mercredi 24 mars 2021

Uzès en lutte pour son lycée

 

Uzès son lycée dans la tourmente

 

Pour Uzès Belle aux Bois Dormants à la sortie de la guerre de 39-40, les années 1965-75 annoncent une période de grands changements pour la ville.

En 1965 le centre hospitalier  psychiatrique du Mas Careiron ouvre ses portes avec une capacité d’accueil à terme de 400 malades, 25 agents, 35 infirmières et infirmiers recrutés petit à petit.  Un service pédopsychiatrique est prévu pour l’année suivante. Le maire est André Rancel depuis 1966. Premières nuits musicales en 1971 qui font de la ville un écrin pour la musique classique. Les orgues de la cathédrale sont restaurés et retrouvent un public. Un nouvel éboulement dans l’ancien évêché, et la voûte de la salle d’audience du tribunal, fresques et plafonds à la française sont détruits. Il n’est plus que temps de sauvegarder dans la ville ce qui peut l’être encore. (implication entre autres personnes d’André Malraux et de la Marquise de Crusssol née Marie-Thérèse Béziers 1904-1991 et non la Duchesse d’Uzès comme souvent on l’entend).

La ville obtient en 1974 le « Prix National du développement harmonieux des petites villes ».


 Collège-Lycée 1965

Les effectifs du collège-lycée au lendemain de la guerre de 39-40 étaient très réduits et les pensionnaires peu nombreux. La guerre d’Algérie et l’arrivée d’enfants, de même que l’apport d’élèves exclus d’autres établissements vont doubler les effectifs. La scolarité prolongée jusqu’à 16 ans va doper le nombre d’élèves. En 1960, le collège devient lycée nationalisé mixte. Il s’installe sur un terrain extérieur à la ville pour « assurer à des générations d'élèves les éléments d'une solide culture pour la vie telle que la définit leur temps et en conformité avec l'idéal des familles et l'idéologie du moment''. 

Puis c’est la séparation du premier et second cycle en 1973 : le collège s’installera au Redounet tout neuf en 1977.

Mais une menace de suppression des classes de second cycle du lycée Charles Gide pèse sur notre ville dès 1973. Les élèves de la sixième à la terminale y étaient accueillis, ce qui était bien nécessaire dans une zone rurale. Sans ce lycée, les enfants devraient être scolarisés à Nîmes, soit à 30 km d’Uzès. Pour l’Education Nationale nos effectifs sont insuffisants, pas de section scientifique en Terminale, des locaux vétustes… Le couperet tombe en 1974 : on annonce aux parents la fermeture des classes pour la rentrée suivante.

Lycée Charles Gide et ses préfabriqués

Vient le temps de la « Bataille du Lycée ». Tout l’Uzège se mobilise : fédérations de parents d’élèves, mairies, sénateurs, agriculteurs, anciens et nouveaux élèves, syndicats…. Tous dans une solidarité remarquable, sans faiblir, mettent en avant les activités, économique, culturelle, artistique, marchande, démographique qui seraient affectées par cette décision. Un Comité de Défense se constitue avec à sa tête le maire André Rancel et Nicole Bouyala conseillère municipale et maire de St Quentin la Poterie.

Ils défendent une structure à taille humaine, le maintien pour la ville des classes du second cycle. C’est  l'économie tout entière d'une petite région dont Uzès est comme la capitale, la possibilité de « vivre au pays », et une « qualité de vie » qui est ici une réalité bien plus qu'un programme.

Il faut saluer ici Henri Peladan et son journal Le Républicain qui consacre chaque semaine la Une à cette bataille pendant deux ans. Il entretient le moral, l’espoir des participants. Les agriculteurs montent au créneau : «  nous voulons que la défense et la continuité de nos exploitations passent d’abord par l’éducation de nos enfants… ». Ils pressentent bien que le brevet des collèges ne suffira plus pour gérer des exploitations agricoles. Le ministre diffère la fermeture des classes, espérant probablement une fatigue, un désengagement.. Le Comité décide de poursuivre son action.

Heureusement car le rectorat et l’inspection d’académie refusent de réviser leurs positions malgré la promesse ministérielle. Une manifestation spectaculaire de plus de 300 voitures se rassemble à Uzès au parking des Marronniers, puis traverse Montaren, Serviers, Saint-Quentin, Pouzilhac, Remoulins pour revenir à Uzès. Des banderoles « Non à la fermeture du Lycée », « Gardarem lo licéu »…

Les administrations, le nouveau ministre restent sourds. Mais la mobilisation continue : tracts, macarons, occupations du lycée… Le préfet dit que la demande des Uzétiens n’est pas raisonnable ! Les partis politiques, les syndicats, l’Eglise Réformée de l’Uzège s’engagent dans la bataille. Le Conseil Régional vote à l’unanimité un vœu de soutien. Le ministre reçoit enfin le comité et promet de réexaminer le projet.

Mais c’est surtout la pression médiatique qui va fait bouger les lignes. Un film de 45 mn de Télé-promotion-rurale, Antenne 2 donnent la parole aux membres du comité de défense. Les journaux Le Monde, Le Monde de l’Education, l’hebdomadaire Elle consacrent des articles et interviews sur le sujet. Et la rentrée de septembre 1975 est un pas de plus : une classe sauvage de onze élèves est ouverte dans une salle prêtée et aménagée par la municipalité dans l’ancien évêché. Une expérience d’autogestion avec des professeurs bénévoles, des intervenants extérieurs. Encore plus de médias s’intéressent à ces élèves, les chaînes nationales, France-Culture, l’Express, Le Nouvel Observateur… Trois élèves seulement réussissent le Bac, mais dans quelles conditions !!.

