mardi 24 août 2021

Un Ouragan en 1788

 

 

Un Ouragan en 1788 :


Le 13 juillet 1788 un violent ouragan ravage le pays de bout en bout sur une bande d’une vingtaine de kilomètres de largeur. L’orage continue sur sa lancée, en Belgique, aux Pays-Bas. Moissons, dévastant forêts, tuant animaux et hommes, maisons, un orage le plus désastreux  qu’on ait connu depuis des siècles !! Des caprices atmosphériques, sécheresse suivie de pluies diluviennes,  en partie responsables des hausses des prix en 1788-1789. Au printemps 1788, (avril/mai) dans la phase de croissance des plantes, le déficit pluviométrique atteint 40% dans le nord du pays, 40 à 60% dans l’Ouest et le Sud-Ouest, plus de 80% dans le Sud et le Sud-Est !! Les récoltes sont maigres. Et les prix flambent dès août 1788. Le froment une hausse de 127% en 1789, le seigle 136%, 150% à 165% en juillet 1789, alors que dans le budget populaire la part consacrée au pain atteint 88 % en 1789.

L’hiver 1788-89 ne va pas arranger les choses : 86 jours de gel à Paris avec des moins 21° le 31décembre, moins 30° en Alsace, moins20 à moins 25°C dans le Nord et le Centre !!! Le prix du bois à brûler augmente de 91%, seul moyen de chauffage et de cuisson….. Le pays n’avait vraiment pas besoin de ce cataclysme.

 Revenons à ce début juillet 1788. Le beau temps domine, la température est en moyenne comprise entre 17 et 20°C le matin et 22 à 28°C l’après-midi. Le vent souffle Sud-Ouest. La température augmente à partir du 11 juillet pour atteindre à Paris le 12 juillet 33°C l’après-midi. Le vent a tourné au Sud. Ce sera la journée la plus chaude de l’année.

L’astronome Charles Messier (1730-1817) de l’Académie des Sciences écrit sur ce qui s’est passé à Paris :

« La matinée du 12 juillet 1788, à Paris, fut assez belle ; vers onze heures du matin, le ciel se couvrit en grande partie, et les nuages annonçaient de l’orage ; le vent était au sud-est, l’air calme ; une grande chaleur régnait ; elle était étouffante et accablante : le ciel redevient assez beau l’après-midi, avec du soleil. À dix heures du soir, il se couvrit de nouveau en grande partie, se découvrit ensuite, et la nuit du 12 au 13 fut assez belle, à l’exception de quelques nuages.

« Pendant la matinée du 13, le ciel se couvrit de plus en plus. Vers les huit heures, un vent violent s’éleva, les nuages s’accumulèrent, et amenèrent une grande obscurité. Vers les neuf heures, l’orage se déclara : le vent au sud-ouest ; un tonnerre roulant se fit entendre avec force ; et pendant huit minutes environ il ne mit presque pas d’intervalle entre les coups. La chaleur, avant l’orage, était très incommode, très étouffante sur tout dans les rues ; elle enveloppait, et semblait sortir d’un brasier. La nuée se déclara par une forte grêle qui ne fut pas générale dans Paris ; il n’en tomba que des grains fort ordinaires, noyés dans une averse abondante de pluie qui dura depuis huit heures et demie jusqu’à neuf heures et demie, seulement au centre et au midi de Paris ; mais au faubourg Saint-Antoine la grêle fut forte, cassa des vitres et détruisit les légumes..

 « Cet orage fut terrible par ses effets dans différentes provinces de France, où, en moins d’un quart d’heure, il ôta tout espoir de récolte. Tous les pays affectés de cet orage n’offraient plus que le spectacle de pays totalement ruinés et détruits par la grêle. Tout fut enterré, haché, abîmé, déraciné ; les toits découverts, les vitres brisées, les vaches et les moutons tués ou blessés ; le gibier, la volaille périrent. Plusieurs habitants, hommes et femmes reçurent de dangereuses contusions. Le comte de Merci, ambassadeur de l’Empire, eut sept cents carreaux de vitres cassés à son château de sa terre de Chenevière, à quatre lieues de Versailles.

« Cet orage se passa sous les yeux du roi et de Monsieur qui étaient à Rambouillet. Sa majesté connaissant toute la perte que faisaient les Français dans les différentes provinces par où l’orage destructeur avait passé, fit rendre un arrêt en son conseil d’État, daté du 26 juillet, pour une création d’une loterie de douze millions en faveur des provinces dévastées et ravagées par cette grêle. Cet orage, avant d’arriver à Paris, avait ruiné le Poitou, la Touraine, la Beauce, le pays Chartrain, avait continué sa route à travers l’Ile-de-France, la Picardie et la Flandre. » Messier a résumé ainsi l’essentiel. Il ajoute que la mémoire de cette grêle se perpétuera longtemps « dans les provinces qu’elle a dévastées, ruinées et ravagées ».

La température mesurée à Paris l’après-midi du 13 retombe à 20°C, soit 13° de moins que la veille. Le vent a tourné à l’Ouest. L’Académie des Sciences charge trois de ses membres Leroy, Tessier et Buache de rassembler tous les faits, circonstances, détails de ces journées pour comprendre. Une carte et des rapports seront dressés. Tessier le premier publie son rapport. Le 13 il était à Audonville au sud d’Etampes. Il décrit des phénomènes semblables à ceux vu par Messier : « vers 8 h (du matin) une nuée parut dans le Sud au bas de l’horizon. Elle était très noire, ayant une partie blanc-jaune, comme toutes les nuées à grêle. 

Cette nuée avance, précédée d’un coup de vent faisant un bruit considérable « pareil à celui de plusieurs carrosses roulant sur le pavé ». La grêle tombe pendant 7 à 8 minutes, temps suffisant pour perdre toute la récolte. « En cassant les vitres, rapporte Tessier, « la grêle entrait jusqu’au fond des appartements et répandait le verre pulvérisé ». Le 12 vers 15 h la température est de 34,5°C. Après l’orage le temps s’est rafraichît.


