
A-t-elle été
prévue pour la demeure familiale d’Uzès ? Mais cette maison fait un angle
donc peu compatible avec la structure de la façade. Elle n’a pas pu être
installée après 1697 comme parfois cela a été dit. A cette époque les Bargeton
habitaient au Moulin Neuf de St Quentin et louaient Vallabrix à leur fermier. Et après 1719
deux propriétaires se partageaient le mur d’appui.
Peut-être
l’explication de cette construction est-elle dans la structure même du château
tel que Mathieu de Bargeton l’a découvert avec tous les signes extérieurs de
l’anoblissement, son donjon-carbonnière, ses remparts, sa « salla »
ou grand membre, ses écuries dans la cour, son puits et son pigeonnier. Coup de
foudre du « parvenu ». Un visiteur a fait le parallèle entre la
façade et la lettrine de Mathieu de Bargeton : c’est le M et non le B qui
est travaillé, nous sommes en présence du « Mathieu » de la famille
Bargeton ! Orgueil ou simplement affirmation d’un statut ?

Quel est l’auteur de cette construction ? Nous avons un maçon à Vallabrix Jean Benoît qui est l'auteur de la façade du château de Cavillargues de 1567. La même année il participe aussi à la construction du temple d'Uzès. (17 décembre 1567 prix-fait de partie du temple réformé d'Uzès - not Pierre Astier le vieux Uzès 2-E-71/333). En 1593 il construit la maison de l’évêque à Uzès. Il est associé à un traceur de pierre (carrier) Thomas Gilly. Cependant l’année suivante, les héritiers de l’évêque nomment deux autres maçons pour terminer les travaux. Désaveux ou des spécialistes de l’ornementation ? (plus probable décès de Jean Benoit)
Notre façade semble
d'une facture, plus riche, plus ornementée, plus chaleureuse que celle de
Cavillargues. D'une inspiration plus languedocienne et antique qu'italienne du
16ème. Un fourmillement de motifs. Très peu de vide. Elle rappelle en plus
léger la fameuse cheminée du château de Gordes de 1541. Un maître maçon Etienne
Bouzigues vivait avec sa famille dans notre village à cette époque, donc un
atelier avec apprentis, compagnons. Est-il l’auteur de ce monument ? Un
autre maçon Bonnaud de St Victor installé à Vallabrix. Les maçons étaient
nombreux dans notre Languedoc depuis que Raymond V de St Gilles avait institué
des privilèges pour les maçons en 1188. Toulouse et St Sernin, St Gilles,
Arles, Nîmes et sa cathédrale du XIIème siècle en savent quelque chose.
A cette époque ils sont
architectes, carriers, maçons, sculpteurs… Certains seront de célèbres
mathématiciens.Habituellement lorsque nous parlons Renaissance nous pensons à François Ier, ses campagnes d’Italie, Léonard de Vinci, l’influence italienne… Mais nous devons aussi penser à Anne de Bretagne qui ramène de Lyon dans ses bagages, dès la fin du 15ème siècle des sculpteurs, des peintres, et elle va influencer tout de sud du pays ainsi que la Bretagne, l’Espagne. Des maçons de toute la France et de Savoie se placent chez les personnes qui peuvent les nourrir, les payer et leur donner du travail.

Les villes d’Uzès, de Nîmes étaient particulièrement ornées à cette époque (en élargissant les rues, les façades ont été reculées au 19ème siècle et nombre d’ornementations ont été détruites – encore quelques présences dans des appartements). Poldo d’Albenas parle en 1544 d’oiseaux, d’animaux, d’arbres et de plusieurs autres figures sur les murs de la cathédrale de Nîmes et sur les façades de maisons. Rulman lui de « guilotis, roses et compartiments ». La Renaissance du 15ème-16ème siècle n'a pas fini de nous interpeller !
Sources : archives départementales du Gard-Hérault- Couradou Fonds Historique site internet Vallabrix ou Médiathèque Vallabrix - Photos collections privées BVE
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