André Rancel leur rend hommage : « ..Vous avez eu du courage, de l’audace, et c’est avec beaucoup d’amitié que je vous ai suivis tous au long de cette année scolaire, partageant vos réunions, vos joies, mais aussi vos soucis…je voudrais dire à ceux dont les efforts n’ont pas été récompensés que pour moi ce qui compte c’est votre action, votre persévérance et nous réalisons bien que si le problème du lycée a pu avoir une audience nationale, c’est à vous que nous le devons »….

1976 promesse officielle de création de classes de terminales scientifiques si les effectifs suivent. Le comité de défense bat la campagne de l’Uzège pour engranger les inscriptions. En 1979 la lutte s’achève avec 280 élèves inscrits, la création de classes, l’inscription du lycée à la carte scolaire.



(quelques Mosaïques trouvées lors des travaux préliminaires pour la construction de l’internat)

Actuellement les lycées Charles Gide et Guynemer ont fusionné avec près de 1200 élèves, une soixantaine d’enseignants.

 


(Cour du lycée Guynemer alors caserne Brueys-Uzès –-Prisonniers allemands1914.--Midi libre Publié le 27/12/2015 et dans ce blog 10/11/2018 « Prisonniers de guerre victimes oubliées »

Sources  et pour en savoir plus : Le Républicain d’Uzès 2000 – Nicole Bouyala Histoire d’Hier et combat de demain 1974-1980 édit Champ Social 2009 --lyc-gide-uzes.ac-montpellier.fr--- www.objectifgard.com---www.uzes.fr>annuaire-des-equipements>lycee-charle---

 

 

dimanche 14 mars 2021

L'Assassinat du maire d'Uzès en 1852

 L’Assassinat deTancrède Cabot de Dampmartin maire d’Uzès

 

Depuis quelques années, des personnes se voient incriminées, condamnées par d’autres grâce aux réseaux sociaux, sans preuves que des affirmations qui tiennent plus du besoin de faire du bruit, d’exister. Des pratiques qui tiennent plus à des lynchages médiatiques. Des vies, des familles parfois détruites. 

Mais bien avant notre période, la vox populi a condamné des gens en oubliant que le Droit et les tribunaux sont là pour éviter, autant que se faire se peut, des erreurs. C’est aussi cela la civilisation.

L’exemple qui suit nous montre à quel point c’est pernicieux : l’instruction de l’affaire a été menée à charge, gangrénée dès le départ par l’opinion publique et nous ne savons pas en définitive si c’est le « bon assassin » qui a été guillotiné et si oui pourquoi…


Le 30 septembre 1852 le maire d’Uzès Tancrède Cabot de Dampmartin est assassiné sous les arceaux de la place du Puits-des-Cercles. Il est 4h et demi du matin. Il partait pour Nîmes, convoqué par le préfet pour régler les dispositifs du passage du nouveau président le futur Napoléon III. Deux coups de feu tirés à quinze ou seize pas de distance, et le maire meurt. Son domestique court après l’assassin en vain.

Tancrède (Jean Antoine Roch Anne Tancrède) Cabot de Dampmartin est né à Uzès le 6 novembre 1786 (ou peut-être plutôt à Montségur-sur-Lauzon dans le département de la Drôme). Il décède à 65 ans après avoir été élu maire légitimiste en 1848. Dampmartin était aussi membre du Conseil Général du Gard.

Une vie bien remplie au service de l’Etat : à 24 ans il est au Conseil d’Etat ; en 1813 il est attaché au 4è Régiment des Gardes d’Honneur, 1816 chevalier de la Légion d’Honneur, sous-préfet sous la Restauration à Carpentras puis à Orange. Il est maire d’Uzès depuis 1848. Des ancêtres conseillers à la Cour des Aides de Montpellier, commandant de la ville d’Uzès, grand voyer général aux finances de Montpellier, maréchal de camp et littérateur distingué (Henri son père)…. Des ancêtres communs au 16ème siècle avec les Clausel et les Bargeton de Vallabrix.

Ci-après mention des Cabot de Dampmartin dans l’ »Armorial de la Noblesse du Languedoc » de Louis de La Roche. (Gallica BNF)


Square Cabot –Montreal –Canada--photo Andrevruas 19/8/2013wiipediz.org

Il appartient à une vieille famille d’Uzès. Peut-être un lointain ancêtre vénitien Giovanni Caboto (vers 1451-1498), en français Jean Cabot, marchand, navigateur, explorateur au service de l’Angleterre. C’est l’époque des Christophe Colomb, des découvertes de routes vers les Indes…Le roi d’Angleterre Henri VII lui donne le droit de naviguer à la rechercher d’une route vers l’Asie en passant par l’Ouest. Il veut aussi des terres non revendiquées par un monaque chrétien. Trois voyages, des bancs de morues gigantesques, et surtout la possibilité pour l’Angleterre de revendiquer un droit sur l’Amérique du Nord. Le Canada se souvient de cet aventurier. Mais c’est une autre histoire.

La famille a passé relativement bien la période de la Révolution. Son père (1755-1825) Anne-Henri Cabot est un militaire, colonel des Dragons et homme politique. Il commande les troupes d’Uzès qui répriment la révolte des Masques Armés. Il est nommé vicomte sous la Restauration.

Il émigra en 1792 et publia à Berlin le « Journal de Littérature », "Evénements qui se sont passés sous mes yeux pendant la Révolution Française" 1792…

Il rentre en France après brumaire 1799. Il continue d’écrire différents ouvrages comme « la France sous ses rois » en 1810. Il est membre de l’Académie de Nîmes. Député au corps législatif (1813-1814-1814-1815), censeur impérial des journaux en 1815, conseiller au Conseil des prises en 1812, bibliothécaire du Dépôt de la Guerre en 1816…. Il est enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise.

