samedi 20 avril 2019

La Flèche de Notre-Dame de Paris-1860




La flèche de Notre-Dame de Paris


Lu dans Le Constitutionnel du 19 avril 1860 : 




(750,000kilog =750 tonnes)


jeudi 18 avril 2019

L'effet "Waouh"



L’effet Waouh !



Nos élus aiment bien théâtraliser leurs interventions. Et nous devons reconnaître que nous marchons plutôt bien : des effets de manche, des chauffeurs de salle, des gadgets, l’entrée des orateurs sous les ovations, lumières, musique (et même un hologramme pas très écolo), des médias parfois complaisants…. mise en scène pour faire vibrer, et oublier le fond ? Pour l’après Grand-Débat, notre président avait prévu une intervention télévisuelle solennelle  pour le 15 avril.

Tout était en place ce lundi soir. Le public avait été chauffé toute la semaine, par les médias, les experts vraiment experts ou d’occasion….. L’espace était pratiquement tout occupé par l’événement. Le suspens était à son comble. Nous allions voir ce que nous allions voir !! Tous, nous espérions, doutions, supposions, présumions, imaginions... Le Jeune Premier serait-il à la hauteur ? Les éclairages (pas seulement les lustres et lampes de l’Elysée) seraient-ils suffisants ? Nous avions été prévenus : ce serait un effet « Waouh », nous allions tomber de nos chaises… L’acteur principal allait paraître, « maître des horloges », professoral comme à son habitude, à son heure pour nous distiller la bonne parole.
Et puis, l’effet « plouf ». Vingt minutes avant les « trois coups », faut-il y voir le Destin, le Doigt de Dieu, le Vieux Monde qui rattrape le Nouveau, un court-circuit ou un ouvrier qui se plante, et c’est la catastrophe. Au théâtre on appelle cela un bide, un flop. La Com, notre nouvelle fée, celle qui dicte maintenant nos vies, n’avait pas prévu cela. Comme quoi on ne peut jamais tout maîtriser. 

Autre polémique : Cinq ans pour remettre la cathédrale à neuf ? L’abbaye d’Hautecombe est en rénovation depuis 16 ans. Encore un effet d’annonce ? Est-ce bien judicieux ? Amateurisme qui peut décourager les donateurs en leur faisant croire qu’avec deux trombones et un ruban adhésif, Notre-Dame de Paris sera restaurée !! Attendons le verdict des hommes (et femmes) de l’art dont c’est le métier. 

Et en ce qui concerne les donateurs, pourquoi dauber sur les donateurs « Riches » : n’importe comment les sommes qu’ils vont donner, nous n'en aurions jamais vu la couleur, alors profitons !! C'est autant que le contribuable n'aura pas à donner, n'oublions pas que Notre-Dame appartient à l'Etat et donc sans les dons, tous les dons, ce sont les contribuables qui devront payer les factures. 

Polémiques, rumeurs, querelles, opportunisme, les "ya-qu'a", nous sommes fatigués par l’attitude de certains. Cet incendie a amené pour un temps un moment de grâce, de réconciliation. Cela ne durera pas, alors ne boudons pas notre plaisir.



Childe Hassam (1859-1935, USA) ~ "Notre Dame de Paris", 1888

Jongking 1849









mercredi 17 avril 2019

Notre-Dame, notre Histoire

Notre-Dame, notre Histoire  



Maurice Utrillo 







Paul Signac



photos relais-du-louvre 

mercredi 10 avril 2019

Guillaume le Libérateur







Ruins of the fortress of Fraxinetum in Provence (France), a 10th-c. Andalusi Muslim settlement and raiding outpostpic.twitter.com/PBmpHYvos5)—Ruines de la forteresse de Fraxinetum)

Guillaume le Libérateur


gravure 1655 BNF
Nos manuels d’histoire nous parlent essentiellement de Charles Martel dans sa lutte contre les Sarrasins. Et pourtant d’autres ont été tout aussi efficaces.

Nous sommes en juillet 972, dans la nuit du 21 ou 22. L’abbé de Cluny, Mayeul, personnage à l’autorité quasi-papale, s’achemine sur la route du Sud pour inspecter des monastères italiens. Près du petit hameau d’Orcières, (au pont du Châtelard ?) au col du Grand Saint-Bernard, son escorte est attaquée par des Sarrasins. Il est fait prisonnier et ses geôliers demandent une rançon mirobolante.

