(gare du Nord Paris)
Bouleversements et
chemins de fer
Toute invention génère
des bouleversements dans nos modes de vie, y compris chez les animaux, les
plantes. Tous nous devons nous adapter, « digérer » la nouveauté,
l’intégrer dans nos vies. Depuis la nuit des temps nous nous adaptons..
Un exemple : un
petit papillon, la phalène blanche du bouleau en Angleterre fin du 18ème
siècle a changé de couleur à cause les fumées noires du charbon employé dans
les usines. Les troncs des bouleaux sur lesquels elle se posait étant noircis,
les oiseaux repéraient facilement le petit papillon. Il s’est adapté en
modifiant son ADN et de blanc il est devenu petit à petit noir par sélection
naturelle. Au 20ème siècle il est redevenu blanc, les cheminées
anglaises ne fumaient plus de suie de charbon.
En à peine un siècle, le chemin de fer a apporté des
changements importants dans toutes les sociétés, peut-être bien plus que
l’invention de l’automobile ou du vélo et probablement autant que
l’installation de l’électricité dans les foyers. Nous pourrions disserter sans
fin sur l’invention du train. La
machine à vapeur de James Watt, une des origines du train, a littéralement mis
le monde en mouvement et joué un rôle crucial dans l’industrialisation et
l’urbanisation.
Dans notre secteur, les
machines à vapeur demandant toujours plus de charbon, il a fallu donc en
augmenter la production, transporter toujours plus de minerai, toujours plus
loin. Un élan balaie l’industrie minière. Il faut dire que nos mines étaient en
piteux état avant la Révolution de 1789.
Le train va transporter
ce charbon, puis notre vin, nos productions chimiques comme celles de Sète… Le
train va aussi transporter les tonneaux de vin d’Algérie entreposés
habituellement dans ce port et cela n’arrangera pas nos vignerons. Les
voyageurs useront de ce mode de transport un peu plus tard, surtout fin 19ème.
Le train inquiétait. Il
faudra attendra le Second Empire et la deuxième moitié du 19ème
siècle pour que ce mode de locomotion entre dans les mœurs. Une première ligne
en 1823, 21 km, Saint-Etienne-Andrézieux, tractée par des chevaux ! La
ligne de Paris à St Germain inauguré en août 1837 par la reine Marie-Amélie, un
convoi de 8 lieues à l’heure (environ 38km/h). Absence du roi : on avait
fait comprendre au roi Louis-Philippe que l’expérience était dangereuse. Là les
voitures étaient tirées par une locomotive FM Jackson, la vapeur l’emportait
sur le percheron !!
Le percement des tunnels
amena une autre angoisse. C’était un voyage au cœur de la terre. Les
journalistes s’en donnèrent à cœur-joie : on envisage des déraillements,
des incendies, l’écroulement des voûtes… Les accidents sont effectivement
nombreux lors des travaux. Le journaliste de L’Illustration au lendemain de
l’inauguration en 1843 de la ligne Mantes-Vernon et du tunnel de Rolleboise
nous raconte : « voilà que la
locomotive nous emporte vers un point qui fait frémir d’avance bien des
intrépides. Il s’agit de s’enfouir au sein des ténèbres…on se trouvait lancé
d’un bond dans le domaine de l’inconnu…n’allait-on pas dit adieu pour toujours
à ceux qu’on aimait ?..s’abandonner à une puissance aveugle qu’on ne peut
ni diriger soi-même, ni arrêter d’un geste. Rendez-nous la lumière, et les campagnes,
et la verdure et le silence des bois, et la fraîcheur de l’eau : ce bruit
de locomotive haletante, ces chaînes qui se heurtent dans la nuit, ce sifflet
infernal …. ».
Gare de Tours—
On assiste à une
amplification de ce qui existait plus ou moins déjà au siècle précédent, mais
avec une accélération pendant tout le 19ème siècle.
Pour installer les rails,
les gares, on va déboiser, exproprier, mais aussi faire venir de la main
d’œuvre, Italiens, montagnards des Alpes, du Massif Central ; les jeunes
hommes de nos villages vont offrir leurs bras, les animaux de traction (mulets
surtout), leurs charrettes… Des métiers nouveaux fleurissent un peu partout. On
devient bucheron, mineur, menuisier, maçon, ouvrier…. Des forges, des fabriques
de manches d’outils, charrons, des cantines populaires- restaurants rapides
ancêtres de nos food-trucks…
L’économie du pays se
porte bien pour certains. Une bourgeoisie parfois née de la Révolution de1789
s’enrichit et embauche nos jeunes femmes, lingères, cuisinières, femmes de
chambre…. Un salaire tombe régulièrement, pas très gros mais il donne un statut
au salarié. Nos jeunes n’habitent plus aussi souvent avec les parents ; la mine, les
patrons les logent, peut-être pour mieux les tenir en main. La rigueur
familiale, les traditions en prennent un coup !! On se politise parfois
contre l’avis du curé du village… Et le 19ème siècle n’est pas une
période calme politiquement !!
Les siècles précédents on
était un paysan qui l’hiver faisait un petit métier, tisseur de bas, menuisier,
réparateurs de panier, mineur de terre, potier… Au 19ème siècle on
devient un ouvrier qui cultive un petit lopin. Mais ces transformations
déstabilisent et un fléau s’installe : l’alcoolisme, maladie et mot
inventés au milieu du 19ème siècle. On boit pour reprendre des
forces, pour oublier qu’il y a une autre façon de vivre…. Les banlieues des
villes s’étendent, une pauvreté ouvrière s’installe.