Les grêlons d’après différentes observations sont énormes, Messier en trouve qui pèsent « plus de 5 quarterons » soit plus de 600 grammes. Tessier écrit qu’à Rambouillet il tomba des grêlons gros comme le poing et six heures après la grêle, des grêlons de plus d’un pouce de diamètre étaient encore ramassés (un pouce = 2,707 cm). A Audonville Tessier classe les grêlons en trois catégories : les parfaitement sphériques et blanc opaque de 12 à 14 lignes de diamètre (une ligne=0,225cm) ; les irréguliers et transparents, les plus nombreux, certains couvrant un écu de 6 livres ; et les transparents semblables à des « stalactites plus ou moins branchues, de 2,5 pouces de longueur sur un diamètre de 6 à 8 lignes. ». Tombant avec une telle force qu’ils rebondissaient comme « une balle de paume ».

Les rapports montrent tous l’angoisse, même la terreur suscitées par cet événement. « les moments qui précédèrent l’orage furent remarquables par plusieurs phénomènes, surtout par un bruissement considérable et par une obscurité extraordinaire. Le bruissement, occasionné par la chute des grêlons qui se choquaient les uns les autres et frappaient fortement la terre à quelque distance du lieu où on les entendait, était véritablement effrayant et inspirait un sentiment de peine et de terreur involontaire. L’obscurité, due à la couleur noire de la nuée et à son peu d’élévation au-dessus de la terre, était telle qu’on ne pouvait ni lire ni écrire sans lumière dans les appartements, quoique le jour fût avancé. Elle a été sensible même dans les lieux éloignés de ceux où il a grêlé. Cette obscurité pouvait se comparer à celle d’une éclipse centrale de soleil. On assure que des bêtes à cornes et des bêtes à laines ont été victimes. Les lièvres, les lapins, les perdrix, les faisans, les pigeons et autres oiseaux, surpris par l’orage, ont été tués ou estropiés. Des églises, des maisons, des granges, des hangars ont été renversés ou découverts ; un moulin a été porté à 30 pieds de son assiette. La commission d’enquête a évalué la perte totale à la somme de 24 962 093 livres tournois, supportée par 1039 paroisses. » 

Un ingénieur en chef des Ponts et Chaussées près de Soissons mesura les trous imprimés sur les jachères par la pluie de grêlons : beaucoup de 3 pouces de diamètres.

Les enquêteurs-académiciens reçoivent des informations de plus de 600 paroisses. Le phénomène est très impressionnant en France mais aussi dans d’autres pays, comme le samedi 12 juillet en Angleterre des orages terribles avec tonnerre, foudre, grêle, des animaux tués, vitres cassées et télescope fondu à Greenwich…

 En France le 13, sur le Maine, le Vexin, la Normandie avec un vent très fort et plus de mille pommiers déracinés près du Havre, Picardie, Boulogne, Calais etc… Une église et trois moulins abattus à Sours près de Chartres, le parc de Rambouillet dévasté…D’après le rapport des scientifiques, « la chaîne n’est pas interrompue de la région de Tours à la Flandre autrichienne », une zone grêlée d’environ 650 lieues carrées. La masse de glace mit parfois trois jours pour fondre !!

L’estimation des pertes dues à l’orage du 13 se monte à environ 25 millions de livres d’après le rapport des académiciens sur un budget du royaume de 503 millions de livres (soit 5% des recettes budgétaires). Mais cette estimation ne prend pas en compte les paroisses « qui n’ont pas cru devoir se plaindre », ni les dégâts des bâtiments, des jardins et des bois, ni la destruction « des plantes propres à faire du fumier ». En fait tout ce qui pourrait relancer la culture dans un pays où l’agriculture est un élément plus qu’essentiel. En fait on évalue les pertes à un peu plus de 10% du budget de l’Etat.

Et puis les gens ont l’habitude de se débrouiller seuls. Dans la châtellenie de Courtray les dégâts sont estimés à 997 521 livres pour 25 paroisses plus ceux non estimés dans 11 autres villages !!!

Sans compter les pertes en Hollande, les Pays-bas Autrichiens, l’Angleterre….

(les 3 membres de l’Académie des Sciences : le médecin et agronome Henri-Alexandre Tessier (1741-1837), le géographe Jean-Nicolas Buache (1741-1825) et le physicien Jean-Baptiste Le Roy (1720-1800) .

(Trajectoire des orages du 13 juillet 1788 et zones dévastées par la grêle)

Sources et pour en savoir plus : France-Pittoresque 12/07/2021  D’après « La Météorologie. Revue mensuelle de météorologie et de physique du globe » paru en 1981 et « Dictionnaire des merveilles et curiositésde la nature et de l’art » paru en 1853-- Mis à jour le LUNDI 12 JUILLET 2021, par LA RÉDACTION France-Pittoresque

 

 

 
 

 

 

 

samedi 14 août 2021

L'Arbre Boulets de Canon

 

Arbre  boulets de canon




Un peu d’exotisme en cet été maussade : l’arbre  boulets de canon, le Couroupita (guianensis)


C’est un arbre à feuillage persistant originaire du nord de l’Amérique du Sud, de l’Amérique tropicale et du sud des Caraïbes. 30 à 35 m de hauteur, des feuilles disposées en rosettes et surtout des fruits extraordinaires. Il est de la même famille que le noyer d’Amérique. Ses fleurs très parfumées sont orange, écarlates ou roses formant des grappes de 3 m de longueur. Leurs fruits sphériques peuvent mesurer jusqu’à 24 cm de diamètre, contenir de 200 à 300 graines et pouvant peser jusqu’à 6 kg !!. Leur pulpe bleuit à l’air libre donnant une odeur désagréable. Ces lourdes noix tombent soudainement, pouvant occasionner des blessures aux promeneurs. Ses fruits sont à maturité au bout de 18 mois, mais vont mettre plus de 2 ans pour se détacher de l’arbre. Ils s’entrechoquent au vent et les passants croient entendre le grondement d’un canon, sourd et lointain, d’où le nom donné à l’arbre.