Les razzias sarrasines partent en général de la côte maghrébine de ports anciens byzantins comme Ténès, Mostaganem ou Oran ou de bases sarrasines crées pour l’occasion mais à l’époque du rapt, les Sarrasins viennent essentiellement d’Espagne. Alger ne sera fondée qu’après 950. Ils s’attaquent à la Sicile vers 652, puis Sardaigne, Syracuse, Corse…. Narbonne en 719. La lutte intestine entre Berbères et Arabes va calmer le jeu un temps sur terre et sur mer. Le coup d’arrêt de Poitiers en 732 n’est pas dû aux seules qualités des armées de Charles Martel. Mais le début du 9ème siècle marque un tournant : les  Sarrasins deviennent des pirates pillards sanguinaires de plus 

en plus audacieux.  L’esclavage devient une quasi-industrie. En 813 Nice est touchée, hommes, femmes, enfants sont emmenés en esclavage, villages et fermes pillés. Les hommes travaillent dans les mines, les jeunes garçons sont transformés en eunuques qui rapportent jusqu’à quatre fois plus qu’un non-castré.

Unknown XVe —http://marlie.over-blog-blog.com/article-souvigny-un-siecle-d-archeologie-88098668.html 
Portrait de Mayeul de Cluny sur l'armoire à reliques de Souvigny XVe siècle
Les Sarrasins s’installent en pays  niçois, Tourettes, Eze… ils vont s’y conduire parfois en suzerains. Ils nous apportent l’exploitation du chêne-liège, de la résine de pin qui sert à calfater les coques des navires. Des traces nous indiquent une présence prolongée et 

une exploitation des richesses locales : canalisations, puits, tours, fortifications, cimetières, fonderies…
Des razzias : 838 Marseille, Arles par le Rhône en 842. A nouveau Arles en 869 où ils capturent l’archevêque d’Arles Rotland. en septembre 869 en Camargue. Les Arlésiens ne récupèrent que son cadavre habillé et mis sur un siège contre une rançon d’armes, d’esclaves, et autres richesses.
La Camargue est quasiment terre sarrasine, l’abbaye de Psalmodi rasée, Maguelonne appelée « port-sarrasin ». Bien plus tard au 13ème siècle on verra l’évêque de Maguelonne battre monnaie à l’effigie de Mahomet. (Histiore de Bellino ValVaraita(Italie-wikimedia.org)

Les Maures s’installent dans le golfe de St Tropez, appelé à l’époque Fraxinet (Fraxinetum-actuelle Garde-Freinet). Pas d’ambition territoriale, simplement le lieu est pratique pour lancer le pillage de l’arrière-pays. Selon Liutprand de Crémone, un religieux du 10ème siècle, une vingtaine de Sarrasins s’échouent sur le littoral en 889. Ce sont des pirates et non des chefs politico-religieux, ils viennent d’Alicante, probablement un mélange d’Arabes, de Berbères, de Chrétiens convertis ou non.  Les Berbères sont habitués aux guérilla en montagne. Les razzias commencent à partir du Fraxinet : 896 Apt, 923 Marseille dont le port est bloqué par des navires maures qui interdisent tout ravitaillement à la ville, Aix en 925, Fréjus en 940 qui subit un massacre sans nom…. Les Alpes, la Suisse, la Savoie. Depuis 921, les Sarrasins se sont rendus maîtres de nombreux passages d’importance dans les Alpes Occidentales, compromettant le commerce. Les populations qui échappent aux tueries ou aux déportations s’enfuient vers les villes un peu mieux protégées.

(Dom Mayeul, quatrième abbé de Cluny, à droite, devant l’icône de la reconquête de la Provence (miniature du XIIIe siècle. dans :Histoire occitane, Comte de Provence, Personnalité provençale historique, et 10 autres Guillaume le Libérateur )

Des gens réagissent, le comte de Vienne, Hugues d’Arles, l’empereur byzantin s’inquiète, mais sans résultat. Et puis l’aristocratie provençale n’est pas claire, n’hésitant pas à s’allier aux Sarrasins lorsque c'est nécessaire au gré de conflits de voisinage. 
Mais l’année 972 va changer la donne. Le rapt de l’abbé de Cluny va être le détonateur. Les Sarrasins de Fraxinetum en sont les auteurs. Mais le gibier est bien gros !! L’abbé Mayeul  est vénéré par les Provençaux et son rapt déclenche une véritable furie guerrière contre les Sarrasins. Mayeul est de Valensole, il en avait cédé tous ses droits seigneuriaux au comte Guillaume de Provence, ne se réservant que sa maison natale et l’église de Valensole. Mayeul était le fils d’un des seigneur de la ville.

