jeudi 17 janvier 2019

Jules César et les pirates







(Musée de la Marine Brest—galère romaine reproduction-)


Jules César et les pirates :



 Buste en marbre de Jules César trouvé dans le Rhône près d’Arles.

Jules César (-100environ- mars44 avant notre ère), fils de Caius Julius Caesar IIIet Aurelia Cotta, connait une jeunesse violente. Il grandit au milieu de combats de rues, nous sommes dans la première guerre civile qui oppose les « optimates » aux « populares ». Les premiers veulent maintenir une ligne conservatrice et aristocratique avec le Sénat au cœur de la République et les seconds souhaitent accorder plus de place politique aux Italiens et aux Provinciaux en prenant en compte des revendications sociales. Les premiers ont pour chef Sylla et les seconds sont partisans de Caius Marius. Les Optimates sont  vainqueurs des seconds en 82 av JC qui seront poursuivis impitoyablement et proscrits. Jules César et sa famille sont plutôt du côté de Marius (Jules César serait son neveu).
En l’an 78 avt JC l’empire romain est immense. Mais les pirates de toutes sortes règnent en maîtres sur la méditerranée des côtes d’Asie Mineure à Gibraltar. Et cela probablement depuis la nuit des temps. L’archéologie nous montre que bien avant les Phéniciens, les Rhodiens, les Phocéens… nos calanques abritaient des bateaux gouvernés par des hommes possédant quelques rudiments nécessaires à la navigation. Posidonios, Strabon, Diodore de Sicile nous racontent les côtes méditerranéennes : « leur pays est sauvage et aride ; le sol en est si pierreux qu’on n’y peut rien planter sans se heurter au rocher…..les Ligures ne connaissent que la guerre et la piraterie… ». On commence par être naufrageur, puis pirate d’occasion, enfin pirate à temps plein, plus tard corsaire…..
Jules est en mauvaise passe. Sylla exige qu’il divorce de Cornelia Cinna et donc de perdre ses protecteurs, ainsi que la dot de sa femme et une partie de son héritage. Sylla bloque son avenir politique et notre Jules ambitieux mais prudent et déguisé (nous dit Velleius Paterculu Hist Rom II,41,3à11..) s’enfuit de Rome vers 80 avt JC. Il s’enrôle dans l’armée, rejoint le théâtre des opérations militaires d’Asie. Lors de la victoire sur Mytilène, César est remarqué pour ses exploits et reçoit « une couronne civique », la plus glorieuse décoration militaire. A la mort de Sylla en 79 avt JC il est démobilisé, mais reste encore en Asie. Il est âgé de 22 ans environ.
C’est à cet instant qu’arrivent les pirates qui l’enlèvent près de l’île de Farmakonisi (Pharmacus).
 Là plusieurs récits qui s’ils divergent un peu, nous montrent un Jules méprisant, arrogant, sûr de lui et de sa destinée, en un mot invivable. Tous nous décrivent un Jules sans peur devant les pirates, continuant sa lecture, affectant de se désintéresser des événements. Les pirates en concluent que ce jeune homme instruit, parfumé, est donc fortuné et donc ils réclament une rançon de 20 talent d’or, somme considérable pour l’époque. Jules, de sa voix précieuse et haut perchée qui est à Rome le comble du raffinement,  de toute sa hauteur répondit qu’il en valait au moins cinquante !! Et calmement il promet de les faire tous exécuter. Pendant quarante jours il va leur faire une vie impossible : la caverne est inconfortable, la fumée du feu lui pique les yeux délicats, il y a trop de bruit, il ne peut faire la sieste, la nourriture est infecte, et les hommes sentent mauvais !!! Et il chante ses propres poèmes que les pirates doivent entendre. La rançon enfin arrive et au grand soulagement des pirates, Jules César prend congé. Mais quelques jours plus tard il est de retour avec quatre galères et cinq cents soldats romains. Quatre bâtiments légers et rapides. Cap sur l’île de Pharmacuse, ils arrivent le surlendemain à l’aube avantagés par une légère brume. Un seul bateau pirate peut sortir à temps de l’anse, mais éperonné il sombra. Les marins qui tentèrent de rejoindre le rivage sont assommés sans pitié. Les quatre galères bloquèrent la baie qui abritait les navires ennemis. En moins de deux heures l’armée romaine se rendit maîtresse de l’île. Les Romains capturent 350 pirates qui seront torturés et mis à mort comme promis.