Tancrède a épousé à Nîmes Marie Gabrielle Clémentine de Mérignargues (1796-1876) le 22 mai 1817. Trois enfants de cette union, deux filles et un garçon Jean Anatole Cabot de Dampmartin dont une fille Jeanne épouse François de Broglie. Tancrède sera Chevalier de la Légion d’Honneur.

Une de ses sœurs est prénommée joliment Fanny Gracieuse.

Portrait XIXe Henri Cabot de Dampmartin Uzès Gard Révolte des Masques Armés 1821 Musée Borias d’Uzès – père de Tancrède -

Mais revenons à ce 30 septembre 1852. Dampmartin est apprécié à Uzès et les habitants sont consternés par ce drame. Il faut aussi se souvenir que depuis la Révolution de 1789, le calme dans la ville et les alentours est très précaire. On enchaine les régimes politiques, république, empire, royautés, révoltes… rerépublique et reempire… Crime politique ?

L’enquête s’oriente vers une brouille, un différend personnel. Peut-être un peu vite, depuis 1848 les tensions se sont amplifiées, légitimistes-monarchistes (comme Dampmartin) contre républicains et bonapartistes, socialistes contre conservateurs. La République de 1848 tangue et glisse  doucement mais surement vers le Second Empire et le Languedoc n’est pas épargné. Des Languedociens se sont retrouvés au bagne.

Décembre 1851 c’est le coup d’état du président Louis-Napoléon Bonaparte. Le parti de l’Ordre espère faire élire à la présidence en 1852 un candidat monarchiste…. Mais le 2 décembre 1852 l’Empire est proclamé et Napoléon III est empereur.

Un suspect est vite arrêté, un certain Pierre Monet, (Mounet selon les certaines archives), maître-maçon, et ancien conseiller municipal qui avait plusieurs fois menacé le maire verbalement. L’instruction va vite. En juillet 1853 moins d’un an après le crime, le procès a lieu. La cour d’assises de Nîmes ne jugera pas le dossier pour cause de suspicion légitime et c’est celle de la Drôme à Valence qui jugera l’affaire. Pourquoi soupçonner une suspicion légitime s’il s’agit d’une affaire banale, presque une querelle de voisinage qui tourne mal. Monet est condamné à mort fin juillet et exécuté à Valence le 19 septembre 1853 sur la place St Félix à 6 h du matin. Une rapidité qui laisse penser qu'on veut se débarrasser de l'affaire. 

Les débats à l’audience laissent peu de chance à l’accusé.  Le journal « La Gazette » nous raconte le procès. (22/7/1853 et suivants—source RetroNews)

Pierre Monet ancien conseiller municipal, ancien officier et porte-drapeau de la Garde Nationale est condamné d’abord par la voix populi. On nous le décrit ainsi : il a 55 ans, d’une taille moyenne, mais d’une carrure de taureau. Une tête au poil ras et d’un gros volume, brun de teint, un front large et rugueux ; une mâchoire carrée, des pommettes saillantes, un « nez vigoureusement attachés à des sourcils épais »… Une petite mouche noire (verrue) sous la lèvre. Un aspect peu engageant,  bestial. Plus tard on dira de lui après une tentative de suicide en prison qu’il est d’une « nature énergique et demi-sauvage ». C’est l’époque où l’on pense que le criminel a forcément la tête de l’emploi.

Le lieu de l’assassinat ne se prêtait pas à un tel forfait : un clair de lune, une place fréquentée par des Uzétiens qui se préparaient au départ pour Nîmes pour voir le chef de l’Etat et participer aux fêtes offertes par le département du Gard. Aucun nuage, ni obscurité pour faciliter l’acte. Il fait tiède, les fenêtres sont ouvertes donc peu de chance de passer inaperçu. Une audace de la part de l’assassin, une inconscience ou un coup de sang ? Mais il y a préméditation car on ne se promène pas à cette heure avec un fusil à moins d’être braconnier, et encore !!

Les coups de feu ont été tirés par un chasseur ou un ancien soldat expérimenté, six projectiles ou fragments dans le corps de Monsieur de Dampmartin, trois dans la porte de la maison de Maitre Poncin, notaire.

Le sieur Cavalier dans une rue adjacente a vu l’assassin ajuster le maire à une distance d’à peine 18 mètres.

Dampmartin s’était fait beaucoup d’amis à Uzès et dans le Gard. Il avait été élu haut la main en 1848 à un scrutin de liste. En 1852 il avait fait entrer au conseil des hommes sur lesquels il pouvait compter et avait empêché d’autres d’être élus ou réélus, dont Pierre Monet. Il était suffisamment riche pour ne pas profiter de la situation et ses débiteurs étaient poursuivis avec humanité.

Dès l’annonce de cet attentat, des voix unanimes d’Uzès à Nîmes désignaient Monet comme l’assassin. « C’est cadet Monet…c’est une bête féroce qui a commis cet acte de barbarie…il m’a fait peur…. ». « il a du sang dans les yeux…c’est un habile chasseur… », »ça ne peut être que lui… ».  Monet assiste à l’enterrement de Dampmartin : les témoins le trouvent pâle, défait, tremblant. Il n’entre pas dans la maison de la victime pour la levée de corps, ni dans l’église, n’assiste pas à l’offrande. Plusieurs personnes l’avaient vu après le crime, marchant dans la rue d’un pas assuré, essayant de cacher contre lui un fusil. Une jeune fille entend marcher sur le toit au-dessus de sa chambre : c’est forcément Monet qui rentre chez lui, son forfait accompli. Pourquoi passe-t-il par les toits ? Pour cacher son fusil…

Des incidents ponctuent les audiences du procès. Un gendarme à côté du prévenu l’entend dire « donnez moi votre sacre que je lui coupe le cou » pendant qu’un témoin dépose à la barre. Des témoins contredisent cette déclaration : Monet aurait dit « donnez moi votre sabre que je me coupe le cou ».  Mais il parle en patois.. Une personne raconte ce qu’une autre lui a dit avoir entendu…Des témoins se rétractent ; ils n’ont en fait pas vu Monet assassiner le maire. Des discordances dans la description du bonnet, des vêtements de Monet ce jour-là ; une blouse blanche ou grise, une veste verte ?… Ils n’ont pas vu le visage de l’assassin. Un se trompe de jour. Monet se défend mal, agace le président de la Cour, fait rire le public aux dépends des magistrats. Il s’en prend aux témoins, souvent violemment, les accusant d’avoir reçu de l’argent de Monsieur de Dampmartin. Il n’est pas sympathique. C’est du pain béni pour l’accusation.

