mercredi 6 mai 2020

Les Saints de Glace-


Rediffusion article sur ce blog du 30-04-2017


Les Saints Cavaliers ou les Saints de Glace -

Il faut remonter jusqu'en 500 ans après notre ère pour retrouver les premières traces de ces croyances liées aux saints de glace. À cette époque, les gens priaient saint Mamert pour qu'il protège les cultures et les plantations. N'obtenant pas toujours gain de cause, ils constatèrent que le temps se dégradait, cette baisse des températures intervenant toujours à la même période et pouvant aller jusqu'au gel. Initialement, ce furent saint Mamert (archevêque de Vienne), saint Pancracesaint Servais et saint Urbain les premiers saints de glaceLe 11 mai, saint Mamert introduisait les trois jours des Rogations qui précédaient immédiatement le jeudi de l'Ascension. Lors de ces fêtes religieuses, les paysans se retrouvaient et récitaient, au cours de processions paroissiales, des prières pour protéger les cultures et les plantations et mettre fin aux calamités naturelles. Pour les paysans, le patronage des saints qui avaient la réputation d'apporter le froid et la gelée, signait l'ultime sursaut de l'hiver.
Si le nom des saints de glace a changé, les dates quant à elles restent fidèles aux origines. Il s'agit des 11, 12 et 13 mai. Une quatrième date, le 25 maiest souvent évoquée et correspond au vieil adage : Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de glace, mais saint Urbain les tient tous dans sa main. 

(Saint Mamet 1878- Littel pictoral Lives of the Saints BenzigerBrothers wikipedia)

Ces saints ont chacun non seulement leur date mais également leur dicton. Le 11 mai, Attention, le premier saint de glace, souvent tu en gardes la trace. Le 12 mai, Saint Pancrace souvent apporte la glace, et le 13 mai, Avant saint Servais point d'été, après saint Servais plus de gelée. Le 25 mai, qui n'est pas un saint de glace mais qui y est rattaché, indique : Mamert, Pancrace et Servais sont des saints de glace, mais saint Urbain les tient tous les trois dans sa main.
Le bon saint Boniface, entre en brisant la glace. (Dicton populaire). Dans certaines régions se rajoutent d'autres saints de glace, comme saint Boniface, célébré le 14 mai en Lorraine, Alsace ou encore en Ligurie (Italie du Nord), saint Yves, le 19 mai et Saint Bernardin, le 20 mai.
Mais vous aurez beau scruter votre calendrier, vous ne dénicherez aucun saint Mamert, Pancrace, Servais ou Urbain... Et c'est normal. En 1960, l'Église catholique a décidé de "remplacer" les saints associés aux inquiétudes agricoles par d'autres saints et saintes qui n'auraient aucun lien avec ces croyances populaires, réminiscences de paganisme ancestral. Voilà pourquoi, dans le calendrier actuel, le 11 mai, on fête les Estelle au lieu des Mamert, le 12 ou 13 mai, les Achille au lieu des Pancrace, le 13 ou 14 mai, les Rolande au lieu des Servais et le 25 mai, les Sophie au lieu des Urbain.
Lors de l'apparition de la croyance des saints de glace, une mini-vague de froid printanier apparaissait une année sur deux, au cours du mois de mai, au nord de la Méditerranée où l'on observait alors une chute des températures nocturnes et matinales.
Poussières d'étoiles ?
Certains avancent une explication astrophysique et scientifique au phénomène de la quinzaine des saints de glace. Chaque année, à la mi-mai, l'orbite de la Terre arriverait dans une zone de l'espace où les poussières stellaires, plus importantes, feraient obstacle aux rayons du soleil et provoqueraient une baisse significative des températures. Une explication infirmée par le fait que les astronomes ne détectent aucun nuage de poussières de ce type sur la trajectoire de la Terre, même avec des instruments très sensibles comme les miroirs de télescopes spatiaux et les instruments de la Station spatiale internationale. 
Mais, comme chaque année ou presque, l'hiver n'est pas tout à fait fini. Sous nos latitudes, les bouffées de chaleur printanière ne doivent pas faire oublier qu'un retour de bâton, la pluie, le froid, voire le gel, sont toujours possible jusqu'à la fin du joli mois mai, après le dernier jour des saints de glace, le 25. Et ce, même si le réchauffement climatique semble atténuer de tels épisodes.
Qu'en est-il au juste de ce phénomène météorologique habituel, éloigné des préoccupations des urbains mais bien connu des paysans et des jardiniers expérimentés ?

En réalité, sous nos latitudes moyennes de l'hémisphère Nord où le courant de l'Atlantique Nord et les déplacements de l'anticyclone des Açores provoquent de fortes turbulences, le mois de mai correspond à une période où, si l'hiver est fini, le passage de fronts froids, amenant de l'air du nord, se produit encore de temps à autre. En l'absence de vent, en cas de ciel dégagé, il est normal d'avoir une baisse importante des températures, surtout la nuit, accompagnée parfois de gelées tardives, même si la tendance est à la hausse. Les archives de Météo France montrent que les températures sont contrastées sur ces périodes, avec des possibilités de gel même en juin.

