La Bûche de Noël :
Revoici un Platter. Thomas fils que nous avions vu dans
un article précédent. Il a pris plaisir à raconter les us et coutumes de notre
Languedoc. Nous sommes le 24 décembre 1597.

De fait en cette même
soirée, on dépose une grosse bûche de bois sur le gril, par-dessus le feu.
Quand elle commence à brûler, toute la maisonnée se rassemble autour du foyer,
dès lors, le plus jeune enfant (s’il n’est pas trop petit, auquel cas il appartiendrait
au père ou à la mère d’agir en son nom pour l’accomplissement du rite) prend
dans sa main droite un verre plein de vin, des miettes de pain et un peu de
sel, et dans la main gauche un cierge de cire ou de suif, allumé. Immédiatement
les personnes présentes, du moins celles qui sont de sexe masculin, tant jeunes
garçons qu’adultes, ôtent leurs chapeaux ; et l’enfant susdit, ou bien son
père s’exprimant au nom d’icelui, récite le poème suivant, rédigé dans leur
langue maternelle :
Ou Monsieur
s’en va et vent, (en
quelque endroit que se rende le maître de la maison, qu’il aille ou vienne)
Dious donne
prou de ben, et de mau ne ren,(puisse
Dieu lui donner beaucoup de bonnes choses et rien de mauvais)
Et Diou
donne des fennes enfantans, et de capres caprettans,
(et que Dieu donne des femmes qui enfantent, et des chèvres qui feront des
chevreaux)
Et des
fedes agnolans, et vacques vedelans (et
des brebis agnelantes, et es vaches vêlantes)
Et des saumes oulinans, et de cattes cattolans (et des ânesses poulinantes, et des
chattes chatonnantes ou productrices de chatons)
Et des rattes rattonans, et de mau ne ren,
(et des rates faisant des ratons, autrement dit, rien qui soit mal)
Sinon force ben (sinon
beaucoup de bonnes choses)
Tout cela étant dit,
l’enfant jette une pincée de sel sur la partie antérieure de la bûche, au nom
de Dieu le Père, idem sur la partie inférieure au nom du fils, et enfin, sur la
partie médiane au nom du Saint-Esprit ; Une fois ces rites effectués, tout
le monde s’écrie d’une seule voix : Allègre ! Diou nous allègre, ce
qui veut dire : « En liesse ! Dieu nous mette en
liesse ! ». Ensuite l’enfant fait de même avec le pain, puis avec le
vin et finalement tenant en main la chandelle allumée, il fait couler des
gouttes de suif ou de cire brûlante aux trois endroits de la bûche, au nom de
Dieu le Père, du fils et du Saint-Esprit. Et tous reprennent en chœur le même
cri qu’ils ont déjà poussé : « En liesse ! ».
A ce qu’on dit, un charbon ardent en provenance d’une telle bûche ne brûle pas la nappe si on le pose dessus. On conserve avec soin toute l’année les fragments de la bûche en question, noircis au feu et l’on pense que quand une bête ou un être humain souffre de tumeurs une application de ces ci-devant braises maintenant éteintes sur la grosseur ou bosse empêchera que celle-ci ne s’accroisse et même la fera disparaître. Les cérémonies de la bûche étant terminées, on sert une collation magnifique sans viande ni poisson, mais avec du vin fin, des fruits et des confiseries (les treize desserts). Et sur la nappe qui reste mise toute la nuit, on laisse un verre à moitié rempli de vin, du pain, du sel et un couteau. J’ai vu tout cela de mes yeux vu… ».
A ce qu’on dit, un charbon ardent en provenance d’une telle bûche ne brûle pas la nappe si on le pose dessus. On conserve avec soin toute l’année les fragments de la bûche en question, noircis au feu et l’on pense que quand une bête ou un être humain souffre de tumeurs une application de ces ci-devant braises maintenant éteintes sur la grosseur ou bosse empêchera que celle-ci ne s’accroisse et même la fera disparaître. Les cérémonies de la bûche étant terminées, on sert une collation magnifique sans viande ni poisson, mais avec du vin fin, des fruits et des confiseries (les treize desserts). Et sur la nappe qui reste mise toute la nuit, on laisse un verre à moitié rempli de vin, du pain, du sel et un couteau. J’ai vu tout cela de mes yeux vu… ».