Son attitude à l’enterrement de Monsieur de Dampmartin est analysée : il est  une superstition qui veut que l’assassin ne peut s’approcher de sa victime sinon les blessures se rouvrent et saignent. Ce qui expliquerait que Monet ne se soit pas approché du cercueil. Monet répond qu’il y avait trop de monde dans la maison et à l’église, mais qu’il était présent au cimetière et qu’il peut répéter ce que le prêtre a dit.

Les déclarations de l’architecte Bègue nous rapprochent peut-être plus de la vérité ou d’une des vérités. Monet a été exclu des contrats de rénovation des prisons d’Uzès par le maire essentiellement à cause de son mauvais caractère. Et Bègue avait peut-être des plans qui convenaient mieux. Monet travaillait régulièrement pour la municipalité, en 1830-31 par exemple au cimetière catholique. Bègue va remporter beaucoup de contrats de travaux, églises, mairies, écoles dans tout l’Uzège. Des menaces ont été proférées par le maitre-maçon à l’encontre du maire, déjà en 1848. Monet aurait prêté de l’argent à l’architecte. Il avait aussi des ambitions municipales qui n’aboutirent pas : le 12 et 19 septembre 1852 il n’avait pas remporté les élections.

Et la condamnation tombe : c’est la peine de mort. Monet va faire une tentative de suicide en prison en se tailladant les veines avec des morceaux de verre d’une bouteille de vin qu’on lui avait apportée. ( ?)

Etait-il l’assassin, avait-il été manipulé par des opposants au maire, avait-il tué pour une question d’ego, d’argent, de jalousie, un trop plein de rancune ?…. A quatre heures du matin on peut supposer qu’il n’était pas ivre. Pourquoi avait-il ce fusil ce matin-là s’il n’avait pas prémédité son geste ? Monet apparait comme quelqu’un de primaire, sanguin, réagissant au quart de tour, ce qui ne plaide pas pour la préméditation. Comment avait-il prévu que le maire passerait là à cette heure ? Il a toujours clamé son innocence, mais est-ce suffisant pour se faire une opinion ?

Comment s’y retrouver quand les témoignages affluent mais qui ne s’appuient que sur des impressions, des « on-dit », des « à peu près ». Des bavardages…. Aucune autre piste n’a été explorée ni même imaginée par les magistrats instructeurs. On n’aura jamais la réponse.

 


 Hôtel de Dampmartin
avant et après rénovation-Uzès

Sources : La Gazette de France Procès 23-29 juillet 1853 --Gallica BNF


jeudi 4 mars 2021

Le Diable à Saint Siffret

 

(Saint Siffret- uzes-pontdugard.com)

Le Diable à Saint Siffret

Il arrive dans nos terres gardoises que Jésus apparaisse en personne au détour d’un chemin. Un jour Jésus et Saint Pierre arrivent à Saint Siffret, petit village près d’Uzès. La promenade est agréable, le soleil luit, les oiseaux chantent à tue-tête, tout respire le bonheur, la sérénité.

Et pourtant à l’entrée du village, un vigneron est assis sur le seuil de sa maison et il sanglote et il soupire à fendre le cœur d’un rocher. « Que t’arrive-t-il lui demande Jésus doucement ? « 

n  ----Ma femme m’a quitté sans un mot, elle s’est enfuie avec un va-nu-pieds, un caraque (gitan), un rémouleur de passage que personne ne connait !! Après quinze ans de mariage !!

n  ----Si ton épouse est partie, avait-elle de bonnes raisons pour te quitter ?

n  -----Mon malheur, c’est qu’elle est bavarde, mais bavarde à casser la tête, même à un sourd. Alors parfois ça me met en colère et là… Il a un geste évocateur, la main énorme levée

n   ---Tu sembles bien malheureux, je suis sûr que tu regrettes tes colères… Nous allons partir à sa recherche et te la ramener. En attendant réfléchis à ta conduite…

Jésus et Saint Pierre repartent sur la route. Au bout d’une heure, ils fatiguent, le soleil est au plus haut. Alors ils s’accordent une petite sieste sous un olivier centenaire.

Mais à peine installés, des cris stridents éclatent, une femme hurle un peu plus loin. Adieu la sieste…

-         -----Pierre, va voir ce qui se passe et fait taire cette braillarde !!

Vous l’avez compris, la femme qui hurle est la femme du vigneron. Le caraque avec lequel elle s’est enfuie, c’est l’Autre, le Velu, le Beau Galant, Pied Tordu, bref le Diable en personne, en corne et en os. Voyant que les hommes pour la plupart vivent en couple, il lui a semblé malin de prendre femme pour passer inaperçu. C’est tombé sur la femme du vigneron. Mais elle est si bavarde, qu’à lui aussi elle lui a cassé la tête. Et il n’est pas patient et il a la main leste et lourde.

Après quelques glapissements, le silence revient. Saint Pierre rejoint Jésus, la mine un peu longue, l’air gêné de celui qui a fait une bourde.

-         -----Pourquoi cette femme hurlait-elle de la sorte ?

-         -----Oh pour trois fois rien, une dispute de couple répondit Saint Pierre

-        ------ Tu as arrangé la chose ?

