samedi 17 novembre 2018

L'Accent du Midi ou la Musique sans les paroles



                                           « L’Accent » par Miguel Zamacoïs (1866-1955)


L’accent du Midi

Ou la musique sans les paroles.


Régulièrement mon mari se fait reprocher son accent qu’on a du mal à définir : bressan, lyonnais, stéphanois ?... Lorsque les « r » se mettent à rouler j’y vois plutôt une émotion, l’expression d’une tendresse, d’une vérité. C’est un retour à son enfance, à son village, à ses parents. De quel droit peut-on lui en faire reproche ?

Le mot « accent » ou ad cantum en latin, peut se traduire par « pour le chant ». Lorsqu’il devient obligatoire fin 19ème siècle de parler « français » et non plus patois comme nos aïeux, l’accent restait ce qui nous permettait de reconnaître de quelle région était notre interlocuteur. On se sentait moins seul !
Parfois par provocation, on l’accentue, il devient alors identitaire. C’est par exemple l’accent des quartiers où il est exhibé chez les jeunes qui cherchent à se recréer une communauté, une appartenance. Mais là il est souvent accompagné de tournures de phrases, d’un mode de sociabilité.
Il parait qu’à Marseille on exagère l’ »accccen » pour se moquer des « Parisiens » c’est-à-dire de tous ceux qui ne sont pas de la cité phocéenne !! Un homme politique de Marseille devrait y penser avant de se moquer de l'accent toulousain d'une journaliste!
Au début du 20ème siècle, dans la plupart des régions françaises, on ne parlait français qu’à l’école. Les langues régionales avec leurs accents étaient la langue maternelle parlée à la maison, avec les amis, les commerçants, au marché…. Le patois ou la langue régionale était totalement interdit à l’école sous peine de punition. Les coups de règle sur les doigts, les mises au coin avec bonnet d’âne, parfois à genoux, n’étaient pas rares. Il fallait que le français rentre dans les caboches !! Des techniques pédagogiques qui en ont rebuté plus d'un...

Pourtant toutes ces langues patoisantes racontent notre histoire, nos cultures. Elles sont riches de sens, de synonymes qui veulent dire quelque chose. « Cultures » ce n’est pas simplement jolis costumes et danses en sabot, mais aussi un mode de vie, des coutumes y compris juridiques ou législatives, des influences, tout ce qui nous a construit petit à petit. Ces langues ont des tournures qui racontent parfois des guerres, des voyages, tout un passé. Elles sont souvent très riches de sens, très imagées. L'accent magnifie le verbe, parfois soutient une colère, une tendresse, une passion de l'instant...

Des exemples : La langue lyonnaise est un dérivé du franco-provençal lui-même une langue gallo-romaine. Elle sera parlée dans toute la région lyonnaise, jusqu’à la Suisse romande et Val d’Aoste. Dans le nord de la France, les langues d’oïl ont influencé les langues régionales comme le normand, le picard, le champenois, le lorrain roman, le bourguignon…. En 1995, un curé a dit sa messe en picard, un film a célébré cette langue...Le patois de ma mère qui venait du Haut-Bugey s’harmonisait avec celui de Maria qui était née en Italie du Nord. Et combien de mots de dialecte régional sont passés entiers ou déformés dans la langue officielle !!

L’accent parisien et sa langue ont été choisis comme modèles pour tous les Français car Paris était la capitale de l’Ile-de-France, capitale de la royauté. Il est assez paradoxal que les républicains de 1789 et de 1880 aient privilégié cette langue qui pourtant sentait le soufre ! Et quand nous évoquons l’accent parisien ce n’est pas celui de Gavroche ou du Titi parisien, fabriqué au cours des siècles, mais celui de la bourgeoisie triomphante.

Notre accent du Midi accompagnait les langues basque, occitane, catalane, provençale. Il faut même parler de diverses langues occitanes et provençales : à Marseille le dialecte n’est pas le même qu’à Toulon ou Nice. L’italien, le corse, l’arménien, l’arabe… s’y sont immiscés en catimini. Dans notre Languedoc, l’occitan ardéchois est différent de celui de Montpellier ou de Nîmes. Les treize départements de l’Occitanie ont chacun une particularité occitane, selon les influences italiennes, espagnoles, arméniennes, portugaises au gré de notre histoire. Sans compter les mercenaires suisses ou germaniques des diverses guerres qui ont ravagé notre contrée, les Vikings qui hivernaient en Camargue, les pèlerins qui tous nous ont laissé un petit quelque chose au passage...
Toutes ces langues et accents sont en perte de vitesse depuis quelques années. Dans notre village il y a trente ans en arrière, les Anglais qui venaient habiter chez nous, chopaient l’accent lorsqu’ils parlaient français en même temps qu’ils apprenaient la pétanque !!
Une certaine uniformisation était certainement nécessaire pour se comprendre dès l’instant où les gens se déplaçaient, mais c’est aussi une perte de diversité culturelle, de l’histoire de sa province, de son Histoire. Peut-être aussi une occasion de former nos cerveaux au bilinguisme. Jongler avec les mots est une gymnastique recommandée. En Finlande, plusieurs dialectes sont parlés en plus de la langue officielle, plus l'anglais, parfois l'allemand, le néerlandais... Et cela ne gène personne.

