’un rond-point.

C’est un tournant pour la ville et la région. Nîmes à la fin du 18ème siècle est une des grandes villes manufacturières de France. Elle exporte dans tout le bassin méditerranéen, jusqu’en Inde. Historiquement elle est un nœud commercial important au carrefour du Languedoc, de la Provence et de la vallée du Rhône. En 1851 Nîmes compte un peu plus de 53 600 habitants et Montpellier 45 800.

Le ministre des Travaux Publics par télégramme, autorise en date du 8 juillet 1939, la circulation du chemin de fer de Nîmes à Beaucaire. Aussitôt dit, aussitôt  fait, le 14 juillet est choisi pour la cérémonie de l’inauguration. Une foule de curieux s’était assemblée proche du bureau de l’octroi route d’Uzès. Une première expérience semi-officielle. Des employés de la Compagnie partis pour Beaucaire le matin, revinrent dans la même journée ! Rapidité, sécurité, malgré les prédictions de désastres que certains avaient répandus…Le 15 eut lieu la cérémonie officielle. Les autorités, les sommités judiciaires et administratives, tout ce qui comptait, embarquèrent dans un train de dix-huit voitures vers quatre heures du soir. Le trajet entre Nîmes et Beaucaire dura 36 minutes, le retour en 40 minutes ! Dès l’heure de midi, une foule avait envahi les rues et avenues voisines du chemin de fer et le retour du train se fit sous les applaudissements d’une cohue frénétique et enthousiaste.

Ce fut un succès. L’ouverture de la ligne coïncidait avec la foire de Beaucaire et quotidiennement les trains transportaient plus de 10 000 personnes, nous disent les gazettes !!. Quelques voyageurs le jour de l’inauguration seront légèrement blessés sans gravité par des escarbilles, mais les alarmistes en profitèrent pour déclarer que la mort certaine attendait ceux qui montaient dans les trains.

Le confort était rudimentaire : les voitures de troisième classe étaient couvertes, fermées à l’avant et à l’arrière mais ouvertes sur les côtés. Des bancs en bois servaient de siège. Celles de deuxième et première classe étaient couvertes et fermées sur les côtés par des glaces et des stores. Les banquettes de ces dernières étaient rembourrées.



Un problème, l’exactitude des horaires. Habitués au service des diligences aux horaires parfois fantaisistes, les voyageurs avaient du mal à être « à l’heure » lors de lors déplacements. Il faudra que la Compagnie prie les usagers de régler leurs montres sur la pendule régulateur établie chez l’horloger de la compagnie place de l’Hôtel de Ville. ( Jacquemard de Nîmes).

Des stations intermédiaires sur la ligne Nîmes-Beaucaire vont s’implanter, Courbessac, Marguerites, Manduel, Redessan, Bellegarde… Le train entre dans le quotidien des habitants.


On ne va pas en rester là. Il nous faut faire la jonction entre la ligne Montpellier-Sète (1839) et les réseaux rhodaniens et languedociens. Donc une ligne Nîmes-Montpellier s’implose. Il faudra aussi de nouvelles gares. Montpellier se dote en son centre de la gare Saint-Roch en 1843-1844, sur la ligne Tarascon-Sète.


Gare Saint-Roch de Montpellier—les colonnades ce qui reste de l’ancienne gare

Un premier essai le 30 avril 1844 entre Nîmes et Montpellier sur une seule locomotive anglaise avec à son bord les ingénieurs Charles Didon et Paulin Talabot. Un parcours d’une heure vingt-huit minutes. Le 3 mai second essai : le parcours s’effectua trois fois dans la journée avec succès au milieu des acclamations et applaudissements des habitants des communes traversées.

Mais le Parlement ne s’était pas encore prononcé sur le mode d’exploitation pour une ligne construite aux frais de l’Etat. A cette époque la SNCF n’existait pas et de nombreuses compagnies se partageaient les réseaux. Ce retard n’était pas du goût de la Chambre de Commerce de Nîmes qui demanda à plusieurs reprises un service provisoire en attendant la décision du Parlement.

Le 16 juillet 1944 les Chambres du Parlement par une loi décidèrent que cette voie de communication serait donnée en adjudication publique le 18 septembre. Cinq concurrents se présentèrent. Chacun pour soumissionner devait déposer une caution de 500 000 frs. Une société s’était formée, celle de MM Emile Delacorbière, président de la Chambre du Commerce du Gard, Félix de Surville, banquier, et Agénor Molines banquier, au capital de deux millions de francs divisés en quatre mille actions de 500 frs. C’est cette société qui fut déclarée  adjudicataire, pour le grand plaisir des Nîmois, qui « ne tenaient pas à ce que des étrangers puissent s'emparer de la ligne et on savait que Montpellier et Lyon présentaient des concurrents très sérieux. La rivalité était surexcitée au plus haut point surtout entre Nîmes et Montpellier, d'autant plus que dans la salle cette dernière ville était représentée par trois ou quatre cents personnes ».

