mardi 3 février 2026

Conflit autour de la Galette des rois quand elle était gratuite

 

 



Bataillon de porteuses de pain-BN -1909

 

Conflit autour de la Galette des Rois quand elle était gratuite- Un métier oublié la porteuse de pain

 

(voir ou revoir pour rappel sur ce blog complément du sujet du4/2/2023 ou 16/1/2026)


C’est le temps de la galette des rois. Elle ouvre l’année, rassemble familles, amis. On en profite pour faire des plans pour l’année qui vient et pour les douze mois qui arrivent « si l’on n’est pas plus que l’on ne soit pas moins ». Une tradition bien sympathique, qui nous vient de bien loin dans les siècles anciens… Fille du peuple pour rêver ou se moquer un moment à une royauté.

Elle reflète toute une mosaïque de saveurs régionales. La Franche-Comté propose une galette à base de pâte à choux parfumée à la fleur d'oranger. A Albertville c’est une brioche à l’anis et au safran. En Provence, le gâteau des rois se présente comme une couronne briochée ornée de fruits confits. A Dunkerque la galette ressemble à une tropézienne. Le Sud-Ouest reste fidèle à sa version briochée, délicatement aromatisée à la fleur d'oranger, tandis que la frangipane demeure la garniture privilégiée dans de nombreuses régions en particulier parisiennes. Chaque région adapte sa galette  à son histoire culinaire et pâtissière.  Elle est fréquemment revisitée avec par exemple une farce de chocolat noisette, une pâte parfumée aux agrumes et au rhum des Antilles ou aux fruits confits macérés au rhum.

Cette pâtisserie, symbole et occasion de réjouissances depuis les temps romains, a connu bien des vicissitudes. Une chartre de 1311 la nomme officiellement. Mais lorsque la farine est trop rare et la famine trop présente comme en 1711 les autorités, les Parlements l’interdisent.





Porteuses de pain Paris1905 BNF

A la Révolution un député Manuel tenta de l’interdire en vain. Mais un arrêté de la Commune changea le jour des Rois en jour des Sans-Culottes et la galette disparut un temps pour réapparaitre quand les temps furent moins troublés. Le mot « roi » était toujours tabou, mais pour préserver la tradition, la galette devint la « galette de l’Egalité » et la fève un bonnet phrygien symbole républicain.

Du 17ème siècle jusqu’au début du 20ème siècle, il était de coutume que les boulangers offrent une galette à leurs clients. Au grand déplaisir des boulangers qui voyaient dans cette coutume une baisse de leur chiffre d’affaire. Certains chiffraient une perte de bénéfice à un mois sur l’année. En 1905, d’après un boulanger, la galette offerte dont le volume est proportionné à l’importance du client, lui revient de 1 à 3 francs. Ce qui représente en fait une belle somme selon l’importance de la clientèle !

La fève depuis longtemps n’est plus une légumineuse mais un petit baigneur en porcelaine, d’où un coût supplémentaire.

Il avait été question fin  19ème –début 20ème siècle de remplacer la galette offerte par un don au bureau de bienfaisance. Mais l’accord ne put se faire, les uns craignant de mécontenter leurs clients, les autres faisant remarquer que cette galette gratuite était le prétexte donné aux porteuses de pain de recevoir leurs étrennes de la part des clients.

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      Le métier de porteuse de pain apparaît en 1880 pour disparaître en 1914. Un métier exercé par des veuves ou des femmes seules, parfois accompagnées de leurs enfants. Elles étaient payées par le boulanger, quelques sous, pour le confort matinal des familles bourgeoises parisiennes mais aussi des villes et bourgades. Pour le client c’était un service gratuit de la part du boulanger. Elles portaient aussi le pain aux artisans en chambre, leur évitant ainsi de sortir de chez eux et de perdre du temps. Autre métier oublié, le laitier les accompagnait avec sa charrette et ses bidons de lait, ses glacières garantissaient un peu près la fraicheur du lait et du beurre. Les familles étaient mal équipées en matériel réfrigérant.

( Les réfrigérateurs commencent à apparaître dans les foyers français, dans les années 1950 avec des marques populaires comme Frigidaire.)

Le laitier dans les étages existait encore dans les années 1955, j’en ai connu un, probablement le dernier à Lyon.  