« Quand la Saint-Urbain  est passée, le vigneron est rassuré »
 « À la saint Urbain s’il fait beau, on le porte en procession. S’il gèle, les vignerons fâchés le jettent le cul dans les orties. » "

Saint Georges Hans Schaufelien 1508
British Museum
Dans les régions plus méridionales, les dernières gelées printanières ont lieu en avril, d'où les dictons d'autres saints météorologiques appelés déjà par Rabelais « saints gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons .

Dans notre Midi, on invoque les Saints cavaliers ou Saints Chevaliers : saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril), saint Eutrope (30 avril), saint Philippe ou fête de la Sainte Croix (3 mai) et saint Jean Porte Latine (6 mai). Leurs noms ont des diminutifs en langue d'oc : JorgetMarquetTropetPhilippetCrozet et Joanet. Le dicton « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » signifie que la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc aux gobelets de vin. À Béziers on craint plus particulièrement saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril) et saint Aphrodise (28 avril).

Un dicton concerne deux d'entre eux : « Saint-Georges et Saint-Marc sont réputés saints grêleurs ou saints vendangeurs. » Dans les Landes, Marc, Vital (28 avril) et la sainte Croix sont appelés « les trois marchands de vin » car ils correspondent à une période critique pour la vigne. Dans le Gard, les quatre cavaliers (correspondant au dicton dialectal « Jorget, Marquet, Croset e Tropet son de maissants garçonets ») sont souvent confondus avec les saints de glace.
La période des Saints cavaliers va généralement du 23 avril au 6 mai alors que la lune rousse va généralement du 5 avril au 6 mai.
« Gelées de Saint-Georges, Saint Marc, Saint Robert, récoltes à l’envers » - « Entre Saint Georges et Saint Marc est un jour d’hiver en retard « 
Chaleil (dans « La mémoire du village ») nous dit « on disait d’eux : « Aqui li quatre cavaliers e la vielha per li battre » (voici les 4 cavaliers et la vieille pour les battre)-parce qu’ils amenaient souvent les gelées tardives. » (La Calmette-Gard)

Quand il pleut le jour de la saint-Georges, sur cent cerises, on en a quatorze  et quand saint Marc n'est pas beau, pas de fruits à noyaux."


mardi 28 avril 2020

Vauban à Nîmes ?


(Les Anciennes Fortifications de Nîmes – ©M. Igolen, 1935.)
Il parait dérisoire en cette période de pandémie de se pencher sur des sujets qui peuvent paraître anecdotiques. Mais il faut bien penser à autre chose !
Vauban à Nîmes ?Naissance et vie d’une citadelle
Nous avons à Nîmes une citadelle, un fort Vauban du nom du grand ingénieur militaire (1er mai 1633 - 30 mars 1707) de  Louis XIV. Mais Vauban a-t-il vraiment participé à cette construction ? Il semble bien que non. Des citadelles Vauban existent, il est vrai un peu partout dans notre pays,. En 1705 l’ingénieur dresse un Etat des places fortes du Royaume où il est intervenu, bilan d’une vie bien remplie : « 119 places ou villes fortifiées, 34 citadelles, 58 forts ou châteaux, 57 réduits, 29 redoutes et quelques places qu’on se propose de rétablir et de fortifier ».
En 1687-88, le Languedoc et les Cévennes sont des bastions protestants. La Révocation de l’Edit de Nantes de 1685 et les sanctions contre les irréductibles huguenots ont mis le feu aux poudres. Trois citadelles sont construites, Alès, St Hippolyte et Nîmes pour contrôler ces sites.
Le système Vauban  sera largement repris en France et hors de France comme par exemple les fortifications de la ville de Cadix en Espagne.

Nîmes n’est pas dans la liste de Vauban. En fait l’intendant du Languedoc Nicolas Lamoignon de Basville confia le projet le 9 mai 1687 à Jean François Ferry ingénieur du roi et à Jean Papot architecte. Durant l’hiver 1686-1687 Ferry est envoyé en Cévennes pour dresser les plans d’une quinzaine de villes ou bourgs susceptibles d’accueillir la citadelle. Ferry avait été choisi à l’insu de Vauban suspect après avoir publiquement pris position sur le rappel des huguenots et proposer une autre gestion du problème religieux et économique. Il ne faisait pas bon de contredire le roi Louis XIV.
La réalisation des travaux sera attribuée à Jacques Cubizol architecte nîmois et l’ingénieur Jean Baptiste Minet. Tous vont s’appuyer sur les travaux de Vauban : un parallélogramme avec « quatre bastions d’angles, entouré d’un fossé de 9m de large et d’un chemin couvert surélevé formant une enceinte bastionnée supplémentaires dont les 4 places d’armes constituent des demi-lunes ». La place d’armes centrale pouvait accueillir autour de 500 soldats. ( Porte coquille ©Alain Verpillot 2016 ).  Une grande coquille St Jacques orne la porte d’entrée principale, touche personnelle de Ferry.
L’endroit choisi a fait ses preuves : sur le rocher promontoire à la limite nord-ouest de la ville contre ou dans les autres enceintes plus anciennes comme celles de Rohan. Un bon emplacement pour surveiller la ville, les mouvements de troupes venant d’Alès…

Une nappe d’eau dans le sous-sol permettait d’alimenter le fort et surtout alimenter la ville par le castellum divisorium. Le 8 mai 1687 on commence par abattre les arbres qui se trouvaient sur le rocher ; le 12 le projet est officiellement approuvé par l’intendant ; le 15 un devis des travaux à entreprendre est dressé et on pose la première pierre. Le 24 mai les travaux démarrent.