Suétone dans Diuus Iulius 4 +74(trad G Ailloud) nous dit : « Manifestant même dans la vengeance l’extrême douceur de sa nature, quand il se fut rendu maître des pirates pour se conformer à ses serments antérieurs, il les mit en croix mais après les avoir fait étrangler… ». Suétone était un « fan » de Jules César et donc un peu parti-pris !
 Jules César réalisée par Nicolas Coustou1696 MR1713 Jardin des Tuileries-Paris-wikipedia.org—Photo Marie-Lan Nguyen (2006)
Plutarque nous donne une lecture plus véridique (César 1 fin.2et3,1+ Crassius 7). Jules César après un séjour chez le roi Nicomède en Bithynie  repart par mer. Son vaisseau est intercepté dans les parages de l’île Pharmacuse par les pirates qui à cette époque tenaient la mer avec de grands navires et de très nombreuse embarcations. La rançon est de 20 talents, mais Jules se moque d’eux parce qu’ils ne savaient pas l’importance de leur prise. Donc ce sera 50 talents d’or. C’était aussi pour lui peut-être une sécurité : on hésite à tuer ce qui peut rapporter une telle somme. Il envoie des personnes de son entourage pour emprunter la somme dans plusieurs villes. Et il reste à attendre chez « ces Ciliciens fort sanguinaires » avec un seul ami et deux serviteurs. Et là commence le calvaire pour ses geôliers. Il impose silence quand il veut se reposer. Il participe à leurs jeux et exercices « comme s’il n’eût pas été leur prisonnier mais les eût pour gardes du corps ». Il compose des poèmes et discours et les leur lisait ou les chantait. Et « lorsqu’ils n’admiraient pas ses écrits, il les appelait en face illettrés, barbares et les menaçait souvent en riant de les faire pendre… ». Ses interlocuteurs riaient aussi le prenant pour un benêt. 
La rançon versée, Jules César équipa aussitôt des navires dans le port de Milet et vogua vers ses anciens hôtes : il les surprit encore à l’ancre dans le port. Il fit main basse sur les hommes et leurs richesses.
Il débarqua les hommes à Pergame pour que le proconsul d’Asie Juncus les fasse juger comme c’était la règle. Mais celui-ci louchait plus sur les richesses des prisonniers que sur la justice, et surtout sur leur valeur marchande sur le marché des esclaves. Alors Jules fit conduire tous les prisonniers au gibet comme il le leur avait prédit lors de son séjour forcé sur l’île.
Et notre Jules César prit la route de Rhodes pour suivre les cours d’éloquence d’Apollonius fils de Molon. D’autres aventures l’attendaient.

Sources : Loup Durand Pirates et Barbaresques en Méditerranée édit Histoire du Sud-Aubanel 1975 ISBN2.7006.0057-6---Léon Herrmann Deux épisodes de la vie de César –Persée Revue belge de Philologie et d’Histoire 1937p577-589—Claude Merle -Jules César 2015 Poche –Bayard Jeunesse ou internet--https://education.francetv.fr/matiere/histoire/ce2/video/l-enlevement-de-cesar--  Robert Etienne Jules César, Fayard, Paris, 1997 --  Max Gallo Cesar Imperator, Paris, XO, 2003

Jules César va inspirer la littérature, (déjà Voltaire et Shakespeare), le cinéma, les jeux vidéo, les bandes dessinées……les peintres et sculpteurs….Nous n’avons pas fini de parler de lui.




 Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César- Lionel Royer 1899Musée CROZATIER du Puy en Velay— http://www.mairie-le-puy-en-velay.fr. http://forum.artinvestment.ru/blog.php?b=273473&langid=5 --https://dnbhistoiredesarts.wordpress.com/2015/02/20/tableau-de-lionel-royer-la-reddition-de-vercingetorix/
Manipulation de l’Histoire au 19ème siècle : La représentation du Gaulois avec les cheveux longs et moustache est remise en cause aujourd'hui. Le cheval est un Percheron, alors qu'à cette époque cette race n'était pas en Gaule. Le bouclier à forme rectangulaire ne correspond pas à la réalité de l'époque ; ils étaient plutôt ovales. Ce tableau est donc une théâtralisation de la reddition de Vercingétorix, qui doit nous montrer un peuple gaulois fier même vaincu.—wikipedia

jeudi 10 janvier 2019

Le Télégraphe Chappe en Languedoc


Reddit-CultureCarte des lignes de télégraphe optique (Télégraphe Chappe) établies entre 1793 et 1852 ..

Télégraphe de Chappe



Parfois nos paysages sur des collines nous montrent des vestiges de tours émergeant des arbres. Certaines ruines nous parlent d’une invention fantastique : le télégraphe. Notre Internet a un ancêtre : le télégraphe aérien, le télégraphe de Chappe.
Ci-contre le timbre émis à l’occasion du bicentenaire de l’expérience de télégraphie entre Ménilmontant et Saint-Martin du Tertre à 25 km de Paris ; la tour centrale, tête de ligne, est représentée (103 rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement de Paris).
 Claude Chappe (1763 - 1805), aidé de l’horloger Breguet spécialiste des mécanismes, met au point son télégraphe. Un premier appareil avait reçu l’autorisation d’expérimentation, placé à la barrière de l’Etoile à Paris, mais faute de surveillance, il avait été détruit par des voleurs de bois !! Un autre appareil à l’automne 1792 est endommagé par les Parisiens qui craignent que le roi communique avec les souverains étrangers pour demander de l’aide.
 Le savant et député Joseph Lakanal avec deux autres députés assistent à l’expérience qui a lieu le 12 juillet 1793: ils vantent les bienfaits du mécanisme, apportant un soutien scientifique. Le 4 août la Convention décrète la création de la première ligne télégraphique entre Paris et Lille, placée sous l’autorité militaire. 1793 la guerre civile ravage le pays et l’Europe se coalise contre nous. Le télégraphe aura d’abord une utilité stratégique. Déjà le 20 avril 1792, nous avons déclaré la guerre à l’Autriche et donc nous avons vraiment besoin d’échanger rapidement des informations et des ordres entre les chefs militaires.
En 1790, il fallait trois jours en malle-poste pour porter un courrier de Paris à Lille et quatre de Paris à Strasbourg. En 1820 grâce au télégraphe, dans le premier cas, 56 minutes suffisaient et dans le deuxième cas 76 minutes. Une dépêche de 40 mots mettait moins de deux heures entre Montpellier et Paris par temps favorable !!  Le transport de la pensée va être révolutionné dès la fin du 18ème siècle grâce à l’invention de Claude Chappe. Et cela ne sera qu’un début !
Le télégraphe, du grec « têle », loin et « graphein », écrire, est un appareil qui permet de transmettre des messages loin et vite.. La plupart des civilisations ont cherché à envoyer des informations à leurs alliés : tam-tam, signaux de fumée, messages de poste en poste-relais. Les Grecs dès 336 avt notre ère avec Enée le Tacticien, Polybe en 150 avt notre ère…les Romains avec leurs tours à feu (autour de 1200 en Italie, autant en Gaule, 500 en Asie). Sans oublier l’anglais Robert Hooke à la fin du 17ème siècle avec un télégraphe resté au stade expérimental.


