vendredi 2 janvier 2026

Il a neigé sur l'Uzège

 


Il a neigé sur l’Uzège…..

(in 2007 l’Extra Local-Uzès et l’Uzège)

De temps en temps il neige en Uzège, perturbant la circulation, 1921, 2010, 1918…. Quelques centimètres au sol et nous ne savons plus rouler, marcher, glisser…La neige fait la joie des enfants, mais les adultes la redoutent, il nous faut nous adapter.

Le 10 janvier 2003, c’est la panique générale. Le maire d’Uzès rappelle que quelques flocons sont normaux, on doit en faire un « phénomène ordinaire et non extraordinaire ». Les ramassages scolaires pourtant ne sont plus assurés le mardi 7 janvier, et les parents ont dû aller chercher leurs enfants dans les écoles.

Il nous faut remonter à 2010 pour se souvenir d’un important épisode neigeux sur Uzès. D’abord le 8 janvier l’Uzège et le Pont du Gard se réveillent sous une épaisse couche de neige. Puis le 7 mars, à l’avant-veille du printemps, dans l’après-midi, les flocons ont commencé  à tomber, s’accumulant sur 30 à 40 cm, perturbant la circulation, en particulier vers Remoulins. Près de 150 « naufragés » dont une vingtaine d’enfants seront hébergés à la Maison des Associations de Remoulins. A côté, à Valliguières, 58 personnes se réfugient à la salle polyvalente. Vallabrix se pare d’un blanc manteau. Un coup de tracteur et les rues sont à nouveau accessibles.



Vallabrix 2010

Le 3 mars 1974, Nous nous réveillons sous plusieurs dizaines de centimètres de neige. Mais en fin de matinée, plus d’électricité. La neige colle aux fils électriques et y gèle. A Saint-Laurent de Vernède, les pompiers sauvent un millier de faisans d’un élevage important.


Les 13 et 14 février 1956 à Remoulins,  un épisode de neige en une nuit, mais statistiquement 3 cm sur la totalité du mois. A Uzès en 4 épisodes, en février, 12 cm de neige sur le mois.


(statistiques Ponts et Chaussées du Gard). Pour l’hiver 1956, au total 27 cm à Uzès, 35 cm à Bagnols…

Le samedi 28 février 1948, de mémoire de vieil Uzétien, on n’avait jamais vu pareil spectacle. Sauf peut-être en 1887 ou 1907. Trois jours durant la ville se trouve isolée : pas de courrier, pas de ravitaillement. Les employés municipaux, les pompiers mobilisés en hâte font preuve d’un zèle louable : recensement des besoins, dégagements à la pelle des accès essentiels… Les gardes de la CRS dès dimanche sous la responsabilité de leur chef Agussol, chaussent des skis pour aller chercher du lait pour les enfants de la ville dans les fermes environnantes. Le chasse-neige de l’Espérou arrivera dans la journée de mardi pour élargir les pistes péniblement tracées à la pelle. Le premier car de Nîmes entrera à Uzès le mardi après-midi, le soir celui d’Alès apportera le courrier ….. Monsieur le Maire dût interdire les batailles de boules de neige. Mais le crieur public s’égosilla en vain à proclamer l’interdiction. Les enfants transformèrent les escaliers de la promenade des Marronniers et de l’Eglise St Etienne en pistes de luge sur lesquelles ils glissèrent jusqu’au soir.

Bagnols sur Cèze 2017-2018








La Tour de Constance—2018 Aigues-Mortes

2010—la cour de la mairie d’Uzès

 

En fait ce qui est le plus pénible chez nous, c’est le gel apporté par le mistral qui s’infiltre partout, dessous de porte, trou de serrure….
En 1890-91 une période de gel classée événement exceptionnel s’étend sur toute l’Europe et sur tout le territoire français grosso modo du mardi 25 novembre 1890 jusqu’au jeudi 15 janvier 1891.

Dans le Gard, à Nîmes, dans toute la région, du 6 janvier au 22, il gèle à pierre fendre dans toute la région. Les thermomètres annoncent moins dix degrés, mais le mistral soufflant à son aise, notre peau, nos poumons, notre nez indiquent plutôt moins 15, moins 20. De la glace, partout de la glace. Les ruisseaux sont figés, les fontaines offrent à nos yeux des fleurs, des stalactites scintillantes. Les bords des toits dégoulinent de festons blancs. La glace pénètre à l’intérieur des maisons, bouche les tuyaux d’eau, les cuvettes, les seaux forment des blocs. La plupart des écoles sont fermées, l’encre elle-même gèle à la grande satisfaction des élèves.  Un silence troublé par les morceaux de glace qui tombent. Les commerçants de charbon et de bois se frottent les mains. On s’habille, s’emmitoufle, s’encapuchonne. Les Nîmois ont sorti leurs patins à glace et l’on patine sur l’Esplanade. Dans les rues pour ne pas glisser, les gens marchent sur leurs bas, bottines à la main. D’autres enfilent des chaussettes en laine sur leurs souliers pour avancer en toute sécurité.

Ce n’est pas drôle pour tout le monde. Chez les plus démunis, c’est la détresse. « La misère est la compagne du froid ». On a du mal à se chauffer, le mistral souffle et pénètre partout, par le moindre interstice. Les ouvriers sont sans travail, donc sans salaire. Pas de marché, pas de ventes, les poireaux, les choux gèlent sur l’étal. Les sociétés de bienfaisance sont mises à contribution.

A Nîmes les musiciens de l’Harmonie ont continué à jouer malgré tout l’après-midi dans les Jardins de la Fontaine devant des chaises vides.

A Vallabrix, le village est touché comme ailleurs dans l’Uzège par cette période de gel. Les rues sont vides, les fenêtres décorées de cristaux de glace.  Les blés sont « brûlés ». Des arbres fruitiers ne survivront pas à cet épisode hivernal.

Ce n’était rien si nous comparons cet hiver de 1891 à celui de 1709. A la veille de la fête des Rois, cette année-là, début janvier, toute la France est touchée par un froid intense. Un notaire de l’époque Joseph Manul de Robion dans le Vaucluse nous raconte que de l’Aigoual au Ventoux jusqu’à la mer, le vin gelait dans les tonneaux. Les terrines où il y avait de l’huile se cassaient, « explosaient ». Les urines gelaient en l’air. Les oliviers et même les chênes verts étaient morts. Le mistral s’engouffrait dans la vallée du Rhône, tonitruant, « hurlant comme un damné »« labourant, arrachant toute verdure », laissant les garrigues au printemps « toutes pelées ». Dans notre région les oliviers avaient déjà gelé en 1670 d’Aubenas à Montpellier, nous faisant perdre le marché de l’huile d’olive dans le pourtour méditerranéen, marché que nous n’avons pas pu reconquérir, les pays du Levant ayant entre temps pris la relève. Période qui s’était soldée par la révolte d’Antoine du Roure réprimée dans le sang par les soldats de Louis XIV.

hiver 1890-91 Paris la Seine



Sources : Revue de Nîmes 1891 p87 – archives communales d’Uzès – archives départementales du Gard, du Vaucluse -–Persée- Le froid pendant l'hiver 1890-91[article] M. le Dr Dufresne-Le Globe. Revue genevoise de géographie  Année 1891  30  pp. 163-164---

 

 

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