Un chantier mené tambour-battant : le 30 mai 1688 le régiment de Vivonne s’y installe, moins d’un an après les fondations du premier bastion. « Huit compagnies, en attendant que les casernes soient bien sèches … »(d’après Etienne Borrely notaire). Les Etats du Languedoc ont à leur charge le paiement du transport des matériaux et les indemnisations pour les propriétaires expropriés, c’est-à-dire les villageois par le biais de l’impôt de la taille. Le roi a financé les travaux du fort proprement dits.
Deux mille hommes ont participé à cette construction. Trois jours pour raser les 50 parcelles touchées par la campagne de démolition et pour exproprier les habitants. Trois à quatre cents personnes sont employées à ce ravage. Maisons modestes ou non, vergers, jardins potagers, pépinières, rasés, aplanis…. Des artisans du textile et des petits agriculteurs y côtoyaient les résidences de la bourgeoisie enrichie au négoce ou aux offices. Toute une population dépouillée de ses biens, dépossédée de ce qui constituait un statut social. On doit aplanir le site pour la citadelle mais aussi pour ouvrir le champ aux canons et dégager une esplanade vers la ville.
Bruits d’explosifs, de forge, des fours à chaux activés en permanence, deux à trois cents convois par jour… présence et installation à demeure de l’armée…  le quotidien des Nîmois est bouleversé.



Citadelle de Nismes 1787 – ©BNF
Les Anciennes Fortifications de Nîmes – ©M. Igolen, 1935.



La citadelle est aménagée comme un véritable fort capable de se suffire à lui-même et pouvant dominer et commander la ville. Une place d’armes carrée au centre, avec logements du gouverneur, des officiers, des casernes pour la troupe, des corps de garde, des prisons, une chapelle, et des entrepôts à vivres et à munitions. Sur le côté Nord, une porte ouverte sur la garrigue pouvant servir d’entrée ou de sortie de secours. Quatre bastions d’angle, un front pour l’artillerie percé de 33 embrasures à canons tourné sur la ville. Des fossés secs taillés dans le rocher, un large chemin couvert et quatre places d’armes sortantes dont deux reliées par des ponts-levis aux portes de la citadelle. Deux corps de garde extérieurs pour surveiller l’accès aux portes.
(l’un des 2 puits de la citerne sud-ouest—photo Cédric Robot ) Six puits et trois citernes approvisionnent en eau la citadelle.
La construction de la citadelle obligea à penser autrement le développement de la ville.
L’année suivante, on démolit les vieux remparts du XIème siècle depuis le quartier de la Bouquerie jusqu’au Château Royal remplacés par un cours (le Grand et Petit Cours actuel boulevard Gambetta) bordé de trois allées d’ormes plantées dès le 25 février 1689. L’ingénieur des Ouvrages du Roi à Nîmes, Duplessis en dessine le tracé et rédige un règlement d’urbanisme fixant l’alignement et l’uniformisation des façades donnant sur le Cours. Les constructions étaient limitées à un seul niveau d’élévation surmonté d’une terrasse. Il était prévu des rues larges et droites assurant la communication entre les quartiers anciens et le nouveau.

 De nouvelles murailles relièrent la citadelle aux remparts restants. Elles englobèrent tout le quartier populeux des Prêcheurs ou des Bourgades ; trois nouvelles portes sont percées, une à l’entrée de la citadelle, une au bout de la porte d’Alès, la troisième près du Château Royal ou porte des Casernes. La première de faible dimension sera murée en 1689. Le quartier des Prêcheurs intègre ainsi la nouvelle ville. L’architecte nîmois Gabriel Dardailhon est chargé par la municipalité de la construction de ces nouvelles murailles.

Le fort devient rapidement une prison politique entre 1701 et 1704 durant la guerre des Camisards. Et pratiquement jusqu’à la Révolution de 1789. La « Bagarre de Nîmes » de juin 1790 fait plus de 300 morts entre catholiques et protestants. Les arrestations vont bon train chez les catholiques nobles ou non. Après la proclamation de la République de 1792 puis pendant la Terreur de 1793 à 1794 le nombre de prisonniers politiques augmente encore.

En mai 1792, la citadelle et les deux autres prisons de Nîmes hébergent en solution d’attente des prêtres réfractaires, des sympathisants ou soupçonnés de l’être de l’Ancien Régime. Les deux autres prisons sont la maison des Capucins et la maison d’arrêt du palais de justice. Le fort devient prison pénale en 1795 (à la fin de la Convention). C’est une maison d’arrêt, de détention et de réclusion. Mais les conditions de détention sont épouvantables et le préfet du Gard sur autorisation du ministre de l’Intérieur fait transférer les détenus à Montpellier le 22 mars 1806.

Le décret impérial du 5 juillet 1808 demande à chaque département un « dépôt de mendicité » pour accueillir toutes les personnes accusées de mendicité ou de vagabondage qui sont des délits punis de peines correctionnelles. Ce sera pour la citadelle en novembre 1811 après quelques travaux d’aménagement pour loger et faire travailler les détenus employés avec la Fabrique de soie et de coton de la ville.