La vieille querelle s’était réveillée entre Nîmes la romaine et Montpellier la jeunette née au 9/10ème siècle. Chauvinisme mais aussi le 19ème siècle voyait des chevaliers d’industrie miser des fortunes sur des innovations qui devaient leur rapporter dix fois plus, fortunes parfois éphémères. Les enjeux commerciaux étaient importants pour les deux villes. Les banquiers et négociants nîmois commençaient à s’intéresser aux grandes affaires industrielles. A la veille de la révolution de février 1848, on comptait à Nîmes une vingtaine de banquiers de quelques importance, avec une fortune évaluée d’après les impôts nettement supérieure à celle des négociants. (+60%).

Une autre société nîmoise figurait parmi les évincées, celle de MM Mourier fils cadet, Emile Bonnaud et Maxime Baragnon. L’adjudication s’était déroulée à la préfecture sous la présidence du préfet de l’Hérault M Roulleau-Dugage et du ministre M Teste. Une foule assistait à la réunion, débordant sur la terrasse.

L’ouverture commerciale de la ligne ne se fera qu’au commencement de l’année suivante malgré une ordonnance royale du 1er novembre approuvant l’adjudication. Mais les corps constitués des deux villes en profitèrent pour se rencontrer et faire
échanges de politesses. Ainsi le 17 novembre le conseil municipal de Montpellier invita celui de Nîmes à un grand banquet au Peyrou, « les représentants les plus intimés des deux villes auxquelles aboutit le magnifique chemin de fer dd au vote intelligent des pouvoirs de l'Etat, et au talent éprouvé des habiles ingénieurs des Ponts et chaussées. »

 Le 1er décembre c’est au tour du conseil municipal de Nîmes d’inviter celui de Montpellier à  un grand banquet dans le foyer du théâtre, à l‘époque situé à l’emplacement du Carré d’Art. On va faire les choses en grand, et même en très grand !!A cette occasion une grande fête est organisée aux Arènes pour toute la population de Nîmes. Partis à 10 h, les invités arrivèrent par la nouvelle voie, sous les vivats des habitants de la campagne. Arrivés à Nîmes à 11h et demie, au milieu d’une foule venue de tout le département.

Après une longue visite à la bibliothèque, et après y avoir admiré les divers produits des manufactures nîmoises, et une longue visite des monuments nîmois, les deux conseils se rendirent aux arènes pour assister à une ferrade.

Une vaste loge les y attendait, pavoisée de pavillons tricolores et de bannières flottantes aux chiffres MN, et aux armoiries des deux villes.

Vingt-cinq mille spectateurs se pressaient dans les arènes. Pas une place de libre.

Après le banquet, le  cortège se rendit au théâtre pour assister à la représentation de « la Reine de Chypre ». Une loge les y attendait.

Les invités seront logés à l’hôtel du Luxembourg et le lendemain matin ils assisteront à une grande revue sur l’Esplanade. Déjeuner dans une des salles de l’Hôtel de ville.

La visite se fera fort heureusement tout au long par un temps splendide.

Le premier trajet commercial eut lieu le 11 janvier 1845. Ce jour-là, deux trains partirent à 8 h du matin de chaque ville et se croisèrent à Lunel. La voie sera électrifiée en 1948. En 1852 avec la construction du viaduc de Beaucaire, Nîmes se trouve reliée par le réseau ferré à Marseille. La création en 1857 du PLM unifie le réseau.

Le tracé n’a pratiquement pas changé. Sauf le contournement ferroviaire de Nîmes-Montpellier qui relie depuis 2017 es gares TGV des deux villes. Ce serait la ligne la plus fréquentée d’Occitanie avec environ 180 à 200 trains circulant chaque jour !!