 

On retrouve cet arbre très souvent dans les temples indous, considéré comme sacré car sa fleur ressemble à un Nâga, serpent sacré sur le shiva lingam.

Les indigènes amazoniens l’utilisent pour traiter l’hypertension, les tumeurs, les inflammations, les rhumes, les maux d’estomac, les plaies, le paludisme et les maux de dents. La pulpe du fruit sert à combattre la fièvre et le lavement à partir de cette pulpe en décoction soigne la diarrhée, la dysenterie et les inflammations intestinales….

   Mokkie 21/03/2014 travail personnel –Wikipedia—wikimedia.org

 

Sources et pour en savoir plus : merci à Michel pour ce beau voyage en terre inconnue-- commons.wikimedia.org/wiki/File:Cannonball_Tree_(Couroupita_guianensis)_2.jpg?uselang=fr--- wikipedia--

 

mercredi 4 août 2021

Les Bourguignons Salés

 

Les Bourguignons salés :

«  Bourguignon salé, L’épée au côté, La barbe au menton, Saute, Bourguignon » nous dit la chanson.


Le petit village d’Aigues-Mortes connut un épisode dramatique pendant la guerre qui opposait Armagnacs et Bourguignons pendant la guerre de Cent Ans, les deux partis obtenant tour à tour l’avantage, mettant en péril le royaume…

(Tour des Bourguignons—officedu tourisme-aiguesmortes)

Nous devons la Tour de Constance d’Aigues-Mortes au roi Saint Louis. Elle aurait été construite sur l’emplacement d’une autre tour du même nom, Constance épouse du comte de Toulouse, fille du roi de France Louis VI.

En 1418, le prince d’Orange à la tête d’un détachement bourguignon envahit le Languedoc. Seule Aigues-Mortes résiste. Mais le seigneur gouverneur des lieux Louis de Malepue cède la place aux ennemis. Ces derniers étaient déjà maîtres de Montpellier, Nîmes. Il espérait jouer la bonne carte et y trouver fortune. Des habitants essaient de s’enfuir, rejoindre Beaucaire pour rallier les troupes du Dauphin. Les reitres bourguignons et les sbires de Malepue fouillent alors le village, massacrent les familles des fuyards. Tous y passent, hommes, femmes, enfants, vieillards. Et commença une occupation du village par la soldatesque bourguignonne.

Mais la roue tourna et les Armagnacs reprirent et nettoyèrent le Languedoc. Après Pont StEsprit, Nîmes, le Dauphin, le futur Louis XI, charge en son absence, Charles de Bourbon, comte de Clermont d’assiéger Aigues-Mortes. Le siège dura deux ans, le village avait d’énormes quantités de vivres. On usa, nouveauté, de quelques pièces de canon. Charles de Bourbon est un des compagnons d’armes de Jeanne d’Arc.

Mais les villageois n’avaient pas oublié de quelle façon les Bourguignons avaient accommodé les leurs. Leur deuil et leur loyalisme au roi avaient survécu aux longs mois d’occupation. L’heure de la vengeance sonna un jour de janvier 1421.

Le baron de Vauverbe se mit à la tête d’un groupe de villageois courageux. Ils se répartirent en petits groupes armés et attaquèrent dans leur sommeil les gardes des portes du village. Les portes sont ouvertes aux troupes de Charles de Bourbon. Le combat ne fit pas de quartier, on se battait pour tuer, sans pitié ni remords. On massacra tant de Bourguignons cette nuit-là que les cadavres s’entassaient dans les rues. Impossible de les dénombrer.

Dans l’impossibilité de les enterrer, et craignant une épidémie de peste si fréquente et si terrible en cette époque, on décida alors de les entasser dans la tour située à l’angle sud-ouest de la ville sous des monceaux de sel… La tour devient ainsi la tour des Bourguignons.

Le château est brulé et après un jugement rapide le gouverneur est décapité.

Aigues-Mortes retrouve sa splendeur et son économie avec Jacques Cœur vers 1440 : la ville devient une base de départ pour la flotte royale et devient le principal port d’approvisionnement pour les épices, le blé et le sel…

 

Sources et pour en savoir plus : Jean de Serre 1632 books/google.fr Inventaire général de l'histoire de France depuis Pharamond jusques à Louis -- ot-aiguesmortes.com/le-xveme-siecle---www.france-pittoresque.com/spip.php?article773—Jean Max Tixier  Veillée Provençales  p 95 édit Encre Bleue 1999--

 

 

samedi 24 juillet 2021

Hercule et l'origine des Calanques

 

  • www.ladepeche.fr/2021/07/13/marseille-face-a-lafflux-de-touristes-lacces-aux-calanques-se-fera-sur-reservation-des-2022-9669373.php

Hercule et l’origine des Calanques

(un peu de soleil après ces temps pluvieux)

Hercule, nous le connaissons créateur de la plaine de la Crau en Camargue. Petit rappel : il y rencontre des guerriers ligures, peut-être selon les légendes des géants. En mauvaise posture, Jupiter vint à son secours en faisant tomber un déluge de pierres sur ses ennemis, les anéantissant, et la plaine se transforma en désert de cailloux.

Mais en longeant la côte pour rejoindre le jardin des Hespérides et ses pommes d’or, Hercule traversa la Provence.