En janvier 1813 le fort devient maison de correction pour les condamnés par voie de police correctionnelle ou administrative, les détenus pour dettes et les enfants enfermés à la demande des familles. Des économies de fonctionnement pour le département : même administration et même personnel pour la surveillance des deux catégories de détenus !

La citadelle devient maison centrale de détention en 1818, transférant ainsi à l’Etat le financement et les responsabilités de l’équipement. Elle peut héberger jusqu’à 750 détenus, et en mars 1820 des prisonniers des trois autres maisons centrales de détention surpeuplées (Montpellier, Embrun, Riom) sont transférés à Nîmes. Cette nouvelle fonction demande des transformations : préau, réfectoire, infirmerie, lieux de culte, ateliers pour le travail de détenus. En 1830 nous enregistrons 1142 prisonniers, 1226 en 1835 et des dortoirs supplémentaires sont aménagés…
De 1842 à 1845 les frères des Ecoles Chrétiennes remplacent les gardiens, mais l’assassinat de l’un d’eux par un détenu arrête l’expérience.

Pour le condamné, le travail lui permet de s’occuper et de  gagner un peu d’argent pour prévoir sa sortie. Evidemment, cette main d’œuvre bon marché permet à l’Etat de réduire les coûts de fonctionnement et parfois de faire des bénéfices. Mais ce travail était en quelque sorte franchisé : une personne privée, l’entrepreneur de la Maison centrale avait le droit de faire travailler les détenus pour son compte et à son profit à un taux préférentiel et en contrepartie de la fourniture des matières premières et de l’établissement des ateliers à ses frais. Il recevait en plus une indemnité journalière par détenu travaillant et il vendait les marchandises fabriquées à son profit. De plus il pouvait adapter quotidiennement le nombre de travailleurs dont il a besoin.
Les autres fabricants et ouvriers nîmois protesteront contre cette concurrence déloyale.

De 1896 à 1900 le docteur Charles Perrier s'essaye à la science des statistiques : 1874 tatouages ; sur 63 auteurs d'attentats à la pudeur, 43 ont un visage ovale... c'est la période où on cherche à expliquer la criminalité par des caractéristiques physiques ce qui est plus facile que de penser à des manques d'éducation, des promiscuités, et autres raisons sociétales...

Notre citadelle sera utilisée pendant la Seconde guerre mondiale : elle compte des détenus de droit commun, mais aussi des politiques, des résistants opposés à Vichy et aux Nazis. Début de l’année 1944, la répression s’aggrave : torture dans le fort, pendaisons aux ponts de la ville en mars. Le 4 février 1944 24 résistants des FTP attaquent le fort et libèrent 17 patriotes.  « 21h15 : c’est l’heure de l’espoir. MARTY sonne à la grosse porte extérieure. Le gardien de conivence avec la résistance ouvre, livre passage à 5 patriotes qui désarment immédiatement les 6 gardiens dans leur poste. […] Il faudra six jours et six nuits à notre convoi, harcelé par la Gestapo, la Milice, les Gendarmes, pour atteindre les camps de St-Frézal de Ventalon Lozère ».
Les miliciens et les collaborateurs après la Libération du 25 août 1944 y seront enfermés à leur tour. Certains seront fusillés dans les semaines et mois qui suivent.
La dernière exécution capitale à la Centrale de Nîmes a lieu le 27 avril 1948 : trois personnes sont guillotinées ce jour-là dont Marius Rodeillat condamné pour meurtre d'une famille au "mas maudit" sur la colline de Carémau de Nîmes.
En août 1988 la citadelle reçoit Francis Vanverberghe dit Francis-le-Belge, parrain marseillais et acteur de la "french connexion". Après quelques mois il sera transféré à Lyon, puis à Marseille aux Baumettes. 



(Dortoir avec ses cages à poules)
Cette Centrale connaîtra des meurtres de gardiens, des évasions comme toute prison.
La Maison Centrale survivra jusqu’au 3 juin 1991. Délabrée, insalubre, surpeuplée, avec une mortalité importante de 10 %, les révoltes des détenus y sont nombreuses comme celle de 1974 qui incendie des locaux. A cette date, on y fabrique des cages à oiseaux, des brosses, des ballons, des chaussures. (Des cages à oiseaux : de l’humour ?!!) Les détenus travaillent en groupe la journée et sont placés à l’isolement en silence la nuit dans des dortoirs dénommés « cages à poules », c’est-à-dire des compartiments individuels à cloisonnement léger, clos d’une porte en bois percée d’un oculus grillagé.