(C Chappe musée de la Poste Paris)
Le Sarthois Claude Chappe dit Chappe de Vert est né en 1763. Il fait partie d’une famille de scientifiques comme son oncle astronome l’abbé Jean Chappe d’Auteroche, membre en 1759 de l’Académie des Sciences de Paris et qui fit le voyage en Sibérie en 1760 pour observer le passage de Vénus devant le Soleil, puis en Californie dans le même but. Ses frères Ignace l’ainé, député et au ministère de la Guerre, Pierre-François dit Chantepie, René dit des Arcis ingénieur et responsable des lignes du Nord, Abraham dit Chaumont, directeur de ligne, tous s’impliquent dans cette invention. C’est l’époque des Montgolfier, Lavoisier, Benjamin Franklin….Des hommes curieux de l’Univers. Aristocrates et bourgeois instruits croient au progrès scientifique et technique. Le Siècle des Lumières amène un élan progressiste, remet en question les croyances de l’homme, l’organisation de la société… Une révolution avant la Révolution !!
Claude après des études au collège royal de la Flèche, est nommé comme c’était la pratique à l’époque, abbé, ce qui lui permet grâce aux rentes ecclésiastiques d’ouvrir un cabinet de physique à Paris. Il réalise diverses expériences, s’intéresse aux réactions électriques. Son télégraphe fonctionne par l’observation de signaux émis à grande distance de station à station.




Principe de fonctionnement
Le télégraphe des frères Chappe est un dispositif mécanique de 5 m de haut constitué :
- de deux ailes ou indicateurs de 2 mètres de long et de 30 cm de large.
- de contrepoids pour assurer l'équilibre de l'ensemble
- d'un manipulateur pour mettre en mouvement les ailes.



Détail d'un manipulateur du télégraphe Chappe exposé au Musée des Arts et Métiers


(musée de la Poste Paris)
Dans chaque poste deux stationnaires, de l’aube à la nuit tombante ; l’un manipule le télégraphe, l’autre à la lunette pour lire les messages des autres postes. C’est un métier réservé à des invalides, parfois à des artisans ou des fils de paysans. Très mal payé, peu de gens envient leurs places. Plus tard chacun ne fera qu’une demi-journée et pourra avoir d’autres activités, jardinage, artisanat… Ils sont sous l’autorité d’un inspecteur qui surveille leur travail soit sur place, soit de loin avec une lunette particulière. Il a la responsabilité du poste, décide des réparations, vérifie l’état du matériel, rédige un rapport, apporte la paye des stationnaires. Il est lui-même sous l’autorité d’un directeur de ligne qui a la responsabilité de décoder et coder les messages. Celui-ci est le seul à détenir et utiliser le vocabulaire télégraphique. C’est lui qui va décider d’envoyer le message à son destinataire ou au poste suivant.





(Ste Foy Lès Lyon 1821-musée de la Tour Chappe Ste Foy lès Lyon))
Uniformes personnel du télégraphe 1855 © L'Adresse Musée de La Poste / La Poste
Des lunettes indispensables permettent d’espacer les relais et ainsi rendre la lecture plus fiable. Galilée en 1609 avait perfectionné les lunettes terrestres et astronomiques, mais un peu plus tard des savants comme Isaac Newton, l’anglais John Dollond,  fondent les bases de l’optique. Le Comité de Salut Public sous la Révolution donne un coup de pouce à l’industrie française de lunettes pour le télégraphe. Chaque lunette est réglée en fonction du poste-relais correspondant, elle grossit 30 à 65 fois selon les besoins. Numérotée, chacune sous la responsabilité du stationnaire.
L’utilité de ce télégraphe sera vite comprise. Même au-delà des espérances. Le Directoire (1795-1799) rétablit la loterie, la Loterie de France, en remplacement de la Loterie Royale supprimée au début de la Révolution. Les caisses de l’Etat sont vides. Claude Chappe propose de transmettre les résultats rapidement par télégraphe, contre une redevance. Il s’agit de construire de nouvelles lignes, de payer le personnel…. La ligne Lille-Bruxelles est à construire. Mais très vite, des stationnaires fraudent en retenant les résultats et les divulguent à des complices.