Après une longue étape il s’arrêta dans la garrigue dans ce qui est maintenant la région de Marseille. Il se régala de raisins secs, de fromage de brebis, d’eau fraîche, puis allongé sous un chêne il s’endormit, face à la mer, sous un soleil couchant…

Soudain des hurlements de détresse le réveillent. Le soleil est déjà haut. Sur la grève, une femme courait, trébuchait sur les galets, repartait mue par l’énergie du désespoir. Une grande rumeur liquide, l’horizon qui s’obscurcit, masquant la lumière… Un colosse dans une écume blanche, noire, étincelante, apparait au-dessus des eaux. Il étendait une main menaçante vers la jeune femme qui hurlait  de terreur. Le géant s’en amusait, son rire roulait par-dessus les collines, pareil au grondement du tonnerre.

C’était un cyclope. Son œil unique s’ouvrait au milieu du front, injecté de sang. Sa pupille était un trou noir, gouffre sans fond. Il venait de capturer sa victime qui se débattait dans la nasse de ses doigts. Un bruit insolite le retint de dévorer sa proie. Hercule sur son promontoire le regardait sans bouger, sans trembler, le javelot pointant sur lui, déterminé.

Un rugissement digne des forges de Vulcain retendit. Le monstre, sourire mauvais aux lèvres, abandonna la jeune femme et empoigna la hache pendue à sa ceinture. Il la brandit au-dessus de celui qui osait le braver.

Hercule esquissa le coup avec souplesse. Et cela continua. La hache d’acier déchainait sur son passage une bourrasque. Le héros sautait d’un côté, de l’autre, avec agilité, avec sûreté, attisant le courroux du cyclope qui ne se contrôlait plus. Les moulinets de la hache entamaient l’air, les arbres dont le tronc volait en éclats. Le monstre soufflait mille vents, une sourde respiration montait de la terre comme si le dieu des Enfers venait à la rescousse d’un de ses fils.

Enfin Hercule lança son javelot avec la fulgurance de la foudre. L’arme s’enfonça dans l’œil unique du cyclope. Aveuglé, le visage en sang, le monstre ne savait plus où porter ses coups. Incapables d’ajuster ses coups, il frappait au hasard, la hache ouvrait de profondes brèches par où la mer s’engouffrait aussitôt. Le rivage s’entaillait au fur et à mesure, offrant au regard le spectacle d’un paysage déchiré ; des saignées de pierres blanches disparaissaient dans un flot bleu soulevant une écume blanche déchiquetée. La végétation suivait les éboulis de pierres.

Plus tard, Hercule finit d’avoir raison du Cyclope par quelques flèches en plein cœur. Le monstre bascula en arrière lentement, la mer se referma doucement sur lui, en un millier d’ondes. Tout redevint calme.

Que devint la jeune femme ? Comment remercia-t-elle son sauveur ? L’histoire ne nous l’apprend pas. On peut tout supposer … Eut-elle quelques bontés pour notre héros ? Peut-être furent-ils le premier couple de l’Histoire à s’aimer dans le décor tout neuf des calanques !!!!

(Calanques d’EnVau –18/11/2006—stepha deneits—wikimédia)

 

(Calanques de Marseille—Sugiton vu du Belvédère 2004 –Michel Roux—wikimedia)

 

Sources et pour en savoir plus : Jean Max Tixier  Veillées Provençales  édit Encre Bleue 1999 p31--  commons.wikimedia.org/wiki/File:Calanques.jpg?use

mercredi 14 juillet 2021

La Fête dela Prise de la Bastille : un malentendu ?(relire blog du 18/7/2017)

 


Plan de la forteresse de la Bastille :
les cellules se trouvaient pour l'essentiel dans les différentes tours de l'édifice
( gravure du début du XIXe s. BNF)


"C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches" (Victor Hugo)



La Fête de la Prise de la Bastille : un malentendu ?


Il faut attendre 1880 et la IIIème République pour que le 14 juillet devienne la Fête Nationale de la France, réconciliation du pays de l’Ancien Régime et de celui de la Révolution.



L’Histoire officielle nous raconte que ce 14 juillet 1789, une foule éprise de liberté s’est ruée à l’assaut de la Bastide, forteresse où le roi Louis XVI avait fait emprisonner des centaines d’opposants à  sa politique. Mythe fondateur, nécessaire en ces temps de crise? Mais pourquoi ne pas avoir choisi une autre date pour la fête nationale comme la proclamation de la République (21 septembre 1792) ? Une légende s'est progressivement construite, dans laquelle il n'est pas toujours si aisé de démêler le vrai du faux. La Bastille serait ainsi le symbole de l'absolutisme et de l'arbitraire monarchique, comme l’école et les manuels scolaires nous l’ont appris depuis notre plus jeune âge ; avec des prisonniers par dizaines, détenus dans des cachots sordides et des conditions épouvantablesQue s’est-il vraiment passé ce jour-là ?
« C'était un temps orageux, lourd, sombre, comme un songe agité et pénible, plein d'illusions, de trouble. Fausses alarmes, fausses nouvelles ; fables, inventions de toutes sortes. » nous dit Jules Michelet dans son Histoire de la Révolution Française.

Gravure 26-27 avril 1789 Réveillon et Henriot en effigie BNF
Déjà en avril 1789, la colère grondait à Paris. Les faubourgs subissaient de plein fouet la crise économique. Des milliers de chômeurs, de vagabonds, étaient arrivés de leur province, avec la faim au ventre, espérant trouver du travail dans la capitale. Mais la misère régnait dans Paris. Le prix du blé en juin était au plus haut, le capitalisme et la spéculation étaient en marche. Certains stockaient les céréales pour faire monter les prix. Les faubourgs Saint-Antoine, Saint-Marceau étaient au bord de l’explosion. Une étincelle, une maladresse et la nuit du 26 au 27 avril un cortège de manifestants prit la direction de la Seine sous les cris de Mort aux Riches. En fait, un manufacturier Réveillon avait montré l’hiver précédant des préoccupations sociales en donnant une allocation chômage à ses ouvriers. Le 23 avril, il proposait de faire baisser les prix pour donner du pouvoir d’achat aux ouvriers en supprimant les taxes aux barrières, (sorte de TVA) en vendant ainsi moins cher, mais aussi en réduisant les salaires qui passaient à 15 sous au lieu des 20 habituels. Evidemment les ouvriers qui étaient déjà dans la misère n’ont pas apprécié. Lors de l’émeute, des mannequins représentant Réveillon et un salpêtriez Henriot seront brûlés devant l’Hôtel de Ville de Paris et des maisons seront pillées. 