Maison centrale de Nîmes : accès au bâtiment de détention / Henri MANUEL. – [S.l.] : [S.n.], 1932. ©henri Manuel / Fonds Manuel / ENAP – CRHCP

Lors de sa campagne électorale Jean Bousquet en 1982 lance l’idée d’une reconversion de la citadelle en université, devenant un lieu de savoir, et surtout de passation des savoirs. La maison centrale de Nîmes devait être fermée. C’était l’occasion d’amener une jeunesse et sa vitalité au centre-ville. Le fort c’était aussi trois hectares reliés à tous les moyens de communication.
Un temps dubitatifs le rectorat et l’université finissent par envisager le projet comme possible. La ville achète le fort au ministère de la justice en 1990 pour 2,3 millions d'euros. La maison centrale de Nîmes ferme ses portes le 3 juin 1991. Les détenus restant sont transférés sur Arles et Tarascon.
La Région est maîtresse d’ouvrage et organise un concours d’architecture en août 1991. On voit grand : logements étudiants, amélioration des transports en commun, Maison de l’Etudiant… Avec l’architecte des Bâtiments de France, on décide quelles parties seront conservées et celles qui pouvaient être détruites. Deux choix possibles, innovations contemporaines côtoyant le patrimoine historique ou un bâtiment neuf derrière le fort…. C'est l'architecte italien Andréa Bruno qui officie : des amphithéâtres dans les douves, le fort réaménagé... Coût de l'opération autour de 15,3 millions d'euros.


Première ouverture le 11 octobre 1995. Au site Vauban, secrétariat, bureau d’aide à l’information, insertion, relations internationales… des salles de cours et cinq amphithéâtres, cafétéria, bibliothèque avec derniers outils multimédia…. Le site des Carmes accueille plutôt le pôle scientifique entre autres.  Formations générales et professionnelles, lettres, sciences, langues, histoire, psychologie, droit, économie….. des licences professionnelles, apprentissage, alternance… Il n’est plus besoin de partir à Montpellier ou ailleurs !! Une très belle reconversion, pleine de philosophie.


Un autre jour, nous reparlerons de Nîmes et de ses fortifications avec celles de Rohan qui ont précédé la construction du fort Vauban.



(1950 La Maison Centrale de Détention )
Sources :  www.nemausensis.com/Nimes/Diaporama/Rempart/RempartsIgolen08.htm
M Igolen 1935 Les anciennes fortifications de Nîmes Mémoires de l’Académie 1933-34-35 – Anne Blanchard « Vauban » Ed Fayard 1996-Revue Techniques et Architecture n°449 Université colloque de Nîmes 20-21 janvier 1995 Ed 1997+ Plaquette Vauban L’Université au coeur de Nîmes Service Information Communication de la Ville de Nîmes (3è trimestre 1995—Société d’Histoire Moderne et Contemporaine de Nîmes Le Fort de Nîmes Line Teisseyre-Sallmann « Nîmes 8 mai 1687-30 mai 1687 Un chantier dans la ville ---Caue 30 avril 2010 (Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement du gard)  « La citadelle de Nîmes sous la Révolution et l’Empire : un lieu d’enfermement » par Anne-Marie Duport – p.71-84 – Le Fort de Nîmes, de la citadelle à l’université, Colloque de Nîmes 20-21 janvier 1995, Société d’Histoire Moderne et Contemporaine de Nîmes-- FAUCHERRE (N.), La route des fortifications en Méditerranée, Paris, 2007. www.sites-vauban.org/Nimes
-- « Images d’un établissement en devenir les débuts de la maison centrale de Nîmes » par Raymond Huard – p.87-98 –Métamorphoses d’une ville – Nîmes de la renaissance aux lumières de Line Teisseyre-Sallmann – Editions Champ Vallon p.246-253--« Le fort Vauban pendant la Seconde Guerre Mondiale » par Armand Cosson – p.105-119—photo Antony Maurin—Musée archéologique de Nimes-- Gazette de Nîmes n°961 2/8 novembre 2017----


jeudi 23 avril 2020

De l'intérêt du confinement


De l’intérêt du Confinement

J’ai l’impression ces derniers jours que nos « penseurs » sont en train de retourner la situation et que l’on privilégie l’économie à la vie. La Suède a fait ce choix, mais au prix d’un nombre de morts très important. Sommes-nous prêts à sacrifier les plus de 60ans-65ans ?
Depuis quelques jours, des rumeurs, des prises de position ici et là sous-entendent que le confinement n’était pas la solution, n’était pas utile, n’a pas permis une protection …. Avec seulement 5000 lits de réanimation trop vite remplis, le confinement a évité que nos soignants aient à choisir les malades qui pourraient en bénéficier, tri qui semble avoir eu lieu ailleurs où les handicapés et les personnes « à risque » en ont fait les frais. Ce jour (le 23 avril) nous avons encore quelques 5100 patients en réanimation, patients Covid, et 2400 autres patients en réanimation (accidents cardiaques, de la route, sorties d’opération,…etc). Nos soignants ont pu bricoler des lits de réanimation, ouvrir, convertir des secteurs hospitaliers en secteurs Covid. Cette épidémie a montré que nous avons besoin d'au moins du double de lits de réanimation sérieusement équipés.
Il faudra bien qu’on se demande un jour comment nous avons pu infliger cela à nos soignants, à nos familles. Comment avons-nous pu ces dernières 30 années négliger, sabrer  notre capacité hospitalière ? Est-ce qu’un hôpital a vocation à être rentable ?