Les moines doivent verser une rançon de 1000 livres. Pour payer, ils fondent des objets de culte et d’orfèvrerie. C’est le coup de trop et l’aristocratie provençale se mobilise autour de Guillaume 1er le Libérateur, qui lève l’ost. Son frère Roubaud 1er de Provence, Audouin II d’Oriate comte de Turin, les seigneurs de Fos, le comte de Vintimille… Guillaume estime de son devoir de protéger ses sujets. En fait cela fait deux ans que lui et son frère se préparent à rejeter les Sarrasins à la mer.  Roubaud (Rotbold) en 966 aidé de Beuvons, gentilhomme de Noyers avait réussi au prix d’une trahison à pénétrer le bourg de l’Oisans, dans la vallée de la Romanche tenu par des éclaireurs ennemis. Ils avaient pris le poste et massacré les occupants.
La rançon est versée, mais selon certains historiens, une embuscade avait été préparée. Une poursuite s’ensuit à travers le territoire alpin, Roubaud et Beuvon en tête et rassemblant au fur et à mesure toute une cavalerie. Après des années d’inertie, les Sarrasins ont du mal à réagir, et les vallées sont nettoyées de leur présence les unes après les autres. L’évêque de Grenoble prêche la guerre sainte de libération.
Renseignés sur les mouvements des troupes provençales, les Sarrasins engagent le combat en rase campagne. Cinq premières batailles ont lieu à Embrun, Gap, Riez, Ampus, Carbasse. Toutes perdues pour l’ennemi. Les armées sarrasines se regroupent à Tourtour. Une sixième bataille, la plus importante. Les provençaux écrasent les Sarrasins qui regroupant leurs dernières forces remontent à la Garde-Freinet et s’y retranchent solidement.
Guillaume donne l’assaut au Fraxinet. Les seigneurs de Levens, d’Aspremont, de Gilette, de Beuil, de Sospel sont de la partie. Les Provençaux attaquent les derniers retranchements du Fraxinet, chassent les Sarrasins et s’emparent de la forteresse. Poursuivis dans la forêt voisine, les ennemis sont neutralisé, tués, ou faits prisonniers. Les survivants seront baptisés de force, la forteresse est rasée.
Il est probable que des sarrasins aient fait souche dans la région et certains vont se convertir au christianisme.
Guillaume 1er le Libérateur se sentant mourir fit appeler Mayeul à Avignon. Il se confesse et restitue à l’abbaye de Cluny plusieurs domaines. Il meurt le 29 août 993 sous l’habit monastique dans les bras de Mayeul de Cluny. Il est inhumé dans l’église de Sainte-Croix de Sarrians.
Il avait épousé en premières noces Arsinde de Carcassonne, qui lui donna trois filles, dont Arsinde de Provence qui épousera Guillaume III Taillefer, Comte de Toulouse.
En secondes noces, il épouse Adélaïde d’Anjou, divorcée du futur roi  Louis V. Prestigieuse alliance qui lui donne un fils Guillaume II de Provence (vers 981-1018), trois filles dont Constance d’Arles reine de France avec Robert II vers l’an 1000, et Emmemgarde d’Arles épouse de Robert1er d’Auvergne.

Cette bataille militaire contre les Sarrasins marque un tournant important dans l’histoire de la Provence. L’aristocratie locale et les communautés urbaines et paysannes avaient toujours refusé jusqu’alors  le pouvoir comtal et la mutation féodale. Guillaume de comte devient marquis, obtient la suzeraineté de fait de la province. Il va pouvoir contrôler le fisc avec le consentement royal. Il va redistribuer les terres comme Hyères aux seigneurs de Fos. Une féodalité provençale naît sous sa houlette.
La Provence connait une nouvelle période de prospérité. En sont les témoins les canaux d’arrosage remis en état, assèchement des marécages, moulins, paysans nouvellement installés, des terres remises en culture, pêcheries en Camargue et sur l’étang de Berre…. Marseille se réveille au commerce international.
Mais les pirates maures ou autres n’abandonnent pas la partie, hantant la Côte méditerranéenne. En 1020 une flotte d’invasion venue d’Andalousie tentera d’aborder près de Narbonne. Les graus languedociens verront encore les bateaux sarrasins glisser sur les eaux. En 1178, Toulon paie encore le prix fort ; la population est emmenée en esclavage et le coseigneur de la ville le vicomte de Marseille Hugues Geoffroi est conduit en Espagne, otage avec des membres de sa famille. Ils ne seront libérés qu’au bout de sept ans. Vers 1052, les Normands débarquent en Sicile, s’entendant souvent bien avec leurs collègues sarrasins. La piraterie est une industrie qui marche bien : Turcs contre l’archipel grec, Dalmates contre les côtes de l’Adriatique, pirates génois, vénitiens,…
On dit qu’une Marseillaise du quartier Saint-Jean, emmenée esclave en Asie Mineure, devint l’épouse du sultan Mourad. Son fils devenu sultan à son tour sous le nom de Mahomet II s’en alla en mai 1453 conquérir Constantinople ville divine pour les chrétiens orientaux !! Ainsi va l’Histoire !!