Dans un bulletin de « l’Académie du Professeur Calvel » Hubert Chiron nous raconte : « dès le milieu du 19ème siècle, les porteuses de pain vont s’inscrire dans le paysage matinal des quartiers parisiens. Le travail débute vers 5 heures du matin pour se terminer à 11 h…. Il est admis qu’il fallait au moins une semaine à une porteuse pour mémoriser les adresses, les gouts et les exigences d’environ 300 clients. Une poussette servait à transporter le pain de la boulangerie à l’immeuble, puis il fallait s’armer de courage pour monter le pain au tablier jusqu’aux étages supérieurs… ». Pendant qu’elle montait les étages son tablier plein de pain, sa charrette restait en bas de l’immeuble ou de la maison. Elle était responsable des vols de pains pendant son absence d’où la nécessité de distribuer très vite.


Un journaliste écrit : «  dès l’ouverture de la boulangerie, longtemps avant 6 h du matin, cette courageuse mercenaire arrive, ponctuelle, prend dans sa voiturette une provision formidable de pains ronds, en galettes, en miches, en couronnes et la voilà partie de porte en porte avant le lever de ses clients. Elle sait par cœur le goût de chacun….Tels gens ne paient que tous les huit jours, tels autres sont en retard d’un mois, et la petite note reste impayée. Elle dépose ses pains contre les portes des appartements, tant pis si des chats ou
des chiens de passage les flairent et lèvent la patte. Elle monte parfois cinq étages pour une petite galette de 2 sous. Elle gravit quatre ou cinq cents étages dans sa matinée, elle ne s’interrompe que pour se rendre au fournil chercher une nouvelle charge ou pour aller siffler un verre de raide chez le troquet du quartier…. »

 


 

 

 

 

 

 

 


Suisse, porteuse de pain, 1904

 


 

 



Boulangerie Bernardeau, Courbevoie

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

En 1909, les boulangers parisiens n’avaient toujours pas réussi à obtenir de ne plus offrir gratuitement la galette, puis le journal Le Petit Parisien, dans un entrefilet paru le 7 janvier, nous apprend que décidément, rien ne prévaut contre la tradition. Et c’est heureux, ajoute-t-il. Les Parisiens ne se consoleraient point de la suppression de la galette des rois, appétissante, croustillante, que les boulangers leur offraient, de temps immémorial, en manière d’étrennes.

« L’an dernier, poursuit Le Petit Parisien, invoquant les charges nouvelles et notamment l’application du repos hebdomadaire dans les fournils, la chambre syndicale de la boulangerie avait décidé de supprimer la galette des rois. Ce fut là une grosse déception, si grosse même que les boulangers n’ont point voulu pour la plupart renouveler la tentative.

« Les porteuses y trouveront leur profit, et ce sera justice ! s’exclame le journaliste. Les rudes travailleuses tôt levées, qui chaque jour, sans relâche, gravissent mille étages pour livrer notre pain quotidien, bénéficiaient de largesses provoquées par l’offre de la mirifique galette. Les salaires ne sont pas gros, en revanche, les temps bien durs et l’hiver bien rigoureux. « 

La porteuse de Pain.

Elle est du peuple, elle est robuste,


Elle chemine sans plier,

Tendant son flanc, dressant son buste.

De grands pains plein son tablier.

 

L’hiver, la bise la flagelle ;

Le soleil la brule en été.

Que juin flambe ou que janvier gelé,

Elle va de son pas hâte.

 

Ses pieds en ont fait de ces marches

Sur les paves et les trottoirs.

Certes elle a monté des marches

Dans des escaliers clairs ou noirs.

 

Voilà longtemps qu’elle travaille


Sans repos sans trêve et sans fin.

Dam il faut bien que la marmaille,

Boive à sa soif, mange à sa faim.

 

Et c’est pourquoi de porte en porte

Sans se plaindre du sort batard.

Pauvre et matineuse elle apporte,

La vie au riche dormant tard.

 

Elle est du peuple, elle est robuste,

Elle chemine sans plier,

Tendant son flanc, dressant son buste.

De grands pains plein son tablier.


Louis Marsolleau (vers 1890)


La porteuse de Pain -1882-  par Jules Coutan (1848-1939)
Statue, plâtre (détail)

 

Sources :La France Pittoresque rédaction janvier 2026-- « La Tradition » paru en 1904 et « Le Petit Parisien » du 7 janvier 1909)--- CREBESC-levainbio.com/cb/crebesc/la-porteuse-de-pain/--espace-pain.info/histoire-du-pain-2/---/histoire-en-questions.fr/dossier-metier-porteuse-pain/-----

 

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