 Nous avons besoin, la crise l’a démontrée, d’hôpitaux où on ne va pas chercher les tabliers de protection dans les abattoirs, où l’on n’utilise pas des sacs poubelles comme sur-blouse, où on n’est pas obligé de prendre les ventilateurs des vétérinaires, où une infirmière ne va pas enfiler 30 heures non-stop…… Nous avons besoin de production de matériel, de médicaments français sinon européens. La gestion de la pandémie dans les Ehpads a été d’une nullité difficilement comparable : comment va-t-on la justifier plus tard ? Nous avons eu droit à un florilège de contradictions dans l’appareil d’Etat, donnant l’impression que le navire prenait l’eau. Sommes-nous si bêtes que nous n’étions pas capables de comprendre que nous n’avions pas de stock de masques, de tests, de blouses, de manquer de tout ….
Il nous faut rappeler que les morts ne paient pas d’impôts, ne font plus marcher la croissance, et les précédentes pandémies ont montré que c’est des savoir-faire qui disparaissent avec eux. Que serait l’industrie du tourisme sans nos aînés qui parcourent le monde en dehors de l’été ? Il y a encore peu, on voulait nous faire travailler jusqu’à 70 ans, c’est bien la preuve que les plus de 65 ans ont encore une utilité !! Une population en bonne santé et bien suivie médicalement est une ressource économique. Nous aurons d’autres pandémies avec le dégel du permafrost dû au réchauffement climatique. C’est le moment de s’y préparer.

Il est probable que la crise passée, nous voudrons oublier. Mais les écrivains, les historiens se souviendront et nous serons tous comptables de tous ces morts, de toutes nos insuffisances, de tous nos choix malencontreux, de tous nos bricolages.

La pandémie aura démontré aussi que moins de pollution entraîne une meilleure qualité de vie. Le ciel de Pékin, de Paris et d’autres capitales enfin visible, sans son nuage de brouillard. Elle a aussi démontré dans la population solidarité, entraide, esprit d’équipe, perspicacité, initiative…. Elle a aussi démontré la réactivité de nos élus de terrain, maires, adjoints, et l’importance de la vie associative.
C’est le moment de relire les beaux poèmes d’Eluard comme celui-ci :

Que voulez-vous la porte était gardée,
Que voulez-vous nous étions enfermés,
Que voulez-vous la rue était barrée,
Que voulez-vous la ville était matée,
Que voulez-vous elle était affamée,
Que voulez-vous nous étions désarmés,
Que voulez-vous la nuit était tombée,
Que voulez-vous nous nous sommes aimés…. (1942 Poésie et Vérité)

Bon confinement !!

Un article pour réfléchir : 


·  24 avril 2020 A 14:21—Lyon-Capital www.lyoncapitale.fr/actualite/lyon-le-confinement-aurait-evite-9717-morts-en-auvergne-rhone-alpes/
·  par Justin Boche
"D'après cette étude de l'EHESP, le nombre d'hospitalisations, et notamment en réanimation, a aussi été considérablement réduit par la mise en place du confinement contre le coronavirus.
Selon une étude menée par des chercheurs de l'école de hautes études de santé publique le confinement aurait évité 9717 morts du coronavirus entre le 19 mars et le 19 avril en Auvergne-Rhône-Alpes. D'après cette étude qui chiffre l’impact du confinement sur un mois en termes d’hospitalisation, de lits de réanimation et de morts évitées, 61 739 morts ont été évitées en France durant ce mois. La région Auvergne-Rhône-Alpes est la 2e plus concernée derrière l'Ile-de-France (15 665 décès évités).
Par ailleurs sans confinement, le nombre d'hospitalisations aurait été aussi bien plus élevé. 86 450 ont été évitées en tout dans la région (8 190 au 19 avril en réalité) dont 19 560 dans les services de soins intensifs (1530 en réalité).

Dans le modèle de cette étude “en l’absence de confinement, le nombre de décès quotidien double tous les 4 à 5 jours à partir du 19 mars, et atteint 10 000 le 19 avril. L’étude montre qu’un mois de confinement aurait permis d’éviter jusqu’à 60 000 morts et que sans confinement, plus de 100 000 lits de réanimation auraient été nécessaires au 20 avril 2020”, écrivent les auteurs sur le site de l'EHESP"