 



Sources : www.nemausis.com-- Gazettede Nîmes n)1316 aour2024jean Paul Pignède  président du musée du chemin de fer de Nîmes—wikipédia.org--

 

 

 

 

samedi 7 mars 2026

Enseignement pour adultes

 

Enseignement pour adultes


Le journal L’Opinion du Midi de juillet 1866 reprend un arrêté du préfet du Gard concernant l’enseignement pour adultes. Une circulaire a été adressée aux sous-préfets, et aux maires du Gard. « J’ai décerné une récompense aux adultes qui ont satisfait aux épreuves imposées dans les concours cantonaux du mois d’avril dernier »….. A charge pour nos élus de prévoir une publicité et de notifier cette récompense aux intéressés. « Une cérémonie sera organisée le premier jeudi du mois d’août à 2 h de l’après-midi au chef-lieu du canton en une séance solennelle. » Messieurs les Curés et les Pasteurs sont invités. Une petite somme sera versée sur un livret de caisse d’épargne.

A Vallabrix trois lauréats dans la première catégorie et pour un deuxième prix : Louis Belin (16 ans) Cyprien-Frédérick DesplansJoseph Camille Gay (16 ans) .
Déjà lors de la Révolution de 1789 des voix s’élèvent pour demander un enseignement pour les adultes. Chenier et le rapport Lanthenas du 28 frimaire An I (18 décembre 1792) proposent des cours pour adultes chaque semaine pour « amuser l’esprit, délasser le corps, éveiller la curiosité et le plaisir d’apprendre tout cela dans des réunions fraternelles ». Il s’agit aussi d’encadrer une certaine morale, et former à la fonction publique. Mais il faudra attendre le 19ème siècle.

 L’industrie montante a besoin d’ouvriers ou ouvrières sachant un peu près lire, écrire et surtout compter. Les enfants sortent des écoles primaires vers 13-14 ans avec une scolarité hachée, où il est habituel de s’absenter pour aider les parents paysans ou artisans. Ils perdent très vite le peu qu’ils ont appris. Laïques et religieux s'inscrivent dans ce mouvement, comme les jansénistes Frères de la Doctrine Chrétienne, en province. Paris, Lyon, les grandes villes dès 1837 s’équipent. Les statistiques nous disent que l’on compte en 1837 1800 cours et 37 000 élèves, en 1841 3090 communes, 3403 cours et 68 500 élèves. 
Mais la situation politique de l’époque ne va pas aider au développement de ces cours, et leur nombre va diminuer jusqu’en 1863. Dans notre région, l’école de Nîmes créée en 1823 ne fonctionne déjà plus en 1833. Guizot alors ministre s’en inquiète. Le comte Pelet de St Jean du Gard, ministre du roi Louis-Philippe va réglementer cet enseignement par son arrêté du 22 mars 1836 et sa circulaire du 16 juin. Nos gouvernants vont relancer la machine par des prix d’assiduité pour les élèves, des récompenses pour les enseignants à partir de 1864

Mais les villes et les villages vont traîner les pieds, n’ayant pas les moyens financiers pour obtempérer. A Uzès en 1849, le Supérieur de l’Ecole des Frères tente une ouverture de classe après avoir obtenu une subvention de la mairie pour payer le noviciat et le mobilier. En 1850 c’est une classe pour les jeunes filles qui ouvre grâce à la sœur Chaise fille de la Charité de St Vincent de Paul. La duchesse d’Uzès encourage cette création en promettant des récompenses.
Les cours avaient lieu de novembre à mars, en dehors des récoltes, le soir pour les hommes et le matin dès 5 h pour les jeunes filles. A Uzès ces classes fonctionnaient encore en 1886. Les matières enseignées vont s’étoffer : calcul pratique, orthographe, narration, histoire et géographie, sciences physiques, discipline "ne faut-il pas peser et mesurer dans un ménage"…..