De façon naturelle la langue et l’accent disparaissent : les anciens qui parlaient la langue du pays ne sont plus là, les enfants et petits-enfants se déplacent, ne sont plus cantonnés dans le lieu où ils ont grandi. Les médias audiovisuels diffusent un parler parisien, sauf quelques émissions culturelles, quelques journalistes qui osent faire sonner leur accent. Et puis pendant longtemps, parler avec un accent c’était faire « paysan qui sortait de son trou » : après la guerre de 1940, la réussite sociale était de devenir fonctionnaire, et donc de parler comme une « personne de la ville ». L’accent faisait « provincial ». C'était assez méchant pour les campagnards qui avaient participé largement à la guerre de 39-40, y compris comme résistants ou hébergeurs, nourriciers des résistants. 
Parler sans accent c’est encore aujourd’hui affirmer une réussite sociale. C’est l’accent de la bourgeoisie, un accent de classe. Parler avec l’accent et nous devons faire face à des moqueries qui peuvent aller jusqu’à la caricature lorsque nous affirmons notre appartenance régionale. Et pourtant chaque culture est respectable et doit être respectée. Qui peut dire actuellement qu’il a la vérité de l’accent ?  On peut parler parfois d’ostracisme intellectuel. A chacun son identité, son patrimoine génétique. Un élu de Castelnau le Lez disait que « l’accent ça permet de mieux faire passer des choses dures », peut-être parce qu’il sait mieux les dire « ave » l’accent.

Actuellement le mouvement commence à s’inverser. Les gens du Sud revendiquent leur particularisme linguistique mais sans aller jusqu’à apprendre la langue de leurs ancêtres. Quelques mots des autrefois, de ci de là dans la conversation, avec l’accent. A Paris parler « pointu » n’est plus obligatoire. Fernand Carton, spécialiste de la langue française, explique : «Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce qui était rural, âgé et sédentaire était rejeté. Dans les années 60-70, la tendance était à la standardisation. Aujourd'hui, on ne veut plus d'une langue de robot.» Certaines entreprises songent à créer des voix synthétiques avec accent régional pour leurs standards ou leurs services d’appel téléphonique.

Carte des différents dialectes (patois ou langues, aux lecteurs de choisir le mot qui lui convient !)

Les préjugés, les clichés sont encore très forts : l’accent du Nord évoque la pluie, les pavés, les odeurs de frites, celui du Sud, la lavande et le soleil, le poisson.... Pour les populations au nord de Valence, les méridionaux partagent leur temps entre la pétanque et l'anisette alors que Marseille est un des ports de France des plus actifs, et que les cultivateurs du Sud n'ont guère le temps de faire la sieste lorsque vient la saison des cerises ou des vendanges. 
L’accent du Midi est acceptable s’il est léger. Les milieux populaires sont la plupart du temps ceux qui ont le plus fort accent.  Parfois il faut le gommer pour trouver un emploi. Les « chercheurs de tête » ne savent plus très bien si un accent est positif ou non.

Les langues régionales comme le breton, le basque, l'occitan et le catalan se maintiennent petitement. Dans notre Sud, environ 4000 élèves apprennent l’occitan dans des écoles publiques, dans les calandretas, (même en option dans des établissements scolaires de Lozère). Mais il faut pour intéresser les parents à cette culture un enseignement de qualité. La France est la seule nation d’Europe qui n’a pas ratifié la charte des langues régionales. Les langues patrimoniales ne paraissent pas essentielles à nos dirigeants. Et pourtant les gens ont voté pour le nom de notre région «Occitanie ». Et les Catalans revendiquent fortement leur appartenance à un territoire. Probablement que tous ne sont pas d’origine catalane. Peut-être pour eux, une histoire récente avec la guerre d'Espagne dont le deuil est difficile ? Un manque de considération de notre part ? Nous devons nous interroger sur ce besoin. On voit arriver de nouveaux étudiants qui apprennent l’occitan comme une langue étrangère : l’an dernier la meilleure élève de l’université était une étudiante sénégalaise nous raconte l’universitaire Marie-Jeanne Verny. Ce n’est certainement pas l’expression d’un nationalisme exacerbé !.Peut-être un besoin de diversité, une réflexion sur la communication verbale et écrite ? Un besoin de se démarquer du groupe tout en revendiquant une appartenance ? Un autre linguiste y voit une envie de sens des mots devant une langue officielle qui s’appauvrit ; il semble en effet que nous n’utilisions de manière habituelle dans notre monde moderne que trois cents  à quatre cents mots. Peut-être trop d'uniformisation, de standardisation dans les vêtements, les objets, les repas.... ? Il y a de quoi philosopher !!! Exister dans le groupe en tant qu'individu, telle est la question !! pour paraphraser Shakespeare.

L'Histoire des mots pourrait nous rendre plus modestes face aux théories du "sang gaulois"!!

On peut lire ou relire Alphonse Daudet quand il chante "la lengo", la langue qu'il entend à la campagne, chez les anciens, dans les champs, les bergeries. "ces ardents vocables des rues et des campagnes étaient pour mon désir comme ces petits fruits rouges, d'une acidité sauvage et gamine, jujubes, alizes, azeroles étalés à pleines mannes débordantes parmi des chapelets d'oignons et de gimblettes sous les platanes du tour de ville..." (Vie d'enfant présentation OCI XIVa pVI)


Sources : Denis Autesserre  L’Express 31/5/2001 – Fr Wiart La Gazette de Nîmes 955 21 septembre 2017  - Monique Léon et Pierre Léon, La prononciation du français, Paris, Nathan, 2002 (réimpr. 2009), 4e éd. (1re éd. 1997) (ISBN2091904937 et 978-2200244149)-- Lorant Deutsch Romanesque La Folle Aventure de la Langue Française 2018édit Michel Lafon--




Le Sud c’est aussi un ciel et une mer de plomb !! septembre 2017 Saintes-Maries de la Mer et les Salins d’Aigues-Mortes -photos perso


Evènement rare : photo des Saintes Maries descendues de la Chapelle Haute qui est en réfection (Eglise des Saintes-Maries de la Mer sept 2017) - Culture, Histoire, ???

vendredi 9 novembre 2018

Prisonniers de guerre, victimes oubliées





Prisonniers allemands dans la cour de la caserne Brueys-Uzès.--Midi libre Publié le 27/12/2015


Prisonniers de Guerre victimes oubliées :

La guerre de 1914-1918 « LA plus monumentale Anerie que le monde ait jamais faite." Maréchal  lyautey.