mercredi 15 avril 2020

Madeleine Brès Première femme médecin


Madeleine Brès Première Femme Médecin au 19ème siècle


Madeleine (Magdeleine Alexandrine) est née le 25 novembre 1842 à Bouillargues dans le Gard, à l’époque une petite bourgade d’un peu plus de mille habitants. Son père Jean Gebelin est charron, maréchal-ferrant, mais il travaille souvent à l’hôpital de Nîmes, réparant, construisant des échelles, des brancards …. Madeleine l’accompagne et l’aide. Elle ne s’effraye pas des gémissements, des odeurs de sang, d’urine. Elle observe le travail des sœurs-infirmières. Petit à petit elle est prise en affection par le personnel soignant et elle va donner quelques soins chaperonnée par une religieuse. Elle donne des tisanes, du bouillon, soigne de petites blessures, confectionne des cataplasmes…
La famille part pour Paris, Madeleine a 12 ans. A 15ans elle est mariée à Adrien-Stéphane Brès conducteur d’omnibus en 1858. Trois enfants à élever. Mais le rêve de devenir médecin est toujours là. Un rêve fou, pour une petite méridionale sans instruction, sans diplôme..
A l’époque, pas vraiment d’interdiction légale pour une femme de devenir médecin, mais les mœurs faisaient que la question ne se posait même pas : selon  Désiré Dalloz, célèbre juriste, (1795-1869) « Bien que l'exercice de la médecine ne soit pas interdit aux femmes, la nature des études exigées pour être reçu à exercer cet art représente un obstacle moral à ce qu'elles puissent s'y livrer ».
Un obstacle juridique cependant, pour s’inscrire en faculté de médecine, il fallait le baccalauréat et pour les femmes mariées le consentement de leur époux pour se présenter à ce diplôme. Les femmes mariées n’avaient pas la majorité civile et dépendaient encore de leur maris. Ce diplôme sera accessible aux femmes en 1861. Julie-Victoire Daubié, institutrice dans les Vosges, est la première bachelière française à 37 ans. Un peu moins de 300 femmes obtiendront ce diplôme de 1861 à 1896.
Madeleine contacte en 1866 le doyen de la faculté de médecine de Paris Charles Wurtz pour s’inscrire ; celui-ci lui conseille de passer d’abord son baccalauréat en lettres et sciences. Elle l’obtient en 1869 en candidat libre après un travail acharné, le soir, quand sa maisonnée est couchée, à la lueur des bougies. Charles Wurtz sera un des  72 savants dont le nom est inscrit sur la Tour Eiffel. Un progressiste, connu pour des ouvrages sur la chimie médicale.
En 1869, lors d’un conseil des ministres présidé par l’impératrice Eugénie, se référant à la loi du 19 ventôse an XI proclamant la liberté du travail, les femmes sont admises à s’inscrire en médecine. Le doyen Wurtz, le ministre de l’Instruction Publique Victor Duruy sont favorables à une certaine émancipation féminine. Madeleine Brès est enfin inscrite avec trois autres femmes, l’américaine Mary Putman, la russe Catherine Gontcharoff, la britannique Elizabeth Garrett. Toutes ont acquis, soit le baccalauréat, soit un diplôme équivalent.
Madeleine à 26 ans, trois enfants et son mari donne son consentement en la mairie du 5ème arrondissement de Paris.
Le ressenti de la communauté universitaire et médicale est glacial. Le docteur Henri Montanier écrit en 1868 dans la Gazette des hôpitaux (n°42 p34-35) :
 « pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur, l'endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes (...) Lorsque la femme en serait arrivée là, je me le demande, que resterait-il de la femme ? Un être qui ne serait plus ni une jeune fille, ni une femme, ni une épouse, ni une mère ! »..

Richelot, G. dans son livre « La femme-médecin », écrit : « Pour être médecin il faut avoir une intelligence ouverte et prompte, une instruction solide et variée, un caractère sérieux et ferme, un grand sang froid, un mélange de bonté et d'énergie, un empire complet sur toutes ses sensations, une vigueur morale, et au besoin, une force musculaire. (…) Ne sont-elles pas au contraire de la nature féminine."
Elève stagiaire d’abord dans le service du professeur Broca de l’hôpital de la pitié, puis « interne provisoire » de septembre 1870 à 1871. Ce dernier poste obtenu du fait du départ de nombreux médecins au front de la guerre  franco-allemande de 1870. Elle demeure à son poste durant le siège de Paris et sous la Commune ; on admire et admet son zèle et son dévouement. Gérer l’urgence, les nombreux blessées, un redoutable baptême du feu qui démontre son sang-froid, ses capacités.
Ses collègues médecins et l’administration hospitalière sont élogieux à son égard. . Le professeur Broca écrit : « Madame Brès, sur ma proposition, fut désignée comme interne provisoire. En cette qualité, pendant les deux sièges de Paris, et jusqu'au mois de juillet 1871, elle a fait son service avec une exactitude que n'a pas interrompu le bombardement de l'hôpital. Son service a toujours été bien fait et sa tenue irréprochable ». "Par son ardeur au travail, par son zèle dans le service hospitalier, nous nous plaisons à reconnaître que Mme Brès a, par sa tenue parfaite, justifié l'ouverture de nos cours aux élèves du sexe féminin et obtenu le respect de tous les étudiants avec lesquels elle s'est trouvée forcément en rapport." Jules Gavarret, Constant Sappey, Paul Lorain, et Charles Adolphe Wurtz font également son éloge dans un rapport commun.
Elle souhaite se présenter au concours de l’Externat d’octobre 1871. Mais malgré l’appui du professeur Broca, le directeur des hôpitaux de l’Assistance Publique le lui refuse : « S'il ne s'était agi que de vous personnellement, je crois pouvoir vous dire que l'autorisation eut été probablement accordée. Mais le Conseil a compris qu'il ne pouvait ainsi restreindre la question et l'examinant en thèse générale dans son application et ses conséquences d'avenir, le Conseil a eu le regret de ne pouvoir autoriser l'innovation que notre Administration aurait consacrée ». Cette décision déclenche une très violente campagne de presse et une quasi émeute le jour du concours...

(Charles Wurtz) 
Les pétitions qui suivront aboutiront à l'Arrêté préfectoral du 17 janvier 1882 : "Les femmes sont admises à prendre part au concours de l'externat sous la réserve formelle qu'elles ne pourront, en aucun cas, se prévaloir de leur titre d'élèves externes pour concourir à l'internat". Puis l'Arrêté préfectoral du 31 juillet 1885 : "Les élèves externes femmes qui rempliront les conditions déterminées par le règlement sur le service de santé seront admises à prendre part au concours de l'internat. Les internes femmes seront soumises à toutes les règles d'ordre intérieur et de discipline qui concernent les internes hommes".

