Le
pont du Gâ (ou Guâ) — Renforcement ou reconstruction ?
Comme son nom l’indique, ce pont est construit
sur un passage à gué.. Cet ouvrage marque une volonté de progrès : en cette fin du 19ème
siècle, la circulation doit impérativement être améliorée entre les
territoires, et en particulier vers Bagnols-sur-Cèze. Encore aujourd’hui, ce pont nous permet de rejoindre Bagnols, ses
commerces, ses médecins, son hôpital rapidement….
Nos
archives nous mentionnent une date ; le 19 août 1888. Ce jour-là,
le conseil municipal doit se prononcer sur l’enquête d’utilité publique
concernant le chemin de Grande Communication D5 et la construction du pont qui
va se situer « là où ce chemin se bifurque avec le chemin rural
dit de Coulorgues », chemin, nous disent
nos élus, qui doit rester libre comme avant les travaux. Le secteur de
Coulorgues est particulièrement riche en cultures. Le maire est Augustin
Boutaud.
Pendant les 25 ans qui suivent, l’Uzège
vivra dans une valse d’innovations à vous tourner la tête : construction
de mairies-écoles, cimetières déplacés, eau électricité timidement dans les
maisons, téléphone, des gares et leurs
trains, lignes de bus, bureau de tabac-épicerie à Vallabrix,
coopératives, des jeunes qui vont travailler loin….ceci malgré une mévente du
vin, des troubles sociaux, des modes de vie qui changent, des emprunts, une
aide sociale communale et des déficits budgétaires qui demandent des budgets et
impôts additionnels, …..On élargit les routes, celle de Masmolène en 1910, notre
D5 dans le village avec les maisons rabotées, façades reconstruites, des
propriétaires à indemniser. Un souffle qui nous portera jusqu’à la guerre de 14.
Que devient notre projet de pont
du Gâ ? Sa construction sera un long et difficile accouchement
adminisratif. Il faut dire que la situation économique n’est pas bonne. En 1871
notre village doit s’occuper de ses chemins vicinaux (chemins de petite vicinalité)
en exécution de la loi de 1868 : pour notre commune, un peu plus de 19 000
frs avec des ressources d’un peu plus de 1700 frs ! Les 6 octobre 1892,
des pluies torrentielles ravagent les chemins, en particulier la D5, chaussée
ravinée, éboulements, accotements excoriés, coût pour notre village un peu plus
de 2 300 frs et emprunt au Crédit Foncier, un de plus !!
Le 27 août 1888, la Commission
des Routes du Gard doit se prononcer sur une demande du préfet : il s’agit
de déclarer d’utilité publique deux projets, l’un la construction d’un pont sur
l’Alzon sur la D5 près de Vallabrix et la construction d’un chemin D14 secteur
La Calmette. Coût 15 500 frs pour nos travaux. La déclaration d’utilité
publique prend en compte le désir du conseil municipal concernant le chemin de
Coulorgues. Avant ce jour, on attendait les études du service hydraulique pour
la fixation du débouché des ouvrages d’art à établir sur les cours d’eau devant
être traversés. Mais à cette date le dossier technique est maintenant complet….
Le problème sera l’élargissement
de la D5 entre Bagnols sur Cèze et Tresques. En 1897-98, Commission des routes,
préfet, conseil d’arrondissement d’Uzès souhaiteraient que les communes de Bagnols
à St Quentin, soit 8 communes, participent à la dépense pour ce tronçon.
Total de la dépense environ 6 000 frs (travaux et achats de terrains).
Seul le village de St Quentin promet son concours pour 25 frs sur les 2 000
demandés. Vallabrix aurait été taxé de 75 frs. Après plusieurs renvois de
réunions et réitération de la demande de participation financière sans succès, la
commission des routes renonce le 25 avril 1900à l’élargissement de la D5 entre
Tresques et Bagnols, élargissement non justifié semble-t-il. …Des Vallabrixois,
Basil Gay, Félix Rousse sont dans le jury défendant notre point de vue et nos
finances. En décembre 1891 nous avions déjà refusé de contribuer financièrement
aux travaux sur le chemin passant par Pougnadoresse le N)6.
En 1908, le pont n'et toujours pas construit : "la rectification du chemin de grande communication D5 aux abords de Vallabrix et la construction d'un aqueduc sur le même chemin au passage de l'affluent sur l'Alzon" font actuellement l'objet d'une étude de la part des agents voyers.
Date exacte de la construction de notre pont ? Probablement autour de 1910 et avant 1925 puisque notre conseil municipal s'inquiète de son mauvais état à cette date.
Le 20 août 1925, le conseil
municipal s’inquiète du mauvais état du pont du Gâ. Il est dangereux de
l’emprunter. Le village se trouve isolé du chef-lieu, de Coulorgues notre
grenier à grain… Les gros véhicules comme les batteuses doivent passer par les
cantons limitrophes, ce qui occasionne des retards importants pour les
récoltes. Ce pont doit être renforcé, il y va de l’intérêt général. Pourquoi est-il en mauvais
état ? Pendant la guerre de 14-18, l’hôpital d’Uzès était hôpital
militaire accueillant blessés et convalescents. Peut-être un trafic routier
trop important entre Bagnols et Uzès ?
Le 26
juillet 1926, le conseil approuve le projet proposé par le conseil général tout
en souhaitant que l’ouvrage actuel soit maintenu pendant les travaux pour que
la circulation reste possible. La même
année nous acceptons enfin les travaux d’abaissement de la chaussée sur la D5 entre
les km 16,680 et 17,828 pour améliorer la circulation (liaison
Bagnols-Vallabrix, grosso modo à partir du carrefour D5 et route qui rejoint
Masmolène). Nous sommes sous la mandature de Léon Bonnaud. Nous avions refusé ces travaux
en 1909, nous avions alors deux emprunts dont un pour le projet d’adduction
d’eau…

Le 20 février 1927 nous avons l’accord
du département en date du 11 décembre 1926. Reconstruction au km 20,810. Un propriétaire
cède « amiablement » le terrain nécessaire à la reconstruction du
pont. En fait on lui achète son terrain selon l’estimation préfectorale. On
parle de reconstruction au km 20,811 lors des ventes des terrains nécessaires. Nous
demandons d’être dispensés de purger les hypothèques ainsi que de transcrire
les actes d’une valeur de moins de 500 frs, il nous faut faire des économies…
(dessous du
pont—renforts sur côtés)
A partir de
cette date, le pont et ses travaux disparaissent des archives municipales. Le
budget communal accuse en 1929 une forte hausse des dépenses : les
travaux ? Renforcement ou reconstruction du pont ? Il n’a pas été
élargi ce qui plaiderait pour un renforcement des sous-bassements. Au travers
des broussailles nous voyons des arches en belles pierres de taille, rappelant
plutôt une architecture 19ème siècle. Mais pourquoi acheter des
terrains dans ce cas ? La situation économique de la France et en particulier
du département n’est pas florissante. Nous avons plusieurs emprunts qui courent…
Au prochain débroussaillage sous
le pont, nous aurons peut-être la réponse avec des traces du pont de 1888-1927…. Et
des travaux qui ont suivi jusqu’à nous…. Ce pont mériterait plus d’attention
étant donné son utilité.
-archives municipales de Vallabrix--archives du conseil général et préfecture--grand merci à André Beteille pour ses belles photos