Un récent propos acide concernant les prisonniers de guerre, éructé par le président des Etats-Unis, m’a interpellé : les prisonniers de guerre sont souvent des victimes oubliées, « Vaincus parmi les vaincus ». Oublié le temps où les captifs représentaient une éventuelle rançon à espérer. Ils sont devenus suspects de désertion, de s’être laissé prendre, d’espionnage. C’est forcément la faute du soldat, de sa lâcheté si on ne gagne pas une bataille !!!….. On peut relire à ce sujet sur ce blog ce qui a été écrit sur « Le Crime des Midis » du 12-11-2017.

Ceux de la guerre de 14-18 vont pourtant servir les politiques, surtout après guerre.
En 1914, dans tous les pays concernés par le conflit, on est persuadé que la guerre serait courte et donc rien n’est prévu pour d’éventuels prisonniers. Les événements se chargent de nous remettre les pieds sur terre avec réalisme. La première année on s’échange ses prisonniers mais dès 1915 et le blocage du Front Ouest les échanges sont interrompus. Le comité international de la Croix Rouge devient le principal négociateur entre la France et l’Empire Allemand pour l’échange de prisonniers. Ceux-ci ne pouvaient plus prendre une part active au conflit. Les grands blessés, les aveugles, les amputés seront prioritaires lors de ces échanges.
Les premiers prisonniers allemands sont transférés vers l’arrière pour y être interrogés. Mais la plupart sont envoyés dans des camps pour être utilisés comme main d’œuvre pour remplacer les Français mobilisés.
Nous allons nous intéresser ici (sommairement ! il y aurait tant à dire) aux prisonniers de 14-18 de tous les pays.



Mission Centenaire--prisonniers allemands-
Gard. Au mas de Fontfroide (emprise actuelle du camp des Garrigues de Nîmes)

Dès avril 1915 la caserne Brueys d’Uzès (l'actuel lycée des Métiers d’Art) devient un centre spécial de prisonniers de guerre, allemands, austro-hongrois, ottomans, bulgares. Puis en août 1916 seuls des officiers allemands y sont accueillis jusqu’en 1920.
Le docteur Max Brausewetter témoigne. En route de Malaga pour Gêne, il est arrêté à Marseille et se retrouve le 4 mai 1915, dans le camp d’internement d’Uzès, un des plus mauvais de France. Cris de joie et de haine de la population. Une chambre pour dix, une cour de 70m sur 30 faiblement éclairée, un matelas de paille… Il se retrouve au cachot car il a protesté contre les violences subies. Il raconte la saleté, la maladie, les sévices, les injures. Son journal clandestin arrive à Berlin. Il meurt en 1916. (Prisonnier des Français Dr Brausewetter traduit par jean-Louis Spieses édit La Fenestrelle)





(baraquement prisonniers français)

Les prisonniers français en Allemagne n’étaient pas mieux traités. Les autorités allemandes sont rapidement dépassées par l’afflux de prisonniers venus de Belgique, de Russie, de France. L’hiver 1914-1915 se passera souvent sous des tentes de toile. Le froid, le manque d’hygiène, de sanitaires, et pourtant pas de véritable épidémie pour cette première année de guerre. Plusieurs dizaines de camps seront construits dans l’Empire Germanique, au confort très primitif : un robinet pour des milliers de prisonniers, des latrines simples planches percées au-dessus d’une fosse qui débordait lors de fortes pluies…. Ceci-dit, à cette époque, les toilettes dans nos campagnes n’étaient pas très confortables non plus, souvent au fond du jardin ou près du tas de fumier.

Le jour de l’armistice du 11 novembre 1918, environ sur 530 000 Allemands capturés au cours de la guerre, 421 000 étaient encore prisonniers. La différence s’explique par les décès, les rapatriements des malades et des invalides, des échanges du début de la guerre. 535 000 Français à la même date étaient encore prisonniers du Reich. La plupart des prisonniers viennent des grandes offensives de 1914, la Marne, Champagne, la Somme…. Peu pendant la guerre de position où la mortalité était pratiquement le seul avenir. Mais les chiffres selon les sources et selon de quoi on cause, sont divergents. Au total on estime qu’il y a eu un peu plus de 7 millions de captifs durant la Grande Guerre qu’il a fallu loger, nourrir, répartir… Environ 25 000 prisonniers allemands décèdent en France pendant la guerre, maladie, accidents sur les chantiers, suicides…
Les prisonniers alsaciens, lorrains et polonais capturés sur le front de l’Est, après accord avec la Russie, sont transférés en France. Ceux qui acceptent de s’engager dans l’armée française reçoivent la nationalité française, environ 17 650 qui sont orientés vers le front de l’Orient ou dans la marine. Les autres travaillent sur des chantiers. Environ 1500 tchèques, slovaque de l’armée austro-hongroise constitueront la nouvelle armée tchécoslovaque à la fin de la guerre.

(otages lorrains prisonniers des Allemands camp de Hozminden)
Un service des internés administratifs est créé dans notre pays en août 1914 pour les civils ressortissants allemands, austro-hongrois, fonctionnaires allemands d’Alsace-Lorraine présents en France au début du conflit. Répartis dans des camps, comme celui de l’Ile-Longue près de Brest qui a hébergé jusqu’à 5 000 civils. Environ 50 000 au total au début de la guerre, plus que 15 000 dont 6 000 Allemands à la fin, les femmes avec enfants, les plus de 50 ans seront les premiers libérés.



(Prisonniers allemands encadrés par des Spahis)
Un peu plus de 5 000 prisonniers allemands sont envoyés au Maroc pour des travaux publics et autour de 4650 en Algérie et Tunisie comme ouvriers agricoles remplaçant les autochtones mobilisés. Protestations du gouvernement allemand car ces hommes ne supportent pas le climat. Maladies, tortures, mauvaises conditions de vie et ils sont rapatriés en France.