(Poste d’Estézargues-Gard-- Lavis de Macereau 1845-musée de la Poste Paris)




La première ligne Paris-Lille est mise en service en juillet 1794. Les routes et les services postaux sont dégradés, désorganisés par la guerre. Et en cette période de grands troubles il est indispensable de communiquer. Les riverains n’apprécient pas toujours les travaux pour installer les stations télégraphiques. Les tours, les clochers, les sommets de colline sont utilisés. Des arbres doivent être abattus pour une meilleure visibilité d’un poste à l’autre. A Paris, la station tête de ligne est installée au Louvre pour communiquer avec celle de Montmartre…. Mais très vite 5000km de réseau et près de 533 stations couvrent la plus grande partie du territoire français. Mais ce système a un défaut de taille : il ne fonctionne pas la nuit encore moins par temps de brouillard. Bonaparte en réduit les crédits pour la construction et le fonctionnement en 1800. Claude Chappe malade et désespéré se suicide en 1805, mais ses frères qui l’ont toujours soutenu vont continuer à développer cette technique. Pied de nez de l’Histoire : Napoléon pendant les Cent Jours est de retour de l’Ile d’Elbe le 1er mars 1815 avec 1200 hommes. Paris n’est averti que le 5 mars à cause du brouillard ! Napoléon ne sera intercepté que le 7 mars sans succès près de Grenoble.
Près de chez nous, la ligne Toulon-Avignon-Bordeaux est construite en 1832. Il nous en reste quelques vestiges. Cette ligne sillonnait le Var, les Bouches du Rhône, le Vaucluse, le Gard, l’Hérault, l’Aude, se séparait vers les Pyrénées Orientales, l’autre vers la Haute Garonne et la Gironde.
Les points de réémissions dans le Gard constituaient une chaine de  Villeneuve les Avignon, les Angles, la Bégude de Saze (les Issarts), Estézargues, Ledenon, Courbessac. La Tour Magne, à Nîmes, Puech, Bernis, Gallargues le Montueux, puis vers l’Hérault : Lunel Viel etc… Cette ligne comme les autres était utilisée essentiellement à des fins militaires, nous sommes au début de l’occupation algérienne. Une vingtaine d'exemplaires de télégraphe Chappe subsistent en France, dont certains pratiquement en ruine et sans mécanisme.



 
  

Dans le Gard le télégraphe d’Estézargues (poste 4) est en service de 1832 à 1853. C’est une tour ronde avec une plate-forme en moellons et pierres de taille pour les bordures, d’un diamètre intérieur de 3 m et d’une hauteur de 5 m. Des murs de 55 cm d’épaisseur. Cet édifice est sur une colline au lieu-dit « les Combes de mars », (La Fenouillère) à une altitude de 185 m et à 1,4 km du village au nord-ouest. Actuellement l’intérieur est en ruine. Sur la route d’Avignon à Remoulins, nous pouvons jeter un coup d’œil à droite sur la colline. Le stationnaire voyait son correspondant de La Bégude-de-Rochefort sur fond de montagnes situées à 30 km. De l’autre côté le poste de Lédenon était sur fond de ciel, avec une particularité : le poste d’Estézargues en direction de Lédenon avait deux lunettes optiques, séparées de 1 à 2 cm de maçonnerie. Nous ne savons pas pourquoi.(Fiche architecture établie par Christine Panneboeuf ; Martine Laguerie en Décembre 2006---Petit-patrimoine-de l’uzège-pont-du-gard)




A la sortie de la cuvette d’Avignon, le poste 2 situé sur la commune Des Angles a été construit à une altitude de 100 mètres. Il a totalement disparu. Ses correspondants étaient Avignon et la Bégude de Rochefort. (ci-contre Moulin des Aires – tour télégraphe ?Rochefort-du-Gard)
Dans quelques écoles primaires publiques, les signes télégraphiques sont appris aux élèves dans les années 1820-1830. A Rochefort du Gard dans les classes un petit télégraphe était installé à l’extrémité de chaque pupitre. (in Georges Mathon nemausensis.com 2004)

Le poste 5 de Lédenon est situé à 400 m à l’ouest du village à 202 m d’altitude sur un plateau. Les vestiges d’une tour ronde de 3 m de diamètre intérieur, une hauteur d’environ 7m, en moellons en relatif bon état, mais intérieur ruiné. Le stationnaire voyait son correspondant d’Estézarques sur fond de montagnes situées à 50 km, et même La Bégude-de-Rochefort à 18 km sur fond de ciel. A l’opposé la station de Courbessac se découpait sur fond de ciel.




