dimanche 14 décembre 2025

 

(voir ou revoir -26 décembre 2018)
La Grande Année Vigneronne

En février 1947, une plaquette a été éditée pour être vendue à Montpellier au bénéfice des Œuvres des Escoliers du Languedoc, qui était une caisse suisse de secours aux étudiants victimes de la guerre et de la Résistance. 
Ce sera l’occasion de manifestations artistiques et d’amitiés du 6 au 10 mars 1947, organisées par le Comité Suisse d’Action. Les artistes qui participent à ce livret veulent faire connaitre les beautés d’un autre pays de langue d’oc, comme le poète Ramuz, avec son Chant des Pays du Rhône. Le maître-imprimeur Ch Corbaz de Montreux, le maître-photograveur Fernand Dupuis de Lausanne sont de l’aventure. Tous se souviennent que parfois leurs lointains ancêtres languedociens sont devenus Suisses par la volonté de notre roi Louis XIV et du vent de l’Histoire, la langue d’oc cousinant avec la leur, qui s’était installée bien avant dans ces hautes montagnes. Sur les contreforts orientaux suisses du massif du Jura, une petite commune s’appelle Provence et à Lausanne un quartier porte aussi ce nom.

Paul Budry, journaliste, écrivain, critique d’art vaudois et un des « pères » de la littérature vaudoise du 20ème siècle avec Ramuz et Gilliard, nous fait cadeau dans ce livret d’un calendrier du vigneron. Voici Décembre et Janvier.

« Décembre …Plus personne sur les murets. Cette première neige est venue comme une couette mouillée. Des convois de feuilles grillées courent le long des murs avec un bruit de vieux papiers. C’est alors que vient le charcutier avec son tablier blanc et que s’entendent ces grandes ciclées du cochon qui pleure de devoir partir en saucisses. Le médecin vient aussi parce que c’est ce mois qu’un chacun voit ce qui ne va plus tant bien dans sa machine. L’un la goutte, l’autre les reins, le foie, le catarrhe…. Au bord de la route le distillateur amène son coquemar du diable, autour de quoi il fait chaud et ça sent le schnaps réchauffé, et chacun apporte ses deux, trois, quatre sacs de marc à bouillir. L’acheteur s’amène et fait l’affaire sous la machine. Les gosses les bonnets tirés sur les oreilles, regardent aux vitres de l’épicerie la dame installer ses surprises de Noël, tout rubans, fausse neige et papiers arc-en-ciel. Toi, vigneron, tu scies ton bois dans ta remise, porte ouverte et quand ta scie est seule à s’ennuyer auprès du chevalet, on sait te trouver à la cave, retapant tes vases, ou deux, trois assis sur des plots à portée du guillon, débattant des affaires communales. Couché avec les poules, la journée n’est plus qu’un petit bout de journée. Et Noël est venu sans bruit. Voici l’an neuf, Vigneron, va falloir se réabonner à l’ouvrage. Bonne année, regarde-moi cette vendange qui est écrite dans les étoiles…. »


« Janvier …. Cimente tes murs les jours qu’il ne gèle. Et mine ce qui doit l’être aux alentours du Nouvel-An, terre gelée s’en porte mieux. Ta vigne dort toujours, Vigneron, ne fais pas comme elle ! Quand la nuée secoue ses plumes, fends-moi des échalas biens droits, tire ta paille de lève. Bon vigneron ne va pas quérir ça au bazar. Et passe-moi ce sécateur à la meule. Il y aura tantôt de l’ouvrage pour cet ami. « Taille tôt, taille tard, faut finir à la Saint-Grégoire !!»…. Ne laisse pas non plus ton vin s’ennuyer à la cave, va lui dire deux mots tant que le cœur t'en dit. Ouvre les soupiraux, qu’il voie revenir le soleil. Il est bien content, il s’éclaire ; on commence à se voir à travers, les trois les quatre qu’on est à regarder grandir ce jeune fils. Il fait ses premiers pas sur la langue des connaisseurs. Il répond, le ciel soit loué ! Ces messieurs de la ville peuvent venir, il est là. Bientôt Vigneron tu vas savoir ce qu’on veut payer tes sueurs. Va falloir prévoir pour les fumiers, pour les effeuilleuses… Vigneron, les années se suivent et tout recommence. Celle qui vient sera la bonne des bonnes. Bonne nuit.