600 grammes de pain par jour fin 1917 pour les prisonniers allemands et 4 cartes + 2 lettres par mois à envoyer. Les prisonniers français à cause du blocus maritime britannique de l’Allemagne ne reçoivent que 250 g de pain par jour. Les besoins en pain pour les prisonniers français sont de 500 tonnes/jour. Les importations ne couvrent même pas les besoins du peuple allemand. Ce sera l’ère des ersatz et des inventions diverses pour remplir les estomacs. Pour certains prisonniers, les familles, la Croix Rouge envoient des colis. Les commandos agricoles sont nourris à la ferme où ils travaillent.
Tous n’étaient pas logés à la même enseigne. L’Italie refusera d’envoyer des colis à ses soldats prisonniers qu’elle suspectait de désertion. Les Russes n’avaient pas de colis de leurs familles ni de leur pays. Les Roumains étaient carrément martyrisés pour leur intervention en 1916.



Le typhus, la tuberculose, le manque de nourriture, le confinement dans des baraques insalubres, les poux, la folie…. Les cimetières sont progressivement ouverts dans les camps pour enterrer les prisonniers décédés.

En France conformément à la Convention de la Haye, les officiers allemands prisonniers étaient exemptés de travail. Un peu près 500 sites de détention très variés, anciens couvents, casernes désaffectées, même bateaux-pontons particulièrement insalubres.
Les autres prisonniers sont mis à la disposition d’employeurs qui s’engagent à fournir nourriture, savon, chauffage, outillage nécessaire et un salaire de 15 centimes minimum par jour plus d’éventuelles primes de rendement. Fin 1917, nous comptabilisons, 48 000 prisonniers employés dans l’agriculture, 36 000 dans l’industrie d’armement, 40 000 dans les manutentions portuaires, 42 000 dans les mines, et les travaux publics. A la date de l’armistice, 400 000 environ travaillaient dont 10% dans les industries d’armement ce qui était interdit par les Conventions de la Haye. On leur doit le percement du tunnel du Rove entre l’étang de Berre et la Méditerranée, le stade de Gerland de Lyon, son hôpital Herriot-Louis Pradel, la construction de voies ferrées, des travaux forestiers, l’assainissement du marais de la Salièvre dans le département du Puy-de-Dôme…..



Collection particulière --Camp de Coëtquidan : la corvée de terrassements

Le retour en France de nos prisonniers quelques jours après la signature de l’armistice se fera dans l’amertume. Ils seront soupçonnés d’avoir déserté, de s’être rendus volontairement, d’avoir été « retournés » par l’ennemi. La situation est la même pour les prisonniers qui ont réussi à s’évader. Pourtant pendant les hostilités, l’armée encourageait les prisonniers à s’évader, à saboter leur travail, bref à être des Poilus infiltrés en Allemagne, des soldats au même titre que les combattants des tranchées.
Les interrogatoires seront parfois musclés. On les soupçonnera d’être des planqués, des embusqués comme si les camps avaient été des clubs de vacances. Ils perdirent le rappel de leur solde et leur prime de démobilisation sera inférieure à celle des soldats qui ne connurent pas la captivité. Ceux morts dans les camps allemands ne seront pas « morts pour la France » jusqu’en 1922. Ils n’ont pas leur place dans les cérémonies de l’armistice, à quelques exceptions près, dans certains villages. Ces hommes n’entrent pas dans le culte de la guerre, de l’héroïsme qui justifie et permet d’accepter la mortalité très élevée des soldats. Les rapatriés auront beaucoup de mal à se faire reconnaître par le biais d’associations, comme l’Union Nationale des Évades de Guerre, la Fédération Nationale des Anciens Prisonniers de Guerre, l’Union nationale des Combattants …...
A la fin des hostilités jusqu’en 1920, les prisonniers allemands pour la plupart restent en France pour travailler au déminage, à la reconstruction des zones dévastées. En novembre 1919, 306 000 étaient encore au travail, otages des politiques. Le gouvernement français se servira des prisonniers allemands pour obtenir de leur pays sa soumission aux exigences françaises du traité de Versailles. Le pape Benoit XV à la demande des familles dut intervenir et les premiers rapatriements de prisonniers allemands commencèrent en janvier 1920, aux frais de la République de Weimar. Chaque homme reçoit un colis de vêtements et la somme de 350 marks. Il passe une visite médicale et les autorités allemandes ont « unanimement constaté le bon état physique des rapatriés », contrairement aux articles qui paraissent dans la presse allemande. Néanmoins les rapatriés rentrent chez eux aigris, énervés, haineux contre la France. Fin mars 1920 il ne reste en France que 600 prisonniers. Ils ont été condamnés pour des délits et crimes de droit commun et sont internés dans des camps spéciaux, comme le fort Lamalgue de Toulon, la prison militaire d’Avignon… Finalement leur rapatriement s’échelonnera jusqu’à fin 1921, graciés ou réclamés par d’autres pays.

Clemenceau dans sa correspondance avec le maréchal Foch définit les prisonniers comme un « instrument pédagogique » pour obtenir de l’Allemagne le tracé définitif des frontières orientales. Il fallait forcer l’Allemagne à payer les réparations et à envoyer des travailleurs en France pour participer à la reconstruction et endosser la totale responsabilité de la guerre. De janvier 1919 à janvier 1920, 250 000 à 310 000 Allemands déblaient les ruines de 600 000 maisons, 20 000 usines et déminent trois millions d’hectares de terres agricoles. Les tâches les plus dangereuses leur sont confiées comme punition. Vengeance, culpabilisation personnelle et collective….ce qui permet d’oublier notre propre responsabilité dans le conflit.
Ces humiliations se paieront par une autre guerre, celle de 1939. L’Allemagne se servira de ses prisonniers allemands comme d’une arme de propagande dirigée contre la France.