Sources : Loup Durand Pirates et Barbaresques en Méditerranée édit Histoire du Sud Aubanel 1971—wikipédia.org – Philippe Sénac  Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe siècle au XIe siècle, Sycomore, 1980, p. 57-- René Poupardin– Le Royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?) - Paris, 1901Robert Sausse www.bassesalpes.fr/mayeul.htlm---www.histoireeurope.fr/RechercheLocution.php?Locutions=Guillaume+Ier+le+lib%E9rateur

       



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mercredi 3 avril 2019

Football, rugby, tennis, golf, autrefois




Tennis, football, rugby, golf… autrefois .

Le mot « sport » vient de l’ancien français « desport », que l’on peut traduire par « amusement », et même de « se déporter », signifiant s’amuser.
Ce jour de carnaval 1496, des jeunes hommes d’Uzès et de St Quentin se retrouvent dans le pré pour « souller ». Ils ne sont pas là pour se saouler, mais pour faire du sport. Le jeune Louis de Vaux se retrouve avec le nez et des côtes cassés.

La soule, ancêtre du football et du rugby, est un jeu très populaire, pratiqué dès le Moyen-Age en France (premières archives connues 1147). Ce jeu apparaît un peu près au même moment en Angleterre peut-être arrivé lors de la conquête normande. Ou bien des restes de l’invasion franque ou romaine. Ce sport sera pratiqué chez nous jusqu’à son interdiction au 19ème siècle avec une renaissance en Normandie et lors de reconstitutions historiques un peu partout, mais avec des règles plus normales. Dans le Béarn on s’y adonne encore pour certaines fêtes, mais avec moins de risques. Peut-être revenu en Occitanie avec la guerre de Cent Ans et le Prince Noir. On retrouve dans le passé, des jeux de soule, ou qui y ressemblent, un peu partout dans le monde.




Soule au XIVe siècle
Cathédrale de Gloucester



Pendant Carême, les journées sont longues pour les hommes. Ce jeu propose de les occuper : deux équipes qui doivent porter le ballon dans un lieu précis du camp ennemi. Les règles sont simples : tous les coups sont permis sauf des gestes qui tuent. C’est un sport très violent. En 1855 un témoin raconte : … « le spectateur ne voit qu’une masse confuse d’individus qui semblent avoir pris à tâche de s’écraser mutuellement ; ceux qui sont hors du cercle tâchent de s’emparer par la force de ceux qui sont au centre… ces efforts individuels, sans cesse renouvelés, impriment à la masse un mouvement des plus singuliers, tantôt elle se dirige vers la droite, tantôt elle marche vers la gauche ; on dirait un animal fantastique à mille pattes….un combattant tombe, la lutte continue sur son corps, il se relève tout pâle, quelquefois meurtri et ensanglanté… ».
Le ballon est cette soule, ou « choule, cholle » selon les régions. Il est en bois ou en cuir bourré de foin, de son ou de mousse. Le but à atteindre est un mur, une porte, une mare selon les lieux, parfois une flèche ou une lance plantée dans le sol. Les équipes sont composées d’hommes de deux paroisses rivales, ou des célibataires contre des hommes mariés. Les spectateurs sont nombreux, hurlent comme dans nos stades, rient, plaisantent. On parie un peu malgré le curé ou le chanoine qui regarde le jeu et qui parfois prie au coup d’envoi pour une équipe. Les jeunes nobles n’hésitent pas non plus à se mêler aux joueurs. Il en va de l’affirmation de leur virilité, de leur astuce,  de leur force au combat !. Parfois le jeu dégénère et les spectateurs rentrent en lice pour aider leur équipe ou punir l’équipe adverse. (Dans nos stades on n'a rien inventé !!)



Régulièrement, les religieux et le roi du moment s’inquiètent de ces pratiques qui divertissent un peu trop le peuple et l’éloigne de ses devoirs spirituels. On doit s’amuser utile. En 1369 Le roi Charles V interdit tous les jeux dont la « soule qui n’ont point d’utilité pour exercer nos dits sujets au maniement des armes ». Une amende de 40 sous importante pour l’époque est prévue. On ne doit s’adonner qu’au tir à l’arc ou à l’arbalète.
La soule : »Vous n’êtes point un tâte-poule, un jodelet, un ingnorant. Peu vous importe que la soule vous froisse le dos rudement ; vous regardez, Basta, comme un rien une ampoule, parce que vous savez l’art de faire l’onguent ».
Louis de Chapat 1777 vol 1 p48 La Clincaille du Parnasse  Amsterdam

Pour sourire nous pouvons écouter et voir le clip de la chanson Lo Nhacar par le groupe Lo Nadau (yahoo) qui nous parle de rugby entre le Pays Basque et le Béarn !