Assemblée constituante
Le pays vit une période de vide gouvernemental, de crise économique et de tensions politiques. Les députés des Etats Généraux 40 jours plus tôt réunis à Versailles constatent le mauvais état de nos institutions et réclament une constitution et de nouvelles règles de fonctionnement. L’Amérique nous a montré le chemin. La Constituante est proclamée le 9 juillet, entrainant le renvoi par le roi de son populaire contrôleur général des finances Jacques Necker.
Les procès-verbaux des électeurs nous renseignent sur ce qui se passa à l’Hôtel de Ville de Paris en ces journées compliquées. Pour les élections des députés du Tiers Etat, Paris avait été divisé en 60 districts, les électeurs de chacun choisirent un nombre de délégués-électeurs qui devaient élire à leur tour 20 députés pour Paris et rédiger leur cahier de doléances. Mais les quelques 300 délégués refusèrent de se séparer leur mandat terminé, et le 25 juin ils sont rassemblés au musée de la rue Dauphine. Le 27 juin ils ont un local dans l’Hôtel de Ville où ils tiennent séance presque chaque jour. Le 11 juillet ils ne tiennent pas séance, mais le 12, à l’annonce du renvoi de Necker, et sentant l’agitation dans Paris face à cette nouvelle, ils se réunissent pour prendre des mesures. Le 13 ils s’emparent de l’autorité. Une municipalité insurrectionnelle, comité permanent, s’installe à la place de la municipalité royale officielle. Avec à sa tête le prévôt des marchands de Paris Jacques de Flesselles. Une milice est créée, « milice bourgeoise » d’un peu plus de 40 000 hommes pour éviter des débordements. On s’organise. Chaque homme portera une cocarde aux couleurs de Paris rouge et bleu. On cherche des armes pour ces hommes. Le Garde-meuble est mis à sac, mais n’y sont entreposées que des armes de collections anciennes. On fabrique 50 000 piques.
 à l'Hôtel des Invalides-BNF
Le 13, tout s’accélère, une rumeur fait état d’une possible entrée en force dans la capitale des troupes royales pour arrêter les députés. Le journaliste Camille Desmoulins en serait l’origine dès le 12 juillet. Paris est encerclé par des troupes  depuis fin juin. 
Le 14 les délégués envoient à l’Hôtel des Invalides le procureur de la ville Ethis de Corny qui ne peut empêcher la foule d’envahir le bâtiment et de le mettre à sac. Tout l’après-midi, la foule leur réclame des armes. Plusieurs des délégués essaient de rencontrer le gouverneur de la Bastille en vain. Ils ne peuvent que faire état de ce qu’ils voient et entendent.
 « ils furent fort mal informés de ses péripéties; par exemple ils ne surent rien ou presque rien des faits qui amenèrent la reddition de la place; mais ils furent témoins du délire de la foule ; elle réclamait impérieusement la mort des invalides et des suisses de la garnison, …..En un mot, les autorités provisoires, qui s'étaient constituées d'elles-mêmes à l'Hôtel de Ville pendant cette révolution, n'exercèrent qu'une très faible action sur les événements qui se passèrent au dehors et elles n'en eurent qu'une connaissance indirecte et insuffisante »Jules Flammermont archiviste spécialisé dans l’étude des manuscrits, historien et professeur formé à l’Ecole des Chartes,qui  publia en 1891 « La journée du 14 juillet 1789 ».
Le 14 à une heure du matin, 40 des 50 barrières d’octroi sont incendiées. Ce sont des « frontières » qui contrôlent l’entrée dans Paris des personnes et des marchandises. Une rumeur, encore une, indique que dans le couvent Saint-Lazare et dans la Bastille, du blé serait stocké. Le couvent est pillé vers 6 heures. La marquise de La Rochjaquelein nous raconte : « le 13 juillet 1789, les régiments d Bouillon et de Nassau arrivèrent à Versailles, On les logea dans l’Orangerie ; nous fûmes les voir… Le lendemain, 14 juillet une foule brillante et nombreuse se promenait dans le parterre du midi, au-dessus de l’Orangerie. Les officiers avaient rassemblé la musique qui jouait des airs charmants, la joie brillait sur tous les visages : c’était un tableau ravissant ; mais jamais je n'oublierai le changement subit qui s'opéra. Nous entendîmes d'abord des chuchotements. M. de Bonsol, officiers des gardes du corps, vint à nous, et dit tout bas : Rentrez, rentrez, le peuple de Paris est soulevé ; il a pris la Bastille ; on dit qu'il marche sur Versailles. Nous nous dirigeâmes aussitôt vers notre appartement. Partout la crainte succédait à la gaieté, et en un instant les terrasses furent désertes. »
Le 14, le gouverneur de l’Hôtel des Invalides ouvre les portes aux commerçants et artisans qui raflent 28000 fusils, et 20 bouches à feu. Mais la poudre manque.
« A la Bastille, à la Bastille.. » où l’on pense trouver de la poudre. La Bastille et sa légende noire, symbole de l’arbitraire royal.
La garnison de la forteresse comprend 82 Invalides, des vétérans, et 32 soldats suisses. En face un millier d’émeutiers sans commandement et sans armes lourdes. Le gouverneur de la Bastille le Marquis de Launay, gagne du temps en espérant des secours. Il invite trois délégués émeutiers à déjeuner et s’engage à ne pas tirer. Mais une explosion mystérieuse, et la foule se croit trahie. Elle pénètre dans l’enceinte par le toit du corps de garde et attaque le pont-levis à coups de hache. De Launay perd ses moyens et ordonne de tirer sur la foule : la troupe suisse fait des ravages, une centaine de morts.
Arrivent deux détachements de gardes françaises, soldats professionnels normalement en charge de la sécurité de la capitale. Commandés par deux officiers Elie et Hulin, ils prennent le parti des émeutiers. Deux canons mis en place et l’entrée de la forteresse est incendiée.
Le gouverneur de Launay ordonne le feu à outrance, tente de faire sauter les magasins de poudre. Mais les Invalides demandent un cessez-le-feu. La foule se rue dans le bâtiment par les ponts-levis baissés. Les soldats suisses ont courageusement retourné leurs uniformes et sont pris sur le coup pour des prisonniers. Ils seront saufs, mais la foule lynche les Invalides. De Launay essaie de se suicider, mais il est trainé dans les rues et décapité par un boucher. Sa tête et celles des autres défenseurs de la Bastille seront promenées fichées sur une pique dans les faubourgs de Paris. La Révolution venait de basculer dans la violence, dans un rituel macabre dont elle aura du mal à se débarrasser et qui va l’entacher longtemps.
Les détenus de la forteresse au nombre de sept, dont deux fous. (voir plus loin la liste officielle) Ils sont logés dans des chambres tout confort, avec repas venant de l’extérieur. Ils pouvaient s’entourer de leurs meubles et avoir un domestique. Les cellules ne sont pas fermées, les détenus sont libres d’aller et venir dans la forteresse, de se rencontrer.
Ceci-dit les émeutiers à ce moment-là étaient beaucoup plus préoccupés par le prix du pain et la spéculation sur les blés que par un idéal politique.