En ce jour du 11 novembre, il faut se souvenir des Hommes et des familles, certainement pas des hauts-gradés qui ont fait ce qu'ils pouvaient certes, mais qui sont tout aussi coupables que les gouvernements pour ces tueries inutiles. Mon grand-père, ses copains qui en sont revenus ont porté dans leurs tripes toute leur vie cette guerre. Et on peut dire qu'ils en sont morts à petit feu pendant quarante-cinquante ans !


German prisoners in France LOC 17256352495.jpg--: 1 janvier 2011 /fr.wikipedia.org/wiki/Prisonniers_de_guerre_allemands_de_la_Première_Guerre_mondiale_en_France#/media/File:German_prisoners_in_France_LOC_17256352495.jpg

 Sources : Maryse Cathébras « Perdue dans la garrigue loin du bruit des canons »     --Dr Brausewetter Prisonnier des Français traduit par Jean-Louis Spieser édit Fenestrelle  --O Abbal Soldats oubliés, les prisonniers de guerre Bez et Esparon Etudes et communication 2004 (ISBN 2911722057)-- Annette Becker, Oubliés de la Grande guerre: humanitaire et culture de guerre, 1914-1918: populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre, Paris, Éditions Noêsis, 1998  ( ISBN 291160623x)-- Georges Cahen-Salvador, Les prisonniers de guerre (1914-1919), Paris, Payot, 1929.---Frédéric Médard, Les prisonniers en 14-18. Acteurs méconnus de la Grande Guerre, Éditions SOTECA, 2010  (ISBN 978291638562—photos Midi libre Publié le 27/12/2015 ---wikipédia –photos Mission Centenaire internet ---photos Larousse en ligne --guerre1418.org/html/thematiques_prisonniers.html
--(Photos : collection in chez-alice.fr/listoco – museevirtuelmilitaire.centerblog.net – Les chemins de Mémoire n°187 Ministère de la Défense)—Bernadette Voisin-Escoffier Couradou de Vallabrix février 2015p 12 et suivantes site internet Vallabrix Fonds Historique-









dimanche 4 novembre 2018

Loto patrimoine


(Dewet 2002-2005 –Franschhoek Monument dédié aux Huguenots français arrivés en Afrique du Sud en 1688 – wikimedia)



Loto Patrimoine : 

Je n'aime pas réagir à chaud. Mais les derniers propos de Monsieur Moix m'agace sérieusement. Les "vieilles pierres" sont là pour nous inciter à nous rappeler que nos ancêtres n'ont pas toujours été d'ici et que certains ont dû s'exiler pour une vie meilleure. 





Yann Moix s’en prend à Stéphane Bern pour le loto patrimoine et son intérêt pour les "vieilles pierres" :

Si nous écoutions un peu plus « nos vieilles pierres », nous saurions que depuis la nuit des temps, nous sommes des migrants qui avons posé nos sacs. Astérix et ses cousins Gaulois venaient de l’est de la mer Caspienne, et avant eux des hommes de ce qui est actuellement l’Italie, la Sardaigne nous ont apporté les céréales, les animaux de ferme en s'installant sur notre sol. Déjà un réchauffement climatique qui a poussé ces peuples méditerranéens plus au nord.
Et les Vikings ou Normands quand ils hivernaient en Camargue au 9ème/10ème siècle, ils ne passaient pas l’hiver à tricoter ou à regarder la télé !! Tous ces gens ont fabriqué des Arlésiennes blondes aux yeux bleus. Sans parler des Etrusques, Grecs, Romains, Goths divers, les Francs qui ont très largement pris la place des précédents habitants …

Sous Louis XIV-Louis XV,  900 000 Français environ ont quitté le royaume (1660/1740) : huguenots, jansénistes, bretons, divers déportés, quelques vaudois restants, simples opposants, ou des gens qui rêvaient d’une vie économique meilleure. Volontairement ou sans le choix, poussés dans les bateaux par les autorités de l'époque. Certains noyés en méditerranée ou en atlantique, d’autres vendus comme esclaves en Afrique du Nord.  Quand ils n'ont pas fini leurs jours en prison, tués aux frontières ou perdus dans nos montagnes. 
Quelqu’uns ont  reconstruisent l’Allemagne : en 1691 le directeur des fonderies et forges de Berlin est un français Etienne de Cordier.. et tant d’autres, architectes, chirurgiens, artisans, paysans….. Roller qui fonde le corps des pompiers de Berlin, le premier pont de Berlin le pont Jean Cavalier, Berlin qui passe de 4900 Français en 1697 à 9000 en 1732. Dès 1680/1688, environ 1200 huguenots et 400 vaudois partent pour l'Afrique du Sud après être passés par l'actuelle Hollande. En 1840 une société d'entraide caritative enregistre un peu plus de 4000 descendants de ces arrivants.

Tous ceux qui ont survécu, ont apporté leur savoir-faire aux pays d’accueil. Parfois aussi c’est vrai, leur mal-vivre, leur détresse… mais peut-on absorber le choc culturel et tout quitter de gaieté de coeur et en un clin d'oeil  ? Un dicton cévenol : "qui avale amer ne peut recracher doux"


Oui, l’être humain est un nomade qui se sédentarise quand il peut et repart quand il ne peut plus vivre là où il est.
Oui il faut se rappeler hier et avant-hier.


(Sur la Révocation de l'Edit de Nantes, son histoire et ses déportations, on peut lire sur internet Mathieu de Bargeton seigneur de Vallabrix 15è au 19ème siècle- La Révocation de l'Edit de Nantes - La Cassure--p138 --ou médiathèque de Vallabrix ou site internet de Vallabrix )




vendredi 2 novembre 2018

La Révolte des Vignerons du Languedoc en 1907






  
LA RÉVOLTE DES VIGNERONS DU LANGUEDOC EN 1907



Manifestations Viticole du 5 mai 1907, le docteur Ernest Ferroul et officiels attablés en 1907.