Un autre jeu est très en vogue en Bretagne et dans le Nord avant de nous revenir d’Angleterre : le golf. Paysans et artisans de nos terroirs jouaient régulièrement au golf. Pas de terrains ad hoc, des rues, des routes de campagne suffisaient. Ils jouaient avec une petite balle appelée « gouret ou goret » c’est-à-dire le cochonnet. Ce jeu sera appelé « la crosse » du nom du bâton crochu qui permet de pousser le cochonnet vers le but. Là aussi c’est un jeu violent, énergique qui occasionne hématomes, parfois tibias fracturés…. Au 16ème siècle, le manche de la crosse s’allonge et devient un marteau à long manche : un maillet ou mail qui donne son nom au jeu et au terrain où on pratique. Nos villes se dotent de promenades ou de quartiers « du Mail ». Nîmes, Uzès avaient leurs mails. Le jeu devient essentiellement urbain et élitiste. Dans le jeu de mail, on chasse la boule devant soi avec le maillet dans une direction convenue jusqu’à un but déterminé. Le long de l’emplacement choisi, on place de grosses pierres dites pierres de touche, qui représentent autant de buts. Mme de Sévigné nous raconte ses parties de mail. La boule est en racine de buis conservée dans un sac de linge sale pour qu’elle garde une certaine humidité. Les joueurs calculent les angles d’attaque selon le vent, la qualité du terrain, la température… Le mail est nettement moins violent que la crosse. Une boule de crosse ou de mail célèbre La Bernarde du nom du grand joueur Bernard. La boule qui assure de la victoire nous dit la pub !!Elle pulvérise les prix  dans une vente aux enchères.
 Au 18ème siècle, les Français se moquent des Anglais qui se passionnent pour les exercices physiques. Nous oublions chez nous le « mail » pendant que les Anglais le transforment en hockey !! Plus tard le golf revient mais reste pour nous un sport réservé à une élite.

Le tennis vient lui aussi de loin. Il a pour ancêtre le jeu de « paulme », jeu de paume. Au départ il s’agit de renvoyer une balle appelée « esteuf » avec la paume de la main. Le mot français de « tennis » vient du cri lancé par le serveur à son adversaire lorsqu’il lui lance la balle : « Tenez ! » qui devient Outre-Manche « tenetz » puis tennis. 

Les esteuf sont en bon cuir, « bien garnis et de bonne bourre, sans y mettre sablon, craie, batue (rognure de métaux), chaux, son, rebut de peau, sciure, cendre, mousse, pouldre ou terre ». Cette énumération laisse entendre que les fraudes sont fréquentes et qu’un règlement est vraiment le bienvenu ! Les joueurs s’amusent mais aiment gagner !! Les règles sont différentes selon les pays. La raquette (battoir) n’apparait qu’au 16ème siècle, avec grillage, cordes ou parchemin tendu. Ce dernier matériau provient souvent de vieux manuscrits dont on pleure aujourd’hui la disparition. Les religieuses de Fontevrault ont ainsi vendu des pages de Tite-Live à un faiseur de battoir.
A la fin du 18ème siècle, le jeu de paume évolue. On commence à faire des concours locaux. La « longue paume » est plutôt réservée au peuple, paysans, artisans, pratiquée en extérieur et reste traditionnelle avec bâtons, battoirs à blé, palmes… ; la « courte paume » avec raquette et balle se pratique en salle, même sans adversaire contre un mur. Plus tard la courte donnera le « court de tennis ». Même les curés vont jouer au jeu de paume bien qu’en haut lieu on pense que c’est un gaspillage de temps et d’énergie. Les règles changent selon les lieux. La longue se pratique dans les champs, dans les rues ou sur les places des villages. La courte dans des espaces couverts souvent construits. Les villes, les châteaux ont leur salle de jeu de paume : les tripots, du verbe « triper » rebondir. Uzès avait jusqu’à la Révolution une salle de jeu de paume dans une auberge. Paris au 18ème siècle compte pas moins de 114 salles. A la Révolution les jeux de paume sont détruits et l’ensemble des jeux est réglementé pour des raisons d’ordre public.
En voyage en France en 1598, l’anglais Dallington est étonné par la passion des Français pour ce jeu : « le pays est semé de jeux de paume, les Français naissent avec une raquette à la main !! »

Jeu de Paume Versailles


Nous avons des champions comme maintenant. Le marquis de Rivarol sous le règne de Louis XIV, avec une jambe en moins, rivalise et bat les plus forts. Huit cents livres de pension sont alloués au sieur Jourdain pour jouer contre les princes et leur servir la balle !!
On retrouve le jeu de paume, surtout la longue, en Prusse, Hollande, Angleterre. Des rencontres sont peu à peu organisées entre Anglais et Français. Les règles et le matériel français sont exportés, même la façon de compter les points et de nommer les coups (l’œuf pour le 0 par exemple). On parle français en jeu de paume. 
Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, on assiste peu à peu à la disparition du jeu de paume et à l’universalisation du tennis en particulier dans l’empire britannique. Des tournois internationaux sont mis en place.
Aux JO de Paris en 1900, une réaction des sportifs français avec un concours de tennis. Mais après ces jeux olympiques, le jeu de paume disparaît dans notre pays définitivement à quelques exceptions près.