Sources : Le Valais Le Lac Léman magnifiés par leurs Ecrivains de Langue d’Oc 1947—photos E Gygeer et Klopfstein à Adelboden , Gos de Lausanne, G Mussler de Sion, L Blanc de Lausanne—on peut lire ou relire La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau et sa rencontre avec le lac Léman---

Ciclée : cris perçants




vendredi 5 décembre 2025

Le pont du Gâ--

 




Le pont du Gâ (ou Guâ) — Renforcement ou reconstruction ?


 
Comme son nom l’indique, ce pont est construit sur un passage à gué.. Cet ouvrage marque une volonté de  progrès : en cette fin du 19ème siècle, la circulation doit impérativement être améliorée entre les territoires, et en particulier vers Bagnols-sur-Cèze. Encore aujourd’hui,  ce pont nous permet de rejoindre Bagnols, ses commerces, ses médecins, son hôpital rapidement….

Nos archives nous mentionnent une date ; le 19 août 1888. Ce jour-là, le conseil municipal doit se prononcer sur l’enquête d’utilité publique concernant le chemin de Grande Communication D5 et la construction du pont qui va se situer « là où ce chemin se bifurque  avec le chemin rural dit de Coulorgues », chemin, nous disent  nos élus, qui doit rester libre comme avant les travaux. Le secteur de Coulorgues est particulièrement riche en cultures. Le maire est Augustin Boutaud.

Pendant les 25 ans qui suivent, l’Uzège vivra dans une valse d’innovations à vous tourner la tête : construction de mairies-écoles, cimetières déplacés, eau électricité timidement dans les maisons, téléphone, des gares et leurs  trains, lignes de bus, bureau de tabac-épicerie à Vallabrix, coopératives, des jeunes qui vont travailler loin….ceci malgré une mévente du vin, des troubles sociaux, des modes de vie qui changent, des emprunts, une aide sociale communale et des déficits budgétaires qui demandent des budgets et impôts additionnels, …..On élargit les routes, celle de Masmolène en 1910, notre D5 dans le village avec les maisons rabotées, façades reconstruites, des propriétaires à indemniser. Un souffle qui nous portera jusqu’à la guerre de 14.

Que devient notre projet de pont du Gâ ? Sa construction sera un long et difficile accouchement adminisratif. Il faut dire que la situation économique n’est pas bonne. En 1871 notre village doit s’occuper de ses chemins vicinaux (chemins de petite vicinalité) en exécution de la loi de 1868 : pour notre commune, un peu plus de 19 000 frs avec des ressources d’un peu plus de 1700 frs ! Les 6 octobre 1892, des pluies torrentielles ravagent les chemins, en particulier la D5, chaussée ravinée, éboulements, accotements excoriés, coût pour notre village un peu plus de 2 300 frs et emprunt au Crédit Foncier, un de plus !!

Le 27 août 1888, la Commission des Routes du Gard doit se prononcer sur une demande du préfet : il s’agit de déclarer d’utilité publique deux projets, l’un la construction d’un pont sur l’Alzon sur la D5 près de Vallabrix et la construction d’un chemin D14 secteur La Calmette. Coût 15 500 frs pour nos travaux. La déclaration d’utilité publique prend en compte le désir du conseil municipal concernant le chemin de Coulorgues. Avant ce jour, on attendait les études du service hydraulique pour la fixation du débouché des ouvrages d’art à établir sur les cours d’eau devant être traversés. Mais à cette date le dossier technique est maintenant complet….