La Légende Noire de la Bastille : en 1789 la forteresse n’est plus pour partie une prison d’Etat. Il est d’ailleurs question de la démolir pour faire place à différents projets. La plupart des détenus étaient des gens appartenant aux classes supérieures, placés là à la demande de leur entourage par lettres de cachet, c’est-à-dire sans passer par un jugement, directement par l’administration, par un ministre, parfois par le roi. Une faible minorité était détenue, 4 à 5 %, pour des affaires d’Etat. On est loin de l’arbitraire dénoncé par de Renneville, Mirabeau ou Simon-Henri de Linguet.
Frontispice des Mémoires sur la Bastille de Linguet, 1783.
Le premier en fait un endroit terrifiant comme la Tour de Londres, le second avec son « Lettres de cachet et des prisons d’Etat » publié à Hambourg en 1782. Louis-Sébastien Mercier prophétise la chute de la Bastille dans son « Tableau de Paris ». Depuis une dizaine d’années les intellectuels tricotaient cette légende. En fait la Bastille représentait avant tout ce qui pouvait arriver si……

Sur les sept prisonniers, quatre sont de simples escrocs condamnés par le Parlement de Paris depuis 1787, Jean Antoine Pujade, Bernard Laroche, Jean Béchade et Jean La Corrège. Donc rien à voir en ce qui les concerne avec l’arbitraire royal. Ils seront libérés puis repris quelques jours plus tard. Le plus vieux condamné Auguste Tavernier complice de la tentative d’assassinat contre Louis XV en 1757, condamné avec l’auteur Damiens par le Parlement (Louis XV aurait souhaité une certaine clémence). Il ne sera pas libéré en juillet 1789 mais transféré à Charenton en hôpital psychiatrique. Les deux autres prisonniers sont des aristocrates emprisonnés à la demande de leur famille, le comte Hubert de Solages pour actes de débauche ou crimes atroces supposés, et le comte de Whyte de Malleville à la demande aussi de sa famille pour démence. Tous deux ne seront pas libérés mais transférés à Charenton. Ils y retrouveront le Marquis de Sade transféré lui aussi mais avant les événements du 14 juillet.
De Solage arrêté en 1765 avait aidé sa sœur Pauline de Barrau à fuir son époux. Leur père et le mari berné demandèrent l’incarcération du frère. Théoriquement pour inceste mais plus surement pour affaires de famille et de gros sous.
Les lettres de cachet permettaient aux familles bien nées d’éviter un procès toujours humiliant. La famille payait les frais d’incarcération, ce qui était tout bénéfice pour l’Etat et les familles.

Première déception pour les émeutiers, le nombre de prisonniers et leur qualité. Ils vont en inventer, le squelette du Masque de Fer dans une cave, un vieillard chargé de chaînes qu’ils baptisent le comte de Lorges, , « un malheureux vieillard qui fut trouvé chargé de chaînes, à moitié nu, avec des cheveux et une barbe de divinité fluviale, au fond d'un cachot où ne pénétrait pas la lumière et dont les murailles suintaient l'humidité […]. Le misérable vieillard, qui gisait là depuis des années et des années, fut comme de juste porté en triomphe par les amis de la liberté aux acclamations d'un peuple en délire ». Une vieille armure et du matériel d’imprimerie seront présentés comme du matériel de torture. Des squelettes trouvés enterrés dans un bastion et on conclura à des détenus morts des sévices endurés dans ce lieu… Toutes les rumeurs allaient dans le même sens. Il fallait prouver qu’on était dans le bon chemin, le doute n’était pas permis !!
Miniature de la Bastille sculptée dans une pierre de la forteresse.Musée Carnavalet