La pelote basque cousine du jeu de paume ?


En football, en golf, en tennis ce sont Messieurs les Français qui ont lancé les premiers. On ne nous refera pas le coup de Fontenoy !!


Sources : www.france-pittoresque.com/spip.php?article5771
--Paul Dietschy, Histoire du football, Perrin, 2010, p. 22 -- Jean-Louis Beaucourt  Ainsi vivaient nos ancêtres  édit Robert Laffont 1988---/fr.wiktionary.org/wiki/soule
--wikipedia.orgphotos--archives départementales du Gard j65—J F Baruelle  Quand dimanche était jour de fête  1982  édit Balland---Jean bazal L’Ancêtre de la soule 1939 Guide ethnographique ATPJeux de force et d’adresse N Tremaud---

mercredi 27 mars 2019

Cahier de Doléances en 1789


Les doléances de l'ordre le plus nombreux du royaume : les maris cocus (1789)et   le vrai cahier de Vallabrix





Nous faisons souvent en ce moment référence aux cahiers de Doléances de 1789. Ces cahiers fournissent des informations révélatrices de la société de l’Ancien Régime à l’orée de la Révolution. Tocqueville dira que c’est « le testament de l’ancienne société française, l’expression suprême de ses désirs, la manifestation authentique de ses volontés »..

60 000 cahiers environ sont conservés, avec parfois d’importantes lacunes dans les collections (BNF, archives nationales, départementales, municipales…)






Nos Anciens avaient de l’humour même en ces périodes troublées. Des cahiers de doléances un peu particuliers sont sortis dans pratiquement toutes les provinces du royaume. Celui-ci vient du Cantal, mais les archives du Gard mentionnent un semblable que nous n’avons pas retrouvé à ce jour. Ce livret concerne l’Ordre le Plus Nombreux du Royaume celui des Maris Cocus.
Trop long (une trentaine de pages) pour être transcrit ici intégralement, nous allons en faire un résumé.
C‘est un ordre qui prône l’égalité de ses membres, qu’ils soient riches ou pauvres, savants ou ignares, beaux ou laids. Il est au-dessus de tous les autres ordres par son ancienneté et le nombre de ses membres. Mais les célibataires, les curés n’y sont pas admis. Pour y prêter serment, on jure la main droite posée sur son front et non sur son cœur ou sur la Bible.
Il s’agit bien évidemment d’une parodie anonyme qui s’en prend aux « people » de l’époque. Des noms à peine déguisés sont cités à la fin du livret : Rebut limonadier, Paliseau maître perruquier, le comte de Mirabeau, Pierre-Augustin de Beaumarchais et bien d’autres qui ont tous existé. Tous réunis pour déposer des motions, intervenant dans la discussion. Par exemple M. Duval d’Eprémesnil, qui présente sa défense après avoir entendu des rumeurs remettant en cause son appartenance à l’Ordre. Il conclut son discours, aussi grandiloquent que ridicule, en proposant le témoignage de 60 témoins. Même sans connaître la vie privée de Mme Duval d’Eprémesnil, les lecteurs en déduiront que ses infidélités étaient sans aucun doute de notoriété publique au XVIIIe siècle.
Une des propositions : le mari trompé, satisfait ou non, ne pourra exprimer son mécontentement publiquement et surtout pas devant un tribunal « où l’on voit le sexe se montrer avec une curiosité avide […] et tout cela pour dire à l’Europe entière que le mécontent est las d’être C… ! ».
La défense des maris trompés induit un certain autoritarisme : « que tous les célibataires, d’obligation ou volontairement, soient tenus de se marier ; attendu que c’est en particulier à eux que l’Ordre des C… doit son existence, qu’il est plus que temps qu’il pût leur en témoigner sa reconnaissance. »

Il est demandé d’établir le divorce et d’autoriser les mariages d’amour sans le consentement des parents. Des idées qui vont cheminer un moment dans l’esprit des révolutionnaires pour être oubliées avec Napoléon.
Un certain sexisme bien de son temps : les femmes seront obligées de « s’occuper du soin de leur ménage et de l’éducation de leurs enfans, au lieu d’aller risquer leur honneur sur l’as de pique ou le valet de carreau, et d’aller en petite loge à l’opéra », et « toute femme bel-esprit, s’érigeant en auteur, sera condamnée par la société à retourner à son aiguille, ou à son filet ; parce que l’expérience a prouvé que ce qu’elles acquéroient du côté des connaissances, elles le perdoient du côté de la chasteté, et que se croyant au-dessus du préjugé, elles bravoient le scandale par principes ».