livret Caisse d'Epargne scolaire 1874
A Vallabrix, nous avons enfin une école digne de ce nom depuis 1849 (Maison Ronde). Une classe pour hommes jeunes apparaît dans les procès-verbaux municipaux le 11 février 1866 : il est indispensable de donner des cours gratuits aux adultes ou aux « hommes faits » de la commune. Les cours ont lieu du 10 novembre au 10 février. Les jeunes filles sont oubliées. Nous sommes sous la mandature de Louis Desplans, maire et Jean Boutaud adjoint. Nos élus prévoient 50 frs par an d’indemnités pour l’enseignant, 25 frs pour l’éclairage. Mais cette classe devait exister déjà en 1864 : les élèves adultes doivent fournir le bois pour chauffer la salle. On ne parle pas d’indemnités pour l’enseignant. Intervention gratuite de sa part ou bien payé par les élèves, par le canton ? Si l’on décide la gratuité en février 1866 il est probable que les cours avaient un coût pour les jeunes hommes. Des apprentis de notre village sont inscrits à Uzès, comme Alfred Boutin 15 ans coursier-petite-main pour un tailleur d'Uzès, de même Louis Arnaud apprenti maréchal ferrant. Ils profitent des cours après le travail.
En février 1866 nos élus faute de moyens ne prévoient pas de distribution de prix pour les élèves de l’école primaire ni pour les adultes. L'enseignement pour adultes sera fortement encouragé par le ministre Victor Dupuy.  En 1877-78 nos effectifs se chiffrent à 15 adultes (masculins), et pour les primaires 25 garçons et 20 filles. En 1884 l'instituteur reçoit 100 frs pour ses cours-adultes mais il devra payer les frais d'éclairage et de chauffage ! En 1889, il aura en plus de son salaire 15 frs pour ses frais de chauffage...
L'école pendant encore longtemps sera le parent pauvre des communautés. 
Plus tard Jules Ferry réorganise en 1882 les cours pour adultes. Des cours pour illettrés, des enseignements complémentaires pour les autres, des lectures publiques, des conférences pour le plaisir et la curiosité. 
Sources : archives communales Vallabrix et Uzès -archives départementales Gard Hérault- livret internet

lundi 23 février 2026

La Croix des Palmiers

 

2007- entrée d'Uzès

La Croix des Palmiers

Lorsque l’on rentre dans Uzès en venant de Nîmes, la place qui abrite la station- service au débouché anciennement de la rue Tour du Roi et Petite Bourgade, est dénommée pour les Anciens « La Croix des Palmiers ».

Un immeuble a été construit à la place des Moulins à huile Brès. Au début du 19ème siècle, des bâtiments accueillaient la poterie Vernet, deux frères venus de Marseille qui travailleront par la suite avec les Pichon à l’origine de l’industrie potière d’Uzès.

En face de la station-service, un parc abritait une maison de maître « le Refuge », qui servit de centre aéré. D’où le nom du parking.

Mais pas de palmiers à l’horizon !!

En fait il s’agit de la déformation au fil des ans du nom d’un conseiller et ami du roi Charles V, Geoffroy Paumier de la Bretagne, époux malchanceux d’Aalacie fille de Jacques du Pin, habitant Uzès, seigneur de Durfort.  Il était avocat  du roi à la sénéchaussée de Beaucaire, juriste talentueux, érudit, il s’était fait un nom par les services diplomatiques qu’il avait rendu à la royauté.

Sa femme, nous dit-on, le tourmentait souvent. Un jour elle lui demanda s’il priait quelque fois le Bon Dieu.

-         Oui, lui repondit-il, surtout depuis que je suis marié..

-          Et que lui demandez-vous ?

-         La Patience !!

Veuf rapidement, sa femme, malgré tout,  lui laissa entre autres choses, une belle maison rue de la Barrière, actuelle rue Paul Foussat.

Paumier dans son testament en date du 24 juin 1322, laissa des fonds pour l’érection d’une croix à l’entrée des bourgades. Elle fut mise en place en 1393, et appelée Croix de Paumier. Elle sera plusieurs fois abattue, puis relevée au même endroit..



Les Huileries Raffineries Modèles de Jean Brès fondées en 1864, occupaient ce secteur jusqu’aux années 1950. Le panneau publicitaire ci-dessous montre l’importance des bâtiments, fleuron moderne d’une « industrie » moulinière. Aujourd'hui on oublie que la ville d'Uzès a été avant d'être une ville touristique,  a été un centre artisanal et industriel. 

Tout est dit sur ce panneau. En haut à gauche, les trieuses, les broyeurs, les trieuses, à droite la tonnellerie, le lavage des fûts, le magasin d’expéditions. On apportait ses olives à cette usine équipée de moulins à vapeur dès 1864.

Jean Brès après la saison de l’huile d’olive, avait ouvert un atelier de torréfaction du café. Il proposait aussi des bonbonnes, des bouteilles défiant toute concurrence car il était grossiste de ces produits. On pouvait acheter aussi chez lui, savon, café, lait concentré, légumes secs, bonbons…On pouvait être livré par un « charreton ».

La famille Brès habitait au 45 de la Petite Bourgade, un immeuble qui sera transformé en six appartements. Avec Emile, le fils, l’affaire périclita et ferma. Ce sera une perte d’emplois permanents et saisonniers et une perte d’image pour la ville.

 

Source : Monique Domerson Répuvlicain d’Uzès et du Gard 19 mai2010—L’Extra local Uzès 2007—Lionel d’Albouisse Histoire de la ville d’Uzès 1903---