Le soir du 14 juillet, 800 ouvriers dirigés par l’entrepreneur Palloy, démolissent ce qui reste de la forteresse. Beaumarchais qui habite en face de la forteresse se dépêche de « sauver » les archives du lieutenant de police hébergées à la Bastille, près de 600 000 feuillets, qu’il restituera plus tard. Mirabeau aurait fait commerce en transformant les chaînes en médailles patriotiques et en vendant des bagues serties d’un fragment de pierre de la forteresse. Palloy récupéra des pierres pour en faire des maquettes de la forteresse envoyées dans tous les départements. Boiseries, ferronneries, tout fut bon à transformer et à récupérer. Le pont de la Concorde serait en partie construit avec cette récupération. Le marquis de Lafayette envoya une des clés de la Bastille à George Washington premier président des Etats-Unis, exposée actuellement au musée de Mount-Vernon aux USA.
Quelle ambiance dans Paris et Versailles ? « Les spectacles étaient fermés depuis plusieurs jours, la Bourse était déserte, et des journaux imprimés exprès pour la cour, annonçaient des représentations théâtrales de chaque soir, et un cours des effets publics dont on haussait progressivement la cotte, depuis le départ de Necker ; et le soir de cette journée du 14 juillet, si féconde en évènement, le roi s'était endormi avec la même sécurité que la veille» (La Bastille par  PJ Dufey, 1833


Une première vague d’émigration chez la noblesse qui sent le vent tourner. Dès le 16 juillet le propre frère du roi en tête, le comte d’Artois, futur Charles X plus tard, le prince de Condé colonel général de l’infanterie, Madame de Polignac, les secrétaires d’Etat de Brooglie, de Villedeuil….. Les Bargeton, et d'autres aristocrates de l'Uzège….
Le 14 juillet 1790 pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille, le pays se retrouvera dans une grande fête, la Fête de la Fédération. Une foule immense réunie autour du roi, des députés des 83 départements. Le roi y prêta le serment à la Nation et à la Loi. En 1880, c'est d'ailleurs cette fête de la Fédération de 1790 que les députés décidèrent à l'unanimité de commémorer. Les  élus de droite refusèrent de fêter la prise de la Bastille, le sang avait coulé lors de cette émeute, en particulier celui de nos soldats. 

100 000 fédérés de province parmi 400 000 à 600 000 Parisiens au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération. BNF Graveur Isidore Helman –peintre Charles Monet 1790

Cet épisode marque l’effondrement de l’administration royale. Pourtant il s’agit d’un événement à l’importance militaire très relative, une émeute comme il y en avait régulièrement. Mais toute l’Europe ainsi que Russie Impériale comprise, vont suivre de près la suite. Paris puis une grande partie du pays approuvent les Constituants. La « com » de l’époque va immédiatement récupérer cette journée pour en faire un jour historique avec une mise en scène chargée de symboles. Des gravures triomphales, manichéennes vont porter le message politique républicain, affichées, distribuées. Déclenchant dans la population un espoir qui ne pouvait qu’être déçu par la réalité des jours à venir.

Pour les historiens, le 14 juillet fut une révolte contre la vie chère. On crie Vive de Roi, vive le Tiers Etat. Personne ne songe encore à renverser le roi et la royauté. On brocarde quelques aristocrates, des spéculateurs, des évêques, mais le roi n’est pas visé. Peut-être même a-t-on laissé faire, car cette prison à l’activité très limitée, était une faiblesse dans le système de protection de la ville en cas d’attaque d’une armée ennemie. En matière de défense cette forteresse datait face à de nouvelles architectures. Et puis sa démolition donnera du travail là où cela devenait vraiment nécessaire. Peu de temps avant en 1784 la prison-donjon de Vincennes avait été fermée vidée de ses prisonniers transférés dans d'autres établissements.


De Launay et les défenseurs de la Bastille au bout des piques - Hôtel de Ville de Paris- BNF

Une question se pose : pourquoi cette fête est associée à un défilé militaire alors que l’armée de l’époque n’a pas toujours été du côté du peuple ? Même si ce défilé est intéressant, rassembleur, l’occasion de fêtes……
Dans l’armée on s’interrogeait. Les jours précédents les événements, on enregistrait des désertions dans le régiment de Provence et dans celui de Vintimille, 30 à 70 soldats environ. Mais les désertions étaient monnaie courante dans les armées royales étant donné le mode de recrutement. Le 13 juillet les dragons du Prince de Lambesc assistés des gardes royaux sont dans les jardins des Tuileries et chargent la foule.
Le 14 cinq des six bataillons des Gardes Françaises se mutinent et certains soldats vont rejoindre les émeutiers. Fin juillet le régiment allemand Royal-Hess-Darmstadt cantonné à Strasbourg prend faits et causes pour les émeutiers. Il fut le premier à arborer la cocarde tricolore plus tard.








Sources : commons-wikimédia.org gravure 13 juillet 1789 BNF  et bas-relief Léopold Morice statue de la République place de la République Paris BNF – l’Histoire en questions blog internet – Alphahistory internet – bolg LouisXVI  Assemblée Constituante  overblog.net -  La Prise de la Bastille H Houël 1789 BNF - Gazette de Nimes La Plume Michel Crespy – Guy Chaussinand-Nogaret, 1789, Paris, Éditions Hervas, 1989. - Monique Cottret, La Bastille à prendre : histoire et mythe de la forteresse royale, Paris, Presses universitaires de France, 1986. -  François Furet La Révolution française, t. 1, Paris, Hachette, 1988, 544 p. - Jacques Godechop, La prise de la Bastille, 14 juillet 1789, Folio, 1989. -  Albert MathiezLa Révolution française, Paris, Bartillat, 2012, 658 p. (ISBN 978-2841005079). -  Claude Quetel, L’histoire véritable de la Bastille, Paris, 2006. – Encyclopédie Larousse en ligne –Horizon-d-Aton-overblog - Chateaubriand T1 Mémoires d'Outretombe - phototrend Ch T Lambert MP40 internet 14 juillet Paris2002-