-         ------D’une certaine façon murmura Saint Pierre. J’ai peut-être eu un geste malheureux. Mon bon Seigneur, vous savez comment cela se passe : vous essayez de vous mettre entre un homme et une femme qui se disputent et ils se retournent contre vous. Ils se sont jetés sur moi, ongles en avant. Lui avait de petits yeux rouges. J’ai eu peur, j’ai sorti mon couteau et je leur ai coupé la tête à tous les deux !

-        ------ Ah coquin de sort comment as-tu pu faire une chose pareille ? Allons vite jusqu’à ces malheureux, il est encore temps de faire un miracle !

Au détour du bosquet, ils découvrent les deux corps et les deux têtes. Tout émotionné, Jésus soulève une des têtes, crache dans sa main, passe un peu de salive sur la plaie et colle la tête sur un des corps. Ensuite il fait la même chose avec l’autre tête. Mais dans la précipitation, tout chamboulé, Jésus s’est trompé : il a collé la tête du diable sur le corps de la femme et celle de la femme sur le corps du Malin….

Depuis il se dit dans les environs d’Uzès qu’il est possible que parfois Mesdames vous ayez mauvaise colère !!!

 

Merci à Josette, Esther, Françoise pour ce joli conte de leurs grand-mères.

mercredi 24 février 2021

Marie Antoinette dans le ciel de Paris

 


(envol de Versailles)

Marie-Antoinette dans le ciel de Paris

 Le 21 novembre 1783, à 1h 30 de l’après-midi, une montgolfière baptisée Marie-Antoinette  en l’honneur de la reine, s’élève dans le ciel parisien depuis la pelouse du château royal de la Muette. Son ombre de 16m de haut et 20m de diamètre sème la terreur chez les Parisiens.







Deux hommes sont à bord, c’est le premier vol libre humain. Ce sont le chimiste Jean François Pilâtre de Rozier, le marquis François Laurent d’Arlandes.

Les concepteurs de l’engin Etienne Montgolfier et Jean-Baptiste Réveillon dirigeant de la manufacture royale de papiers peints sont présents. On a renoncé à employer deux condamnés à mort, graciés pour l’occasion, et peine convertie en peine de galères, comme le souhaitait le roi Louis XVI. Question d’honneur, de symbole : être les premiers hommes dans l’espace. Et puis deux hommes, des mécréants, passant de l’ombre de la mort à la liberté, le ciel, le soleil, la forêt, ce n’était pas pensable !!

Maquette-Royal Military Museum Brussels -12/2007 –photoMarcello—wiimedia.communs

Réveillon, probablement le papetier le plus important de Paris dispose de grands bâtiments et de nombreux ouvriers Faubourg Saint-Antoine dans la capitale. A ses heures mécène, mais surtout quelle renommée pour son entreprise si l’expérience est une réussite. Nous sommes en pleine guerre de savants : l’homme peut-il voler ? On parle de bateaux volants, de voiture sans chevaux marchant à la voile…. Blanchard en 1781 tente de faire monter par bonds de plus en plus hauts un engin prémices de notre hélicoptère. Le physicien Jacques Alexandre Charles et les frères Robert industriels (invention du vernis à caoutchouc pour étanchéifier les tissus) pensent à l’hydrogène comme combustible….


En une huitaine de jours et de nuits, toutes les équipes de Réveillon s’activent pour construire un ballon de forme ovoïde, pointu en haut, une espèce de tente bleue avec des ornements superbes.

Une décoration affirmant la royauté : fleurs de lys dans la partie supérieure avec en dessous les douze signes du zodiaque en couleur or sur un fond peint bleu azur, au milieu les chiffres du roi Louis XVI, les deux L entrelacés, quatre fois répétés et entremêlé de soleils éclatants et le bas garni de mascarons, de guirlandes, d’aigles à ailes déployées. Le ballon est en toile de coton d’emballage encollée sur papier sur les deux faces et impulsé à l’air chaud.

D’autres expériences préparatoires ont eu lieu depuis le début de l’année 1783. C’est le 4 juin que les frères Montgolfier lancent un premier ballon à Annonay en Ardèche. En aout le lancement d’un ballon à hydrogène des frères Robert sur Paris se termine mal, la population de Gonesse se ruant sur l’engin avec des piques pour terrasser la bête, avec en prime un prêtre pour exorciser. Le 11 septembre, le ballon en préparation des Montgolfier manque de tuer de peu huit ouvriers qui retenaient l’engin en les emportant dans les airs lors d’un essai : «on vit cette belle machine se remplir en neuf minutes, se redresser sur elle-même se tendre dans tous les points, et prendre la plus belle forme. Les huit hommes qui la retenaient furent soulevés à plusieurs pieds et elle se serait enlevée à grande hauteur si on ne lui avait opposé de nouvelles forces… ».

Septembre est maussade, pluvieux. Les morceaux du nouveau ballon ne peuvent être assemblés qu’en plein air. On hésitait encore pour l’énergie entre hydrogène ou fumée. Ce ballon est équipé d’une chaufferette de grande taille : on y brule de la paille et de la laine hachée. On tente l’expérience : le ballon s’élève  à plusieurs pieds avec une charge de 500kg. Mais un orage soudain avec un vent impétueux ont raison de la machine qui se retrouve en lambeaux.

Le 19 septembre, le temps tourne au beau ; au château de Versailles, enfin un vol habité par un canard, un coq et un mouton nommé « Mouton-l’air ». Réveillon a monté un nouveau ballon en sept jours. Le roi et la reine doivent assister à l’aventure. Le ballon a été transporté, dégonflé, sur un grand chariot trainé au pas. Les grilles du château ont été renforcées par une double ceinture de soldats car une foule immense s’est déplacée. A midi les rues, les fenêtres sont garnies de spectateurs. Depuis quelques jours des volontaires se présentent pour monter avec le ballon. Le roi refuse encore une ascension humaine avant d’avoir la preuve qu’elle n’est pas mortelle. Donc ce sont les trois pauvres bêtes qui s’y collent !