La coutume de ne pas
desservir la table du souper de Noël vient de la croyance que les anges ou les
morts de la famille devaient pouvoir s’y restaurer. Ici seuls les hommes sont
admis aux rites.
La tradition de la bûche
de Noël existait dans tout le pays. La cosse de Nau en Berry, tréfoué en
Orléanais….Ceppo en Italie, au Québec jusqu’à la fin des grandes cheminées au
19ème siècle. Son origine est liée au solstice d'hiver. On peut estimer que cette
tradition s'est propagée grâce aux populations indo-européennes, soit vers 2500
avant J.-C. Un reste païen, bénédiction du feu au moment où les
rigueurs de l’hiver se faisaient sentir. Un moment de rassemblement de tous les
habitants de la maison, parents, domestiques, hôtes. Probablement aussi un
reste de la fête druidique de la lumière de nos ancêtres du Nord.
Pendant
toute la féodalité et même après dans certaines provinces, il s’agissait d’un
impôt en nature payé au seigneur par son vassal. A Noël on apportait du bois, à
Pâques des œufs ou un agneau, à l’Assomption du blé, à la Toussaint du vin ou
de l’huile..
Frédéric Mistral (prix Nobel de Littérature en langue d'oc en 1904) nous raconte la bûche de Noël du
19ème siècle en Provence :
![]() |
Frédéric Mistral |
Les hommes apportaient à la maison un vieux tronc
d’olivier, le cariguié, choisi pour brûler toute la nuit. Ils s’avançaient
solennellement en chantant :
Cacho fio. Cache le feu
(ancien).
Bouto fio. Allume le feu (nouveau). Dieou nous allègre. Dieu nous comble d’allégresse ! |
Le papé arrosait ce bois soit de lait, de miel en souvenir de l’Eden, soit
de vin en souvenir de la vigne cultivée par Noé et de la première rénovation du
monde. Tout en prononçant :
Alègre ! Alègre !
Dieu nous alègre.
Calendo vèn, tout ben vène
E se noun sian pas mai, que noun fuguen men !
Dieu vous rague la graci de veire l’an que vèn.
Calendo vèn, tout ben vène
E se noun sian pas mai, que noun fuguen men !
Dieu vous rague la graci de veire l’an que vèn.
(Dieu nous tienne en
joie ; Noël arrive, tout bien arrive ! Que Dieu nous fasse la grâce
de voir l’année prochaine, et si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne
soyons pas moins !)
Le plus jeune à genoux récitait les paroles apprises de génération en
génération : « O
feu, réchauffe pendant l’hiver les pieds frileux des petits orphelins et des
vieillards infirmes, répands ta clarté et ta chaleur chez les pauvres et ne
dévore jamais l’étable du laboureur ni le bateau du marin. »
« Au
bon vieux temps, la veille de Noël, après le grand repas de la famille
assemblée, quand la braise bénite de la bûche traditionnelle, la bûche
d’olivier, blanchissait sous les cendres et que l’aïeul vidait, à l’attablée,
le dernier verre de vin cuit, tout à coup, de la rue déjà dans l’ombre et
déserte, on entendit monter une voix angélique, chantant par là-bas, au loin
dans la nuit. » « C’est la Bonne Dame de Noël qui s’en va dans les
rues, chantant les Noëls de Saboly à la gloire de Dieu, suivie par tout un
cortège de pauvres gens, miséreux des champs et des villes, gueux de campagne,
etc., accourus dans la cité en fête.
« Et vite alors, tandis que la bûche
s’éteignait peu à peu, lançant ses dernières étincelles, les braves gens
rassemblés pour réveillonner ouvraient leurs fenêtres, et la noble chanteuse
leur disait : Braves gens, le bon Dieu est né, n’oubliez pas les
pauvres ! Tous descendaient alors avec des corbeilles de gâteaux et de
nougats – car on aime fort le nougat dans le Midi – et ils donnaient aux
pauvres le reste du festin ».