(Suite de l'article sur la crise viticole blog du 18/10/2018- Les Prémices)
Charles Gide, notre économiste uzétien, est très critique devant la gestion de la crise viticole : « on planta tout en vigne, on arracha les mûriers, on coupa les bois, on retourna les prairies, on dessécha les marais, on laboura tous les sables de la Méditerranée où jusqu’à alors on n’avait trouvé que du sel et des coquilles…Le gouvernement non moins imprévoyant que les viticulteurs, s’associa à cette furie de plantation et l’encouragea en dégravant de l’impôt foncier pendant cinq ans toutes les plantations nouvelles et cette loi folle est encore en vigueur… ».

Gaston Doumergue député du Gard déclare en 1901 « on a planté beaucoup de vignes, on a négligé de planter en même temps assez de consommateurs ».
La distillation, soupape de sûreté contre la mévente, est freinée depuis les modifications apportées au régime des bouilleurs de cru de 1900. Les eaux de vie industrielles remplacent petit à petit les nôtres, donc notre distillation intéresse moins. Les exportations de vin vers l’étranger sont secondaires. Pendant cette période on évalue la demande de vin en France à 50 millions d’hl et l’offre nationale à 53 à 59 millions d’hl, 67 millions en 1907. Donc un excédent préjudiciable.
Le prix moyen de l’hl était de 18 f40 en 1893-99. Il s’effondre en 1900-1901 à 12,10 frs jusqu’à 5 frs.
Un sursaut en 1902-1903, 16,60 frs puis 23 frs. Mais en 1904 jusqu’en 1909, deuxième crise : prix de l’hl 6 frs, 7,50frs, 8frs, 9frs, 12 frs.


Les viticulteurs s’endettent, les  propriétés sont hypothéquées ce qui entraine une baisse du prix du foncier. Signe de la pauvreté qui s’installe dans nos campagnes : on marche pieds nus pour économiser les galoches !
(Marcellin Albert, vigneron d’Argeliers en croisade contre les fraudeurs dès 1905-«  Roi des Gueux »- Source Midi Libre)
1907, c’est la révolte « des crève-la-faim ». Explosions de colère, syndrome de désespoir et de souffrances trop longtemps accumulées ? Déjà de décembre 1903 à mars 1904, nous voyons l’émergence de mouvements ouvriers agricoles importants : 170 grèves avec  un peu plus de 45 000 grévistes. L’opinion est persuadée que la baisse des taxes sur le sucre de 1903 (60 à 25 frs), est la cause essentielle de la fabrication de vins artificiels et l’origine de la crise viticole.
D’autres enjeux en effet au niveau national, il faut écouler le sucre !... Depuis la Convention de Bruxelles, les betteraviers français n’ont plus droit aux primes à l’exportation, et le sucre de canne envahit le marché national. Le sucrage de la vendange au moment de la fermentation pour remonter le degré alcoolique est autorisé depuis 1880. C’est la chaptalisation. Théoriquement l’addition de sucre ne devait jamais dépasser 10 kg pour 3 hectolitres.
Mais certains vont en profiter, non plus pour corser un vin médiocre, mais pour fabriquer des vins de deuxième, troisième cuvée. On ajoute des colorants, des acides, des raisins secs grecs. En 1905, le jeune député Albert Sarraut rappelle que la consommation de sucre dans notre pays de 1901 à 1903 est d’environ 430 000 tonnes, elle passe en 1903 à 1904 subitement à 700 000 tonnes !!
Il est vrai que l’heure européenne est à la fraude dans tous les domaines. On falsifie tout, tampons, feuilles d’expédition, mais aussi boules de glaise pour du meilleur moka, poudre de brique dans la chicorée, fécule de pommes de terre mélangée au sulfate de quinine, fraudes sur les engrais, sur les farines, le beurre, extraits autrichiens transformant un vin en vieux bourgogne…... Allègrement nous jouons tous au petit chimiste !!
C’est à Argeliers, petit village de l’Aude que tout commence. Le combat contre les fraudeurs du vin débute grâce au courage et à la détermination des vignerons. Marcellin Albert est l’un d’eux. Il est cafetier et vigneron, « Le Rédempteur ».  Il est natif d’Argeliers (1851-1921). Dès 1900, il se lance pour la défense du vin naturel contre le vin de fraude, contre la restriction des droits des bouilleurs de cru, contre la détaxe du sucre.
Les vendanges de 1906 se vendent mal, la ruine des vignerons entraîne celle des commerçants, des artisans qui vivent de la viticulture. Le marché est saturé avec les vins d’Algérie qui arrivent dans nos ports et dont on se sert pour couper nos vins.
Le 18 février 1907 Marcellin Albert télégraphie à Georges Clemenceau : "Midi se meurt. Au nom de tous, ouvriers, commerçants, viticulteurs, maris sans espoirs, enfants sans pain, mères prêtes au déshonneur, pitié ! Pitié encore pour nobles défenseurs républicains du midi qui vont s'entre déchirer dans combat sanglant. Preuve fraude est faite. La loi du 28 janvier 1903 la favorise. Abroger cette loi, voilà l'honnêteté. Devoir gouvernement empêcher choc. S'il se produit, les clés ouvriront portes prison, pourront jamais rouvrir portes tombeaux".