La Bastille peinte par Hubert Robert avant sa destruction totale ( " La Bastille dans les premiers jours -  musée Carnavalet,Paris
Liste des prisonniers au 14 juillet 1789 – copie authentifiée en 1791 Delessart ministre de l’Intérieur AN –AE/II/1166/c



Phototrend Ch T Lambert MP40 14 juillet Paris 2002


« Prise de la Bastille le 14 juillet 1789 chronique d’un mensonge vivace
(D’après « La journée du 14 juillet 1789. Fragments des Mémoires inédits de L.-G. Pitra, électeur de Paris en 1789 », paru en 1892 « Revue rétrospective », paru en 1834 et « Mémoires d’outre-tombe » (tome I), Chateaubriand paru en 1848) » -in La France Pittoresque juillet 2015

En 1821, François-René de Chateaubriand témoigne dans ses Mémoires d’outre-tombe (publiés en 1848) au sujet du 14 juillet 1789, (à relativiser car l'auteur est sujet à un romantisme excessif en politique)  :

 « Prise de la Bastille. J’assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques Invalides et un timide gouverneur. Si l’on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. Je vis tirer deux ou trois coups de canon, non par les Invalides, mais par des Gardes-Françaises, déjà montés sur les tours. De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l’Hôtel de Ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d’un coup de pistolet : c’est ce spectacle que les béats sans cœur trouvaient si beau.
« Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient, avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d’importance, dans les quatre parties du monde. Que de fois j’ai manqué ma fortune ! Si, moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j’aurais une pension aujourd’hui. »
 « Les experts accoururent à l’autopsie de la Bastille. Des cafés provisoires s’établirent sous des tentes ; on s’y pressait, comme à la foire Saint-Germain ou à Longchamp ; de nombreuses voitures déniaient ou s’arrêtaient an pied des tours, dont on précipitait les pierres parmi des tourbillons de poussière. Des femmes, élégamment parées, des jeunes gens à la mode, placés sur différents degrés des décombres gothiques, se mêlaient aux ouvriers demi-nus, qui démolissaient les murs, aux acclamations de la foule. A ce rendez-vous, se rencontraient les orateurs les plus fameux, les gens de lettres les plus connus, les peintres les plus célèbres, les acteurs et les actrices les plus renommés, les danseuses les plus en vogue, les étrangers les plus illustres, les seigneurs de la cour et les ambassadeurs de l’Europe : la vieille France était venue là pour finir ; la nouvelle, pour commencer. »

 

dimanche 4 juillet 2021

Les rues de Paris en 1791

 

Les rues de Paris en 1791 :

 

Depuis que les villages et les villes existent, nous avons du mal avec la gestion de nos ordures. Avant le 19ème siècle et l’industrialisation de masse, villes et campagnes se développent en symbiose : les détritus des unes rejoignent les champs des autres. Pratiquement tout est réutilisé. Mais comment passer de l’appartement de l’un au champ de l’autre ? La rue sert d’égout à ciel ouvert depuis longtemps, nourrissant chien et cochon.

Les archives nous racontent comment nous nous débarrassions de nos ordures. Problème d’autant plus ardu du fait de la cohabitation, de l’entassement des familles. Il est probable que pour les maisons isolées, les ordures étaient aussi jetées n’importe où, mais cela ne se voyait pas ou peu.

A Paris une ordonnance du 8 novembre 1780 interdisait sous peine d’amende de 300 livres de jeter « par les fenêtres tant de jour que de nuit, aucunes eaux, urines, matières fécales et autres ordures … »



Mais dix ans plus tard, rien n’est changé, on continue de jeter ses ordures par les fenêtres. Le lieutenant de police publia une mise au point. Les Parisiens se plaignent, c’était mieux avant !! Mais ils ont changé de manière de vivre « comme de modes pour leurs habillements » : « anciennement un particulier ayant voiture n’eut pas osé se montrer le matin à pied dans les rues ; aujourd’hui les citoyens de toutes les classes, grands et petits, vont à pied ; le matin les femmes, la canne à la main, bravent les éclaboussures et les embarras. Moins accoutumés aux chemins difficiles que les gens de la campagne, que les artisans et ouvriers de la ville, ils trouvent mauvais que les rues ne soient pas propres et dégagées de toutes immondices dès le grand matin, sans considérer que l’enlèvement ne peut commencer qu’après qu’on a balayé, et qu’on ne peut obliger les particuliers à balayer avant sept ou huit heures… »

«Toutefois, les rues étaient jadis moins sales pour diverses raisons : moins de voitures, un lavage très répété était fait par les gouttières saillantes remplacées maintenant par des tuyaux qui descendent le long des murs des maisons. Chaque gouttière lavait plusieurs toises de pavé devant la maison. Ces gouttières étaient multipliées et par pluie, les rues étaient très bien nettoyées, au lieu qu’à présent l’eau qui coule par les plombs (tuyau) ne fait aucun effet… Enfin toutes les boutiques étaient ouvertes et les marchands qui craignaient les éclaboussures faisaient balayer plutôt six fois qu’une. Actuellement que toutes les boutiques jusqu’à celles des pâtissiers et des rôtisseurs sont vitrées, les marchands sont beaucoup plus négligents… »

La solution : « Il est nécessaire de défendre de porter les ordures dans la rue à quelques heure que ce soit ; d’ordonner de les garder dans des paniers jusqu’à l’heure du passage du tombereau, et de mettre à l’amende toute la maison au bas ou en face de laquelle il se trouvera un tas d’ordures. On dit toute la maison car dans ce cas tous les locataires doivent être solidaires l’un pour l’autre. Alors le tombereau passera avec une sonnette assez forte pour se faire entendre aux étages supérieurs ; et à l’instant de ce passage, chacun remettra son panier au retrousseur pour le vider dans le tombereau… ».

Sources : Historama n°49 Hors série janv 1981-- Archives nationales- encyclopédie méthodique article jurisprudence 1791--