Les femmes devront éviter ayant leur subsistance assurée « de tirer parti de [leurs] charmes, se faire entretenir publiquement ou secrètement ; parce qu’il faut que tout le monde vive, et que c’est ôter le pain aux courtisanes » !
Les religieuses ne sont pas oubliées : « Abroger le titre de dame accordé aux chanoinesses, vu qu’elles se croient permis d’en remplir les fonctions »…

Cette parodie a eu un certain succès. Comme maintenant, on se plaisait à voir des grands noms tournés en dérision. On pouvait encore rire en mars 1789 et faire preuve de légèreté. L'avenir sera bien plus compliqué.


 Le Parisien—Vrai cahier de doléances--Neuvillalais (Sarthe), le 8 mars 1789. Les habitants viennent faire part de leurs plaintes et doléances. Archives Nogent-le-Rotrou
Sources : archives départemental du Cantal-collection M Leymarie--musardises



mmmmmmmmmmmmmmm



Voici retranscrit le Vrai cahier de doléances de Vallabrix de 1789

 - Cahiers de Doléances de la Sénéchaussée de Nîmes  1789 :
(adg C1200 dist d’Uzès) (arch comm procès-verbal et cahier sur registre)
En italique une petite explication des termes.
Valabrix – diocèse d’Uzès (ancienne écriture de Vallabrix)
Copie en forme précédant celle du cahier et ne faisant qu’un avec lui – 8 mars 1789
Deux députés (représentants) : Basile Gay premier consul et Claude Agniel, bourgeois
83 feux (familles)
Président de l’assemblée : Basile Gay, premier consul
La seigneurie appartenait depuis le XVIe siècle à la famille de Bargeton d’Uzès.
A la séance du 28 mars 1789, (assemblée des nobles de la sénéchaussée) figure François (François-Gabriel) de Brueys, capitaine au régiment d’Angoumois, comme procureur fondé de Gaspard Anne d’Arnaud de Valabrix. (procureur = représentant—Gaspard celui qui deviendra le Brigand de Valabris de la comptine de 1815))
Oliviers, blé, fourrages, mûriers, bois, pâtis, (pâturages), vigne
Cahier de plaintes et doléances arrêté ce jourd’hui  8 mars 1789 par les habitants de la communauté de Valabrix assemblés en exécution de la lettre du Roi, de l’ordonnance de M le Lieutenant général en la sénéchaussée de Nîmes et des règlements y attachés.

(Suivent 7 articles qui reprennent quelques uns de ceux de la commune d’Aigaliers, qui a été beaucoup imitée par les autres communautés)
Signatures copiées : Gay, Dussaud, Guiraud, Vidal, Arènes, Bonnaud, Arnaud, Roche, Alméras, Brun, Melle,  Roche, Vissière, Biol, Guiraud, Bonnaud, Gilly greffier

1 – la communauté demande que l’impôt soit réparti indistinctement sur toutes les classes de citoyens et sur toutes les qualités de biens ; en conséquence on abolisse tout privilège pécuniaire ;
2 – que les impôts ne soient pas supportés par les seuls biens-fonds, (terres, immeubles)  mais que les capitalistes et ceux qui ont leur fortune en argent y contribuent dans une juste proportion ;
3 – le commerce vivifiant l’Etat, il est contre l’intérêt de l’Etat qu’il soit gêné par le fisc ; d’où l’assemblée conclut qu’il faut supprimer les douanes intérieures et les porter aux frontières, afin que les provinces d’un même Etat puissent se communiquer sans embarras les productions de leur sol et de leur industrie ;
4 – le tabac et le sel pouvant devenir un objet d’agriculture et de commerce fructueux pour la nation, cette branche de l’industrie doit lui être rendue, et pour cela il faut supprimer la gabelle et la ferme du tabac ;
5 – la suppression ou du moins la simplification des tarifs du contrôle, insinuation et centime denier, devenus, par les extensions qu’on leur a données, l’impôt le plus accablant pour le peuple des campagnes
6 – les curés, soutiens, consolateurs et pères du peuple surtout dans les campagnes, méritent que la nation s’intéresse à eux, et améliore à leur souhait. Leur congrue doit être augmentée jusqu’à concurrence de 1200 livres.
7 – les curés décimateurs ou qui n’auront que la portion congrue ci-dessus fixée à 1200 livres, doivent être obligés de se loger eux-mêmes, et d’entretenir leurs églises, comme ils le faisaient anciennement, la dépense de ces objets étant ruineuse pour les communautés de campagne
(adg C1199 district d’Uzès)

 (Seigneur surveillant la récolte des pommes – XVIè – BNF)

Dans d’autres communes, dont Aigaliers, les habitants demandent aussi que la forme des procédures civiles et criminelles soient simplifiées, changées, que « la liberté des citoyens doit reposer à l’abri des lois » et donc nécessité d’abolir l’arbitraire. Ils demandent aussi que les votes aux Etats Généraux se fassent par tête et non par ordre, «  sinon le tiers état serait sacrifié ».

