dimanche 6 août 2017

Conte de l'Uzège : le Boeuf Volant



Conte de l'Uzège : Le Bœuf Volant


Voici deux interprétations de la légende du Bœuf Volant, le Volo-Biou. Au lecteur de choisir celle qu’il préfère. Pour ma part je préfère la première version, mais libre à vous.


Dans les Cévennes, chaque année, au bourg de Saint-Ambroix se tenait la foire à la boureta. C’était une étoffe de laine, bien chaude, bien résistante. Elle était célèbre dans tout le Languedoc et on venait à la foire pour préparer l’hiver, et se fabriquer des vêtements bien chauds. On en profitait pour faire provision de chandelles, de mèches, de lampes, de sabots, des outils… de tout ce qui est nécessaire pour passer l’hiver. On y vendait des bœufs, des chèvres, et des jambons, pâtés, oignons…
Les cabarets étaient pleins. Musique, jongleurs, cracheurs de feu, montreurs d’ours, c’était une belle et grande foire. Les familles se retrouvaient, les nouvelles bonnes ou mauvaises remplissaient les conversations.
Mais à mesure que les chemins s’étaient améliorés, que des routes nouvelles invitaient à aller plus loin, les gens oubliaient Saint-Ambroix et la foire à la boureta. A Nîmes, à Beaucaire, à Alès où on rencontrait encore plus de monde,  la fête y était encore plus grandiose.
Le maire de Saint-Ambroise invita ses villageois à réfléchir : comment sauver la foire à la boureta ?
-          - On ne peut pas empêcher les Cévenols d’aller à Nîmes, on ne peut pas retenir l’eau d’une source qui veut aller vers la mer !!
-           - Il faut organiser un concours agricole avec de grosses médailles d’or
-           - Il faut faire une grande loterie où l’on gagnera de la boureta, des jambons, des saucisses, des conserves de champignons
-          -  Pourquoi ne pas faire renaître la bête du Gévaudan ?
Mais à peine avait-on l’idée que l’on devinait qu’elle était impossible à réaliser.
-           - Il n’y a rien à faire dit l’un des aubergistes qui était pessimiste et qui voyait son tiroir-caisse vide
Le maire malgré toute sa bonne volonté, n’avait rien trouvé pour relancer la foire de la boureta. Il retournait chez lui le nez penché vers le sol, les épaules basses, lorsqu’on appela près de lui un homme qui passait dans la rue.
Cet homme était maigre, des longs cheveux blancs emmêlés. Son manteau de boureta recouvrait son corps aussi maigre et tordu qu’un cep de vigne.
-          -  Viens boire un peu lui disait-on. On veut de parler
C’était l’ermite qui habitait une baume de la montagne. On ne l’aimait pas trop ; parfois un agneau disparaissait, il disait que c’était la part du loup. On l’accusait de faire tomber la foudre dans les bois ou les champs de blé de ses ennemis pour y mettre le feu..
-          -  N’est-ce pas toi qui a fait revenir l’eau dans les sources après un été de sécheresse ?
-          -  Oui on dit cela. Mais j’ai perdu mes pouvoirs en vieillissant.
-          -  Il faut que tu inventes une ruse qui fasse revenir les gens à la foire. On te fera une belle maison au village si tu veux un jour quitter ta grotte.
L’ermite réfléchissait. Une voix lui souffla aux oreilles : « que le bœuf vole, que le bœuf vole. »
-          -  Qu’est-ce que cela veut dire ? firent les villageois qui avaient entendu aussi
-         -  Partez maintenant ; j’ai du travail à faire, répondit l’ermite.

Les gens de Saint-Ambroix partirent, la foire allait avoir lieu dans deux semaines et pas de commencement de solution en vue.
Pourtant la parole de l’ermite courut tout le pays. Les gens se précipitèrent à la foire. Boureta, vin, jambons, moutons se vendaient à tout va. Ce fut une très belle foire.

-          -  Où donc est ce bœuf qui vole ? disait-on de toute part.
On se moquait des naïfs qui attendaient ce bœuf.
Mais lorsque l’horloge de l’église sonna midi, l’air brusquement se déchira. Un immense souffle parcourut la ville et du ciel tomba un stupéfiant rugissement. On osa à peine lever les yeux. Le spectacle était vraiment extraordinaire : un grand bœuf roux avec deux grandes ailes survolait la ville, traversant lentement, majestueusement le ciel.
Les gens furent stupéfaits, et surtout émus. On applaudit et la fête reprit de plus belle. On acheta encore du tissu, du jambon, des aiguilles, des pâtés, des moutons…

L’ermite ne manqua plus jamais d’œufs, de pain, de fruits de la part des habitants de Saint-Ambroix. Lui de son côté, faisait voler chaque année pour la foire son bœuf roux qui attirait de plus en plus de monde.
Mais un jour, l’ermite mourut et le bœuf ne revint pas. Et les Cévenols délaissèrent peu à peu la foire de Saint-Ambroix pour celles de Nîmes, Beaucaire….

Sources : d’après Michel Cosem  Contes Traditionnels du Languedoc- dessin Souzine - ASSOCIATION "LA LEGENDE DU VOLO BIOU"  (loi 1901)   -  30500 SAINT-AMBROIX - photo wikimedia -
 

Deuxième version : les Saint-Ambroisiens tous les 13 et 14 juillet font revivre la légende du Volo-Biou par des fêtes médiévales célèbres.

Saint-Ambroix
Voici l’histoire : Une année de récolte très importante de raisins, les habitants de Saint-Ambroix ne savaient plus quoi faire de leur vin. Le consul, le maire de l’époque, proposa de faire voler un bœuf : il le fit annoncer et organisa une grande fête pour l’occasion, fête où tout le monde était invité à boire à volonté. Le surplus de vin s’écoula ainsi. Un bœuf fut jeté du haut de la colline le Ranc d’Uzège. Bien évidemment il s’écrasa au pied de la colline. Mais tout le monde avait passé un bon moment, et depuis les Saint-Ambroisiens sont appelés les volo biou. Qui boira, verra !!! Les Alésiens, pas très loin, étaient en période de famine et ils étaient venus à la cérémonie. Ils avaient profité de l’occasion pour récupérer les tripes du bœuf et ils devinrent les « mange-tripo ».

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