Un coup de canon annonce le début du spectacle. « La machine s’élève, se gonfle… sa forme plait à l’œil, sa capacité imposante étonne… ». Mais au moment où l’engin atteint son gonflage maximum, un coup de vent et deux déchirures de près d’une toise s’ouvrent au sommet. Etienne Montgolfier tente le tout pour le tout pour ne pas perdre la face ; une botte de paille, on force le feu et le ballon continue sa course doucement. Il plane quelques minutes, puis finit son vol à une lieue de Versailles en plein bois sur la route de St Cloud au carrefour de Vaucresson. Deux gardes-chasses le repèrent sur les hautes branches des arbres. Un groupe de gentilshommes à  cheval ont suivi la trajectoire, le nez en l’air.


Les aéronautes se sont élevés à 480m et se posent sans dommage sauf une petite blessure au coq. Pilâtre de Rozier les recueille à l’arrivée. Ces animaux seront récompensés : ils intégreront la Ménagerie Royale de Versailles.

(François d'Arlandes BNF Cabinet des Estampes)

L’Académie des Sciences recommande aux Montgolfier de travailler avec Pilâtre de Rozier. Il faut avancer, mais d’autres expérimentations doivent avoir lieu pour envisager un vol habité.

Le roi Louis XVI paie sur sa cassette personnelle Réveillon pour la construction d’un nouveau ballon amélioré. Tout le mois d’octobre, les badauds voient au-dessus du jardin de Réveillon monter et coulisser des mâts, des cordes. Un petit homme perché sur une estrade avec un porte-voix fait des signes aux hommes qui sont à la manœuvre en bas. C’est Pilâtre en personne qui dirige les opérations. L’expérience montre qu’un homme seul ne suffit pas pour diriger le ballon, alimenter le feu, jeter du lest, observer les vents, le terrain… D’Arlandes est 
présent, enthousiaste, encombrant. Mais il a un carnet d’adresses chez les Grands de ce monde et il peut être utile.

Louis XVI n’a pas oublié les déchirures du ballon lors de l’expérience de Versailles. Il hésite pour une nouvelle ascension, habitée celle-ci par des hommes. C’est d’Arlandes qui a l’idée de se servir du château de La Muette, un rendez-vous de chasse donné depuis peu au Dauphin et par là-même à Madame de Polignac gouvernante des enfants de France. Cette dernière y entretenait une petite Cour « composée de personnes instruites à qui les travaux des beaux-arts ne sont pas étrangers… ».

Utiliser La Muette c’était aussi couper la route à  Louis-Philippe de Chartres (le futur Philippe Egalité de 1792). La reine intervint alors auprès du roi qui avait bien d’autres soucis. Il accepta enfin de guerre lasse de rencontrer d’Arlandes, il ne promit rien mais n’interdit pas.

Et ce sera le vol du 21 novembre 1783. Le roi n’est pas présent. Quelques centaines de spectateurs invités par madame de Polignac, tous très élégants, installés sous les arbres. Il se joue à cet instant un acte de la guerre entre savants, les uns tenant des carlines à hydrogènes, les autres les montgolfières à foyer. Etienne Montgolfier tente une dernière expérience captive avant de lâcher des vies dans l’espace. Mais le vent pousse l’engin et une déchirure apparait. Réveillon avec ses meilleurs ouvriers est là avec du taffetas gommé, des colles fortes, des aiguilles, du fil. Quelques dames offrent d’aider… Deux ou trois heures plus tard le ballon est rafistolé.



Là les historiens ne sont pas tous d’accord : deux ou trois hommes à bord. Pour l’équilibre de l’engin, nous allons privilégier la première hypothèse. Pilâtre et le marquis s’envolent donc à une heure cinquante-quatre, chacun d’un côté du foyer pour faire contrepoids. Ils ne pouvaient se voir. Les bras nus jusqu’aux épaules ils entretenaient le feu. Les spectateurs étaient silencieux, partagés entre admiration, pitié et peur.

(château de La Muette)

Le récit du voyage sera fait par le marquis d’Arlandes dans une lettre à Faujos de Saint-Fond du 28 novembre 1783. Il ne parle que de deux hommes à bord, lui et Pilâtre. Rapidement ils suivent la Seine, le confluent de l’Oise, Poissy, Saint-Denis…..l’Ecole Militaire, les Invalides… Des petits trous apparaissent, deux cordes lâchent, mais on est au-dessus de Paris, impossible de descendre. On frise les moulins, puis c’est la Butte aux Cailles l’atterrissage entre Moulin des Merveilles et Moulin Vieux. Le ballon est vide, aplati. L’amas de toile recouvre les deux hommes. La garde survient et la machine est rapidement en sureté pour être installée chez Réveillon. Pilâtre se fait voler sa redingote par le peuple accouru. On lui en prête une.

Une victoire pour les montgolfières à foyer. Mais dix jours plus tard leurs concurrents Jacques Alexandre Charles et les frères Robert obtiennent l’autorisation d’essayer la première carline à hydrogène. Elle s’envolera le 1er décembre devant plus de cent mille personnes dont la reine. Ils vont écrire l’histoire des vrais aérostats, des ballons sphériques, en caoutchouc, filet, nacelle, baromètre….et hydrogène.

Charles lors de cet envol, présente à Montgolfier la ficelle qui retient un petit ballon pilote : » C’est à vous Monsieur qu’il appartient de nous ouvrir la route des airs… »

 

A Paris, Jean François Pilâtre (1754-1785) est intendant des cabinets de Physique, de Chimie et d’Histoire Naturelle de Monsieur, comte de Provence frère du Roi, ainsi que valet de la Comtesse de Provence. En 1781 il crée le premier musée technique : il y fait des expériences et y donne des cours de sciences aux nobles. Le 15 juin 1785 il se tue près de Boulogne-sur-mer dans le premier accident aérien de l’histoire.