En 1835 le Parlement
s’oppose à ce que les chemins de fer soient construits, exploités par l’Etat.
Donc après autorisation de l’Etat, des hommes investissent, perdent parfois,
vendent leur compagnie de chemins de fer. Petit à petit on va vers un
regroupement des petits réseaux.
Un exemple de progrès
indéniable apporté par le train : les chemins de fer de Camargue, deux
lignes exploitées dès 1892 concédées à Marius Guillot en juin 1889, partant
d’Arles-Trinquetaille vers Salins de Giraud (37,9km) et vers les Saintes Maries
de la Mer (37,3km). Ce réseau fonctionnera pour une ligne jusqu’en 1958 et
l’autre jusqu’en 1953.
“Le bâtiment ressemble bien à
une vraie gare mais c’était la résidence du garde-barrière. On devait y faire
quelques opérations simples (vente de billets pour la ligne). On voit bien
qu’il n’y a pas de voie d’évitement. Il y a cependant une pendule réglementaire
et la cloche sur la gauche servait d’annonce des trains pour la fermeture du
passage à niveau.” Luc Massol, retraité
SNCF
Les expropriés quittent
leurs terres agricoles pour rejoindre la famille dans les villages ; on
agrandit les maisons, les greniers sont utilisés parfois : ici une
grand-tante vendra du tabac dans une cave de la maison, là un oncle dans un
grenier qualifié d’évêque probablement parce qu’il sait lire et écrire …On peut
voir dans notre village sur les murs de
la grand-rue les remplois de pierre, des
dates signes de modifications au début du 19ème siècle.
Les paysages sont impactés : rails, tranchées, tunnels, gares, et surtout ponts qui raccourcissent les distances entre les villages. Viaduc qui relie les vallées, aqueducs car il fallait de l’eau pour la locomotive et donc des canalisations, des infrastructures qui traversaient, modifiaient les villages. L’eau déjà partagée. Mais aussi des merveilles de construction surtout fin 19ème siècle.
Gare de Tourcoing
Viaduc de
Chamborigaud |
1865-67—12 arches+17
arches—
Autre innovation due au train :
l’unification de l’heure. Dans nos campagnes, on vit encore tranquillement avec
l’heure solaire.
L'horloge
de la vieille gare ferroviaire ` Orsay, Paris de Musee
/fr.dreamstime.com/l-horloge-vieille-gare-ferroviaire-orsay-paris-france-musee-d-image134932748
En 1876 l’ingénieur et
géographe canadien Sir Sandford Fleming propose un système, celui des fuseaux
horaires. 24 fuseaux horaires de même taille divise le globe terrestre en
partant du méridien de Greenwich. D’un fuseau à l’autre l’heure augmente ou diminue d’une heure. Mais chaque
ville avait son heure particulière. Il était midi
quand le soleil se trouvait au zénith. Il était donc midi à Paris alors qu’il
était déjà midi 19 à Nice et seulement 11 heures 42 à Brest. Un télégramme
parti de Paris à 11h arrivait à 10h 30 à Brest selon l’heure locale.
La loi française du 14 mars 1891 unifie
l’heure sur l’ensemble du pays : c’est « l’heure légale temps moyen
de Paris » ou méridien de Paris. Pour éviter les collisions, les
compagnies de chemins de fer avaient déjà choisi pour leurs réseaux une heure
uniforme. L’administration du télégraphe avait emboité le pas, un système
horaire uniforme apportait ordre, simplicité, clarté. Pour Vallabrix la
différence entre l’heure légale et l’heure locale est de 8minutes 38 secondes.
(voir Revue
du Midi-Nîmes 1891/07/A5 T Bouzigue --Couradou septembre 2021 p47 tableau Heure
Légale et heure locale, correspondancesGard section Vallabrix)
Il va falloir apprendre à être un peu près
à l’heure pour prendre le train. Les gares s’équipent d’horloges souvent
monumentales qui serviront de référence à tout un chacun. Les horaires
officiels des trains prévoiront quelques minutes pour les retardataires. Après
avoir raccourci les distances, le train s’en prend aux heures…
Les chemins de fer ont fortement
contribué à renforcer l’unification du pays, à gommer les différences, les
habitudes. Est-ce un bien, un mal ? Plus probablement une nécessité découlant de l’industrialisation,
du développement des transports de voyageurs et de marchandises.
Le train va démocratiser les loisirs, surtout au 20ème siècle, raccourcir les distances, participer à la culture en favorisant les voyages, les rencontres.
Peut-être va-t-il réduire nos dépenses énergétiques ? Des lignes ouvrent à nouveau. Nous pouvons regretter la fermeture du réseau de Vers au Pont des Charrettes d’Uzès : les touristes visitant l’entreprise Haribo, le Pont du Gard, auraient pu prendre un petit train touristique, économisant le carburant des voitures, montrant une autre facette celle-là écolo, de notre Uzège !!
Sources : /bassin-minier-regis.jimdofree.com/un-peu-d-histoire/les-métiers-de-la-mine/---Historia
fév1987 n)482 Michel de Becker---/fr.dreamstime.com/l-horloge-vieille-gare-ferroviaire-orsay-paris-france-musee-d-image134932748—sur
ce blog : Rêves de chemins de fer à Vallabrix 24/2/2022—Uniforme et
chemins de fer 4/9/2022---photos internet—wikipedia.org--
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