En fait, les étudiantes en médecine devront attendre 1882 pour se présenter au concours d’externat avec Blanche Edwards-Pillet (1848-1941) première femme française externe des hôpitaux. Le concours d’internat sera ouvert aux femmes en 1886 et la première française interne titulaire sera Marthe Francillon-Lobre (1873-1956) reçue en 1900. Les « internes en chignon » sont malmenées par les autres étudiants : places isolées et regroupées dans les amphithéâtres de la faculté, bombardées de projectiles, insultées… Elles doivent attendre dans le vestiaire le professeur pour entrer dans l’hémicycle souvent sous les huées !!
Madeleine Brès parallèlement à ses études de médecine, passe quatre ans au Muséum d’Histoire Naturelle avec Edmond Frémy (1814-1894) et trois ans dans le laboratoire de Charles Adolphe Wurtz. Elle prépare une thèse de recherche qui sera soutenue le 3 juin 1875 : « De la Mamelle et de l’Allaitement ». Elle y démontre que la composition chimique du lait maternel se modifie pour correspondre aux besoins du développement du bébé.
Thèse qui obtient la mention « extrêmement bien » et qui est remarquée en France ainsi qu’à l’étranger. Elle devient la première Française docteur en médecine. La Britannique Elizabeth Garrett Anderson l’a devancée de cinq ans.
Elle est veuve avec ses trois enfants à charge. Elle installe son cabinet médical en ville rue Boissy-d’Anglas à Paris. Elle a très vite une riche clientèle bourgeoise. Elle fait de sa natte de cheveux enroulée autour de la tête « par pure commodité, afin de pouvoir ausculter les malades » une sorte de signature. Elle va se spécialiser dans tout ce qui touche la relation entre la mère et le bébé, l’hygiène des jeunes enfants. A la demande du préfet de la Seine, elle anime des causeries-conférences en direction des différents personnels des crèches, garderies, et écoles maternelle des vingt arrondissements de Paris. La mortalité infantile ainsi que cette des jeunes mères est importante en ville comme dans les campagnes où encore souvent, des « matrones » sans diplôme, et avec leurs seules expériences,  officiaient auprès des accouchées. Madeleine pendant cinquante ans va essayer de mettre en place une médecine préventive auprès des femmes enceintes et auprès des jeunes mamans. Elle écrit plusieurs livres et dirige un journal « Hygiène de la femme et de l’enfants ».
En 1885 elle fonde avec son propre argent une crèche 83 rue Nollet dans le quartier des Batignolles ; les enfants jusqu’à l’âge de 3 ans y sont soignés et gardés gratuitement. Cette crèche pilote sera visitée le 28 mai 1893 par Théophile Roussel, sénateur et auteur d’une loi sur la protection de l’enfance et par Marie-Louise Loubet.
En 1891 le ministre de l’Intérieur la missionne pour une étude de l’organisation et le fonctionnement des crèches et des asiles suisses.
Plusieurs distinctions ponctuent son travail : officier d’académie en 1875, officier de l’Instruction Publique en 1885, plusieurs fois médaillée de la faculté de médecine de Paris….  
Elle sera oubliée, mais un élan est donné. Elle décède en 1921 à 79 ans, à Paris dans le quartier de Montrouge presque aveugle et dans la pauvreté. Depuis quelques années, des crèches, des relais assistantes-maternelles, des écoles maternelles portent son nom à Bouillargues et Montpellier mais aussi dans d’autres départements. Quelques rues aussi…. Elle aimait à s’intituler la « Doyenne des Femmes-Médecins de France »
Ses publications : De la mamelle et de l'allaitement, E. Martinet, 1875 (lire en ligne Thèse pour le doctorat en médecine présentée et soutenue le jeudi 3 juin 1875--- 'Allaitement artificiel et le biberon, Paris, G. Masson, 1877, 77 p disponible sur Gallica.--- Analyse du lait des femmes galibies, 1882. (Il s'agit de femmes caraïbes alors exhibition au  Jardin d’Acclimatation)---Mamans et bébés, 1899.


www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/bres_mad.htm



Sources : Jean-Louis  Debré  Les oubliés de la République  édit Fayard 2008---www.sciencesetavenir.fr/high-tech/web/qui-etait-madeleine-bres-mise-a-l-honneur-sur-google_139249--Hubert Delobette  Femmes d’Exception en Languedoc-Roussillon  édit Le Papillon Rouge 2010-Ibsn 978-2-917875-13-1----- "Figures, personnages et personnalités d'Occitane", les Nîmois Catherine Bernié-Boissard et Michel Boissard---www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/bres_mad.htm--- Mme Sorrel-Dejerine, « Centenaire de la naissance de Melle Klumph », Association des femmes médecins, 1959, n°8, p. 14---- Richelot, G. La femme-médecin, Paris : E. Dentu, 1875, p.43 et suiv.--- /www.legeneraliste.fr/actualites/article/2014/11/25/naissance-de-madeleine-bres_255456

 https://data.bnf.fr/fr/10521235/madeleine_bres/---wikipedia--- Midi libre-www.midilibre.fr/2019/11/25/gard-la-bouillarguaise-madeleine-bres-a-lhonneur-sur-google,8562002.php