La station 6 de Courbessac était située à 1,7km au nord-est de la commune de Marguerittes et à 2,5km du village de Courbessac à une altitude de 175 m. Des vestiges nous font voir une tour ronde en moellons, de 3m de diamètre, 7m de hauteur, actuellement très dégradée extérieurement et intérieur ruiné. La colline est maintenant couverte d’arbuste et se trouve sur un terrain militaire. Un poste de guet en béton a été installé au sommet. Le stationnaire voyait son collègue de Nîmes sur fond de ciel et à l’opposé, le poste de Lédenon se détachait sur un fond de montagnes situées à 50 km au loin.



Ensuite venait Nîmes et la tour Magne, poste 7. Le 25 avril 1832 une des premières dépêches est émise de la tour avec une note de service du président du Conseil d’Administration des Lignes au sujet du trafic de la Lozère. Pour l’occasion, la tour menaçant ruine sera réparée et en 1843 un immense pilier-escalier sera construit à l’intérieur sous la direction de M Révoil. Le poste du télégraphe était d’une hauteur d’environ 6m, altitude 114m. La tour étant en très mauvais état, les télégraphistes déménagent en 1838 sur la tour d’un moulin à vent à 50 m de là. Ce deuxième poste sera détruit en 1854. Le poste de direction était près du musée des Beaux-Arts. Situé sur la tour Foule ou bien porte d’Alais, ou Puech d’Autel ? Le poste 7 faisait la liaison entre la station de Bernis, direction Arles…




 La tour de Gallargues-le-Montueux est restaurée, renfort, peinture, réglages…. Elle fonctionne encore au grand étonnement des visiteurs. L’entreprise de menuiserie Arole de Vergèze a reconstitué le mât et les panneaux. (Publié le 22/05/2017 Midi Libre- Eliane Roché-- Association Patrimoine gallarguois). Il s’agit d’une tour carrée, plus imposante que les tours rondes vues précédemment. C’était la tour de guet et le donjon du château féodal du 13ème siècle. Elle est située au sommet du village. Elle a abrité de 1830 à 1852 le poste de transmission. Elle est classée à l’Inventaire des Monuments Historiques depuis 1840. Des restaurations entreprises par la municipalité sous le contrôle des Monuments Historiques de 1987 à1992, en coordination avec l’Association du Patrimoine Gallarguois, l’association Histelpost, la Fnarh. Le mécanisme a été reproduit à l’identique au modèle original, complet et fonctionnel. C’est un travail de longue haleine ; l’inauguration du mécanisme a eu lieu en 2010. Des visites sont organisées pour admirer l’ensemble.(Recherches Historiques sur La Poste et les Télécommunications en Bas-Languedoc)
Le poste 11  est celui de Lunel Viel. Nous avons sauté dans le département de l’Hérault. Une tour ronde en bon état ; l’intérieur est aménagé en réservoir d’eau. Il s’agit maintenant d’une annexe du château de Farges, à un peu moins de 2km du village au nord-ouest. Ce poste faisait la liaison entre celui de Gallargues le Montueux à 9km500 et celui de Crès à 12 km.




Gustave Courbet - Vue de la tour de Farges avec son mécanisme (Musée Fabre à Montpellier)


Nous allons oublier quelques stations pour rappeler la tour de la Babotte de Montpellier que nous avons déjà vu dans un blog précédent. (26/08/2018). C’est le poste 13, poste de direction, situé dans une annexe en bois sur la Tour de la Babotte, tour de l’Observatoire, à 25m de haut. Deux télégraphes, l’un en direction d’Avignon via Crès à 5 km, l’autre vers Bordeaux via Malamort à 4 km 200. La station comprenait trois pièces avec au centre le bureau du directeur. A l’opposé de la direction d’Avignon, la direction Toulouse par Narbonne et la direction de Perpignan.