Le signal de la révolte est donné le 11 mars 1907 : Marcellin Albert et Elie Bernard sont à la tête d’un groupe de vignerons d’Argeliers. Elie Bernard fonde un Comité de Défense viticole, le Comité d’Argeliers. Ils souhaitent obtenir une réelle politique de répression de la fraude.
le Comité de défense viticole d'Argeliers avec Albert Cathala, Louis Blanc et le médecin Senty

Dans un premier temps, le 11 mars, 87 vignerons du village vont à Narbonne où une commission d’enquête parlementaire essaie de comprendre la crise. Ils sont entendus semble-t-il, mais méfiants, ils décident de poursuivre le mouvement jusqu’au vote des lois contre la fraude. Tous les dimanches, des rassemblements  mobilisent ouvriers et propriétaires.
Le journal « Le Tocsin » du 21 avril donne le ton : « Nous sommes les proprios décavés ou ruinés, les ouvriers sans travail ou peu s’en faut, les commerçants dans la purée ou aux abois. Nous sommes ceux qui crèvent de faim. Nous sommes ceux qui ont du vin à vendre et qui ne trouvent pas toujours à le donner ; nous sommes ceux qui ont des bras à louer et ne peuvent guère les employer ; nous sommes ceux qui n’ont des marchandises que pour manquer d’acheteurs. Nous sommes ceux qui crèvent de faim ».


 « Le sucre au café, l’eau au canal », « vin de raisin, pain de blé », « mort aux fraudeurs »,  l’ennemi est désigné pendant tous les rassemblements de 1907.  Dès mai de grands rassemblements agitent les préfectures et les sous-préfectures devant les hôtels de ville. Le mouvement se politise le 5 mai avec Ernest Ferroul maire de Narbonne et ancien député. Il fixe un ultimatum au 10 juin avec menace de grève de l’impôt et de la démission des municipalités. C’est un appel à la désobéissance civique. Un journaliste du Figaro, bouleversé, écrit : « c’était fou, sublime, terrifiant ».
docteur Ernest Ferroul maire de Narbonne - président du Comité de Défense Viticole en 1907.


Béziers- manifestation 1907
Narbonne - le docteur Ferroul au milieu

Le 5 mai 80 000 à 100 000 personnes à Narbonne, le 2 juin 200 000 à Nîmes, 500 000, 800 000 peut être le 9 juin à Montpellier, soit plus d’un tiers de la population des quatre départements en révolte. Ce jour-là, on assiste à la plus grande manifestation de la Troisième République. Les cartes postales, les photos des événements montrent une marée humaine, signe incontestable de l’angoisse et de la colère des vignerons et des métiers annexes.

Narbonne

Des mots d’ordre en occitan, des relents régionalistes inquiètent le gouvernement. Clemenceau peu inquiet au début, qualifie Albert et Ferroul de « meneurs séparatistes ». La tension monte lorsque des membres du Comité et Ferroul sont arrêtés le 19 juin pour ce dernier à 4 h du matin à son domicile de Narbonne.




(Narbonne arrestation du docteur Ferroul)



 Ce sont les militaires du 139è régiment d’infanterie qui opèrent et le conduisent à la prison de Montpellier. Les autres membres du comité se livrent aux gendarmes d’Argeliers. Les gens se couchent devant les gendarmes pour empêcher la progression, une manifestation spontanée réclame la libération et crie vengeance. La sous-préfecture est prise d’assaut, des barricades barrent les rues…. La cavalerie tire sur la foule et l’on déplore deux morts dont un adolescent de 14 ans. Le lendemain, Perpignan s’embrase, la préfecture est pillée et incendiée. Le préfet Dautresme se réfugie sur le toit. Encore des coups de feu à Narbonne pour dégager l’inspecteur de police Grossot auteur avec d’autres de l’arrestation du maire. Cinq morts dont Julie-Cécile Bourrel 20 ans qui faisait simplement son marché ! Trente blessés, le café Paincourt mitraillé....


Montpellier 9 juin 1907


Carcassonne le 25 mai Place d'Armes

Depuis le 10 juin la plupart des municipalités ont remis leur démission. Le 17è régiment d’infanterie à Agde se mutine, pille la poudrière, refusant de tirer sur des gens de leur pays. Les soldats marchent sur Béziers. « On ne se tue pas entre Français ». Les mutins seront transférés à Gafsa en Tunisie. Le 23 juin Albert rencontre Clemenceau à Paris



(Béziers – Les mutins du 17è sur les allées Paul Riquet – 1907 – Les fusils levés en signe de refus de tirer – Midi Libre)
Clemenceau promet de réprimer la fraude si Albert retourne dans le Languedoc pour calmer les vignerons. Albert accepte de se constituer prisonnier à son retour s’il échoue. Clemenceau lui signe un sauf-conduit et lui remet 100 frs pour payer son voyage de retour. Naïvement Albert accepte le billet et les promesses. L’homme politique va évidemment en profiter pour donner sa v ersion à la presse en racontant l’histoire du billet de banque. Marcellin Albertde « rédempteur » devient le « vendu », totalement discrédité aux yeux de ses compagnons. Il doit se cacher de retour dans son village. Le 26 il se constitue prisonnier à Montpellier. Après sa libération il part s’installer en Algérie et meurt dans la misère malgré le soutien des viticulteurs de là-bas.


 la manifestation de Béziers avant le départ au Champ de Mars le 12 mai 1907.


  (Manifestation Narbonne 5-5-1907- Midi Libre)
Le 29 juin 1907 le vin est enfin légalement défini : « la loi tendant à prévenir le mouillage des vins et les abus du sucrage est adoptée ». Déclaration obligatoire des récoltes et stocks, contrôle des ventes et achats des mouts, interdiction de la fabrication et vente de vins fabriqués, surtaxe sur le sucre, déclaration par les commerçants des ventes de sucre supérieure à 25 kg…..et apaisement de la révolte des vignerons. Le 2 aout le Comité d’Argeliers est libéré, les troupes évacuent notre sol. Sous la présidence Ferroul une Confédération Générale des Vignerons est fondée le 22 septembre, organisme où les ouvriers refusent d’adhérer mais qui jouera un rôle important dans la répression des fraudes. Les vignerons commencent à penser sérieusement à la création de caves coopératives viticoles.


Vendange 1910 Narbonne charrette étanche.