En 1789, à la veille de la Révolution la France compte un peu près vingt-cinq millions d’habitants. Tous attendent des Etats Généraux convoqués une vie meilleure. Le 28 janvier 1789, aux quatre coins du pays, furent lues les lettres royales qui demandaient à chacun de faire parvenir au roi « ses vœux et ses réclamations », et cela « des extrémités de son royaume et des habitations les moins connues ». 
Les cahiers de doléances rédigés par des laboureurs, des bourgeois, des curés, des avocats, des aristocrates, corporations... ont tous un point commun : en ce début d’année, personne ne songe encore à une révolution, ni ne remet en cause profondément la société. Le Tiers de Paris demande que « tout pouvoir émane de la nation (le peuple) et ne peut être exercé que pour son bonheur ». Les trois ordres sont d’accord sur des grands principes constitutionnels : tout doit reposer sur l’entente du roi et de la nation, le roi seul exerce le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif appartient à la nation conjointement avec le roi. Mais très vite des difficultés, des oppositions fondamentales s’installent.

(Marianne anonyme 19ème).
Les trois Ordres, Tiers Etat, Noblesse, Clergé, vont revendiquer des droits contradictoires, même au sein d’un même ordre. Le peuple va souvent faire appel à plus instruit que lui pour la rédaction de ces cahiers, le maître artisan, le laboureur, le bourgeois s’exprimant au nom du compagnon, du manouvrier, du serviteur… On va souvent faire du "papier-collé", imiter le village voisin. Il faut en lire le contenu « entre les lignes » avec distanciation. D’une manière générale, le Tiers Etat demande surtout une réforme des impôts et l’égalité fiscale, une simplification et un coût moindre des procédures en justice. Les demandes sont très concrètes : unification des poids et mesures, gestion des pacages, des étangs. La bourgeoisie manifeste des revendications plus politiques et égalitaires. Les cahiers du clergé montrent un certain conservatisme : le catholicisme doit rester religion d’Etat et maintien des distinctions entre les ordres. Le bas-clergé souhaite une amélioration de ses conditions matérielles. La noblesse en gros accepte l’égalité fiscale sous certaines réserves mais veut garder ses prérogatives et signes de distinctions. Elle souhaite rester le premier ordre de l’Etat. La liberté de la presse est demandée.


Le clergé à la veille de la Révolution possède 10% du sol français, la dîme lui rapporte entre cent et cent vingt millions (elle a doublé au cours du 18ème siècle du fait de la production agricole). Pourtant sa contribution aux dépenses publiques (appelée « le don gratuit ») diminue d’année en année et ne représente que le quart des sommes demandées. La noblesse d’épée s’oppose à la noblesse de robe, celle de cour à celle de province. Personne ne veut renoncer à ses pensions, à ses privilèges, à son mode de vie, à ses passe-droits.                                        (Marianne 20ème)
Le 18ème siècle enregistre une hausse des prix continue, hausse qui s’accélère après 1781, surtout au printemps (en attendant la récolte prochaine). On voit les prix du grain prendre 10 à 25 % par rapport aux mois précédents (1741,1776, 1788, 1789). Les grands propriétaires fonciers, les négociants vont avoir tendance à accélérer cette hausse en stockant le grain ou en retardant la vente. Le petit peuple doit tout acheter, et va aspirer à plus de sécurité alimentaire. Des jours difficiles s’annoncent. Dès le 15 avril 1789 une émeute dans la ville de Sète (Cette) contre les droits d’équivalent perçus par la province et les droits d’octrois perçus pour la ville ravage des bureaux et divers bâtiments qui sont pillés. D’autres excès suivront.

Sources :Adg : archives départementales du Gard – adh : archives départementales de l’Hérault – acUzès : archives communales d’Uzès – ac. Vallabrix : archives communales de Vallabrix – Histoire de la France et des Français T6 Castelot/Decaux – Esquisse du mouvement des Prix et des revenus en France au 18ème E Labrousse – https://francearchives.fr/fr/article/163458854#/?_k=azkzhg---