Une autre tour rectangulaire à Peyriac de Mer dans l’Aude. Poste 3 de la ramification Narbonne-Perpignan. A 58 m d’altitude, entre Jonquières à 8 km et Sigean à 8km. Construite sur un terrain communal au lieu-dit Labade, cédé en avril 1840 à l’administration du Télégraphe. Près de 8 m de hauteur, 4,6m par 4m, avec des réaménagements qui gomment l’aspect d’origine de la tour. Elle sera vendue aux enchères en juillet 1858 avec mise à prix de 200 frs.

La station 9 était celle de Perpignan, poste extrême de la ramification. Elle était située dans la Citadelle, au Palais des Rois de Majorque sur la tour de la chapelle royale. A un peu mois de 6km de la station précédente à Pia. Les Perpignanais avaient baptisé l’appareil avec ses barres au sommet du donjon, « las camas d’en Guillaume », les enjambées de Guillaume. (Jean Guibeaud dans un article du Journal Commercial Illustré des Pyrénées-Orientales, page 165, sur "Origine et Historique des Rues de Perpignan (1897).
Mais très rapidement le télégraphe aérien de Chappe va être remplacé par le télégraphe électrique. Premiers essais à Genève par Lesage fin 18ème, puis invention de l’alphabet Morse, les découvertes d’Ampère, Steinheil et en Allemagne dès 1837 les premières lignes à Gottinger par Gauss et Weber, Steinheil à Munich, 1849 Berlin relié à Francfor-sur-Main…En France sous le Prince Bonaparte, la loi du 29 novembre 1850 instaure le télégraphe électrique sur tout le territoire. En janvier 1855, toutes les préfectures sont reliées à Paris par cette invention. En 1854, la victoire de l’Alma sera publiée par le système Morse.





(Restes de la tour télégraphique de Trèbes- Aude)
La ligne de Toulon-Bordeaux n’est plus en service dès le 31 mars 1853. Les clés des tours-stations et un inventaire des objets qu’elles contenaient sont remis en mairie. C’est la fin du télégraphe aérien Chappe. Quelques tours deviendront musées. D’autres serviront de carrières.
Les autres pays suivent progressivement l’Allemagne et la France et en 1865 est créée l’Union Télégraphique Internationale et trois ans plus tard par la Convention de Vienne, le Bureau Télégraphique International.
Puis dès 1878, le système Baudot sera installé avec son clavier à 5 touches, son codage binaire : 60mots à la minute, le texte s’imprimant sur un ruban. Ce système nous accompagnera jusqu’aux années 50.






Wikisource Poste télégraphique français en Algérie.png
Sources : Les postes du télégraphe Chappe dans l'Hérault G. Roquefort -- Archives FNARH G. Galfano -- René Abelanet-- L. Nieto-- E. Ludwig-- FNARH • 22 rue de la Sapinière • 54520 Laxou • Tél. : 03 83 27 68 00 • Courriel : fnarh@wanadoo.fr • Site : www.fnarh.com •  --  La Télégraphie Chappe..FNARH, ouvrage collectif sous la direction de Guy De Saint Denis, La Télégraphie Chappe, 1993, Editions de l'Est, 442--- Le Télégraphe Chappe à Nîmes par M. Roger Gaillard---(Recherches Historiques sur La Poste et les Télécommunications en Bas-Languedoc)—BT Magazine documentaire Le Télégraphe de Chappe n°1086 sep 1996 C Freinet Publications de l’Ecole Moderne Française ---(Publié le 22/05/2017 Midi Libre- Eliane Roché-- Association Patrimoine gallarguois).--- Christine Panneboeuf ; Martine Laguerie en Décembre 2006-Petit-patrimoine-de l’uzège-pont-du-gard)--- Musée de La Poste / La Poste Paris--. musée des arts et métiers--- Georges Mathon nemausensis.com 2004—wikimedia-wikipedia---

FNARH = Fédération nationale des associations de personnel des postes et télécommunications pour la recherche historique.-- 22 Rue de la Sapinière, 54520 Laxou