Le prix de l’hectolitre devient plus attractif dès 1910 : de 21 à 35 frs. Une réflexion s’engage dans tout le pays. Comment être plus forts face aux négociants, comment avoir la main sur les prix de vente ?
A la fin du 19ème siècle, Uzétien célèbre, Charles Gide, économiste brillant, devient le théoricien de "l’Ecole de Nîmes". Il s’agit d’un mouvement coopératif très actif dans le sud du pays. « Le régime du profit sans étatisme doit tomber devant une coopération émancipatrice, apprentissage de la démocratie et de l’efficacité économique ». C’est une voie entre libéralisme et marxisme. Concept repris par des sociologues, des économistes comme Emile Durkeim. On a parlé de Christianisme social. Sous cette influence, des coopératives agricoles, des mutuelles et du crédit mutuel agricoles voient le jour. « La solidarité est un fait d’une importance capitale dans les sciences naturelles puisqu’elle caractérise la vie ».
En Allemagne dès 1853, en Suisse, en Serbie, en Italie dès 1890, des caves coopératives existaient déjà. En Alsace à l’époque sous la domination du Reich à Ribeauvillé, mais en France s’est créée la première cave coopérative viticole en 1895. Dans l’Hérault, à Maraussan, en 1901 une première coopérative viticole se monte, des viticulteurs se regroupent pour vendre leur vin. « Les Vignerons libres » avec pour devise parodiant les Trois Mousquetaires de Dumas « Tous pour chacun, chacun pour tous ». Jean Jaurès visita les travaux de construction du caveau de cette cave en mai 1905. Il s’agissait dans un premier temps de mettre en commun les moyens de commercialisation des productions vinifiées chez les adhérents. La vinification en commun, viendra après, « travail de vinification qui se fera dans des conditions scientifiques » écrira Jaurès. Les vignerons de Maraussan ont des débouchés réels et le système fera vite école. Bessan, Maureilhan, Cébazan….
La cave de Marsillargues, plus moderne, très rapidement va compter 700 adhérents. Elle était équipée d’une turbine à vapeur, produisant de l’électricité, d’une cave mécanisée disposant d’une importante capacité de vinification. En 1913 ses coopérateurs reçoivent les félicitations de la Société d’Encouragement à l‘Agriculture. D’autres caves existaient aussi en Champagne, en Alsace, dans le Var.


Dans l’Uzège, les premières caves coopératives apparaissent dans les basses vallées où la replantation de la vigne après la crise du phylloxéra a été plus rapide. En 1914, sur les 79 caves existant en France, le Gard en comptait 5. De 1919 à 1929, dans les neuf cantons de l’Uzège, 19 caves sont construites, 26 de 1930 à 1939. De 1945 à 1950, on crée encore 8 caves. En 1939, on compte 750 coopératives viticoles dans toute la France, 340 dans le Languedoc-Roussillon, presque la moitié.
En 1966, dans le canton d’Uzès, sur 14 villages on compte encore 6 caves coopératives vinicoles, et sur les 659 viticulteurs, 646 sont adhérents coopérateurs. A cette date le Gard compte 152 caves coopératives. Cet élan associatif permettra une vinification et une conservation de qualité très régulière, un logement assuré pour le gérant, une surveillance et un savoir-faire, des négociations avec les acheteurs qui ont en face d’eux non plus des petits et moyens exploitants mais un seul interlocuteur. Avantages fiscaux, facilités de prêts avec le Crédit Agricole, les caves sont mieux équipées que le « petit » exploitant.
Actuellement les vignerons s’orientent vers une production de qualité et non plus de quantité. Les caves coopératives ferment ou s’associent. Les vins bio ou naturels arrivent jusqu’au consommateur. Plus chers à l’achat, peut-être aideront ils à lutter contre cette maladie très invalidante qui est l’alcoolisme, fléau que nous traînons depuis le 19ème siècle. Maladie qui détruit les individus et leur famille et coûte cher à la collectivité.
Le Vin, un produit à consommer avec modération, ne serait-ce que pour en apprécier toutes ses qualités et ne pas faire injure au travail du vigneron et du maître de chai.

Cette révolte va laisser des traces dans le monde viticole et même politique. Il semble que pendant la guerre de 1914-18, le régiment du 17ème paiera son refus de tirer sur les manifestants. (voir sur ce blog Le crime des Midis 12/11/2017)
Mutins du 17è camp des allées Paul-Riquet Béziers


Affiche Guerre 1914/18- distribution de vin aux troupes- archives communales Nîmes


Sources : wikipedia--Bernadette Voisin-Escoffier La Socicété Coopérative de Vallabrix –couradou mai 2012 site internet de Vallabrix Fonds Historique ou médiathèque—archives départementales Gard et Hérault--- Charles Gide Ecole de Nîmes Colloque 11/1993 Société d’ Histoire du Protestantisme de Nîmes et du Gard 1995—Alfred Chabaud l’Uzège et la Région Bagnolaise T- T3 édit Péladan Uzès—Félix Napo La Révolte des Vignerons 1907 édit Privay1982+Félix Napo : 1907, la révolte des vignerons, éditions E&C, mars 2007.—Jean Sagnes Le Mouvement Ouvrier du Languedoc édit Privat 1980-+ Jean Sagnes (s. dir.) : La révolte du Midi viticole cent ans après, 1907-2007, Presses universitaires de Perpignan, Perpignan, 2008.+ Jean Sagnes : Le Midi Rouge, 1982.--Maffré-Beaugé  Vendanges Amères --Christophe Deroubaix, Gérard Le Puill, Alain Raynal, Les Vendanges de la colère, midi viticole 1907/2007, Au diable vauvert, 2007--Georges Ferré : 1907, la guerre du vin. Chronique d'une désobéissance civique dans le Midi, éditions Loubatières, 1997.—photos wikipedia + midi libre + Hérodote.net +musee/vignerons + collec privée---Christian Signol roman Les Vignes de Sainte Colombe 1996 Livre de Poche ou Albin Michel---www.herodote.net/19_juin_1907-evenement-19070619.php---www.jeantosti.com/musee/vignerons.html---