samedi 15 avril 2017

Une vie de Chien


Une vie de chien ou chienne de vie ? :

Chien-écureuil dans la cuisine

Chiens attelés à une mitrailleuse Guerre 1914-1918
Le chien de compagnie est une idée très récente. Jusqu’à peu, les chiens étaient avant tout élevés dans le but d’accomplir une tache. Même au 18ème et 19ème siècle, les chiens miniatures que les riches dames mettaient dans leurs manchons servaient de bouillottes à leurs belles mains !
Nous avons profité largement de ces animaux qui ne demandent qu’un peu d’attention et qui nous accompagnent depuis probablement le temps des cavernes. Leur ancêtre le loup nous a fait confiance à ce moment-là, peut-être à tort ?!!

 Une loi du 2 mai 1855 rend obligatoire une taxe sur les chiens au profit exclusif des communes. Déjà à Tours en 1842 les élus avaient essayé de remplacer la taxe sur le sel par un impôt sur les objets de luxe et les chiens.. Cet impôt ne sera pas très rentable pour l’Etat et les communes.
Il faut y voir un autre intérêt, semble-t-il sanitaire. Avant 1855, trois millions de chiens environ peuplaient le pays, et les cas de rage étaient fréquents, un peu plus de deux cents cas par an pour les humains.  Un arrêté du baron Haussmann à Paris  en 1852 affirme que cette taxe est « le seul moyen de prévenir l’accroissement incessant des chiens et des nombreux accidents qui en découlent » « ces animaux absorbent une quantité considérable de substances alimentaires qui pourraient être employées à la nourriture d’animaux plus utiles »…Sale temps pour les chiens !!

Cette loi de 1855 fait baisser très rapidement de moitié le nombre de chiens ainsi que les cas de rage canine chez les humains. Cela a  entrainé aussi une disparition importante des chiens âgés ou infirmes, malades ou en liberté, ce qui a peut être apporté une meilleure santé chez les survivants. On s’est aussi posé la question des chiens employés dans l’industrie, comme ceux qui tournaient la roue des forgerons ou ceux attelés à une charrette de livraison, souvent esclaves d’un autre temps. Ils avaient leur utilité même dans les cuisines, tournant la roue et le tournebroche de la cheminée. Assez bizarrement, cette loi a aidé la cause animale, du chien en particulier, ce qui n’était pas prévu au départ.
Chien ambulancier Camp de Mailly octobre guerre 1914-18
Les communes pouvaient fixer elles-mêmes le montant de cette taxe entre 1 et 10 francs, ceci après avis du Conseil Général. La taxe était différente selon les qualités de l’animal : la première catégorie comprenait les chiens d’agrément et ceux de chasse, les chiens en liberté dans les rues, les chiens de promenade, ceux admis au foyer de leur maître, les chiens âgés ou infirmes…..Dans la deuxième catégorie étaient catalogués les chiens de garde, et les autres utilitaires : chiens d’aveugle, les chiens de bergers, de bouchers, gardien d’habitation, d’atelier, et les chiens employés pour des besoins industriels. Il fallait que leur utilité soit majeure, déterminée et justifiée. La race n’entrait pas en ligne de compte, un petit chien pouvant être un excellent gardien.


Chaque propriétaire devait faire chaque année une déclaration en mairie, avec le nombre de chiens et leur usage. Un récépissé faisait foi du paiement de la taxe. Les bébés chiens allaités encore par leur mère au 1er janvier étaient exemptés de la taxe. Dans quelques villes une médaille était accrochée au collier du chien attestant que l’impôt avait été payé.
Chien à la forge
Chien facteur


D’après le Petit Code Rural des Contributions directes à l’Usage des autorités municipales de 1889 (M Desliguières et Lambert – A Sagnier  Galica), en cas de fausse déclaration, incomplète, ou en retard, la taxe pouvait être doublée, voir triplée ou quadruplée en cas de récidive.


Chien pour invalide de guerre
(Jardins de la Fontaine Nîmes – Invalide de la guerre de 1914 – carte postale ancienne Fouillade Nîmes)

A Vallabrix la taxe était de 6 frs pour la première catégorie. Un peu trop cher en 1893 d’où la décision du 15 février de cette année-là de la baisser à 4 frs par chien. Les chiens de cette première catégorie était nombreux, pour la chasse mais aussi parce qu’il était coutumier que les chiens traînent dans les rues à cette époque, attirés par les éviers qui se déversent allègrement dans les passages.

 Les chiens ont beaucoup servi pendant la guerre de 1914-18, tractant des mitrailleuses des wagonnets, portant des trousses de secours et même des munitions et des mines… Est-ce que l’armée payait une taxe pour ces chiens ?

En 1935 le conseil municipal vallabrixois augmente la taxe pour les chiens de 2ème catégorie qui passe de 1 frs à 2 frs sur conseil du préfet. Les chiens de bergers et les gardiens d’habitation sont visés.
A ce jour nous ne savons pas quand cette taxe sera supprimée sur notre commune. La loi de juin 1971 la supprime sur tout le territoire sauf le Bas-Rhin, Haut-Rhin et la Moselle. Elle n'était pratiquement plus exigée depuis une dizaine d'années.

En 2005 on comptait huit millions de chiens en France. Certains pays (Belgique, Luxembourg, Suisse…) ont encore cette taxe. Chez nous régulièrement nos autorités  en reparlent. En 1999 à  Montpellier, la taxe Toby au poids de l’animal, en 2000 à Paris avec le député Gautier  qui rendait le tatouage obligatoire et la taxe facultative. Tout cela sans suite. Cette taxe récupérée par les communes, permettrait de financer le nettoyage des rues et de responsabiliser les propriétaires d’animaux. Ce serait aussi l’occasion d’un recensement des animaux et des maîtres.

Actuellement, les chiens de travail sont mieux traités et mieux considérés : chien pour handicapé, chien d’avalanche, chien de recherches policières, chiens de traîneau pour touristes…. Même les chiens de chasse ou de garde voient le vétérinaire. L’industrie fait fortune avec les aliments et produits dérivés pour chiens. Mais il y a toujours des exceptions que nous devons dénoncer comme ces élevages industriels de chiens.
Le nombre de chiens de compagnie dans notre village diminue de jour en jour. Les chiens gênent les plus âgés qui veulent voyager une fois à la retraite. Ils nous obligent à marcher pour leur promenade quotidienne, ils laissent des poils partout… Mais on se prive de câlins, de beaux regards, de clowneries..


Taxe sur les chiens 1957 -  Le Toupin – Ampus – (internet)


            
Sources : archives communales de Vallabrix – Petit Code Rural Desliguières et Lambert – BN Galica -  Cartes postales anciennes et documents prêtés amicalement (collection Antoinette Jandreau et Juliette Magneux) – cartes postale Delcampe -www.assembléenationale 1/3/2000 proposition de loi– Blog les Couloirs de Bercy – animalblog internet- Maryvonne Ollivry Paris Match Bêtes de tranchées 2-4-2014-



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Vallabrix Les remparts, maison André Gouffet au fond

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