Le problème sera l’élargissement de la D5 entre Bagnols sur Cèze et Tresques. En 1897-98, Commission des routes, préfet, conseil d’arrondissement d’Uzès souhaiteraient que les communes de Bagnols à St Quentin, soit 8 communes,  participent à la dépense pour ce tronçon. Total de la dépense environ 6 000 frs (travaux et achats de terrains). Seul le village de St Quentin promet son concours pour 25 frs sur les 2 000 demandés. Vallabrix aurait été taxé de 75 frs. Après plusieurs renvois de réunions et réitération de la demande de participation financière sans succès, la commission des routes renonce le 25 avril 1900à l’élargissement de la D5 entre Tresques et Bagnols, élargissement non justifié semble-t-il. …Des Vallabrixois, Basil Gay, Félix Rousse sont dans le jury défendant notre point de vue et nos finances. En décembre 1891 nous avions déjà refusé de contribuer financièrement aux travaux sur le chemin passant par Pougnadoresse le N)6.

En 1908, le pont n'et toujours pas construit : "la rectification du chemin de grande communication D5 aux abords de Vallabrix et la construction d'un aqueduc sur le même chemin au passage de l'affluent sur l'Alzon" font actuellement l'objet d'une étude de la part des agents voyers.

Date exacte de la construction de notre pont ? Probablement autour de 1910 et avant 1925 puisque notre conseil municipal s'inquiète de son mauvais état à cette date.

Le 20 août 1925, le conseil municipal s’inquiète du mauvais état du pont du Gâ. Il est dangereux de l’emprunter. Le village se trouve isolé du chef-lieu, de Coulorgues notre grenier à grain… Les gros véhicules comme les batteuses doivent passer par les cantons limitrophes, ce qui occasionne des retards importants pour les récoltes. Ce pont doit être renforcé, il y va de l’intérêt général. Pourquoi est-il en mauvais état ? Pendant la guerre de 14-18, l’hôpital d’Uzès était hôpital militaire accueillant blessés et convalescents. Peut-être un trafic routier trop important entre Bagnols et Uzès ?

Le 26 juillet 1926, le conseil approuve le projet proposé par le conseil général tout en souhaitant que l’ouvrage actuel soit maintenu pendant les travaux pour que la circulation reste possible.  La même année nous acceptons enfin les travaux d’abaissement de la chaussée sur la D5 entre les km 16,680 et 17,828 pour améliorer la circulation (liaison Bagnols-Vallabrix, grosso modo à partir du carrefour D5 et route qui rejoint Masmolène). Nous sommes sous la mandature de Léon Bonnaud.     Nous avions  refusé ces travaux en 1909, nous avions alors deux emprunts dont un pour le projet d’adduction d’eau…

 


Le 20 février 1927 nous avons l’accord du département en date du 11 décembre 1926. Reconstruction au km 20,810. Un propriétaire cède « amiablement » le terrain nécessaire à la reconstruction du pont. En fait on lui achète son terrain selon l’estimation préfectorale. On parle de reconstruction au km 20,811 lors des ventes des terrains nécessaires. Nous demandons d’être dispensés de purger les hypothèques ainsi que de transcrire les actes d’une valeur de moins de 500 frs, il nous faut faire des économies…

 (dessous du pont—renforts sur côtés)

  A partir de cette date, le pont et ses travaux disparaissent des archives municipales. Le budget communal accuse en 1929 une forte hausse des dépenses : les travaux ? Renforcement ou reconstruction du pont ? Il n’a pas été élargi ce qui plaiderait pour un renforcement des sous-bassements. Au travers des broussailles nous voyons des arches en belles pierres de taille, rappelant plutôt une architecture 19ème siècle. Mais pourquoi acheter des terrains dans ce cas ? La situation économique de la France et en particulier du département n’est pas florissante. Nous avons plusieurs emprunts qui courent…

Au prochain débroussaillage sous le pont, nous aurons peut-être la réponse avec des traces du pont de 1888-1927…. Et des travaux qui ont suivi jusqu’à nous…. Ce pont mériterait plus d’attention étant donné son utilité.


-archives municipales de Vallabrix--archives du conseil général et préfecture--grand merci à André Beteille pour ses belles photos