Cette description faisait partie
primitivement du texte de « Mireille » de Mistral.
« Ah ! Noël, Noël, où est ta douce
paix ? Où sont les visages riants des petits enfants et des jeunes
filles ? Où est la main calleuse et agitée du vieillard qui fait la croix
sur le saint repas ? Alors le valet qui laboure quitte le sillon de bonne
heure, et servantes et bergers décampent, diligents. Le corps échappé au dur
travail, ils vont à leur maisonnette de pisé, avec leurs parents, manger un
cœur de céleri et poser gaiement la bûche au feu avec leurs parents.
« Du four, sur la table de peuplier,
déjà le pain de Noël arrive, orné de petits houx, festonné d’enjolivures. Déjà
s’allument trois chandelles neuves, claires, sacrées, et dans trois blanches
écuelles germe le blé nouveau, prémices des moissons. Un noir et grand poirier
sauvage chancelait de vieillesse. L’aîné de la maison vient, le coupe par le
pied, à grands coups de cognée, l’ébranle et, le chargeant sur l’épaule, près
de la table de Noël, il vient aux pieds de son aïeul le déposer
respectueusement. Le vénérable aïeul d’aucune manière ne veut renoncer à ses
vieilles modes. Il a retroussé le devant de son ample chapeau, et va, en se hâtant,
chercher la bouteille. Il a mis sa longue camisole de cadis blanc, et sa
ceinture, et ses braies nuptiales, et ses guêtres de peau.
« Cependant, toute la famille autour
de lui joyeusement s’agite... Eh bien ? posons-nous la bûche,
enfants ? – Allégresse ! Oui. Promptement, tous lui répondent : Allégresse.
Le vieillard s’écrie : Allégresse !
que notre Seigneur nous emplisse d’allégresse ! et si une autre année nous
ne sommes pas plus, mon Dieu, ne soyons pas moins ! Et,
remplissant le verre de clarette devant la troupe souriante, il en verse trois
fois sur l’arbre fruitier. Le plus jeune prend l’arbre d’un côté, le vieillard
de l’autre, et sœurs et frères, entre les deux, ils lui font faire ensuite
trois fois le tour des lumières et le tour de la maison.
« Et dans sa joie, le bon aïeul élève
en l’air le gobelet de verre : O
feu, dit-il, feu sacré, fais que nous ayons du beau temps ! Bûche bénie,
allume le feu ! Aussitôt, prenant le tronc dans leurs mains
brunes, ils le jettent entier dans l’âtre vaste. Vous verriez alors gâteaux à
l’huile et escargots dans l’aïoli heurter dans ce beau festin vin cuit, nougat
d’amandes et fruits de la vigne. D’une vertu fatidique vous verriez luire les
trois chandelles, vous verriez des esprits jaillir du feu touffu, du lumignon
vous verriez pencher la branche vers celui qui manquera au banquet, vous
verriez la nappe rester blanche sous un charbon ardent et les chats rester
muets ! »
Les grandes cheminées
vont disparaitre en particulier dans les appartements. Les poêles les
remplaceront. Des petites bûches serviront de décor de Noël sur les tables. Et
vers 1870 le gâteau arrivera sur les tables. Roulé, ressemblant à une bûche.
Raisins secs qui se conservent bien et qui annonce un avenir prospère et
fertile, et chocolat pour la gourmandise.
Sources : LeRoy Ladurie Le
Siècle des Platters - La France Pittoresque -Bûche de Noël (Origine et histoire
de la)(D’après « La nuit de Noël dans tous les pays » paru en 1912
Publié / Mis à jour le vendredi 23 décembre 2016, par LA
RÉDACTION - Véronique Dumas, « La bûche de Noël », Historia,
novembre 2011, p. 98 (ISSN 0750-0475) - "Fêtes
de la table et traditions alimentaires", par Nadine Cretin, éditions Le
Pérégrinateur --. transenprovence.over-blog.com – décors Noël cabschau -
Centerblog – printerest -
Joyeux Noël
Pour rire
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