Sources et pour en savoir plus :Claude Manceron Le Bon Plaisir 1782-1785 édit Robert Lafont 1976—Faujas de Saint-Fons  Description des expériences de la machine aérostatique de MM Montgolfier   Paris Panckouche 1783 TII--www.parismatch.com/Royal-Blog/royaute-francaise/Quand-Louis-XVI-faisait-voler-coq-mouton-et-canard-Dans-Secrets-d-Histoire-de-Stephane-Bern-sur-France-2-ce-19-mai-2015-765868--Dollfusa  Pilâtre de Rozier Premier Navigateur aérien  édit Paris Association Française pour l’avancement de Sciences 1993—Clement PL  Les Montgolfières leur Invention, leur Evolution du 18è à nos jours  Paris Tardy 1982----/www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/la-mongolfiere-marie-antoinette#infos-principales--wiipedia.org--Jean Dominique Brignou  Marie Antoinette passe dans le ciel de Paris in Histoire de l’Antiquité à nos jours n°100 nov-dec 21018-- Geneviève Touzain-Lioud, Monsieur le Marquis d'Arlande, premier navigateur aérien ; le premier vol libre de l'histoire le 21 novembre 1783 à Paris par le major François-Laurent d'Arlandes et son compagnon F. Pilatre de Rozier sur le ballon des frères de Montgolfier ; le Château d'Arlempdes et la Maison d'Arlempdes puis d'Arlendes, 1971.--

marie-antoinette.forumactif.org › t316p60-la-conquete-../www.letemps.ch/societe/premier-crash-aerien-lhistoire-lieu-gonesse-217-ans-concorde---expositions.bnf.fr/sciencespourtous/grand/spt_004.htm

 

 

 

dimanche 14 février 2021

Les Boules de Gargantua

 


Ardèche Montselgues)

Les Boules de Gargantua      


François Rabelais (environ 1483-1553) va faire revivre un géant populaire, Gargantua. La littérature de colportage avant lui, diffusait largement des chroniques sur « le grant et enorme geant Gargantua », littérature qui liait extraordinaire et merveilleux, tout en opposant la sagesse des bons rois à la cruauté des tyrans. Gargantua, Merlin, Mélusine faisaient réver à un monde meilleur, magique. Dans l’imaginaire populaire, son Gargantua va se glisser dans la peau du précédent au point que l’on ne sait plus très bien dans les légendes colportées ici et là lequel est celui de Rabelais.

(portrait anonyme –Versailles-)

 Des curiosités géologiques vont prendre le nom de Gargantua faisant oublier leurs noms véritables ; ce sont les « boules de Gargantua », le « pas de Gargantua »…… Et pas seulement dans le Languedoc.

Rabelais né tourangeau, a séjourné un peu partout en France, Paris, Metz… mais surtout Montpellier et Lyon. Il voyagea aussi en Italie avec le cardinal Jean du Bellay et Guillaume de Langey, aux premières loges de l’Histoire, parfois dans des missions diplomatiques. Melé aux querelles religieuses de l’époque, il aura bien besoin de la protection de la famille du Bellay et d’Odet de Chatillon. Humaniste, il subira la censure des autorités religieuses. Le 16ème siècle est politiquement bouillonnant, culturel, cultuel. On oublie souvent que les premiers bûchers pour pratiques religieuses différentes commencent avec François Ier. Le renouveau de la philosophie de la Renaissance est désagréable à « l’establishment ». Rabelais remet en cause l’enseignement de la Sorbonne. Il prêche pour l’indépendance du pouvoir vis-à-vis de l’Eglise, affirmant sa confiance en la dignité de l’Homme, en sa perfectibilité et ses capacités d’invention. Dans ses écrits sous forme de fable, de parodie héroï-comique, entre deux rires, il dénonce des souverains dévoreurs de peuple et les abus des autorités ecclésiastiques. Il met en avant une culture populaire, paillarde, marquée par le bien-vivre et une foi chrétienne humble, tolérante, ouverte, terre à terre, à l’opposé de toute pesanteur ecclésiastique.

Nous l’avons déjà retrouvé à Aigues-Mortes lors de la rencontre du roi François 1er et de l’Empereur Charles Quint en 1538.(sur ce blog le 25/11/2018 François Ier en Languedoc). Il écrira sur la Camargue  « Dans cette île, vous n'avez que des cages et des oiseaux ; ils ne labourent ni ne cultivent la terre. Toute leur occupation est de s’esbaudir, gazouiller et chanter… N'ayez pas peur que le vin et les vivres manquent ici, car quand le ciel serait de bronze et la terre de fer, les vivres ne nous feraient pas encore défaut pendant sept ans, voire huit, soit plus longtemps que ne durera la famine en Egypte. Buvons ensemble, en chœur, en communion ».

Etudiant en médecine en 1530 à Montpellier, il découvre les Arènes de Nîmes et le Pont du Gard qu’il juge « d’œuvres plus divines qu’humaines ». Son « Pantagruel » met trois heures pour édifier ces deux monuments quand dégouté de la médecine et du droit il fuit Montpellier et passe par Nîmes !!. « Pantagruel » est mis en vente à la foire de Lyon en 1532, ville où Rabelais exerce son métier de médecin, tout en écrivant. Rabelais ou Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais)

Il revient à Montpellier en 1537 pour payer ses droits de diplôme et prendre ses derniers grades : docteur en medecine le 22 mai 1537.

Et en juillet 1538 à nouveau dans le Gard lors de la fameuse entrevue des deux monarques ennemis à vie.

Pantagruel au cours de quelques pages nous raconte le Gard de l’époque : « à Montpellier il trouva fort bons vins de Mirevault et joyeuse compagnie….. ». Son Gargantua devient un géant bon vivant, marqué d’humanisme, façonnant le paysage.

Gargantua dans le légendaire languedocien à la sauce rabelaisienne ; les veillées au coin de la cheminée parlaient des géants et chacun avait son histoire.

Les Boules de Gargantua languedociennes se situent dans les Cévennes, près de Mialet, un peu après Générargues, sur la colline de Roucan. Deux énormes boules quasi-sphèriques. Pour les Cévenols pourtant à la réputation d’austérité, le jeune Gargantua jouait avec ses boules (déjà la pétanque ?) quand il voulut boire dans le Gardon, il les posa là. Et quand ses parents Grandgousier et Gargamelle l’appellèrent, il oublia ses boules. Pressé et un peu contrarié par ses parents il aurait en buvant avalé un bœuf et un mas, maison et occupants, situé sur les berges du Gardon.

Une variante : Sur  la route de Mialet, Gargantua lançait ses boules à travers tout le Massif Central  pour aller démolir les Menhirs de Bretagne. Une boule lui échappa et roula dans le Gardon. On peut y voir, paraît-il, l'empreinte de Gargantua.




 (label-rando.fr/les-boules-de-gargantua-1150m/)

 

(Vallée de la Drobie entre Ardèche et Cévennes – Les Boules de Gargantua de Montselgues)

 

Le Pas de Gargantua se situe près de Roquemaure dans la vallée du Rhône en plein vignoble des Côtes du Rhône. La légende dit que Gargantua de passage dans cette région, fut pris d’une grande soif. Pour boire plus confortablement, il posa un pied près du village de Pujaut, l’autre dans la campagne en évitant les vignobles : ce second pied ne trouvant pas de rocher, s’enfonça dans la terre meuble et y laissa des traces encore visibles. Il but d’une seule lampée la mare. Mais en contrepartie, il urina si abondamment qu’il forma l’étang du village de Pujaut !!

(cros-cevennes.fr/curiosites-et-monuments/)

Ailleurs dans le Gard, il but la rivière de l’Arre (Roc d'Esparon --Bez-et-Esparon) et avala un char, des bœufs, …A Tarascon, des bateaux chargés de bois… sur le Causse, une charretée de buisson !!

On voit les empreintes de ses mains, de ses pieds, de son nez dans le Vidourle à Malignos. Si le Vidourle disparait à Cros, c’est que Gargantuas l’a bu…

Gargantua s’assied sur le clocher de la cathédrale d’Agde ou sur les tours d’une église de Montpellier, et prend un bain de pied dans l’Hérault.

On raconte à Vallergues que Gargantua s'est arrêté, un pied sur le Ventoux, l'autre sur le pic Saint-Loup pour boire à la mer. Il avale ainsi un vaisseau de ligne dont la provision de poudre s'enflamme, ce qui permet à Gargantua de l'évacuer dans un gros pet.

 

Quand la réalité rejoint la fiction : en 1440 on découvre au pied de la falaise de Crussol, en face de Valence dans la vallée du Rhône, les ossements d’un homme d’une taille gigantesque. Il n’en fallu pas plus pour qu’on l’appella Samson ou Briar (Briarée), le père de Gargantua. La légende s’en empara et ce géant se serait montré cruel envers la population. Mais il repeupla la ville de Valence en s’activant auprès des filles de la ville !! On voit dans cette légende l’avant et l’après Rabelais. Gargantua et sa famille deviennent de bons gros géants après Rabelais.


Plus de  400 sites en France font référence à Gargantua, pratiquement tous les départements ont un site Gargantua.

Les bretelles de sa hotte se cassent et son chargement devient la Hottée de Molinchart dans le département de l’Aisne..


(La Hottée de Gargantua de Molinchart –6/5/2012photo-X-Javier)


(Peyrat la Nonière dans la Creuse)
 

Ci-contre la Tasse de Gargantua, en fait probablement des fonds baptismaux creusés dans un rocher (mais peut-être bien dans une boule de Gargantua !!)


Sources et pour en savoir plus : Mireille Huchon, Rabelais, Paris, Gallimard, coll. « Biographies », 2011, 429 p. (ISBN 978-2-07-073544-0, notice BnF no FRBNF42375842)--- Alfred Glauser, Rabelais créateur, Nizet, 1966---Guy Demerson, Rabelais, Paris, Fayard, 1991, 350 p. (ISBN 2-7158-0566-7) ---Lucien Febvre (postface Denis Crozet), Le Problème de l'incroyance au XVIe siècle : La religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité », 2003 (1re éd. 1947), 579 p. (ISBN 2-226-13561-8, ISSN 0755-1770, lire en ligne [archive---Jacques Bonnaud  Rabelais et le Gard chez Lacour1990--Bulletin de l’Académie de Nîmes  1939-45 « Rabelais les arènes et le Pont du Gard Marcel Fabre,membre résidant--- Devic et Vaissete 1844 réédition Lacour Nîmes 1994 Jp Paya Toulouse---John Charpentier Rabelais et le génie de la Renaissance 1941—Henri Dotenville La France mythologique Paris 1988---www.mythofrancaise.asso.fr/mythes/figures/GAlocal.htm--wikipedia.org---www.rando-sud-est.com › 2013/09/21 › les-boules-de-...--- label-rando.fr/les-boules-de-gargantua-1150m/--www.cirkwi.com › ... › ardèche › montselgues-- /petitparis07.wordpress.com/2012/01/29/les-boules-de-gargantua-une-des-plus-belle-randonnee-en-ardeche/


 Deux éléments de la façade Renaissance de Vallabrix-époque de Rabelais--photo perso..